Séminaires en Afrique, le père Guy Bognon (POSPA) : la formation des séminaristes nécessite également l'implication directe des Évêques

lundi, 13 juillet 2026 séminaires   séminaristes   evêques   eglises locales   oeuvres pontificales missionnaires  

Libreville (Agence Fides) – Alors que l’Afrique est aujourd’hui avec l’Asie l’un des deux seuls continents où le nombre de prêtres continue d’augmenter, et le seul où le nombre de séminaristes majeurs est en croissance, la question de la qualité de la formation est au centre des préoccupations de l’Œuvre Pontificale Missionnaire Saint-Pierre-Apôtre (POSPA).

Selon les données republiées par l’Agence Fides en octobre 2025, alors que le nombre total de prêtres dans le monde recule à 406 996 (soit 734 de moins que l’année précédente), l’Afrique enregistre une croissance significative (+1 451 prêtres) et voit également augmenter le nombre de séminaristes majeurs (+383), dans un contexte mondial où, en revanche, tous les autres continents enregistrent des chiffres en baisse.

« Nous sommes allés au Gabon, surtout à Libreville, du 15 au 20 du mois dernier, pour une formation de formateurs », confie le Père Guy Bognon, Secrétaire Général de la POSPA, bibliste de formation et ancien recteur de grands séminaires au Bénin à l’agence Fides. L’initiative a rassemblé une vingtaine de prêtres, provenant de tous les séminaires du pays, certains curés mais enseignant aussi dans les séminaires comme intervenants. Après la messe d’ouverture, les participants ont été invités à vivre une retraite spirituelle, centrée sur la Parole de Dieu et le sens de la consécration.

Après la messe d’ouverture, les participants ont été invités à vivre une retraite spirituelle, axée sur la Parole de Dieu et sur le sens de la consécration. « Nous avons commencé ainsi pour comprendre que la question de la formation dans les séminaires n’est pas seulement une « question intellectuelle », mais qu’elle touche le cœur. Nous avons axé cette retraite sur une méditation autour de la signification du fait de « se consacrer » », explique le père Bognon. Il s’agissait de contempler « la manière dont Jésus, lui-même consacré, a vécu cette réalité tout au long de sa vie, pour ensuite faire le lien avec nous, consacrés d’aujourd’hui, en tenant compte des défis qui se présentent à nous et des moyens concrets dont nous pouvons disposer pour notre mission ».

« Formation permanente » pour « se conformer toujours davantage au Christ »

Les jours suivants ont été consacrés à des conférences et à des débats. « Nous avons commencé par une réflexion intitulée “L’urgence et la nécessité de la formation permanente” », poursuit-il. « Beaucoup se demandent ce qu’ils ont encore à apprendre, mais il faut comprendre qu’on ne finit jamais d’apprendre : toute la vie est un chemin d’apprentissage. Une conversion permanente est nécessaire pour se conformer toujours davantage au Christ et pour se renouveler, surtout en tant que formateurs de séminaire, en approfondissant continuellement ses connaissances et sa vie intérieure ».

Les exigences du ministère de formateur, le parcours de formation au séminaire, les dimensions spirituelle, humaine, intellectuelle et pastorale ont été abordés en détail, notamment à la lumière de la « Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis », le document officiel du Saint-Siège, publié en 2016 sous le titre « Le don de la vocation » et qui établit les lignes directrices et les normes pour la formation des futurs prêtres dans l’Église universelle.


« Une attention particulière a été accordée à l'accompagnement spirituel des séminaristes », observe le père Bognon. « Cela ne s'improvise pas : il existe des règles et un savoir-faire qui ne s’apprennent pas seulement à l'université, mais aussi par l'expérience. On peut avoir des diplômes et être capable d'enseigner, mais cela ne suffit pas pour être un bon formateur. »


La session a également insisté sur « les aspects sensibles de l’affectivité, indispensables pour former des personnes équilibrées », sur la capacité à « rendre raison de sa foi » et sur la finalité pastorale de toute formation. La vie fraternelle a été un élément central de ces journées. « Ces journées ne se limitaient pas aux conférences : il y avait la messe quotidienne, la prière du bréviaire, des temps de partage fraternels », raconte le Secrétaire Général de la POSPA. « Nous voulions vivre comme des frères, afin de comprendre de l’intérieur ce qu’est la formation. »

