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par Bohumil Petrík
Bánov (Agence Fides) - « Je ne peux pas abandonner le peuple soudanais car je l’aime » : c’est ainsi que se décrivait sœur Veronika Racková, médecin et missionnaire, avant d’être touchée, le 16 mai 2016, par des balles tirées par des militaires sud-soudanais à un poste de contrôle (voir Fides 21/5/2016).
Dix ans après sa mort, survenue le 20 mai 2016 dans un hôpital de Nairobi, le souvenir de son témoignage reste vivant, surtout dans son pays d’origine. Et nombreux sont ceux qui expriment le souhait que le processus de canonisation de la religieuse slovaque commence bientôt.
Mgr Nicola Girasoli, Nonce Apostolique en Slovaquie, a présidé la liturgie eucharistique célébrée dimanche 17 mai à Bánov, village natal de sœur Veronika Racková, à l’occasion du dixième anniversaire de son assassinat.
Dans l’homélie prononcée pendant la messe, dans l’église Saint-Michel-Archange, l’Archevêque Girasoli a rappelé que le témoignage de sœur Veronika fait d’elle un exemple de dévouement missionnaire. Le Nonce a souhaité que tous, à commencer par ses consœurs et ceux qui l’ont connue en Slovaquie et en Sud-Soudan, puissent apporter leur contribution « afin que le processus de béatification puisse être engagé, car son témoignage de vie chrétienne est magnifique, et la célébration d’aujourd’hui nous aide à faire de nouveaux progrès dans cette direction ».
Veronika Racková est née en 1958 à Bánov, une petite ville qui faisait alors partie de la Tchécoslovaquie. Elle était médecin et appartenait à la congrégation missionnaire des Servantes du Saint-Esprit. En tant que missionnaire et médecin, elle a d’abord exercé au Ghana, puis au Soudan, dans la partie du pays qui, précisément pendant les années de sa mission, allait proclamer son indépendance, donnant ainsi naissance au Soudan du Sud.
La religieuse slovaque était responsable du centre de santé qu’elle dirigeait, le St Bakhita’s Medical Centre de Yei.
Selon les informations rapportées à l’époque par l’Agence Fides, vers minuit le 16 mai, Sœur Veronika avait reçu un appel d’urgence pour une femme qui avait un accouchement difficile. La religieuse avait accompagné la patiente en ambulance au Harvester’s Health Center, un établissement mieux équipé pour prendre en charge les parturientes et les nouveau-nés. Sur le chemin du retour, elle avait été prise pour cible par des tirs provenant de plusieurs hommes armés, des soldats de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA, l’ancien mouvement de guérilla qui avait pris le pouvoir après l’indépendance du pays proclamée en 2011).
Immédiatement secourue, sœur Veronika avait été transportée dans un hôpital de Nairobi, où elle avait rendu son dernier souffle après plusieurs jours d’agonie.
Dans sa dernière interview, sœur Veronika avait raconté qu'avant la naissance de l'État du Soudan du Sud, des prières œcuméniques avaient été récitées pour le bon déroulement du référendum sur l'indépendance dans le pays : « Cela n'a pas concerné uniquement l'Église au Soudan et en Afrique, mais aussi dans le monde entier. Mes consœurs du village d’Ivanka pri Dunaji en Slovaquie ont traduit la prière pour le référendum en slovaque, et on a donc prié aussi en slovaque. »
Lorsque la situation sécuritaire dans le pays est devenue plus dangereuse, on a demandé à la communauté des sœurs si elles souhaitaient rentrer dans leur pays d’origine.
« Nous avons fait un discernement, chacune pour soi, puis en communauté », expliquait Veronika dans l’interview, « et nous avons choisi de rester, car nous sentions que nous étions au bon endroit et au bon moment, et que Dieu était avec nous. Ces gens avaient besoin de nous, non pas tant pour notre travail, mais pour pouvoir prier et être ensemble ».
Forte de son expérience missionnaire, sœur Veronika donnait ce conseil : « En ce qui concerne les pays du Tiers-Monde, ne prenez rien pour acquis. Prenez soin de la vie et de la famille. Soyons solidaires avec les personnes dans le besoin. »
Lors de la commémoration qui s'est tenue au Soudan du Sud cinq ans après sa mort, l'Évêque de Yei de l'époque, Erkolano Lodu Tombe, avait déclaré que l'Église « ne peut pas permettre que l'injustice continue de détruire le monde ; ainsi, l'affaire de sœur Veronika, qui est en cours, traîne depuis trop longtemps, mais les procédures judiciaires sont ce qu'elles sont et nous devons les suivre jusqu'à ce que justice soit faite devant le tribunal ».
En 2019, le président slovaque Andrej Kiska avait décerné à Sœur Veronika, à titre posthume, la Croix de Pribina de première classe pour ses « contributions extraordinaires au développement social de la République slovaque à travers les services de santé préventifs et l’activité missionnaire ».
Lors de la cérémonie de dimanche dernier, le curé de Bánov, Peter Čieško, a rappelé que les habitants de la ville natale de sœur Veronika sont à juste titre fiers de leur concitoyenne, et que le regard porté sur la figure de sœur Veronika donne un élan considérable pour que les gens ne vivent pas seulement pour eux-mêmes, mais soient prêts à offrir leur aide aux autres.(Agence Fides 19/5/2026).