AFRIQUE/AFRIQUE DU SUD - Les Évêques catholiques dénoncent l'escalade de la violence contre les migrants

jeudi, 21 mai 2026 eglises locales   migrants   violence   discrimination  

Le Cap (Agence Fides) - Face à « l’escalade de violences et de tensions » visant des migrants étrangers dans plusieurs régions d'Afrique du Sud, la Conférence des évêques catholiques d’Afrique australe (SACBC) a publié, le 20 mai 2026, une déclaration pastorale d’une rare fermeté. Dans ce document intitulé « Pastoral Statement on Violence Against Migrants in South Africa » et signé par son président, le cardinal Stephen Brislin, la Conférence dit avoir voulu prendre la parole dans un « moment critique avec un profond sentiment d’urgence et de responsabilité morale. »
Les Évêques « condamnent sans équivoque et sans ambiguïté » les actes « de violence, d’intimidation et de déplacement dirigés contre les migrants et les réfugiés.» De tels actes, poursuivent-ils, « constituent une grave atteinte à la dignité humaine et une trahison des valeurs qui devraient définir notre société.» « La violence contre les migrants ne peut jamais être justifiée, tolérée ou acceptée », affirment-ils encore. À l’approche des élections locales, les évêques tiennent également à adresser « un appel particulier et urgent aux partis politiques et à tous ceux qui cherchent à exercer des responsabilités publiques », de ne pas exploiter la situation migratoire ni la souffrance des communautés « à des fins politiques.» « L’instrumentalisation de la peur, de la division et de la vulnérabilité humaine pour obtenir un avantage électoral est moralement inacceptable et risque de déstabiliser davantage un contexte social déjà fragile », affirment-ils avec vigueur.
Des organisations de défense des droits humains et la Commission sud‑africaine des droits de l’homme (SAHRC) ont elles aussi tiré la sonnette d’alarme. Dans un communiqué publié le 19 mai 2026, la SAHRC s’est dite « profondément alarmée » par les rapports et les vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrant des attaques violentes qui semblent cibler les non-nationaux, en particulier dans la province de KwaZulu-Natal, rapporte le portail d’information sud-africaine IOL.
Au-delà de la condamnation, les Évêques appellent à guérir le mal par la racine. « Ces protestations et ces flambées de violence » sont « le symptôme de défaillances plus profondes et plus anciennes, ainsi que de promesses trahies qui ne peuvent plus être ignorées », analysent-ils dans leur déclaration. Aussi, ces causes sous-jacentes doivent être « affrontées honnêtement », sans quoi « le cycle de la colère, du ressentiment et de la violence continuera de s’aggraver.»
Ces causes, ils en livrent un état-des-lieux détaillé. « Depuis trop longtemps, poursuivent-ils, les cris des pauvres ne sont pas entendus. Les promesses de dignité, d’inclusion et d’égalité des chances ne sont toujours pas tenues pour de nombreux Sud‑Africains. Les dysfonctionnements persistants dans la fourniture des services publics, l’accroissement des inégalités et le scandale du chômage de masse ont créé des conditions de désespoir et de frustration. » Parmi les motifs de tensions entre populations locales et migrants, « en particulier dans les communautés économiquement défavorisées », s’ajoutent « la compétition pour des ressources rares comme l’emploi, le logement et les services publics », mais aussi une perte de confiance. « Les frontières poreuses, la corruption au sein du ministère de l’Intérieur (Home Affairs) et les procédures irrégulières en matière d’immigration ont érodé la confiance du public dans la capacité de l’État à gérer efficacement la migration », écrivent-ils encore.
Dès janvier 2023, dans un communiqué publié à l’issue de la session plénière de la SACBC, les Évêques avaient publié un texte dénonçant la persistance d’un « racisme de type colonial et d’apartheid » dans la société sud‑africaine, y compris au sein de l’Église. Ils y affirmaient qu’on ne mettrait pas fin au racisme en « faisant semblant qu’il n’existe pas », mais en le nommant, en reconnaissant les discriminations – y compris dans les paroisses, séminaires et congrégations – et en mettant en place des programmes de sensibilisation et de formation. La déclaration de mai 2026 apparaît ainsi comme un nouveau développement de cet engagement.
A plusieurs reprises le Cardinal Stephen Brislin, Archevêque du Cap et président de la SACBC, a répété la condamnation morale de la xénophobie. En 2025, il dénonçait déjà des groupes qui empêchaient des étrangers d’accéder à des hôpitaux et à des écoles, estimant que, « quelles que soient les questions liées à leur statut légal, tous ont droit aux soins médicaux et à l’éducation » et qualifiant ces pratiques de « profondément répugnantes », dans un message pastoral daté du 4 octobre dernier, et publié sur le site de la SACBC. Il y voyait le signe d’une crise morale : la tentation de faire des plus vulnérables des boucs émissaires plutôt que d’affronter les causes structurelles de la pauvreté, notamment la corruption et la mauvaise gestion.
La déclaration du 20 mai inscrit la condamnation de la xénophobie perspective de foi. « Chaque personne est créée à l’image et à la ressemblance de Dieu », écrivent les Évêques, ce qui impose une obligation « non négociable » de protéger la dignité de chacun, « en particulier les plus vulnérables », parmi lesquels se trouvent les migrants et les réfugiés. En s’appuyant sur l’encyclique Fratelli tutti du Pape François, ils appellent à une fraternité qui dépasse les frontières, la peur et l’exclusion : « Nous ne pouvons pas construire une société pacifique sur la haine, la stigmatisation ou la violence. » La déclaration se conclut par une prière, dans « un moment décisif pour la nation », afin d’avoir « le courage d’affronter ce qui est mal, la sagesse de discerner ce qui est juste et la force d’agir avec justice, compassion et vérité. » (ML) (Agence Fides 21/5/2026)


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