AFRIQUE/ZAMBIE - La société civile et l’Église s’expriment : « L’État de droit et les garanties constitutionnelles sont menacés »

mercredi, 16 septembre 2026

AP

Lusaka (Agence Fides) – « Un mépris délibéré et croissant à l’égard de la Constitution, de l’État de droit et des droits humains des citoyens zambiens ». C’est ainsi qu’un groupe d’organisations de la société civile qualifie la conduite du gouvernement zambien après les élections du 13 août, remportées par le président sortant Hakainde Hichilema (voir Fides 13 et 18/8/ 2026).
Dans leur déclaration, parvenue à l’Agence Fides, les organisations de la société civile, parmi lesquelles figure Caritas Zambie, soulignent l’avoir publiée « à la veille de la Journée internationale de la démocratie, que le monde célèbre le 15 septembre, une journée instaurée par les Nations Unies pour réfléchir à l’état de la démocratie à l’échelle mondiale ».
« C’est une ironie amère que la Zambie aborde cette journée non pas en célébrant la solidité de ses institutions démocratiques, mais en étant confrontée à une attaque sans précédent contre celles-ci », affirme le document. « Nous exhortons tous les Zambiens et la communauté internationale à célébrer la Journée internationale de la démocratie de cette année en réfléchissant sérieusement aux événements exposés ci-dessous et à leurs implications pour l’avenir de notre ordre constitutionnel. »
Tout d’abord, l’annulation arbitraire de passeports sans procédure régulière. Les passeports de six citoyens ont été révoqués par le biais d’un avis publié au Journal officiel, sans aucune audience ni possibilité de contester cette décision. Parmi les personnes concernées figurent l’ancien ambassadeur en Éthiopie Emmanuel Mwamba, l’universitaire Dr Sishuwa Sishuwa et deux anciens députés.
« Deuxièmement, les accusations de haute trahison et de sédition portées contre le candidat présidentiel de l’opposition Brian Mundubile et sa candidate à la vice-présidence Makebi Zulu, détenus depuis fin août sans avoir jamais comparu devant un juge » (voir Fides 26/8/2026). Certains d’entre eux auraient été soumis à la torture, dénoncent les associations de la société civile.
« Troisièmement, la multiplication des cas d’enlèvements, illustrée par l’arrestation de la députée en exercice Faith Munthali »
« Nous ne considérons pas ces incidents comme des cas isolés. Pris dans leur ensemble, ils constituent une crise constitutionnelle, violant les garanties relatives à la liberté de circulation, à la liberté individuelle et au droit à un procès équitable », affirment les signataires de la déclaration.
Mgr George Cosmas Zumaire Lungu, Évêque de Chipata, a exprimé dans une lettre pastorale « la profonde inquiétude, l’angoisse et l’incertitude quant à la direction que prend notre nation » ressenties par « de nombreux citoyens » en raison des derniers événements.
L’Évêque de Chipata rappelle que « l’Église n’existe pas pour prendre parti en faveur d’un parti politique ou d’un autre, et elle ne doit pas non plus se transformer en instrument d’opposition politique. Cependant, elle ne peut pas non plus rester silencieuse lorsque la dignité de la personne humaine, le bien commun, la justice, la paix et l’État de droit sont gravement menacés ».
Mgr Lungu poursuit en affirmant : « L’Église ne peut prêcher la réconciliation tout en refusant d’aborder les blessures qui la rendent nécessaire. Nous ne pouvons prêcher la justice si nous avons peur de parler d’injustice. Nous ne pouvons prêcher la paix si nous restons silencieux alors que les conditions nécessaires à la paix sont affaiblies. Et nous ne pouvons pas parler de manière convaincante de la dignité humaine si nous ne défendons pas la dignité et les droits de chaque personne, quelle que soit son appartenance politique ».
« Dans cette optique, j’estime qu’un dialogue respectueux avec le président et les représentants compétents du gouvernement pourrait constituer une avancée constructive », conclut-il. (LM) (Agence Fides 16/9/2026)


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