Le massacre méconnu des travailleurs humanitaires

mardi, 28 avril 2026

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par Cosimo Graziani

Les crises de l’ordre international et l’affaiblissement du multilatéralisme prennent, en marge des grandes catastrophes humanitaires, l’apparence d’un massacre silencieux : celui des travailleurs humanitaires.

Autrefois considérés comme le fleuron des agences internationales dans un système qui voyait en eux le fer de lance de la collaboration entre les nations pour vaincre la faim, la sécheresse et les guerres, ils se retrouvent aujourd’hui à payer un lourd tribut en termes de vies humaines, avec un bilan qui, au fil des ans, tend à s’alourdir plutôt qu’à diminuer.

En 2025, au moins 326 travailleurs humanitaires ont été tués dans 21 pays, portant le bilan de cette guerre contre ceux qui apportent de l’aide aux civils à 1 010 victimes en trois ans.

Selon les estimations, plus de la moitié d'entre eux ont perdu la vie à Gaza et en Cisjordanie (560, pour être précis), 130 dans la guerre oubliée du Soudan, 60 au Soudan du Sud, 25 en Ukraine et autant en République démocratique du Congo.

Le bilan des morts n'est que l'aspect le plus tragique d'un phénomène de violence généralisée qui se traduit par au moins 600 incidents par an, parmi lesquels des enlèvements, des blessures graves, des arrestations et des détentions, perpétrés tant par les forces irrégulières présentes dans les zones de crise que par les forces régulières.

Souvent, la mort vient du ciel : les frappes aériennes, notamment à Gaza, au Liban et en Ukraine, constituent la principale cause de décès. En Afrique, en revanche, il faut surtout tenir compte des armes légères détenues par des forces militaires ou paramilitaires composées de personnel peu entraîné mais très déterminé.

Les enlèvements ont augmenté au Soudan du Sud, au Burkina Faso, au Cameroun, en République centrafricaine, au Tchad, au Nigeria et au Soudan, mais, de manière plus générale, on a constaté une hausse du nombre d'arrestations et de détentions d'acteurs humanitaires par les autorités nationales et locales, ces mesures servant d'instrument de harcèlement et de contrôle des organisations opérant sur le terrain. Les données font état de 14 cas d'enlèvements, 145 d'arrestations et de détentions policières, et 441 d'actes d'intimidation et de harcèlement. Ces dernières listes témoignent également de l'érosion de l'autorité du système des agences internationales et du système multilatéral en général.
Si les instances internationales ne sont plus considérées comme un frein à la violence, mais simplement comme des assemblées qui entravent la liberté des États, chacun se sent libre de recourir à la manière forte contre ceux qui agissent sous leur égide. Le monde riche les abandonne, et les conséquences sont également financières.
Le secteur de l’aide humanitaire souffre en effet encore fortement du gel, décidé l’année dernière par Donald Trump, de la quasi-totalité des financements étrangers destinés au développement et à l’aide dans les zones de crise. De nombreux programmes ont été contraints de fermer, beaucoup ont dû procéder à des coupes drastiques dans tous les domaines, y compris la sécurité du personnel. Mais ce n’est pas tout : la décision de Washington a renforcé le discours qui dépeint l’ONU et les agences internationales comme fondamentalement inefficaces (et corrompues), alimentant ainsi les représailles faciles et la propagande à leur encontre.
Malheureusement, l’ONU, pratiquement dépourvue du soutien de ses membres importants – à commencer par ceux qui occupent un siège permanent au Conseil de sécurité –, ne peut que démontrer une fois de plus son impuissance face à l’usage flagrant de la force brute.

La résolution 2730 du Conseil de sécurité, adoptée en mai 2024 (proposée par la Suisse, approuvée par 14 voix pour et une seule abstention de la Russie), a en effet exhorté les États membres à faire respecter le droit international en matière de protection des travailleurs humanitaires, à mener des enquêtes indépendantes, rapides et efficaces sur les violations commises à l'encontre du personnel humanitaire et des Nations unies, et à poursuivre les responsables.

En 2025, 62 attaques contre des installations des Nations Unies et 84 contre des véhicules battant pavillon de l’ONU ont été recensées. « Ils nous considèrent comme une cible facile et légitime », a déclaré Tom Fletcher, le haut responsable du Siège de l’ONU chargé de faire le point sur la situation devant le Conseil de sécurité. (Agence FIdes 28/4/2026)


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