ASIE/MYANMAR - Mgr Bernardino Ne Ne : « Écoutons la population et restons aux côtés des personnes déplacées. La paix est un impératif »

jeudi, 17 septembre 2026

Columban Mission Myanmar

Taungngu (Agence Fides) – « Nous sommes confrontés à une situation de déplacement massif, mais la pastorale se poursuit malgré les difficultés. Les prêtres sont dans les paroisses et prennent soin des familles, ils les écoutent et les réconfortent ». Tel est le témoignage confié à l’Agence Fides par Mgr Bernardino Ne Ne, Évêque coadjuteur de Taungngu, dans le centre-sud du Myanmar, alors que le pays continue de traverser une grave crise marquée par le conflit, les déplacements de population et l’effondrement des conditions sociales et économiques.
Taungngu se trouve dans la région de Bago, une zone stratégique du Myanmar qui relie le centre du pays aux régions orientales à majorité karen, où un conflit oppose depuis des décennies l’armée birmane et les groupes ethniques armés. Après le coup d’État de février 2021, la guerre civile s’est étendue et intensifiée, touchant également la région de Bago et ses environs. Dans le sud-est du pays, les combats, les opérations militaires et les frappes aériennes se poursuivent, avec de lourdes conséquences pour la population civile et de nouveaux déplacements de population.

« En tant qu’Église, nous essayons de faire de notre mieux dans une situation de grande détresse », raconte Mgr Ne Ne, ancien directeur national des Œuvres Pontificales Missionnaires au Myanmar. « Il y a des bombardements aériens autour des villes. Les gens ont peur et tentent de survivre. L’inflation galope et la population souffre. » Dans ce contexte, explique-t-il, l’Église agit avec prudence, en cherchant avant tout à protéger la vie des personnes : « Nous n’organisons pas de grands rassemblements, qui ne sont pas autorisés. La foi, cependant, reste forte malgré les défis et la précarité. »

Dans le diocèse de Taungngu, ajoute l’Évêque, « de nombreuses personnes ont été contraintes de quitter leur foyer à cause de la guerre et vivent dans des conditions précaires ». La crise des personnes déplacées s’inscrit dans le contexte plus large de la crise que traverse le Myanmar : selon les Nations Unies, en 2026, le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays s’élevait à environ 3,6 millions.
Sur les 64 prêtres du diocèse, 44 – souligne-t-il – sont actuellement en activité dans le service pastoral : « Nos prêtres sont proches des familles, ils leur rendent visite, les écoutent et les réconfortent. L’Église est proche de ceux qui souffrent, en particulier des pauvres, des personnes vulnérables et de tous ceux qui sont touchés par le conflit et les difficultés. À travers le service caritatif, la pastorale, l’éducation et l’engagement en faveur de la justice, l’Église cherche à refléter la compassion du Christ ».

La situation des jeunes est particulièrement délicate : « Ils se sont enfuis parce que le système éducatif s'est effondré », explique Ne Ne. Beaucoup d'entre eux, observe-t-elle, envisagent de se construire une vie ailleurs, voire à l'étranger : « Les jeunes ne sont pas seulement l'avenir de l'Église ; ils en constituent une partie essentielle aujourd'hui. La meilleure façon de les accompagner est de les écouter, de marcher à leurs côtés et de les aider à rencontrer personnellement le Christ ». Mais cette tâche pastorale est elle aussi devenue difficile, dans une société où tant de jeunes ont pour seul objectif de quitter le pays.

Face à cette réalité, Mgr Ne Ne considère l’écoute comme l’une des responsabilités fondamentales du ministère épiscopal : « Ce que je peux faire, c’est écouter le Peuple de Dieu ». Pour un Évêque, ajoute-t-il, « la foi, l’humilité, la compassion, la sagesse et la capacité d’écoute » sont essentielles. Un Évêque est proche de Dieu par la prière et proche des gens par sa présence pastorale. Je me sens appelé à être un pont de communion, un serviteur de l’unité et un témoin de l’espérance dans un monde qui connaît souvent la division et l’incertitude ».

Sur le plan politique, l'Évêque souligne qu'après cinq ans de guerre civile, « la paix est un impératif », même s'il semble aujourd'hui difficile d'entamer un processus de dialogue car « il n'y a pas de confiance réciproque entre les deux groupes en conflit », relève-t-il. Quant à la possibilité de faire intervenir un acteur pour jouer un rôle de médiation, il observe que l’ASEAN a elle aussi tenté d’intervenir, mais que « son plan est resté lettre morte ».

Pour l’Église, cependant, la construction de la paix n’est pas une option : « La paix et la réconciliation commencent dans nos cœurs et au sein de nos communautés. En tant que disciples du Christ, nous sommes appelés à être des instruments de paix, de pardon et d’unité ». C’est pourquoi, ajoute-t-il, il entend encourager tous les catholiques « à témoigner de leur foi non seulement par des paroles, mais aussi par des actes de bienveillance, d’honnêteté, de service et d’amour envers le prochain ».

L'Église de Taungngu poursuit sa mission dans une région marquée par la guerre, en s'efforçant d'accompagner une population exposée à la violence et aux déplacements forcés. Dans un Myanmar secoué par des affrontements et des bombardements aériens qui restent l'une des principales causes de souffrance, la communauté catholique maintient ouverts les espaces de pastorale et de proximité.

(PA) (Agence Fides 17/9/2026)


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