Fides
par Paolo Affatato
Cité du Vatican (Agence Fides) - Concernant le conflit au Moyen-Orient, « la Malaisie soutient le dialogue, le respect du droit international et la protection de la dignité humaine, conditions indispensables à un ordre international stable et juste ». Le pays « soutient l’engagement de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) en faveur de la paix, de la stabilité et d’un ordre régional fondé sur des règles ». C’est ce qu’affirme, dans une interview accordée à l’Agence Fides, Hendy Assan, ambassadeur de Malaisie auprès du Saint-Siège. Diplomate catholique originaire de la partie insulaire de la Malaisie (île de Bornéo), l’ambassadeur Assan, citoyen d’un pays multiculturel et multiconfessionnel, confirme la volonté de rétablir un climat de paix et de coopération en Asie du Sud-Est, déchirée par le conflit au Myanmar et par les récentes tensions entre la Thaïlande et le Cambodge.
D - Monsieur l'ambassadeur Assan, le monde est en proie à une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Quel est votre point de vue, du point de vue de l'Orient ?
La situation au Moyen-Orient est extrêmement grave et profondément préoccupante. Il ne s'agit pas simplement d'un nouveau conflit régional, mais d'un conflit qui risque de dégénérer en une guerre de plus grande ampleur, avec des conséquences mondiales très dangereuses sur les plans humanitaire, politique et même moral. Lorsque la violence s'intensifie dans une région aussi sensible et historiquement complexe, son impact s'étend bien au-delà de ses frontières.
Conformément aux principes de longue date de la politique étrangère de la Malaisie, le premier constat que nous devons faire est que la guerre ne peut jamais être considérée comme une solution aux problèmes politiques. La guerre peut temporairement modifier la réalité sur le terrain, mais elle multiplie presque toujours les souffrances, aggrave les divisions et crée des blessures qui durent des générations. Les victimes immédiates sont toujours les civils, les familles, les enfants et les gens ordinaires qui n’ont aucune responsabilité dans les décisions politiques mais en paient le prix le plus fort.
La Malaisie a toujours soutenu le dialogue pacifique, le respect du droit international et la protection de la dignité humaine. Ce ne sont pas là des idéaux abstraits. Ce sont des nécessités concrètes si nous voulons un ordre international stable et juste. Il est essentiel que toutes les parties fassent preuve de modération, évitent une nouvelle escalade et reprennent dès que possible le dialogue diplomatique. La communauté internationale doit renouveler son engagement en faveur d’une paix juste et durable au Moyen-Orient.
La paix ne s'impose pas par la force. Elle se construit avec courage, par le dialogue et la reconnaissance mutuelle. Le monde d'aujourd'hui n'a pas besoin de plus d'armes ni de plus de conflits. Il a besoin de sagesse, de patience et de la volonté politique de choisir la paix plutôt que le conflit.
D - Pour en venir à la situation de votre pays, la Malaisie est une nation multiculturelle et multiethnique. Comment peut-on maintenir l'unité nationale et prévenir les conflits sociaux ou religieux ? Comment préserver l'harmonie ?
La Malaisie compte environ 35 millions d'habitants et se compose de Malais et d'autres communautés autochtones bumiputera, qui représentent ensemble environ 70 % de la population, de Malais d'origine chinoise (environ 23 %), d'Indiens (environ 7 %) et de nombreuses communautés autochtones, principalement à Sabah et au Sarawak. L'islam est la religion officielle de la Fédération, mais le bouddhisme, le christianisme, l'hindouisme, le sikhisme et les croyances traditionnelles sont tous pratiqués ouvertement.
Dans un tel contexte, l'unité nationale ne peut être considérée comme acquise ; elle doit être cultivée de manière délibérée. La Constitution fédérale en fournit le cadre de référence central. Elle reconnaît l'islam comme religion de la Fédération, tout en garantissant la liberté de religion. Le « Rukun Negara », notre philosophie nationale introduite après les événements de mai 1969, énonce les principes qui guident notre coexistence : la foi en Dieu, la loyauté envers le Roi et la patrie, la primauté de la Constitution, l'État de droit, la bonne conduite et la moralité.
L'harmonie est maintenue grâce à une combinaison de garanties juridiques, de politiques de développement inclusives et d'un engagement intercommunautaire constant. Cependant, des défis subsistent. Les politiques identitaires peuvent s'intensifier en période d'incertitude économique. Les réseaux sociaux peuvent amplifier les discours polarisants. Les disparités socio-économiques entre les régions et les communautés doivent être abordées avec prudence afin d'éviter tout ressentiment. La clé pour prévenir les conflits réside dans le renforcement des institutions, la promotion de l'éducation civique et l'encouragement d'un dialogue constant entre les groupes religieux et ethniques, en particulier parmi les jeunes.
D - Le soutien aux politiques islamiques conservatrices semble gagner du terrain dans le pays, en particulier parmi les jeunes électeurs malaisiens. Comment la liberté de religion est-elle garantie en Malaisie ?
Selon un sondage réalisé en 2023 par le Pew Research Center, 86 % des musulmans malais se sont prononcés en faveur de l'officialisation de la loi islamique (charia), mais ce résultat doit être replacé dans le contexte de l'actuel système juridique malais. La Malaisie applique déjà un système juridique dualiste. Les tribunaux de la charia ont compétence sur les questions personnelles et familiales des musulmans, tandis que les tribunaux civils conservent leur autorité en matière pénale, constitutionnelle et à l'égard des non-musulmans.
La liberté religieuse est garantie par l'article 11 de la Constitution fédérale, qui consacre le droit de toute personne à professer et à pratiquer sa religion. Les non-musulmans ne sont pas soumis à la juridiction de la charia. Les églises, les temples et autres lieux de culte fonctionnent ouvertement dans tout le pays. Les communautés chrétiennes, y compris les catholiques, célèbrent des liturgies dans différentes langues et gèrent des institutions sociales et caritatives.
Le défi consiste à préserver l'équilibre constitutionnel, tout en reconnaissant les aspirations de la majorité musulmane. La Malaisie n'est pas un État théocratique ; c'est une monarchie constitutionnelle dans laquelle l'islam occupe une position constitutionnelle particulière. Le maintien de cet équilibre nécessite l'indépendance du pouvoir judiciaire, un leadership politique responsable et un engagement constant en faveur de la modération.
D - En novembre 2025, 900 délégués des Églises catholiques de 32 pays d'Asie se sont réunis à Penang pour débattre du thème « Marcher ensemble en tant que peuples d'Asie ». La Malaisie partage-t-elle cette aspiration ?
La Malaisie adhère pleinement à l'aspiration exprimée lors de la rencontre de Penang sur le thème « Marcher ensemble en tant que peuples d'Asie ». Le grand pèlerinage de l’espérance 2025, organisé à Penang et soutenu par la Fédération des conférences épiscopales d’Asie, a mis l’accent sur l’unité, le dialogue, la mission commune et l’esprit de synodalité dans le cheminement commun en tant qu’Église et en tant que peuples d’Asie. L’attention portée à l’espoir, à l’écoute et à la solidarité entre les cultures est profondément ancrée dans le tissu social de la Malaisie.
Dans une nation multiconfessionnelle et multiethnique, les cinq principes de la philosophie nationale malaisienne, le Rukun Negara, visent à promouvoir l’unité, le respect mutuel et l’harmonie sociale. Ces principes ont été introduits pour renforcer la cohésion au sein d’une société diversifiée et restent aujourd’hui encore au cœur de l’identité malaisienne.
Au fond, la Malaisie valorise le respect de la diversité, la coexistence pacifique et la responsabilité partagée pour le bien commun. Bien que des défis subsistent, l'aspiration à « marcher ensemble » est profondément ancrée dans l'histoire et les valeurs de la nation.
