ASIE/INDE - L'Archevêque d'Imphal propose un « accord de paix au Manipur » alors que les tensions ethniques reprennent de plus belle

vendredi, 12 juin 2026

Archdiocese of Imphal

Imphal (Agence Fides) – Dans un contexte de forte tension lié à la crise des otages, qui a donné lieu à de nouveaux massacres, dont l’assassinat de deux pasteurs protestants d’ethnie Naga, l’Archevêque d’Imphal, Mgr Linus Neli, a lancé un appel en faveur d’un pacte qui pourrait être connu sous le nom d’« Accord du Manipur 2026 ». Comme rapporté à Fides, l’Archevêque, s’adressant à toutes les communautés du Manipur, a renouvelé son appel au dialogue, à la réconciliation et à la protection des vies des civils innocents dans un contexte de violences incessantes. Il a invité les trois principaux groupes ethniques de l’État – les Kuki, les Naga et les Meitei – à s’unir pour soutenir un pacte de paix inclusif et durable.
Mgr Neli, qui a publié une déclaration intitulée « Sur la protection de la vie humaine et la recherche de la paix », exprime à Fides sa « profonde douleur face à la perte de vies innocentes et à la destruction causée par plus de trois ans de conflit dans l’État ». Condamnant toute forme de violence contre les civils, il affirme : « Aucune circonstance ni justification ne peut légitimer la suppression d’une vie humaine innocente », réaffirmant « le caractère sacré de la vie et la dignité humaine ». « Les attaques délibérées contre les civils violent tant les principes moraux que les valeurs humaines universellement reconnues », a-t-il déclaré, exprimant sa solidarité avec les familles des victimes et des otages.
L’Archevêque tente de secouer les communautés en déclarant : « Nous appelons à la fin des représailles et de la vengeance. Nous appelons au pardon, à la justice réparatrice et à la recherche de la vérité, éléments essentiels pour rétablir la confiance entre les communautés ». « Une paix durable – poursuit-il – ne peut émerger que grâce à un dialogue constant entre les communautés, soutenu tant par les institutions traditionnelles que par les groupes de la société civile et les organisations capables d’assurer un rôle de médiation ». Dans cette voie, observe-t-il, « un désarmement progressif et le renforcement de la coopération transfrontalière sont nécessaires pour soutenir la croissance économique et la stabilité régionale », confirmant le soutien de l’Église catholique aux « initiatives qui favorisent la guérison, la responsabilité, la réconciliation et la paix ». Ces derniers jours, les catholiques ont organisé et vécu une Journée spéciale de prière pour la réconciliation au Manipur, à laquelle ont pris part des fidèles de tous les groupes ethniques, unis pour implorer de Dieu « le don de la paix ».
La « crise des otages » – l’enlèvement réciproque de civils entre les groupes Kuki et Naga en conflit – semblait se diriger vers une issue après la libération de 14 otages Kuki. Cependant, la découverte des corps de six civils Naga, brutalement torturés et assassinés, a ravivé avec force les hostilités ethniques, provoquant des manifestations et l’indignation au sein de la communauté Naga. Le 10 juin, les forces de sécurité ont retrouvé les corps de six hommes Naga enlevés le 13 mai. Parmi eux se trouvaient également deux pasteurs protestants : le révérend Manu Thiumai, leader respecté d’une communauté baptiste, et le pasteur Kenpibou, lui aussi responsable d’une communauté baptiste locale. Selon des sources locales, ces meurtres constitueraient une mesure de représailles suite à l’assassinat de trois pasteurs baptistes d’ethnie Kuki (cf. Fides 13/5/2026 et 19/5/2026).
Le massacre des six civils Naga a aggravé les tensions entre les communautés Naga et Kuki au Manipur. Le *United Naga Council* a organisé des manifestations, des barrages routiers et des rassemblements pour réclamer justice. Le *Naga Peoples’ Movement for Human Rights* (NPMHR) a également condamné l’assassinat des six otages, perpétré selon des méthodes qualifiées d’« extrêmement brutales », le qualifiant de « crime contre l’humanité » et d’« acte barbare ». Les dirigeants Naga rejettent désormais les accords de cessez-le-feu avec les groupes militants Kuki et demandent aux autorités civiles de procéder immédiatement à l’arrestation des responsables du massacre.
Le conflit interethnique au Manipur a pour conséquence le déplacement interne de civils issus des différents groupes qui, selon des sources gouvernementales, s’élevaient en juin 2026 à environ 60 000 personnes au total.
(PA) (Agence Fides 12/6/2026)


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