La « quantité » des vocations ne suffit pas

Cette mission a également été l’occasion de plusieurs rencontres avec les responsables de l’Église au Gabon : le chargé d’affaires de la nonciature, Mgr Grzegorz Piotr Bielaszka, le président de la Conférence épiscopale, Jean-Vincent Ondo Eyene, Évêque d’Oyem, l’Archevêque de Libreville, Mgr Jean-Patrick Iba-Ba, l’Évêque de Franceville, Mgr Ephrem Ndjoni, et le Nonce Apostolique récemment nommé, Mgr Relwendé Kisito Ouédraogo. Le père Bognon souligne ainsi que « de nombreux aspects de la formation requièrent l’implication directe des évêques. Les formateurs agissent en leur nom et ne peuvent rien faire sans leur soutien ».


Pour le Père Serge-Patrick Mabickassa, coordinateur de la commission épiscopale communication, culture et tourisme et formateur au grand séminaire national Saint Augustin de Libreville, cette session répond à des urgences bien concrètes. Parmi les défis, il identifie le besoin d’« une formation intellectuelle qui met l’accent sur la théologie africaine », capable d’éclairer « les crises de foi liées aux rapports entre foi chrétienne et religion traditionnelle et culture gabonaise », l’apprentissage de la Lectio divina « pour tisser l’intimité avec le Seigneur », et « l’invitation à cultiver la charité pastorale envers les démunis et les chrétiens », dans un contexte où « trop souvent les laïcs nous reprochent un manque de proximité et d’attention à l’endroit des personnes fragiles ». «Ce séminaire de formation y a répondu en nous apportant les outils dont le futur prêtre a besoin pour être bien formé notamment, la maîtrise de la Parole de Dieu pour les futurs prêtres, et la lecture des pères de l'église pour résoudre les problèmes de foi et le rappel que le prêtre doit être à l'écoute de son peuple », confie-t-il à Fides.

La session, affirme-t-il, « nous aide à repenser nos pratiques pédagogiques et notre accompagnement spirituel parce qu’elle nous a apporté un aggiornamento sur les méthodes anciennes ». Avec la mise en œuvre de la Ratio, « on a découvert que désormais la ratio met le séminariste au centre de sa formation. Il est responsable de sa formation. Chaque séminariste est également son propre formateur et le formateur des autres séminaristes. »

Sur le plan intellectuel, le formateur constate que « avec l’avènement de l’IA et d’internet », le travail intellectuel peut être mis en difficulté lorsque les outils se substituent à la réflexion. Il appelle à « un apprentissage de l'usage éthique de l'intelligence artificielle pour éviter le manque d'inspiration dans la préparation des homélies et catéchèses des futurs prêtres », de même qu’à « une révision des méthodes de présentation des travaux scientifiques pour un meilleur exercice de l'intelligence de la foi.»

Dans cette dynamique, la POSPA se prépare à intervenir « dans différents pays — bientôt en Tanzanie, puis au Malawi et au Burkina Faso — parce que la formation des formateurs est au cœur de notre mission », insiste le Père Bognon. « Il est essentiel que les conférences épiscopales prennent cela au sérieux : la quantité de vocations ne suffit pas, il faut aussi la qualité. Former des prêtres ne consiste pas simplement à se réjouir d’avoir des séminaires pleins. Une formation de qualité dépend directement de la qualité des formateurs, et celle-ci exige une formation continue. Le sacerdoce ne s’achève pas avec l’ordination : il s’agit d’un processus qui dure toute la vie. »

Au terme de cette mission, la conviction partagée est claire : « Aujourd’hui, face aux défis du monde, il est essentiel d’avoir des prêtres bien formés, capables de guider », conclut le Père Bognon qui précise : « La qualité d’un prêtre dépend avant tout de sa vie intérieure, de sa relation avec Dieu, car c’est de là qu’il reçoit ce qu’il doit transmettre. »

(MLK-EG)(Agence Fides 13/7/2026)


Partager: