Les effets ambivalents de la guerre en Iran sur les pays d'Amérique latine

vendredi, 27 mars 2026 guerres   economie   agriculteurs  

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Buenos Aires (Agence Fides) - La guerre en Iran fait sentir ses effets même dans les régions les plus éloignées de celles qui sont directement touchées par le conflit, y compris les pays d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud.
À court terme, les économies d’Amérique latine pourraient subir des répercussions mitigées en raison du conflit. La crise pourrait se traduire par une hausse de l’inflation, mais les exportations de matières premières pourraient bénéficier de la hausse des prix.
Au Mexique, les effets sur les recettes pétrolières à court terme pourraient être bénéfiques pour le gouvernement. Le deuxième impact potentiel dans le pays concerne le prix des carburants, sur lequel le gouvernement tente d’alléger la pression en veillant à ce que le prix reste inchangé chez les distributeurs pendant au moins les six prochains mois.
En ce qui concerne l'Argentine, qui sort d'une période de réformes économiques radicales d'inspiration ultralibérale voulues par le président Milei, un rapport récent publié par Morgan Stanley énumère les effets que la guerre pourrait avoir sur l'économie nationale. Selon la banque américaine, une hausse du prix du pétrole se traduirait par une augmentation des exportations, notamment grâce aux réserves du gisement de Vaca Muerta, ce qui aurait un effet positif sur la balance des paiements. Le problème, dans ce cas, concerne toutefois l'inflation, véritable talon d'Achille de l'économie argentine ces dernières années. Dans le modèle élaboré par Morgan Stanley, une hausse de 10 % du prix du pétrole brut ferait passer l'inflation de 0,2 % à 0,4 %.
Il y a également des répercussions sur un autre secteur important pour l'économie argentine : l'agriculture. Dans ce cas, la guerre en Iran peut avoir un double effet : d'une part, elle peut faire grimper les prix à l'échelle mondiale, ce qui serait favorable à Buenos Aires puisque ce secteur représente 60 % des exportations ; d'autre part, l'Iran est un grand exportateur d'engrais et l'interruption des livraisons en provenance de Téhéran entraînerait une hausse des prix des produits agricoles. Si cela semble être un facteur positif pour les exportations, c'est le marché intérieur qui est préoccupant, car une hausse des prix des produits agricoles pourrait entraîner une inflation supérieure aux estimations du rapport de Morgan Stanley, avec de lourdes conséquences pour les classes populaires déjà touchées par les réformes ultralibérales.
En ce qui concerne le Brésil, deux aspects doivent être pris en considération. Brasilia pourrait tirer rapidement profit de la hausse du prix du pétrole, car ces dernières années, le pays est devenu un exportateur de cette matière première ; mais là encore, c'est le secteur agricole qui sera touché. La hausse des prix pourrait se répercuter sur celle du carburant et faire grimper l'inflation, à l'instar de ce qui s'est passé en Argentine. Toujours à l'instar de l'Argentine, le Brésil a vu ses approvisionnements en engrais diminuer en raison du conflit en Iran. Mais si, dans le cas de l'Argentine, cela s'accompagnait d'une hausse des prix agricoles susceptible d'avoir des effets positifs sur les exportations, dans le cas du Brésil, cela s'accompagne d'une baisse de celles-ci, car l'Iran et le Moyen-Orient en général étaient la destination de marchandises telles que le blé, qui, pour atteindre leurs destinations, devaient passer précisément par le détroit d'Ormuz.
Les réactions des gouvernements d'Amérique latine ont été variées. Dans le cas de l'Argentine, Milei est un fervent allié d'Israël. Mais d'autres présidents se sont prononcés contre l'initiative des États-Unis. L'un d'entre eux est le président colombien Gustavo Petro : il a écrit dans un message publié sur X le jour où les bombardements ont commencé que Trump « s'était trompé ». Les déclarations du gouvernement vénézuélien ont été du même ton : après le début des bombardements, celui-ci a exprimé son regret que l'on ait opté pour la voie militaire. Enfin, le président brésilien Lula s'est exprimé à plusieurs reprises sur la guerre, établissant, lors du sommet de la Communauté des États d'Amérique latine et des Caraïbes, une comparaison entre ce conflit et celui en Irak de 2003.
(CG) (Agence Fides 27/3/2026)


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