Les répercussions du conflit au Moyen-Orient sur les économies africaines

samedi, 21 mars 2026

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Nairobi (Agence Fides) - Les répercussions du conflit dans le golfe Persique commencent à se faire sentir partout dans le monde. Au-delà des conséquences sur les marchés énergétiques liées à la fermeture du détroit d’Ormuz, l’une des répercussions silencieuses, mais non moins importantes, touche les économies africaines. Il ne s’agit pas seulement d’effets macroéconomiques tels que l’inflation, la hausse des prix de l’énergie et les coupes dans les budgets nationaux, mais aussi de ceux liés aux exportations des petits producteurs, notamment dans le secteur alimentaire.

Les problèmes ne se limitent pas à un seul pays ou à une seule région, mais touchent toutes les principales économies africaines. Il suffit de prendre l'exemple de l'Afrique du Sud, de l'Égypte et du Kenya.

En ce qui concerne le Kenya, l'un des secteurs qui subit les conséquences du conflit est celui de l'exportation de viande vers les pays du Golfe. Cette région constitue le principal débouché pour les exportations de viande du Kenya, les Émirats arabes unis représentant à eux seuls entre 40 et 60 % des exportations. Les autres destinations sont Oman, le Koweït, Bahreïn et la Jordanie, pays vers lesquels les ventes ont diminué en raison du conflit. Dans des déclarations faites à Reuters, Nicholas Ngahu, président du Conseil des exportateurs de viande et de bétail du Kenya, a indiqué que l'industrie dans son ensemble avait réduit ses exportations de 15 % et que, pendant une période comme celle du ramadan, le volume des ventes avait encore baissé de 5 %. Les frais d'expédition viennent compliquer la situation. Selon Dennis Muraya, directeur de la Konza Clearing Agency, une entreprise spécialisée dans les expéditions, également interviewé par Reuters, le coût d'un kilo de viande vers la région a presque triplé en raison des hausses liées aux assurances. Cela se traduit par une réduction considérable du volume de viande expédié quotidiennement, qui est passé de deux cents tonnes à seulement cinq tonnes.

On craint pour l'avenir que la poursuite de la guerre n'entraîne une nouvelle baisse du chiffre d'affaires, que le marché intérieur ne parvient pas à compenser, ce qui porterait un coup quasi fatal au secteur.

En Afrique du Sud, c'est le secteur agricole qui souffre du conflit, en particulier celui des fruits. Selon les données fournies par l'organisation sud-africaine Hortgro, qui se consacre à l'analyse du secteur, et rapportées par le journal Scrolla, le Moyen-Orient est la destination de 21 % des exportations sud-africaines de poires, de 12 % de celles de pommes, de 60 % de celles d’abricots, de 34 % de celles de pêches, de 17 % de celles de nectarines et de 12 % de celles de prunes. Dans ce cas, la guerre a entraîné une série de problèmes, y compris pour les cargos qui avaient déjà quitté l'Afrique du Sud et se dirigeaient vers leurs marchés de destination, mais qui se sont retrouvés bloqués à mi-chemin. Les cargaisons qui étaient prêtes à quitter les ports ont quant à elles été démantelées. Là encore, les marchés alternatifs et le marché intérieur ne parviennent pas à couvrir la demande, mettant ainsi en péril l'ensemble du secteur. À ce problème s'ajoute celui de l'approvisionnement en pétrole. En 2024, l'Afrique du Sud a importé 69 % de son pétrole et de son diesel d'Oman, des Émirats arabes unis, de l'Arabie saoudite et de Bahreïn. Le blocage du détroit d'Ormuz, s'il devait se prolonger, constituerait un énorme problème pour l'économie du pays.

L'Égypte est également confrontée à des problèmes similaires. On y craint un problème social autant qu'économique : le gouvernement a été contraint de plafonner le prix du pain non subventionné par l'État et produit par les boulangeries privées. Cette mesure a été prise en raison de la hausse de la pression inflationniste sur l'économie suite au conflit, qui a également entraîné une augmentation des prix du carburant. Les répercussions sur l'économie pourraient dans ce cas être encore plus importantes, car elles risquent de se faire sentir également sur les transports et les coûts de production. Le pays est en outre confronté à un problème majeur sur les marchés financiers : depuis le début du conflit, la vente de titres d'État s'est arrêtée – on parle d'un montant compris entre cinq et huit milliards de dollars. Il s'agit d'une nouvelle préoccupante pour l'économie égyptienne : les titres d'État sont l'instrument par lequel l'État finance les intérêts de la dette, lui-même affecté par une inflation à deux chiffres. Si cette tendance devait se confirmer, combinée à la hausse de l'inflation due au conflit, l'Égypte ferait face à une crise économique qui pourrait avoir des répercussions sociales graves et imprévisibles. (CG) (Agence Fides 21/3/2026)


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