Diocese of Larantuka
par Paolo Affatato
Larantuka (Agence Fides) – « La situation dans mon diocèse reste marquée par la souffrance et la précarité : mais nous ressentons une grande solidarité, ce qui nous émeut et nous encourage ». Yohanes Hans Monteiro, à la tête du diocèse de Larantuka depuis quelques mois, dans la partie orientale de l’île indonésienne de Flores, raconte à l’Agence Fides la vie d’une communauté qui, ces dernières semaines, accompagne une population encore marquée par la peur et l’incertitude. Le séisme qui a frappé Flores le 15 août dernier, d’une magnitude de 7,7, a fait des victimes et causé de graves dégâts dans plusieurs régions de l’île. Le réseau de Caritas Indonésie et les diocèses locaux ont lancé une intervention coordonnée pour venir en aide à la population sinistrée.
À Larantuka, les dégâts ont été relativement limités, mais la situation reste précaire, notamment parce que ce séisme survient dans un contexte déjà marqué par l’activité volcanique. « C’est une catastrophe qui fait suite à l’éruption d’un volcan à Larantuka, il y a deux ans », raconte l’évêque. « Certains fidèles avaient déjà dû fuir vers un autre endroit et sont désormais des réfugiés. Le volcan représente toujours une menace. »
Ce sont des déplacés internes que l’Église s’efforce d’accompagner par l’intermédiaire de Caritas. « Je suis inquiet pour mes fidèles qui vivent dans cette région dans des conditions précaires », explique Mgr Monteiro. « À Flores, après le séisme, la peur persiste, les gens sont bouleversés. » Mais à côté de la peur, l’évêque constate également une réaction encourageante de solidarité : « Ce tremblement de terre a suscité beaucoup de solidarité. Je dois dire que tout le peuple indonésien, par l’intermédiaire des institutions civiles et de la Caritas, nous vient en aide. »
Cette réaction, ajoute-t-il, ne se limite pas à son diocèse. Les évêques de l’île de Flores sont en contact les uns avec les autres pour coordonner l’aide et se soutenir mutuellement. « Nous sommes très unis et cela nous renforce », affirme-t-il. Cette communion s’est manifestée de manière particulière face à la tragédie qui a frappé le Grand Séminaire interdiocésain Saint-Pierre de Maumere, qui a subi de graves dommages et des effondrements partiels : un jeune séminariste du diocèse de Labuan Bajo y a succombé à ses blessures à l’hôpital. « Nous avons vécu ensemble cette tragédie et manifesté notre solidarité », raconte Monteiro. « Nous sommes en communion par la prière et le partage matériel, afin de trouver ensemble des solutions ». L’Église locale ressent également « la proximité et le soutien » de la Conférence épiscopale indonésienne.
C’est dans cette situation d’urgence que se trouve un diocèse caractérisé par une forte présence catholique et par un dynamisme particulier en matière de vocations au sacerdoce et à la vie consacrée. Selon les chiffres communiqués par l’’Évêque, Larantuka compte environ 250 000 catholiques, 55 paroisses et environ 150 prêtres, entre prêtres diocésains et religieux. Ces chiffres confirment l’importance significative de la présence catholique sur le territoire.
« Dans notre Église, nous avons de nombreux prêtres, qu’il s’agisse de prêtres diocésains ou de prêtres appartenant à des congrégations religieuses. Cela signifie que c’est un diocèse béni par le Seigneur, riche en vocations », observe Mgr Monteiro. La formation des futurs prêtres passe également par le séminaire interdiocésain, une institution désormais historique sur l’île. « Nous sommes au “cœur catholique de l’Indonésie” et les vocations fleurissent – on peut employer ce terme, ici à Flores – pour nourrir l’Église non seulement en Indonésie, mais dans le monde entier ».
C’est une vocation missionnaire qui dépasse les frontières de l’île : « Depuis ce pays, depuis cette région, nombreux sont ceux qui partent dans le monde pour l’évangélisation », souligne-t-il. Selon l’évêque, environ un millier de prêtres et de religieuses originaires de Flores sont aujourd’hui engagés dans des missions et des communautés à travers le monde, dont plus de 300 proviennent du seul diocèse de Larantuka. « Ces vocations sont un don particulier de Dieu, mais elles ne sont pas “rien que pour nous” : elles sont un don pour l’Église universelle, pour toutes les Églises du monde, là où le besoin s’en fait sentir. »
Monteiro interprète également cette histoire à travers le nom même de l’île. Au XVIe siècle, rappelle-t-il, les navigateurs portugais ont baptisé « Flores » l’île qu’ils avaient découverte, impressionnés par sa végétation florale. Avec eux sont arrivés les missionnaires dominicains venus du Portugal : « Ils ont semé l’Évangile, et le jardin de Flores s’est mis à fleurir, avec les fleurs de la foi, de l’espérance et de la charité ».
Cette histoire missionnaire perdure aujourd’hui dans une foi profondément enracinée dans la culture locale. À Larantuka, la dévotion populaire conserve encore des traces de la présence des missionnaires portugais, notamment lors des rites de la Semaine Sainte. « Les gens ont une foi solide et l’expriment par la dévotion populaire et la charité fraternelle », raconte l’Évêque. Parmi les traditions les plus chères, celles héritées depuis des siècles, figurent le pèlerinage et la prière à la chapelle de Tuan Ana, dédiée à la Passion du Christ, ainsi qu’à la chapelle de la Mère de Dieu.
La transmission de la foi passe également par une catéchèse constante : « Les temps forts de l’année liturgique, l’Avent et le Carême, sont consacrés à la catéchèse. Nos catéchistes préparent chaque année un programme avec le prêtre et organisent des cycles de catéchèse dans les villages et les paroisses. » Une attention particulière est accordée aux jeunes : « Nous essayons de motiver les jeunes à lire la Bible et à passer de l’Évangile à la vie. De nombreux jeunes viennent à l’église et c’est sur eux, sur leur foi et sur leur charité, que repose le présent de notre communauté. Les jeunes sont notre espoir. »
L'Église catholique œuvre au sein d'une société où, contrairement à ce qui se passe dans de nombreuses autres régions d'Indonésie, les catholiques constituent la majorité. « Plus de 90 % de la population est catholique », affirme Mgr Monteiro, rappelant que sur le territoire de Larantuka, les musulmans représentent une petite minorité, environ 2 %. Pour l’Évêque, cette situation ne remet pas en cause la nécessité ni la voie privilégiée du dialogue : « Que l’on soit minorité ou majorité, l’approche reste toujours le dialogue, afin de construire la coexistence et la fraternité. »
À Larantuka, explique-t-il, le dialogue interreligieux ne consiste pas à débattre de questions théologiques, mais constitue plutôt une manière de vivre ensemble. « Le dialogue ne signifie pas tant “parler de Dieu”, mais vivre ensemble, collaborer, construire une société harmonieuse ». C’est ce qu’il définit comme un « dialogue de vie, capable de susciter l’espoir même lorsque la réalité est marquée par des difficultés ».
« Nous sommes très unis, au sein de la communauté ecclésiale, et nous construisons des ponts de collaboration et d’unité dans la société », répète l’évêque. Dans la situation actuelle de l’île, alors que la peur et la précarité affectent la vie des gens, la foi n’efface pas les blessures, mais incite à ne pas les affronter seuls.
(Agence Fides 2/10/2026)