D - Comment l'État considère-t-il l'Église catholique ? Quelles sont les relations bilatérales ?
La communauté catholique de Malaisie fait partie de la minorité chrétienne au sens large et a contribué de manière significative au développement du pays, notamment dans les domaines de l'éducation, de la santé et des services sociaux. Les écoles et les institutions missionnaires catholiques ont joué un rôle de premier plan dans la construction de la nation, en formant des générations de Malais de différentes ethnies et religions. Les activités caritatives et d'aide sociale de l'Église, y compris le soutien aux communautés marginalisées et vulnérables, sont généralement perçues de manière positive, car elles s'inscrivent dans la ligne de l'importance accordée par la Malaisie à la cohésion sociale et au développement inclusif. Au niveau national, les relations entre l'État et l'Église catholique sont régies par des mécanismes juridiques et administratifs bien établis qui régissent les questions religieuses. L'Église opère librement dans les limites de la loi malaisienne, en maintenant des structures diocésaines en Malaisie péninsulaire, ainsi qu'à Sabah et au Sarawak, où le christianisme est particulièrement présent. Le dialogue entre les autorités publiques et les dirigeants de l'Église s'effectue généralement par le biais de plateformes consultatives et interreligieuses, notamment sur des questions relatives à l'harmonie sociale et aux sensibilités religieuses.
D - Qu'en est-il des relations avec le Saint-Siège et comment évoluent-elles ?
Les relations entre la Malaisie et le Saint-Siège sont cordiales et constructives. Des relations diplomatiques officielles ont été établies en 2011, témoignant de la reconnaissance par la Malaisie du rôle unique du Saint-Siège dans les affaires internationales, non seulement en tant qu'autorité centrale dirigeant l'Église catholique, mais aussi en tant qu'entité souveraine de droit international dotée d'une voix morale et diplomatique bien affirmée.
La Malaisie salue l'engagement constant du Saint-Siège en faveur de la paix, du dialogue entre les civilisations, de l'éradication de la pauvreté, de la protection de l'environnement et de la dignité humaine. Ces priorités s'inscrivent en parfaite harmonie avec les principes de la politique étrangère malaisienne, notamment la modération, le multilatéralisme et le règlement pacifique des différends.
Parallèlement, la Malaisie considère le Saint-Siège comme un partenaire précieux dans la promotion du dialogue interreligieux. En tant que société multiconfessionnelle et multiethnique, la Malaisie accorde une grande importance à la promotion du respect mutuel et de la compréhension entre les communautés religieuses. La longue expérience du Saint-Siège en matière de dialogue interreligieux, y compris le dialogue avec les communautés musulmanes à l’échelle mondiale, offre une plateforme importante pour la coopération et l’échange de bonnes pratiques.
En substance, l’État malaisien considère l’Église catholique comme partie intégrante de son tissu social diversifié, tandis que ses relations bilatérales avec le Saint-Siège sont caractérisées par le respect mutuel, des préoccupations éthiques communes et un engagement partagé en faveur du dialogue et de la paix. Cette relation n’est pas purement symbolique ; elle repose sur un engagement substantiel, tant au niveau national qu’international, et reflète un partenariat mûr et tourné vers l’avenir.
D - Saint François Xavier, le saint catholique qui a porté l'Évangile en Orient, a débarqué à Malacca : voit-on aujourd'hui son héritage dans le pays et, en particulier, dans la vie de la communauté catholique ?
L'arrivée de saint François Xavier à Malacca en 1545 a marqué un tournant décisif dans les débuts de l'Église catholique en Asie du Sud-Est. Il n'est pas venu simplement en tant que voyageur, mais comme l'un des missionnaires les plus déterminés de la Compagnie de Jésus, chargé de diffuser l'Évangile dans toute l'Asie à partir de cette ville portuaire stratégique. Malacca devint en effet une base fondamentale pour sa préparation aux missions dans des lieux tels que le Japon et pour sa tentative de pénétrer en Chine. Sa présence ne fut pas éphémère : il effectua plusieurs voyages entre 1545 et 1552, prêchant, administrant les sacrements, soignant les malades et évangélisant les colons portugais et les populations locales.
L'un des héritages les plus tangibles de son passage à Malacca est la communauté catholique qui prospère encore aujourd'hui dans cette région. La foi catholique qu'il a contribué à diffuser s'est développée et a évolué au fil des siècles, donnant naissance aux structures ecclésiastiques organisées que nous connaissons aujourd'hui ; par exemple, le diocèse catholique de Malacca-Johor dessert des milliers de fidèles dans toute la Malaisie. Au niveau local, l'église Saint-François-Xavier constitue un témoignage visible et vivant de cet héritage. Construite au milieu du XIXe siècle sur le site d'anciennes missions portugaises, cette église néogothique n'est pas seulement l'une des plus anciennes et des plus grandes églises catholiques de Malacca, mais elle est encore pleinement opérationnelle en tant que paroisse, où les messes et les activités communautaires se déroulent régulièrement.
Un autre signe tangible de l'influence toujours présente de saint François Xavier est la célébration annuelle de sa fête, le 3 décembre. Chaque année, des catholiques venus de toute la Malaisie et de l'étranger se rassemblent souvent près des ruines de l'ancienne église Saint-Paul, sur la colline de Saint-Paul, où le corps de Xavier fut autrefois inhumé, pour célébrer sa vie et sa mission par des messes et des processions spéciales. Au-delà de la liturgie et des édifices historiques, son héritage perdure dans d'autres institutions qui témoignent du rôle de l'Église dans la vie sociale. Les écoles catholiques de Malacca, dont certaines remontent à l'époque missionnaire ou portent le nom de François Xavier, continuent d'éduquer les jeunes, quelle que soit leur confession religieuse.
Mais cet héritage n'est pas seulement institutionnel ou architectural. Pour de nombreux catholiques de Malaisie aujourd'hui, saint François Xavier incarne un modèle spirituel de zèle missionnaire, de compassion et d'ouverture envers les différentes cultures. Son exemple encourage les fidèles locaux à vivre leur foi au sein d'une société multiconfessionnelle, en s'engageant dans le service et le dialogue avec leurs voisins d'autres confessions. L'Église en Malaisie reflète cette même rencontre interculturelle qui a caractérisé sa mission, réunissant des fidèles d'origine malaise, chinoise, indienne et autochtone. Ce type d'héritage vivant se manifeste souvent dans la vie paroissiale quotidienne : programmes d'aide, engagement interreligieux et initiatives de construction communautaire ancrées dans la doctrine sociale catholique.
D - L'influence de l'Église catholique malaisienne dans le domaine de l'éducation a diminué depuis que le gouvernement a pris en charge l'enseignement tant dans les écoles publiques que privées. Pourquoi ne pas donner à une institution telle que l'Église catholique la possibilité d'agir librement et de manière autonome au sein du système éducatif, dans le cadre de règles communes ?
Les écoles missionnaires catholiques ont joué un rôle fondamental dans le système éducatif malais à ses débuts. Après l'indépendance, nombre de ces écoles ont été intégrées au système national afin de garantir la normalisation, l'égalité d'accès et l'alignement sur les politiques éducatives nationales.
L'éducation en Malaisie est étroitement liée à la construction de la nation, à la politique linguistique et à la cohésion sociale. Alors que le gouvernement conserve la supervision du programme scolaire national, les écoles missionnaires continuent de préserver leur identité et leurs valeurs historiques. Les établissements catholiques restent actifs dans l'enseignement supérieur privé et l'engagement social.
La question de l'autonomie doit donc être abordée dans le cadre plus large de l'intégration nationale et de la gouvernance constitutionnelle. Un partenariat constructif, plutôt qu'une séparation institutionnelle, offre une voie plus durable pour l'avenir.
D - Quel est le rôle et la contribution spécifique de la Malaisie au sein de l'ASEAN ?
La Malaisie est un membre fondateur de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), créée en 1967. Elle a toujours défendu le rôle central de l'ASEAN, contribué à l'architecture de sécurité régionale et encouragé l'intégration économique, notamment par le biais de la zone de libre-échange de l'ASEAN.
Le rôle de la Malaisie au sein de l'ASEAN, en particulier en tant que présidente du 47e sommet de l'ASEAN à Kuala Lumpur, a été marqué par le leadership, la coordination et la recherche constante d'un consensus. Sous le thème « Inclusion et durabilité », la Malaisie s'est efforcée de veiller à ce que l'ASEAN reste unie, tournée vers l'avenir et réactive face aux défis régionaux et mondiaux.
Sur le plan politique, la Malaisie a renforcé l'engagement de l'ASEAN en faveur de la paix, de la stabilité et d'un ordre régional fondé sur des règles. En tant que président, le Premier ministre Anwar Ibrahim a orienté les discussions de manière à mettre l'accent sur le dialogue, la diplomatie et le respect mutuel entre les États membres. La Malaisie a constamment souligné l'importance du rôle central et de l'unité de l'ASEAN, en particulier en cette période de tensions géopolitiques croissantes.
Sur le plan économique, la Malaisie a intensifié ses efforts en faveur de l'intégration régionale. Au cours de sa présidence, des progrès substantiels ont été réalisés concernant les objectifs économiques prioritaires, notamment la mise à jour de l'Accord de l'ASEAN sur le commerce des marchandises, l'avancement des travaux sur l'Accord-cadre de l'ASEAN sur l'économie numérique et les initiatives visant à renforcer la résilience de la chaîne d'approvisionnement en semi-conducteurs. La Malaisie a également plaidé en faveur d'une coopération financière plus étroite, de cadres financiers durables et de la diversification des partenariats commerciaux afin de garantir la compétitivité à long terme de l'ASEAN.
En matière de durabilité et de transition énergétique, la Malaisie a promu des initiatives régionales telles que le réseau électrique de l'ASEAN, la stratégie pour la neutralité carbone, le plan de mise en œuvre de l'économie bleue et la Déclaration sur le droit à un environnement sûr, propre, sain et durable. Ces efforts reflètent l'engagement de la Malaisie à concilier croissance économique et responsabilité environnementale.
Dans le domaine humanitaire, notamment en ce qui concerne le Myanmar, la Malaisie a joué un rôle constructif en soutenant le fonctionnement des mécanismes humanitaires de l'ASEAN, notamment le Centre d'aide humanitaire de l'ASEAN (AHA), et en appelant à une aide sûre et inclusive.
Dans l'ensemble, la contribution de la Malaisie a consisté à renforcer la cohérence institutionnelle de l'ASEAN, à promouvoir des résultats concrets et à maintenir l'unité dans la gestion de questions régionales complexes.
D - En avril 2021, l'ASEAN a élaboré un plan de paix pour le Myanmar, également connu sous le nom de « Consensus en cinq points », qui est resté lettre morte en raison de la poursuite du conflit dans le pays. Que faudrait-il faire maintenant ? Que propose la Malaisie au sein de l'ASEAN pour rouvrir la voie à la négociation ?
Le Consensus en cinq points reste le cadre de référence adopté par l'ASEAN pour faire face à la crise au Myanmar. Cependant, sa mise en œuvre a été inégale et le conflit se poursuit. Le principal défi aujourd'hui n'est pas d'abandonner ce cadre, mais de le rendre plus efficace et plus concret.
À ce stade, l'accès humanitaire doit rester la priorité immédiate. Au cours de notre présidence de l’ASEAN, nous avons souligné l’importance d’une aide humanitaire sûre, transparente, inclusive et non discriminatoire. La Malaisie soutient le renforcement du rôle du Centre AHA et la garantie que l’aide parvienne aux communautés touchées dans tout le Myanmar. La coopération humanitaire peut servir de mesure pour renforcer la confiance et ouvrir la voie à un engagement plus large.
