BÉATIFICATION DE FULTON SHEEN/VI - Lors des vêpres en l’honneur de Fulton Sheen, « rendu Saint par son amitié avec le Christ »

jeudi, 24 septembre 2026 mission   béatification   eglises locales   moyens de communication  

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par Marie-Lucile Kubacki

Saint-Louis (Agence Fides) - Sur la route menant à la cathédrale, on remarque une camionnette Chevrolet Express blanche. Une pancarte apposée sur la vitre indique : « Catholiques de l’Alabama en route pour célébrer le vénérable bienheureux Fulton Sheen ».

À l’intérieur de la cathédrale, la foule ne cesse de grossir. Beaucoup viennent des diocèses de Saint-Louis et de Peoria ; d’autres viennent de plus loin encore. Prêtres, religieux et religieuses, ainsi que des fidèles laïcs, remplissent l’église. Certaines femmes portent la mantille ; d’autres ont opté pour des robes élégantes ou des tailleurs. Les sweats se mêlent aux tenues de cérémonie.
Des personnes d’âges et d’apparences variés se sont réunies pour la prière du soir à la veille de la béatification de l'Archevêque Fulton J. Sheen. Les caméras sont braquées sur les pèlerins, à qui l’on demande d’où ils viennent et ce que Sheen représente pour eux. Certains des plus âgés se souviennent des émissions de télévision que leurs parents ou grands-parents regardaient quand ils étaient enfants. La plupart étaient trop jeunes pour avoir vu ses émissions. Ils le connaissent cependant à la fois comme une figure spirituelle et comme un pionnier de la télévision catholique. Beaucoup disent avoir tenu à être présents pour ce qu’ils considèrent comme un « moment historique ».

L’homélie de l'Évêque Barron

Mgr Mitchell Rozanski, Archevêque de Saint-Louis, préside les vêpres. L’atmosphère est solennelle. Quatre cardinaux américains, Seán O’Malley, Raymond Burke, Blaise Cupich et Robert McElroy, ouvrent la procession. Le Cardinal Luis Antonio Tagle, Pro-Préfet du Dicastère pour l’Évangélisation, se joint également à l’assemblée en prière. Les voix cristallines de la chorale entonnent l’hymne « Accueille cet hymne, ô noble prêtre ». Suit le psaume : « Le Seigneur est ma lumière et mon secours ; de qui aurais-je peur ? ». Après la lecture de la Première Lettre de Pierre, qui invite à guider le troupeau de bon gré et par l’exemple, Mgr Robert Barron, Évêque du diocèse de Winona-Rochester dans le Minnesota et fondateur de l’organisation médiatique catholique « Word on Fire », prononce l’homélie.

Barron déclare à l'assemblée que Sheen a été son « modèle et sa source d'inspiration » dès le début de son œuvre d'évangélisation. Il décrit Sheen comme une figure majeure de l'histoire moderne de l'Église, celui qui a ouvert la voie à l'évangélisation du monde par le biais des médias électroniques. Au sommet de sa carrière télévisuelle, rappelle Barron, Sheen touchait un public de plusieurs millions de personnes. Mais la renommée du prédicateur n’est pas au cœur de l’homélie. La question est : qu’est-ce qui a fait de lui un saint ? La réponse de Barron est son amitié avec le Christ.

Le christianisme, tel que le présentait Sheen, n’est ni une philosophie abstraite ni simplement un ensemble de convictions morales, mais une relation avec une personne vivante. Pour expliquer en quoi consiste cette amitié, Barron s’appuie sur l’autobiographie de Sheen, *Treasure in Clay*, et sur l’appel du prophète Isaïe. Il décrit trois étapes de la vie spirituelle : la rencontre avec la sainteté de Dieu, la reconnaissance de sa propre fragilité et la réponse à l’appel.
La grâce vient avant tout, affirme Barron. La vie spirituelle ne commence pas par des ambitions ou des accomplissements personnels, mais par la reconnaissance que Dieu est à l’œuvre. Dans l’histoire de Sheen, cette grâce était présente dès l’enfance : lors de son baptême à El Paso, dans l’Illinois ; dans la prédiction d’un évêque selon laquelle le jeune enfant de chœur étudierait un jour à Louvain ; et au moment, alors qu’il était séminariste, où il a senti sa foi inondée de lumière.
Barron souligne également la dévotion de Sheen à Marie et, surtout, son « Heure Sainte » d’adoration quotidienne devant le Saint-Sacrement. La prière était pour lui un moyen de demeurer en présence du Christ et de se préparer à servir.

Le don de se reconnaître pécheur

Cette ouverture d’esprit, affirme Mgr Barron, était également liée à la capacité de Sheen à reconnaître ses propres faiblesses. Dans « Treasure in Clay », Sheen admet avoir apprécié les honneurs et les privilèges liés à sa position, ainsi que la reconnaissance découlant de son statut de professeur et de prédicateur populaire. L’image du titre du livre illustre bien ce contraste : un trésor précieux conservé dans un vase fragile. Pour Barron, la disposition de Sheen à reconnaître sa vanité et ses échecs n’était pas une contradiction avec la sainteté, mais en faisait partie intégrante. Reconnaître sa condition de pécheur, affirme-t-il, ne découle pas d’un éloignement de Dieu, mais de la rencontre avec la lumière de la grâce.

