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SETTE E NUOVE FORME
DI RELIGIOSITA'

 
di Teresa Osório Gonçalves
 
SECTES ET NOUVEAUX MOUVEMENTS RELIGIEUX
DANS LA REFLEXION DE L'EGLISE
Du point de vue religieux le monde d'aujourd'hui est caractérisé par un pluralisme grandissant, dû à la création et à la diffusion, au niveau international, de nouveaux groupes ou mouvements. Quelques-uns préservent les éléments essentiels du patrimoine religieux dont ils ont hérité, d'autres se détachent des religions d'origine, autant sur le plan institutionnel que doctrinal, ou se présentent même comme une alternative radicale à la religion et à la culture dominantes dans certaines régions.

Dans les documents des Eglises locales sur les nouvelles formes de religiosité nous trouvons des références à différentes catégories de groupes: mouvements fondamentalistes bibliques; groupes d'origine chrétienne mais qui mélangent d'autres sources d'inspiration; mouvements dérivant des grandes religions orientales; fondations prophétiques locales, souvent à caractère syncrétiste; tendances gnostiques, spécialement dans les diverses expressions du mouvement New Age; groupes philosophiques ou psychologiques qui proposent des chemins spirituels; des groupes pseudo-religieux caractérisés par des tendances magiques.

Cette sorte de nouveau pluralisme religieux, qui coexiste souvent dans les mêmes pays, est attribué à différentes causes, selon les conditionnements historiques, socio-culturels et économiques des diverses régions du monde. En Europe, l'accent est mis sur la crise de la civilisation industrielle et capitaliste; en Amérique Latine, sur la situation de pauvreté et de conflit social; en Afrique, sur la crise de la période post-coloniale et sur l'absence d'une inculturation profonde du christianisme. Une cause commune est sans doute l'interdépendance globale de notre planète, qui facilite non seulement la circulation des personnes, mais aussi la diffusion rapide, à travers les médias, de toutes les idéologies et, en particulier, de celles qui peuvent compter sur le soutien économique du monde capitaliste.

Les facteurs externes ne suffisent cependant pas à expliquer l'explosion des mouvements religieux. Ils peuvent préparer le terrain, créer une situation de vulnérabilité au sein de laquelle prend corps l'idée messianique ou l'attente de la fin du monde ou encore celle d'un rapide changement de la situation sociale. Cette attente est souvent de nature religieuse, exprimant la soif de sacré qui caractérise l'être humain.

1. La perspective de l'Eglise devant le pluralisme religieux en général

Quelle est la perspective de l'Eglise catholique, exprimée par la voix de ses pasteurs? La façon de voir de l'Eglise suit deux itinéraires complémentaires: le premier considère le phénomène du nouveau pluralisme religieux dans le contexte de l'attitude à adopter vis-à-vis des autres églises (ou communautés ecclésiales), religions et cultures; et le second examine, surtout du point de vue doctrinal et pastoral, le phénomène de l'éloignement d'un bon nombre de fidèles catholiques de leur propre communauté de foi.

1.1. Le premier itinéraire est éclairé avant tout par les déclarations conciliaires Nostra aetate sur le rapport avec les autres religions, et Dignitatis humanae sur la liberté religieuse; et par d'autres documents du Saint-Père et du Conseil Pontifical pour le Dialogue interreligieux. Dans ce contexte une grande valeur est attribuée à la recherche spirituelle de l'homme qui, comme dit le Pape Jean-Paul II dans l'encyclique Veritatis Splendor, est touché au fond de son coeur par la lumière du Créateur et conserve toujours la nostalgie de la vérité absolue et la soif de parvenir à la plénitude de la connaissance de Dieu (VS 1). Aucune ténèbre ne peut éliminer totalement cette lumière.

