La mission au-delà des illusions de l’efficacité : sur les traces de la Vénérable Petite Sœur Magdeleine de Jésus

mercredi, 14 octobre 2026 mission     communautés religieuses   sainteté  

Alger (Agence Fides) – « Le Seigneur m'a prise par la main et, les yeux fermés, je l'ai suivi ». C’est par ces mots, qui résument l’essence même d’une existence entière consacrée à l’Évangile, que Mgr Diego Sarrió Cucarella, Évêque de Laghouat-Ghardaïa, a publié une nouvelle lettre pastorale pleine de ferveur intitulée « Marcher à la suite du Christ ».

Diffusée au cœur du Sahara algérien, cette lettre commémore le cinquième anniversaire de la reconnaissance des vertus héroïques de la Vénérable Petite Sœur Magdeleine de Jésus, fondatrice des Petites Sœurs de Jésus, survenue le 13 octobre 2021.

Née à Paris en 1898 sous le nom d’Élisabeth Marie Magdeleine Hutin, la future Petite Sœur Magdeleine a marqué l’histoire de l’Église du XXe siècle par un charisme de fraternité universelle et de proximité radicale avec les plus pauvres et avec le monde musulman. Sa cause de béatification a franchi une étape fondamentale il y a tout juste cinq ans, lorsque le Pape François a autorisé la promulgation du décret sur ses vertus héroïques, confirmant ainsi l’extraordinaire intensité de son témoignage spirituel.

La primauté de la relation sur l'efficacité pastorale

Le cœur même de la réflexion proposée par Mgr Sarrió Cucarella trouve son ancrage dans un constat profond qui interpelle l’Église d’aujourd’hui : la véritable fécondité de la mission n’est pas liée à une prétention à l’efficacité « mesurable », à l’activisme ou à des stratégies de réussite, mais à la rencontre et à l’union profonde avec le Christ. Dans son texte pastoral, l’Évêque de Laghouat-Ghardaïa rappelle comment la Petite Sœur Magdeleine elle-même, dès ses premiers pas dans le désert algérien à Sidi Boujnan (Touggourt), où la première fraternité a vu le jour en 1939, avait compris que le Seigneur ne l’appelait pas à reproduire une œuvre grandiose ni à s’imposer par la force de la puissance humaine, mais à laisser l’Évangile porter ses fruits à travers le silence, la prière et le partage de la vie quotidienne.

À une époque qui exalte la vitesse, la productivité et les résultats mesurables, le témoignage de la Vénérable nous ramène à l’école de Bethléem et de Nazareth. À Bethléem, Dieu choisit la petitesse et la fragilité d’un enfant pour manifester son salut, nous enseignant que la force chrétienne réside dans l’amour qui se donne, et non dans la prétention à dominer la réalité. À Nazareth, le Fils de Dieu partage pendant de longues années la vie ordinaire et cachée des hommes. C’est de là que jaillit le charisme des Petites Sœurs : la présence précède l’action ; l’écoute précède l’enseignement ; l’amour fraternel précède tout projet pastoral.

Sur les traces de Charles de Foucauld au Sahara

La Lettre pastorale met en lumière le lien spirituel indissoluble qui unissait la Petite Sœur Magdeleine et saint Charles de Foucauld. Bien qu’ils ne se soient jamais rencontrés en personne – le frère Charles étant décédé en 1916 –, la jeune Magdeleine reconnut dans ses écrits, qu’elle avait découverts grâce au livre de René Bazin (Charles de Foucauld, explorateur du Maroc, ermite au Sahara, 1921), l’idéal évangélique qui brûlait dans son cœur. À l’instar du grain de blé tombé en terre qui meurt pour porter beaucoup de fruit, Charles de Foucauld n’a pas laissé derrière lui de grandes structures efficaces, mais un témoignage d’abandon radical à Dieu, qui s’exprime dans la célèbre prière d’abandon.

Reprenant cet héritage spirituel, Mgr Cucarella souligne que l’Église au Sahara, bien que peu nombreuse et enracinée dans une région à majorité musulmane, ne doit pas mesurer sa vitalité à l’aune de logiques de pouvoir ou d’efficacité mondaine. La mission s’accomplit en devenant « prochain », en tissant des liens d’amitié véritable et de respect mutuel, à l’exemple de Jésus qui a choisi d’habiter parmi les hommes.

Une joie qui s'épanouit dans le désert

Cette perspective trouve son accomplissement dans la joie chrétienne, celle dont la Petite Sœur Magdeleine témoignait par la lumière de son visage et de son sourire. Une joie à l’abri de la banalité, qui n’ignore ni les épreuves ni la solitude, mais qui jaillit de l’expérience que le Seigneur précède toujours ses disciples.

En commémorant les cinq ans de la reconnaissance de ses vertus héroïques, le diocèse de Laghouat-Ghardaïa se place à nouveau à l’école de la Vénérable pour redécouvrir que la suite du Christ engendre des attitudes authentiques d’humilité et de docilité : se remettre entre les mains du Père : « Dieu m’a prise par la main et, aveuglément, je l’ai suivi » (Dieu m'a prise par la main et, aveuglément, je l'ai suivi). Une confiance aveugle, non pas au sens d'un renoncement à la liberté intérieure ou à la capacité de discernement, mais au sens d'une attitude à regarder les choses et le monde qui naît d'une raison éclairée par la foi, en reconnaissant que c'est précisément en s'en remettant à la volonté de Dieu que la vie porte le fruit le plus abondant. Un message qui, parti des sables du Sahara, continue d’éclairer le chemin de l’Église universelle.

(MLK) (Agence Fides 14/10/2026)


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