par Cosimo Graziani
Monrovia (Agence Fides) - Au Libéria, la création d’un groupe de travail chargé de lutter contre le phénomène des mines illégales a été annoncée. Le « Protect Our Resources Taskforce » (PORT), tel est le nom de ce groupe, a été créé pour renforcer les inspections, améliorer le respect de la réglementation et renforcer la surveillance gouvernementale de ce phénomène. Le lancement de cette initiative – comme le rapporte également le journal local libérien The New Dawn – s’est déroulé en présence du ministre de l’Énergie et des Mines, Matenokay Tingban, qui l’a présentée comme le signe d’« un changement stratégique vers un renforcement guidé par le renseignement, une coordination stratégique plus forte et une gestion plus responsable des ressources minières ».
Le groupe de travail supervisera les activités des mines présentes dans le pays, en s'assurant du respect des licences, du paiement des redevances, des normes environnementales, des règles en matière d'emploi et d'autres réglementations. L'un des objectifs du gouvernement est de promouvoir un développement contrôlé du secteur minier, en réduisant les mines illégales et le trafic illicite, notamment d'or, afin d'améliorer non seulement les conditions de travail et l'impact environnemental, mais aussi les recettes publiques. Comme l’a déclaré Tingban lors de la conférence de presse de présentation, les ressources minières du Libéria font partie du patrimoine national et doivent contribuer à la transformation économique, à la stabilité financière, à la durabilité environnementale et à la prospérité nationale.
La décision du gouvernement libérien de créer un groupe de travail dédié au secteur minier n'a rien de surprenant. La prolifération des mines, notamment illégales, est l'un des problèmes socio-économiques qui touchent actuellement plusieurs pays du continent.
Les régions les plus touchées par ce phénomène sont l’Afrique de l’Ouest, du Sénégal au Nigeria, ainsi que le bassin du Congo, le Cameroun et la République démocratique du Congo (RDC). Mais on trouve également des mines illégales en Afrique du Sud et en Ouganda, principalement des mines d’or. Ces derniers jours, des mines illégales ont été fermées dans ces deux pays ; en Afrique du Sud, ces fermetures se sont accompagnées de l’arrestation de plus de deux cents personnes, pour la plupart des immigrés sans titre de séjour.
Les mines illégales nuisent aux sociétés africaines à bien des égards, à commencer par l’environnement. Pour extraire l’or, on utilise des substances polluantes telles que le mercure, qui est déversé dans les rivières et les bassins hydrographiques. À cet impact environnemental dévastateur s’ajoutent des conséquences sociales : dans la mine ougandaise fermée ces derniers jours, dans le district de Kanungu, une véritable ruée vers l’or s’était déclenchée au cours des dernières semaines. Cette ruée a poussé la majeure partie de la population à quitter le village de Kanoni pour s’installer dans des enceintes délabrées autour de la mine. L’abandon du village a provoqué une crise alimentaire locale, car les agriculteurs locaux ont préféré délaisser leurs champs pour se consacrer à l’activité minière. De plus, des familles entières, y compris des mineurs, ont été déplacées ; ces derniers ont été contraints de quitter l’école pour aider leurs proches. Pour remédier à cette situation en Ouganda, la ministre de l’Énergie et du Développement minier, Phiona Nyamutoro, a dû intervenir ; une fois sur place, elle a ordonné la fermeture de la mine.
Cette question ne se limite pas à des problèmes sociaux internes, mais est liée à des dynamiques et à des conflits d’ampleur internationale. La croissance du phénomène des mines illégales est alimentée par l’appétit des puissances géopolitiques régionales et mondiales pour les matières premières et les minerais. Elle est liée à une corruption généralisée et représente une autre facette du néocolonialisme..
En République démocratique du Congo (RDC), les activités minières sont liées à l'instabilité due à la présence de groupes rebelles tels que le M23. Depuis que ce groupe a pris le contrôle de Goma, début 2025, le gouvernement de Kinshasa a perdu le contrôle des mines locales, désormais gérées par le groupe rebelle, qui a également étendu son emprise sur la contrebande d’or. À cela s’ajoute le fait qu’en RDC, les mines ne contiennent pas seulement de l’or, mais aussi des métaux précieux utilisés pour les innovations technologiques, au cœur d’un trafic très convoité par les groupes rebelles, souvent liés à des réseaux d’alliances avec des groupes et des appareils étatiques de pays voisins. Ainsi, le trafic d’or et de minerais précieux se présente également comme un champ de bataille économique lié aux conflits régionaux et mondiaux. (Agence Fides 12/7/2026)