Accra (Agence Fides) - « Les Ghanéens continueront à vivre en Afrique du Sud et les Sud-Africains continueront à vivre au Ghana. Les Ghanéens ont des activités commerciales là-bas et les Sud-Africains en ont également ici. Vivons dans l’unité et l’amour ». Tel est l’appel lancé par Mgr Matthew Kwasi Gyamfi, Évêque de Sunyani et président de la Conférence épiscopale du Ghana, dans une déclaration faite aux médias locaux au sujet des tensions xénophobes en Afrique du Sud qui ont touché, entre autres, les immigrés ghanéens.
Plusieurs ressortissants de certains pays africains ont été rapatriés en toute hâte pour échapper aux violences xénophobes. En réponse aux actes d’intolérance contre les étrangers en Afrique du Sud, des sentiments d’hostilité envers les Sud-Africains se répandent dans les pays d’origine des personnes expulsées.
Mgr Gyamfi rappelle qu’il faut au contraire considérer ces actes comme l’œuvre d’une minorité et non de tous les Sud-Africains. « Je crois que les Ghanéens qui ont été rapatriés, ainsi que tous les autres citoyens africains, devraient considérer ces actes comme un malentendu de la part de certaines personnes en Afrique du Sud et ne devraient pas réagir en rapatriant à leur tour des Sud-Africains ». Le président de la Conférence épiscopale du Ghana prévient que « une fois ce processus enclenché, il produira un effet domino dans toute l’Afrique ». « Que tout le monde garde son calme », invite Mgr Gyamfi.
Le président de la Conférence épiscopale du Ghana évoque également le précédent des expulsions réciproques entre le Nigeria et le Ghana. « Le Ghana a commis autrefois l’erreur de demander aux Nigérians de rentrer chez eux, et par la suite, les Nigérians ont eux aussi rapatrié les Ghanéens », rappelle-t-il. « Je ne pense pas que les deux pays répéteront jamais ces erreurs, car ils en ont désormais tiré les leçons », conclut Mgr Gyamfi. L’Évêque de Sunyani fait référence à deux épisodes distincts. Le premier remonte à 1969, lorsque le Ghana a émis un décret imposant aux étrangers sans papiers de quitter le pays dans un délai de 14 jours. Les personnes les plus concernées étaient des citoyens nigérians. Le deuxième épisode date de 1983, lorsque ce fut au tour du Nigeria d’expulser au moins 2 millions d’étrangers sans papiers, dont environ un million étaient ghanéens.
En Afrique du Sud, la violence xénophobe, dirigée contre les migrants tant asiatiques, originaires du Pakistan, du Bangladesh et d’autres pays, qu’africains provenant de pays voisins comme le Zimbabwe, le Mozambique, et de pays plus lointains comme le Nigeria, le Ghana et la Somalie, se manifeste périodiquement. Elle est alimentée par un taux de chômage élevé et par les inégalités économiques. Les migrants sont accusés de voler des emplois, de commettre des crimes ou de surcharger les services sociaux. Les violences comprennent des actes de justice sommaire, des pillages de magasins et des agressions dans des régions telles que le Gauteng et le KwaZulu-Natal.
Les récents incidents survenus en 2026 ont donné lieu à des manifestations visant à imposer l'expulsion des migrants sans papiers, qui ont dégénéré en violences faisant des morts et des blessés, et entraîné le rapatriement de plusieurs étrangers. Bien que tous les Sud-Africains ne partagent pas cette position, le problème reste récurrent. Tant la Conférence des Évêques catholiques d'Afrique australe (SACBC, voir Fides 21/5/2026) que le Symposium des conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SECAM/SCEAM) ont fermement condamné les violences xénophobes. (LM) (Agence Fides 2/6/2026)