foto Pascale Rizk
Cité du Vatican (Agence Fides) - « La mission n’est pas seulement une stratégie, ce n’est pas seulement un plan stratégique, mais c’est véritablement une participation à la mission de Dieu ».
Dans son homélie prononcée dans la basilique Saint-Pierre, lors de la liturgie eucharistique célébrée aujourd’hui, 1er juin, dans la chapelle du Chœur, avec les participants à l’assemblée générale des Œuvres Pontificales Missionnaires, le Cardinal Luis Antonio Tagle a tenu à rappeler la source profonde du dynamisme missionnaire qui anime l’Église.
Commentant le passage évangélique lu lors de la liturgie du jour, tiré de l'Évangile selon Saint Marc (Mc 12, 1-12), dans lequel Jésus raconte la parabole des vignerons meurtriers (« Ils se saisirent de son fils bien-aimé, le tuèrent et le jetèrent hors de la vigne »), le Cardinal Pro-Préfet du Dicastère pour l'Évangélisation - Section pour la Première Évangélisation et les nouvelles Églises particulières - a développé une réflexion sur la responsabilité des croyants en tant qu’administrateurs et non propriétaires du don de Dieu. « Dans l’Évangile, a expliqué le Cardinal, Jésus s’adresse aux chefs des prêtres, aux scribes et aux anciens. Son public principal était donc constitué des Juifs — les dirigeants religieux, culturels et sociaux de l’époque. À travers une parabole, il montre que Dieu prend soin de son peuple. La vigne est une image du peuple d’Israël et montre à quel point Dieu prend réellement soin de son peuple », tandis que les membres du peuple « se souviennent parfois des vérités de Dieu, d’autres fois ils l’oublient. Parfois ils louent Dieu, d’autres fois ils choisissent d’autres dieux. C’est le peuple appelé à être le peuple de Dieu. Mais Dieu est fidèle », a-t-il poursuivi.
Mais malgré l’inconstance du peuple face à la fidélité de Dieu, il existe une dynamique de mémoire et d’oubli qui offre une clé pastorale concrète. Le Cardinal a fait remarquer : « Nous avons une longue liste de problèmes à résoudre, mais nous n’avons pas de liste, ni de mémoire, des bénédictions que Dieu nous a accordées ». Cette opposition entre la « liste des problèmes » et la « mémoire des bénédictions » suggère que les crises de foi ne naissent pas seulement des difficultés réelles, qui ne doivent être ni sous-estimées ni niées, mais de la perte de la mémoire de l’action de Dieu. « Oui, il y aura toujours des difficultés, mais ouvrons les yeux sur l’action merveilleuse de Dieu dans notre vie, malgré nous », a insisté le Cardinal.
« Dans la parabole des vignerons, a poursuivi le Cardinal, il y a aussi un message qui doit nous inciter à faire un examen de conscience. Car les vignerons ont commencé à oublier qu’ils étaient des intendants ; ils ne voulaient pas partager la récolte. Ils voulaient la garder pour eux. Et cela les a amenés à repousser ceux qui avaient été envoyés par le maître pour percevoir sa part. Et quand même le fils du maître fut envoyé, ils dirent : « Si nous éliminons le fils, il n’y aura plus d’héritier. Nous deviendrons nous-mêmes les héritiers » », a-t-il rappelé, établissant un lien avec l’actualité. « Telle est la situation jusqu’à nos jours », a affirmé le Cardinal. « Regardons tous les conflits, les guerres qui ont lieu partout dans le monde et, malheureusement, même au sein de l’Église. » Puis il a lancé cette mise en garde : « Si nous oublions notre identité d’intendants à qui le Seigneur a confié le soin de sa vigne, nous pouvons rendre un mauvais service à Dieu et même ruiner la vigne. »
« C'est là, a insisté le Cardinal, une attitude essentielle pour la mission, qui « est véritablement une participation à la mission de Dieu — le Père qui prend soin de son peuple ».
Le Cardinal a ensuite encouragé toutes les personnes présentes à la messe – parmi lesquelles figuraient plus d’une centaine de directeurs et directrices nationaux des OPM venus à Rome des cinq continents – à louer Dieu les uns pour les autres : « Vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais chacun d’entre nous est un don précieux de Dieu. Nous pouvons avoir nos limites, chacun d’entre nous, mais nous sommes des dons précieux de Dieu. Et nous voulons remercier et louer Dieu les uns pour les autres. À tous ceux qui, de manière formelle ou informelle, sont liés à nous : je vous en prie, n’oubliez pas que nous faisons partie – aussi indignes que nous soyons – de la bénédiction de Dieu pour l’Église. Prenons soin les uns des autres. Prenons soin de la mission ».
Un véritable envoi en mission qui a eu lieu quelques instants avant l’audience des participants à l’Assemblée générale des OPM avec le Pape Léon XIV, et un rappel salutaire du fait que la source de l’élan missionnaire ne réside ni dans des stratégies ou des plans d’action, susceptibles d’être remis en question à la moindre difficulté, ni dans le génie personnel de l’un ou de l’autre, mais la reconnaissance d’un don inestimable et gratuit, celui de Dieu, dont il faut prendre soin. Un écho de la Première Lettre de Saint Paul apôtre aux Corinthiens : « J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. » (ML) (Agence Fides 1/6/2026)