ASIE/INDE - Des jeunes en marche pour la démocratie : selon le jésuite Prakash, « c’est un chemin pour préserver l’âme de l’Inde »

vendredi, 23 octobre 2026

par Paolo Affatato

New Delhi (Agence Fides) – Une marche pour la démocratie, pour réclamer le respect des droits électoraux et des réformes institutionnelles : telle est l’initiative organisée aujourd’hui, 23 octobre, par le réseau national « People Against Special Intensive Revision (SIR) », créé pour coordonner la contestation contre le système de révision des listes électorales. Le mouvement conteste la manière dont la Commission électorale indienne a mis à jour les listes électorales. L’opération centralisée de « nettoyage » des listes a conduit à l’exclusion d’environ 130 millions de citoyens des registres, les privant de fait de leur droit de vote. Le mouvement accuse le gouvernement d’avoir utilisé la SIR comme « une arme politique », en excluant de manière disproportionnée les minorités, les migrants internes et les couches les plus pauvres de la population. Il conteste en particulier la gestion jugée « unilatérale et opaque » du président de la Commission électorale, Gyanesh Kumar, dont le mouvement réclame la démission.

Cette mobilisation, qui appelle à manifester devant les sièges administratifs des capitales des États indiens et dans la capitale nationale, s’inscrit dans une période marquée par une participation croissante des jeunes et par la mobilisation de différentes composantes de la société indienne.
Le père Cedric Prakash, jésuite engagé dans la promotion des droits de l’homme et de la justice sociale, décrit à l’Agence Fides « l’engagement en faveur de la vérité et de la justice, notamment de la part des mouvements de jeunesse », qui rappellent également la signification symbolique du « Festival de Dussehra », importante fête hindoue célébrée à cette période : « C’est un moment où l’on célèbre la victoire du bien sur le mal, de la vérité sur le mensonge, de la transparence sur la corruption, de l’harmonie sur le sectarisme, de la lumière sur les ténèbres », explique Prakash.

Les jeunes générations sont au cœur de cette mobilisation : « Un vent de changement souffle sur Delhi et, en réalité, sur tout le pays. La génération Z en est le visage, soutenue par la génération Y, les Millennials, tandis que la génération Alpha ne veut pas rester les bras croisés », explique-t-il. Cependant, cette mobilisation ne se limite pas aux étudiants : aux côtés des jeunes, « on retrouve des agriculteurs, des avocats, des travailleurs précaires, des femmes au foyer, des universitaires, des professionnels des médias, des personnes âgées, des organisations de la société civile : tous sont déterminés à ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire du pays », note-t-il.

Les revendications de la société civile

Le mouvement a pris de l'ampleur après la mobilisation du 16 septembre à Delhi et dans les environs de la capitale, où des milliers de personnes se sont rassemblées malgré les interdictions, répondant à l'appel du « Cockroach Janata Party » (le « Parti populaire du cafard », nouvelle formation apparue sur la scène politique, voir Fides 8/6/ 2026 et du 1er/8/ 2026). Les manifestants ont scandé des slogans et formé une chaîne humaine devant la résidence présidentielle, en brandissant un drapeau tricolore de plus de 80 mètres de long.
La réponse des autorités s’est traduite par un déploiement massif des forces de police et par des interpellations de manifestants et de responsables de l’« All India Students Association ». Deux dirigeants du mouvement, Ashutosh Ranka et Saurav Das, avaient été placés en détention provisoire pour « violation de la réglementation sur les manifestations » et ont été libérés le 21 octobre, après sept jours de détention.
Les jeunes dénoncent également les restrictions imposées aux lieux de manifestation, la fermeture de stations de métro et la coupure d’Internet dans les zones touchées par les manifestations : autant de mesures prises par le gouvernement pour affaiblir la force des manifestants.

La réunion du 14 octobre, consacrée à la concertation entre les organisations nationales et régionales, a marqué une étape importante dans la coordination des manifestations. Selon Prakash, plus de 200 acteurs de la société civile y ont participé, notamment des groupes de jeunes et des associations d’agriculteurs. De cette réunion est né le réseau « People Against SIR », qui a annoncé pour le 23 octobre la « Marche populaire pour la démocratie ».
Cette mobilisation réclame la révision du système SIR et la réinscription des électeurs radiés des listes électorales. Les organisateurs demandent également la mise en place d’une nouvelle commission électorale, nommée selon un processus impartial, une révision équitable des listes, le retour au vote papier et des réformes garantissant des élections justes et transparentes.
L'appel s'adresse aux associations professionnelles et aux groupes de la société civile, invités à se mobiliser pacifiquement « dans chaque village, chaque rue, chaque maison », comme le dit l'un des slogans diffusés par la campagne, qui vise à transformer chaque lieu de la vie quotidienne en un espace de participation démocratique.

La mobilisation dépasse les frontières générationnelles

Cette manifestation s'inscrit dans un contexte où les jeunes générations indiennes revendiquent un rôle public, en utilisant notamment les réseaux sociaux pour diffuser des messages, des slogans et des témoignages. Pour le père Prakash, leur présence n’est pas seulement une question de nombre, mais le signe d’une nouvelle énergie civique : « Les événements de Delhi ont insufflé un nouveau souffle à l’énergie des jeunes et de toutes les composantes de la société, les orientant vers un avenir plus déterminé », tandis que des avocats et des personnalités publiques soutiennent cette mobilisation.
Lors d’une audience publique consacrée aux contestations concernant le système SIR, les témoignages recueillis dans différents États, tels que le Karnataka, Delhi, le Rajasthan, le Telangana, le Bengale occidental et l’Odisha, ont été présentés à une commission indépendante composée de cinq anciens juges, qui sera chargée de formuler ses conclusions.

Le père Prakash souligne : « Cette question touche au droit des citoyens à participer à la vie politique et à la confiance dans les institutions qui organisent les élections. Les citoyens se mobilisent pour préserver l’âme de l’Inde ». C’est pourquoi, note-t-il, ils se réclament de la tradition de non-violence associée au Mahatma Gandhi, qui recherchait « la vérité et la bonté » : « La mobilisation des jeunes – conclut-il – vise à reprendre cet héritage et à le traduire en une revendication de participation et de responsabilité civique, afin que prévalent les valeurs de la démocratie, de l’égalité, de la justice et de la vérité ».
(Agence Fides 23/10/2026)


Partager: