Don Bosco India
Imphal (Agence Fides) - Deux jeunes salésiens ont été enlevés puis relâchés après 24 heures de séquestration au Manipur, un État du nord-est de l'Inde où règne une grande instabilité en raison du conflit ethnique qui sévit depuis 2023. Les deux jeunes sont sains et saufs, a communiqué à l’Agence Fides le père Suresh SDB, de la province salésienne de Dimapur, exprimant son « grand soulagement ».
Les deux religieux salésiens Albert Panmei Aching et Peter Poji Küvisie (deux frères non prêtres) ont été enlevés vers 21h00 le 13 mai alors qu’ils se rendaient du complexe Don Bosco à Imphal, capitale du Manipur, au centre salésien de Maram, situé à environ 20 kilomètres de là. Après une nuit et une journée de tension et de peur, les deux jeunes religieux ont été libérés dans la soirée du 14 mai.
Le Provincial des Salésiens de Dimapur, le père Joseph Pampackal SDB, a exprimé sa gratitude envers tous ceux qui se sont mobilisés pour la libération de ses confrères et a salué « les efforts coordonnés des organisations de la société civile, des chefs religieux, des anciens de la communauté et des forces de l'ordre : leur intervention a contribué à une issue pacifique de cette affaire », a-t-il écrit dans un communiqué.
Le père Pampackal a remercié les membres de la communauté Kuki qui ont assuré la sécurité des deux salésiens pendant leur captivité, parlant d’un « témoignage de réconciliation et de respect mutuel même dans des circonstances difficiles ». Il a réaffirmé « l’engagement des Salésiens en faveur de la construction de la paix, du dialogue et du service dans la région », réitérant « la mission des Salésiens de servir le peuple avec foi, courage et compassion, même dans des circonstances difficiles ».
Cet incident s'est produit peu après le grave massacre de trois pasteurs baptistes, tués dans une embuscade le matin du 13 mai, ainsi que le chauffeur de leur convoi, tandis que trois autres pasteurs se trouvent actuellement à l'hôpital (voir Fides 13/5/2025).
À propos de cet incident, la Conférence Épiscopale de l'Inde (CBCI) a exprimé « sa profonde douleur et ses condoléances pour cette embuscade tragique » et a condamné « cet acte odieux commis contre des chefs religieux qui sont restés une source vitale d'espérance et de force en ces temps difficiles de troubles sociaux. La violence ne fait qu’aggraver les blessures, prolonger la souffrance et affaiblir les liens qui unissent nos communautés ».
Faisant écho aux paroles de Mgr Linus Neli, Archevêque d’Imphal, les Évêques ont lancé un appel « à toutes les parties concernées afin qu’elles s’abstiennent de toute forme de violence et de représailles ». « Guidés par le véritable esprit chrétien, nous implorons toutes les communautés d’embrasser plutôt le dialogue, le pardon, la réconciliation, la modération et la coexistence pacifique », ont-ils écrit, exhortant les autorités « à agir avec sagesse, équité et sensibilité afin que la paix et la justice prévalent et que la confiance soit rétablie entre les communautés ».
Dans une note adressée à Fides, l’« All India Catholic Union » (AICU), une organisation représentative du laïcat catholique indien, souligne : « Ce meurtre ne peut être considéré comme un crime isolé, car il s’inscrit dans le contexte d’une détérioration continue de la paix et de la gouvernance constitutionnelle au Manipur. Depuis mai 2023, plus de 250 vies ont été perdues. Plus de 60 000 personnes ont été déplacées. Des centaines d’églises et de villages ont été détruits. Des milliers de personnes continuent de vivre dans des camps de réfugiés ».
L'AICU rappelle qu'« un grand nombre d'armes pillées dans les arsenaux de la police et des forces de sécurité restent entre des mains illégales, et que des groupes armés et des milices privées continuent d'opérer en toute impunité. Cette situation est inacceptable dans une démocratie constitutionnelle. Le gouvernement central et le gouvernement du Manipur ont le devoir constitutionnel de rétablir l'État de droit dans l'État ».
« La paix – observe l’organisation – ne peut être rétablie tant que des groupes armés contrôlent les routes, les villages et les frontières communautaires. La récupération des armes pillées doit être considérée comme une priorité de sécurité nationale. Trois ans, c’est une période très longue pour les personnes déplacées à l’intérieur du pays qui vivent dans des camps de réfugiés gérés par le gouvernement et l’Église dans l’État ».
Par ailleurs, souligne l'AICU, il est urgent d'engager un dialogue politique associant les dirigeants représentatifs des trois communautés concernées, les Meitei, les Kuki-Zo et les Naga : « Le Manipur ne peut être gouverné uniquement par le déploiement des forces de sécurité. La division actuelle de l'État en zones distinctes n'est pas la paix. Aucune communauté ne peut être abandonnée et aucune communauté ne peut être autorisée à en dominer une autre par la violence, la peur ou le silence de l’État ». L'AICU demande que soit garantie la protection des chefs religieux, des acteurs de la société civile, des volontaires humanitaires et des médiateurs de paix qui se déplacent au-delà des frontières des communautés pour la réconciliation et l'aide, car « ceux qui risquent leur vie pour la paix et l'harmonie ne peuvent être laissés sans défense ». « Nous appelons toutes les personnes de foi et de bonne volonté à rejeter la vengeance, à résister à la haine et à défendre la dignité de chaque être humain », conclut la note.
La situation du conflit au Manipur s'est encore compliquée, car les tensions ethniques, qui ont débuté il y a trois ans entre les Meitei et les Kuki-Zo, se sont désormais transformées en une hostilité profondément enracinée et généralisée, et se sont étendues aux groupes Naga, le troisième groupe ethnique résidant dans l'État.
« Le gouvernement de l’État – souligne Johna Dayal, porte-parole de l’AICU, à Fides – n’a pas réussi à mettre fin au cycle des affrontements ni à mettre en place des mécanismes de réconciliation efficaces. Aujourd’hui, avec la reprise du conflit Naga-Kuki et l’intensification des tensions, il existe un risque que les troubles dégénèrent en un conflit prolongé similaire à celui des années 90 », lorsque l’État du Manipur a été ravagé par un grave conflit interethnique opposant les Kukis aux Nagas et qui, entre 1993 et 1998, a causé plus d’un millier de morts, la destruction de centaines de villages et le déplacement de milliers de personnes. Un autre élément inquiète les observateurs : outre les dynamiques internes, le Manipur en proie à des troubles voit l’arrivée d’un nouvel acteur dans le conflit ethnique. Il s’agit des insurgés du Myanmar, dans l’État birman de Chin, limitrophe du Manipur. La majorité de la population de l’État, en effet, est composée du même groupe ethnique Kuki que celui appelé Chin au Myanmar.
(PA) (Agence Fides 15/5/2026)