Kinshasa (Agence Fides) – Les Évêques de la République démocratique du Congo se déclarent opposés à la révision de la Constitution adoptée en 2006. « La position de la CENCO (Conférence épiscopale nationale du Congo) n’a pas changé. Le principe de la révision constitutionnelle est inscrit dans la Constitution elle-même, qui prévoit les procédures pour sa révision. La Constitution énumère les articles qui ne peuvent être modifiés. Pour les Évêques de la CENCO, dans la situation sécuritaire actuelle, il serait risqué d’ouvrir le chapitre de la révision constitutionnelle dans un contexte non consensuel », a déclaré Mgr Donatien Nshole, Secrétaire Général de la CENCO, lors d’une conférence de presse à l’issue de l’assemblée plénière extraordinaire qui s’est tenue du 23 au 25 mars à Kinshasa.
Dans leur message publié à l’issue des travaux, les Évêques ont souligné la nécessité d’un « pacte social pour la paix et la coexistence pacifique », dans un contexte national particulièrement tendu.
Le débat sur la réforme constitutionnelle oppose, d’une part, la nécessité affirmée d’une modernisation, défendue par la majorité, et, d’autre part, les craintes de l’opposition face à une dérive autoritaire. Le parti du président Félix Tshisekedi soutient que la Constitution de 2006 est inadaptée à la réalité congolaise et doit être modifiée ou révisée pour renforcer l'efficacité de l'État. À l'inverse, l'opposition et de nombreux mouvements civiques dénoncent une manœuvre politique visant principalement à supprimer la limitation des mandats présidentiels afin de permettre à l'actuel chef de l'État de rester au pouvoir au-delà de 2028.
La Constitution de 2006 a été adoptée à l'issue des guerres civiles dévastatrices qui ont ravagé le pays et visait à mettre en place des institutions démocratiques et à stabiliser le système politique. L'une de ses dispositions clés a introduit la limitation des mandats présidentiels afin d'empêcher la concentration des pouvoirs qui avait caractérisé les périodes précédentes de l'histoire politique congolaise. L'article 220, qui protège plusieurs principes fondamentaux contre toute révision constitutionnelle, revêt une importance particulière. Parmi ceux-ci figurent la forme républicaine de l'État, le suffrage universel, le système de gouvernement représentatif, la limitation des mandats présidentiels, l'indépendance du pouvoir judiciaire et le pluralisme politique. L'article interdit en outre toute révision susceptible de réduire les droits et libertés individuels ou d'affaiblir l'autonomie des provinces et des entités territoriales décentralisées.
Les opposants à la réforme affirment que celle-ci porte atteinte à ces dispositions protégées, ce qui finit par ébranler les garanties démocratiques et menacer la stabilité institutionnelle. Dès 2015, une tentative de réforme constitutionnelle proposée par le président de l'époque, Joseph Kabila, avait suscité un fort mouvement d'opposition (voir Fides du 25/6/2015). (LM) (Agence Fides 27/3/2026)