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Annaba (Agence Fides) – Chaque homme et chaque femme est appelé à renaître, à faire l’expérience du don d’une vie nouvelle, signe et gage du salut éternel. Et cette nouvelle naissance ne s’obtient pas par des efforts de perfection morale. Elle s’épanouit comme un don gratuit chez ceux qui font l’expérience, ici-bas, que « notre vie peut changer parce que le Christ est ressuscité d’entre les morts ».
À Annaba, l’ancienne Hippone, dans l’après-midi du mardi 14 avril, Léon XIV célèbre la messe dans l’église dédiée à saint Augustin, moment final de ces deux journées intenses passées en terre algérienne. L’Évêque de Rome, qui appartient à l’ordre augustinien, répète, dans la ville où le « Doctor Gratiae » fut Évêque , ce que son saint patron a témoigné par sa vie et ses œuvres : que la foi et l’Église ne vivent que de la grâce du Christ. C’est pourquoi l’Église peut toujours être une « Église naissante », et les récits de la concorde entre les premiers disciples rapportés dans les Actes des Apôtres peuvent représenter à jamais la « règle » de toute réforme ecclésiale.
Dans son homélie, prononcée en français dans la basilique d’Annaba, Léon XIV s’est inspiré de l’Évangile de la liturgie du jour, avec le récit de la conversation nocturne entre Nicodème et Jésus, qui confie à son interlocuteur « et à nous aussi » la tâche « surprenante » de « renaître d’en haut ».
De l’appel de Jésus – a poursuivi le pape Prevost – « découle la mission pour toute l’Église, et donc pour la communauté chrétienne d’Algérie : naître de nouveau d’en haut, c’est-à-dire de Dieu ». Une mission impossible, un commandement que personne ne peut accomplir par ses propres forces. Mais « la grâce du Seigneur fait fleurir le désert ». Les paroles de Jésus à Nicodème ne constituent pas « une imposition dure », ni « une condamnation à l’échec », puisque « nous pouvons renaître d’en haut, grâce à Dieu ». Et « tandis que le Christ nous demande de renouveler notre existence, il nous donne aussi la force de le faire ».
Le Pape Léon cite la célèbre invocation que l’on trouve dans les Confessions de saint Augustin : « Donne, ô Seigneur, ce que tu commandes, et commande ce que tu veux ». Peu importe, commente le Souverain Pontife, « à quel point nous sommes accablés par la douleur ou par le péché : le Crucifié porte tous ces fardeaux avec nous et pour nous. Peu importe à quel point nous sommes découragés par nos faiblesses : c’est précisément là que se manifeste la force de Dieu, qui a ressuscité le Christ d’entre les morts pour donner la vie au monde ». Et « chacun de nous peut faire l’expérience de la liberté de la vie nouvelle qui vient de la foi dans le Rédempteur ».
L’image authentique de la vie nouvelle de ceux qui marchent à la lumière de la résurrection du Christ – a suggéré le Successeur de Pierre dans la deuxième partie de son homélie – se dessine dans les récits des Actes des Apôtres, où transparaît « le style qui caractérise l’humanité renouvelée par l’Esprit Saint ». C’est pourquoi – a souligné Léon XIV – la « règle apostolique » des Actes reste à jamais « le critère authentique » de la réforme ecclésiale : une réforme « qui commence par le cœur, pour être authentique ».
Le Souverain Pontife s'est attardé sur les traits qui caractérisaient la mission des premières communautés chrétiennes, telle qu'elle est décrite dans les Actes des Apôtres : la concorde, c'est-à-dire la « communion des cœurs qui battent à l'unisson, parce qu’ils sont unis à celui du Christ » ; la charité réciproque, allant jusqu’au partage total des biens, non pas pour poursuivre des utopies, mais parce que « la foi en l’unique Dieu, Seigneur du ciel et de la terre, unit les hommes selon une justice parfaite ». Animée par cette loi, que seul Dieu peut inscrire dans les cœurs, « l’Église est toujours naissante, parce que là où règne le désespoir, elle enflamme l’espérance ; là où règne la misère, elle introduit la dignité ; là où il y a conflit, elle apporte la réconciliation ». Avec une charité qui, avant d’être « un engagement moral, est un signe de salut. Les Apôtres proclament que notre vie peut changer parce que le Christ est ressuscité d’entre les morts ».
Dans la conclusion de son homélie, le Souverain Pontife a demandé aux chrétiens d’Algérie de « rester un signe humble et fidèle de l’amour du Christ ». La présence des chrétiens, petit troupeau dispersé parmi la multitude de leurs compatriotes musulmans, a déclaré le Pape, « fait penser à l’encens : un grain incandescent qui diffuse son parfum parce qu’il rend gloire au Seigneur, et apporte joie et réconfort à beaucoup de frères et sœurs. Cet encens est un petit élément précieux qui n’est pas au centre de l’attention mais qui invite à tourner nos cœurs vers Dieu, en nous encourageant mutuellement à persévérer dans les difficultés du temps présent ».
Le Souverain Pontife a rappelé l’histoire de l’Église en Algérie, « faite d’accueil généreux et de ténacité dans l’épreuve : ici – a rappelé Léon XIV – les martyrs ont prié, ici saint Augustin a aimé son troupeau en recherchant la vérité avec passion et en servant le Christ avec une foi ardente.» « Soyez les héritiers », a conclu l’Évêque de Rome, « de cette tradition, en témoignant, dans la charité fraternelle, de la liberté de ceux qui naissent d’en haut comme espérance de salut pour le monde ».
Dans l'après-midi du lundi 13 avril, à Alger, dans la basilique Notre-Dame d'Afrique, Léon XIV avait déjà rencontré de nombreux membres de la petite communauté catholique locale, multiethnique. « Cette basilique est un lieu de rencontre et de fraternité ; plus de 9 personnes sur 10 qui en franchissent le seuil sont de religion musulmane », avait rappelé le Cardinal Jean-Paul Vesco, Archevêque d’Alger, dans son discours de bienvenue. « “Madame l’Afrique”, comme on l’appelle souvent ici, fait partie du patrimoine de l’Algérie et du cœur des Algériens. L’inscription qui les accueille, « priez pour nous et pour les musulmans », exprime la vocation maternelle de Marie pour toute l’humanité, et la vocation de cette basilique qui recueille tant de confidences et accueille de nombreuses manifestations culturelles ou religieuses, parmi lesquelles les journées mariales islamo-chrétiennes ». « C’est l’amour pour les frères qui a suscité le témoignage des martyrs dont nous avons fait mémoire », a déclaré le Pape Léon lors de cette rencontre, en évoquant avec émotion les 19 martyrs d’Algérie béatifiés à Oran le 8 décembre 2018. « Face à la haine et à la violence », a-t-il ajouté, « ils sont restés fidèles à la charité jusqu’au sacrifice de leur vie, aux côtés de tant d’hommes et de femmes, chrétiens et musulmans. Ils l’ont fait sans prétention et sans faire de bruit, avec la sérénité et la fermeté de ceux qui ne se vantent pas et ne désespèrent pas, car ils savent à qui ils ont fait confiance ».
Ce même lundi 13 avril, le Souverain Pontife a adressé une lettre aux cardinaux du monde entier, rendue publique aujourd’hui, dans laquelle il s’attarde en particulier « sur ce qui a mûri » au sein des groupes de travail consacrés à l’Exhortation apostolique *Evangelii gaudium* lors du consistoire de janvier dernier, « surtout en référence à la mission et la transmission de la foi ». Reprenant des expressions chères au pape Benoît XVI et au pape François, le Pape Léon XIV a répété que la mission « se répand par attraction plutôt que par conquête », et qu’elle réunit « l’annonce explicite, témoignage, engagement et dialogue, sans céder à la tentation du prosélytisme ni à une logique de simple conservation ou expansion institutionnelle ». « Même lorsqu’elle se reconnaît minoritaire – a ajouté l’Évêque de Rome, avec des expressions pouvant également s’appliquer à la petite communauté ecclésiale d’Algérie –, l’Église est appelée à vivre sans complexes, comme petit troupeau porteur d’espérance pour tous, en rappelant que la fin de la mission n’est pas sa propre survie, mais la communication de l’amour par lequel Dieu aime le monde ».(GV) (Agence Fides 14/4/2026)