Beyrouth (Agence Fides) – Quelques heures avant d'être tué, il avait réaffirmé sa volonté ferme – celle de sa communauté également – de ne pas abandonner son village pris dans le tourbillon de la guerre qui enflamme le Moyen-Orient. Le père Pierre al-Raï, prêtre maronite, est mort aujourd'hui, après avoir été blessé par l'artillerie de l'armée israélienne qui est revenue dans le sud du Liban avec pour objectif déclaré de frapper toute présence résiduelle sur le territoire des milices et des structures appartenant au parti chiite Hezbollah.
Selon des reconstitutions concordantes des faits, vers 14 heures, heure locale, un char israélien de type Merkava avait tiré sur une maison située juste à l'extérieur du village de Qlayaa, pensant que des militants du Hezbollah s'y étaient infiltrés. Le propriétaire de la maison, Clovis Boutros, et sa femme ont été blessés. Lorsque le père Pierre est arrivé sur les lieux avec cinq autres hommes pour vérifier les effets du premier tir sur les biens et les personnes, un nouveau tir a atteint la maison, blessant également le père Pierre et ses accompagnateurs. Les blessés ont été transportés à l'hôpital public de Marjayoun par les équipes de la Croix-Rouge libanaise. Mais le curé Pierre, gravement blessé à la jambe, n'a pas survécu à ses blessures et est décédé à l'hôpital.
Le père Pierre al-Raï était également connu pour la ténacité avec laquelle il défendait le choix des chrétiens locaux de ne pas abandonner leurs villages, à nouveau pris dans le tourbillon de la guerre. Il s'occupait personnellement de la distribution rationnée des biens de première nécessité aux familles. Vendredi dernier, il avait participé à une manifestation organisée par les habitants de Marjayoun, au cours de laquelle tous avaient réaffirmé leur intention de rester dans leurs villages, malgré les appels à l'évacuation lancés par l'armée israélienne aux habitants de la zone située au sud du Litani.
Moins de deux heures avant sa mort, le père Pierre avait eu une conversation téléphonique avec le père carmélite Michel Abboud, lors d'une émission diffusée par TeleLumiere.
« Pour nous, expliquait le père Pierre, cette terre a une signification énorme. Nos ancêtres ont payé de leur sang pour la préserver. Les enfants de cette terre ont affronté de nombreux défis pendant des décennies et les ont surmontés. » Répondant aux questions du père Abboud, le prêtre assassiné se défendait : « Tu as dit que j'ai encouragé les autres par ma présence, mais ce sont eux qui m'ont encouragé. Le choix de ne pas quitter Qlayaa était une bonne décision, nous sauvons nos terres et nos maisons de la destruction. Ce message n'est pas seulement le nôtre, mais celui de toute la région... sinon, nous perdrions l'espérance de revenir... Nous restons... et les garanties et la sécurité ne viennent que du Seigneur... et notre patron est Saint Georges, chevalier et héros... qu'il nous aide à fortifier notre foi, qu'il nous protège ».
Aujourd'hui, la guerre sème à nouveau la mort et la douleur au Liban, et alimente les peurs, les soupçons et la méfiance. Même dans les zones habitées par des chrétiens, des barrages sont organisés pour empêcher des personnes et des groupes inconnus, cibles potentielles des attaques de l'armée israélienne, de « s'infiltrer » dans ces zones. (PR) (Agence Fides 9/3/2026)