Global Sisters Report
New Delhi (Agence Fides) « La justice commence par nous » – titre inspiré du passage biblique d’Isaïe 1,17 – est le thème central du « Dimanche de la Justice » (Justice Sunday), que l’Église catholique en Inde célèbre le 23 août comme un moment de réflexion, de prière, de sensibilisation des consciences, d’appel aux autorités et à la société civile pour la promotion de la justice sociale. Le premier « Dimanche de la Justice » a été célébré le 20 août 1989. Depuis lors, chaque année, le bureau « Justice, paix et développement » de la Conférence épiscopale de l’Inde (CBCI) s’est engagé à préparer une célébration significative de cette journée.
À l’occasion du « Justice Sunday », l’Archevêque de Bangalore, Peter Machado, président du bureau « Justice, paix et développement » de la CBCI, a publié un communiqué soulignant que « le véritable culte de Dieu est indissociable de la pratique quotidienne de la justice ». Ce texte, transmis à l’Agence Fides, exhorte chaque disciple du Christ à aller au-delà de la « piété de façade » pour devenir un instrument concret d’équité sociale. « Dieu nous appelle non seulement à éviter le mal – affirme-t-il –, mais à rechercher activement la justice, à protéger les plus vulnérables et à défendre la dignité de chaque personne. La justice est enracinée dans la nature même de Dieu et atteint sa plénitude en Jésus-Christ, qui a annoncé la Bonne Nouvelle aux pauvres, a accueilli les exclus et a redonné leur dignité aux oubliés ». Le message de Machado fait écho au passage biblique du prophète Isaïe : « Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, secourez l’opprimé, rendez justice à l’orphelin, défendez la cause de la veuve. »
Le Cardinal Anthony Poola, président de la CBCI, a lui aussi, dans un message public, appelé les autorités à défendre les principes constitutionnels de justice, d’égalité et de laïcité dans le pays. Le Cardinal a fait part de son inquiétude face à la multiplication des actes de violence et d’intimidation subis par les communautés chrétiennes du pays. Cette célébration s’inscrit par ailleurs dans un climat de tension politique : à la veille même du Dimanche de la Justice, les Évêques indiens ont rejeté les accusations liées au débat sur le « Foreign Contribution (Regulation) Amendment Bill, 2026 » (FCRA), qui réglemente et limite les financements étrangers destinés aux ONG et aux organisations sociales et religieuses indiennes. Ce projet de loi, présenté à la Lok Sabha (la Chambre basse du Parlement) le 25 mars 2026, a été renvoyé le 12 août dernier devant une commission parlementaire mixte, à la suite des vives critiques formulées par l'opposition, la société civile et diverses organisations religieuses.
Les Évêques indiens ont réaffirmé que les dispositions proposées par le gouvernement pourraient avoir des répercussions sur les activités humanitaires, éducatives et sanitaires menées par l’Église en faveur des plus pauvres et des plus marginalisés, et ont demandé publiquement le retrait ou une révision en profondeur de ce projet de loi (voir Fides des 19 et 25 /6/2026). Parmi les points contestés figurent notamment les dispositions relatives aux biens immobiliers et aux biens acquis grâce à des contributions étrangères, qui pourraient être retirés aux ONG et placés sous la gestion d’une autorité désignée en cas de révocation ou de non-renouvellement de l’enregistrement FCRA correspondant. Le 10 juillet, la CBCI a remis au ministre de l’Intérieur, Amit Shah, un mémorandum soulignant les problèmes liés à la FCRA, ainsi que des questions telles que la liberté religieuse, les droits des dalits chrétiens appartenant aux « castes répertoriées » (Scheduled castes) et la crise humanitaire au Manipur.
Le père jésuite Cedric Prakash, s'exprimant dans les médias catholiques indiens à l'approche du « Justice Sunday », a exhorté les fidèles à retrouver une « voix prophétique » au sein de la société. Il a rappelé les « plaies ouvertes » de la justice en Inde : le système des castes qui pénalise les plus pauvres et les plus vulnérables ; le « capitalisme clientéliste » qui marginalise les pauvres ; la corruption endémique au plus haut niveau. Le jésuite souligne également la violence ciblée contre les minorités religieuses telles que les musulmans, les chrétiens et les sikhs ; le déni des droits légitimes des dalits qui se sont convertis au christianisme ou à l’islam ; la spoliation des terres et des ressources des populations autochtones et tribales ; l’exploitation des petits agriculteurs, des travailleurs occasionnels et des travailleurs migrants ; le déni des droits des femmes et la violation flagrante de la « justice environnementale ».
Dans ce contexte, note Prakash, « l’Église indienne est appelée à se tenir toujours publiquement aux côtés des victimes d’injustice ». Et, se référant au Synode des Évêques de 1971 sur la « Justice dans le monde », il affirme : « Face à la situation actuelle du monde, marquée par le grave péché d’injustice, nous reconnaissons à la fois notre responsabilité et notre incapacité à la surmonter par nos seules forces. Cette situation nous pousse à écouter avec humilité et un cœur ouvert la parole de Dieu, qui nous montre de nouvelles voies d’action pour la justice dans le monde ». Le « Dimanche de la justice » est, pour l’Église catholique indienne, non seulement une journée de prière et de sensibilisation, mais aussi un appel à assumer une responsabilité concrète face aux inégalités, à la discrimination et aux atteintes à la dignité humaine.
(PA) (Agence Fides 22/8/2026)