Sheen dans le sillage des Saints missionnaires

Barron s’attarde ensuite sur la mission. « Une fois plongé dans la grâce, une fois purifié, le disciple du Christ est envoyé », affirme-t-il. Et il retrace cet appel à travers les études de Sheen à Louvain, son enseignement et ses émissions.
Sheen souhaitait appliquer la pensée de Saint Thomas d’Aquin aux questions de son époque, explique Mgr Barron, et il étudia délibérément « l’art, la science, la philosophie et la littérature du monde séculier » afin que son enseignement reste ouvert sur l’extérieur et orienté vers la mission.

Sheen considérait la radio et la télévision comme des moyens d’élargir la portée de son œuvre. «Il savait que cela élargirait de manière exponentielle les limites de son amphithéâtre», affirme Barron à propos de la décision de Sheen d’intervenir dans l’émission «The Catholic Hour». Par la suite, lorsque certains universitaires ont remis en question l’opportunité de présenter des enseignements catholiques complexes à un large public télévisuel, Sheen n’a pas hésité. « Il était, bien sûr, plus que qualifié sur le plan académique, mais il possédait également de magnifiques talents pour la communication de masse », explique Barron. « Et il a démontré qu’une présentation complète de la foi pouvait trouver sa place sur la scène la plus large possible. »

Pour Barron, cela fait de Sheen un précurseur de l’appel de l’Église à annoncer l’Évangile dans la réalité actuelle. « Je crois que Fulton Sheen est par excellence le saint de la nouvelle évangélisation », affirme-t-il. Il relie cette mission au Concile Vatican II, que le Pape Jean XXIII a conçu comme un concile missionnaire : appelé à apporter « la lumière du Christ à tous les hommes », à pousser l’Église au-delà de « ses murs protecteurs » et à la mettre en contact avec la société au sens large. Barron rappelle l’enseignement de Paul VI dans *Evangelii nuntiandi*, selon lequel l’évangélisation est la mission essentielle de l’Église. Jean-Paul II a ensuite placé la nouvelle évangélisation au cœur de son Pontificat, dit Barron, et les papes qui lui ont succédé ont continué à suivre cette voie. Sheen a fait sienne avec passion la vision du Concile, ajoute-t-il, mais il en avait déjà anticipé l’esprit tout au long de son ministère : « Quiconque cherche un langage nouveau pour apporter l’Évangile à notre culture, quiconque prêche la parole ancienne avec un cœur ardent, quiconque ose utiliser pour cela les moyens de communication à notre disposition, est aujourd’hui redevable à Fulton Sheen. »

Les Saints missionnaires dans les mosaïques de la cathédrale

Alors que Mgr Barron conclut son homélie, les regards se tournent vers les mosaïques de la cathédrale pour prier. « Levez les yeux vers le transept sud », nous avait conseillé Michael Pera, archiviste provincial de la Société du Sacré-Cœur. C’est là que se trouve Rose Philippine Duchesne, représentée dans une mosaïque conçue par Hildreth Meière. Née en France, Rose Philippine Duchesne est arrivée aux États-Unis en 1818 avec quatre compagnes de la Société, la congrégation religieuse fondée par Madeleine Sophie Barat. Elles se sont rendues dans le Missouri pour y fonder des écoles. D’autres figures missionnaires apparaissent dans l’église, dédiée à Saint Louis, patron de la ville. Saint Isaac Jogues, missionnaire jésuite français et martyr de la Nouvelle-France, est représenté aux côtés de saint René Goupil, missionnaire laïc jésuite français du XVIIe siècle martyrisé lors de ses missions en Amérique du Nord, et de sainte Kateri Tekakwitha, première sainte amérindienne, surnommée le « Lys des Mohawks ». On y trouve également sainte Françoise-Xaverie Cabrini, née en Italie et fondatrice des Sœurs Missionnaires du Sacré-Cœur.

Ensemble, ces figures évoquent l’histoire de la mission catholique en Amérique du Nord : l’œuvre auprès des communautés autochtones, le témoignage des premiers martyrs et la présence pastorale de l’Église auprès des immigrés. Sheen fait partie de cette histoire, comme le suggère l’homélie de Barron. Non pas parce qu’il a utilisé les nouveaux médias, mais parce qu’il les a mis au service d’une mission qui a commencé bien avant la radio ou la télévision.

Les vêpres prennent fin. Les pèlerins s’attardent sur les marches, bavardant dans l’air du soir. Une famille s’approche de Barron et lui demande une bénédiction. Dans un supermarché, un jeune homme interpelle un prêtre. « C’est quoi, toute cette foule ? », demande-t-il. La conversation s’oriente vers Fulton Sheen.
« Connaissez-vous Fulton Sheen ? »
« Non… »
Alors le prêtre se met à raconter. (Agence Fides 24/9/2026)


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