Outre les efforts humanitaires, il est nécessaire de relancer le dialogue politique. Le Consensus en cinq points préconise un dialogue constructif entre toutes les parties. La Malaisie estime que l’ASEAN doit continuer à promouvoir un engagement inclusif, soutenu par le mécanisme de l’Envoyé spécial, tout en préservant l’unité de l’ASEAN. Des critères plus clairs, des mécanismes de reddition de comptes plus solides et un engagement diplomatique constant peuvent contribuer à redynamiser le processus.
L'approche de la Malaisie est pragmatique. Elle reconnaît que les progrès peuvent être graduels. Plutôt que de remplacer le Consensus en cinq points, la Malaisie préconise son renforcement par des mesures concrètes, un engagement constant et une coordination accrue entre les États membres de l'ASEAN et les partenaires internationaux.
L'objectif n'est pas d'imposer une solution, mais de réouvrir la voie à la négociation et de réduire la violence, conformément aux principes de l'ASEAN.
D - Comment la Malaisie perçoit-elle les récentes tensions et le conflit entre la Thaïlande et le Cambodge ? Comment normaliser les relations bilatérales entre ces deux pays afin de rétablir pleinement un climat de paix en Asie du Sud-Est ?
La Malaisie observe avec une profonde inquiétude les récentes tensions entre la Thaïlande et le Cambodge, principalement parce que toute instabilité entre deux États membres de l'ASEAN a des répercussions plus larges sur la paix régionale, l'intégration économique et la crédibilité de l'ASEAN en tant que bloc soudé.
En tant que présidente de l'ASEAN en 2025, la Malaisie, sous la direction du Premier ministre Anwar Ibrahim, a adopté une approche proactive mais soigneusement calibrée. La Malaisie a facilité un cessez-le-feu immédiat en juillet 2025 et a joué un rôle central en accueillant et en facilitant la signature de l'Accord de paix de Kuala Lumpur le 26 octobre 2025. L'objectif était clair : désescalade, rétablissement de la paix et de l'intégration, réouverture des canaux de communication et réaffirmation de l'engagement des deux pays en faveur d'un règlement pacifique des différends. La Malaisie a toujours défini son rôle comme celui d'un facilitateur neutre, offrant une plateforme fiable pour le dialogue, plutôt que d'intervenir dans les affaires internes ou souveraines de l'une ou l'autre des parties.
L'objectif n'est pas simplement l'absence de conflits armés, mais le rétablissement de la confiance et le renforcement de la solidarité au sein de l'ASEAN. En donnant la priorité au dialogue, au respect mutuel et aux processus institutionnels, la Malaisie estime que la Thaïlande et le Cambodge peuvent normaliser leurs relations et contribuer à nouveau à un climat de paix et de coopération en Asie du Sud-Est.
D - Quel rôle les chefs religieux et le dialogue interreligieux peuvent-ils jouer dans la résolution des conflits et l'instauration de la paix, tant au niveau local qu'au niveau mondial ?
Les chefs religieux jouissent d'une crédibilité morale et d'une influence au niveau local. Ils peuvent façonner les discours, lutter contre l'extrémisme et promouvoir la réconciliation. Le dialogue interreligieux favorise la compréhension mutuelle et réduit le risque de malentendus.
En Malaisie, le dialogue interreligieux a constitué un mécanisme important pour apaiser les tensions et renforcer la cohésion sociale. À l'échelle mondiale, la diplomatie religieuse peut compléter les négociations politiques en abordant les dimensions éthiques et humanitaires des conflits. La consolidation de la paix et le dialogue interreligieux constituent des domaines naturels de collaboration avec le Saint-Siège. Notre attention commune portée à la dignité humaine, au dialogue et à la coexistence pacifique offre une base solide pour une coopération continue.
(Agence Fides 29/3/2026)