Dans cette recherche, qui est en soi un facteur positif, l'homme peut suivre des itinéraires qui ne le portent pas très loin, ou trouver des guides avec des intentions pleu claires. Le débat social qui s'est intensifié pendant les dernières années sur les dangers des "sectes" démontre la complexité du discernement. Il y a des chemins qui ne sont pas l'expression d'une religion authentique. Jean-Paul II a invité à faire cette distinction dans un discours au corps diplomatique. Parlant de la paix comme d'un fait d'ordre moral, il a observé:

"Les religions dignes de ce nom, les religions ouvertes dont parlait Bergson - qui ne sont pas de simples projections des désirs de l'homme, mais une ouverture et une soumission à la volonté transcendante de Dieu qui s'impose à toute conscience -, permettent de fonder la paix. Et également les philosophies qui reconnaissent que la paix est un fait d'ordre moral; elles montrent la nécessité de dépasser les instincts, elles affirment l'égalité radicale de tous les membres de la famille humaine, la dignité sacrée de la vie, de la personne, de la conscience, l'unité de la famille humaine qui requiert une vraie solidarité. Sans le respect absolu de l'homme fondé sur une vision spirituelle de l'être humain, il n'y a pas de paix." (Discours au Corps Diplomatique, 10 janvier 1987).

1.2. Le deuxième itinéraire, plus fréquent dans les documents pastoraux, est celui de l'analyse des raisons qui poussent des fidèles catholiques à suivre des doctrines et à adhérer à des groupes qui les éloignent progressivement de l'Evangile et de la communauté ecclésiale et qui ne respectent pas toujours la dignité et la liberté de la personne. Il est opportun de comprendre à quels besoins et à quelles aspirations de base les nouvelles sectes ou religions semblent répondre, pour revoir la façon dont la communauté catholique vit sa propre mission évangélisatrice. Telle est la perspective du document intitulé "Le phénomène des sectes ou nouveaux mouvements religieux: défi pastoral", publié par le Saint-Siège en 1986 après une enquête auprès des conférences épiscopales.

Une deuxième initiative du Saint-Siège visant à stimuler davantage l'attention pastorale fut le Consistoire extraordinaire qui s'est tenu au Vatican, en avril 1991. Sa perspective fut essentiellement doctrinale et pastorale. Les cardinaux ont considéré comme préoccupant le phénomène de la diffusion, notamment dans les milieux traditionnellement catholiques, d'un grand nombre de sectes et de courants religieux qui se présentent comme une alternative radicale à la foi catholique ou qui, en permettant une double appartenance, encouragent le syncrétisme qui, peu à peu, éloigne de la vision chrétienne originale et de la communauté de foi.

Plusieurs participants ont souligné que l'expansion de ces mouvements nous révèle combien les aspirations de l'homme d'aujourd'hui face au sacré et à la religion sont dominées par le doute, par l'incertitude et par les séductions de la vie. Il existe chez beaucoup de nos contemporains une recherche du sens global de la vie, une interrogation sur le sens de la souffrance et de la mort, le désir d'aller au-delà des limites de la réalité humaine, le besoin de paix et d'intériorité. Mais beaucoup sont à la recherche d'un salut qui ne transcende pas les horizons terrestres et demeurent ainsi exposés aux promesses des faux prophètes et des créateurs d'utopies. Ils sont comme la Samaritaine qui demandait de l'eau sans savoir qu'il y avait une Eau vive qui aurait pu satisfaire pleinement son désir le plus profond, que la rencontre du Christ a fait ressortir. Comme le Christ l'Eglise doit donc évangéliser le désir religieux et purifier les aspirations religieuses.

Ces réflexions collégiales, favorisées par le Saint Siège, ont encouragé les Eglises locales à s'interroger sur ces problématiques pour renouveler l'action pastorale. Nous pouvons trouver les principales clés de lecture et de réponse dans une Anthologie de textes de l'épiscopat catholique publiée par le Groupe de Travail sur les Nouveaux Mouvements Religieux, qui regroupe des représentants de quatre dicastères du Saint-Siège . Depuis lors le thème du "défi des sectes" a été repris dans le cadre de la "nouvelle évangélisation" proposée par les Synodes des Evêques pour les divers continents.

2. Analyses et réponses en Europe, Amérique Latine, Afrique

2. 1. Europe

Dans l'Instrumentum laboris de la IIe Assemblée du Synode des Evêques pour l'Europe (1999) , nous sommes invités à distinguer trois sortes de "sectes" présentes en Europe: celles qui ont une origine chrétienne, celles qui se basent sur d'autres religions et celles qui dérivent d'une certaine forme d'humanisme (n.65). En effet à partir des années 70 nous trouvons, du Portugal à la Pologne, les principaux nouveaux mouvements religieux internationaux provenant des Etats-Unis: les sectes d'origine chrétienne qui, bien que fondées au XIX.e siècle, se sont répandues en Europe surtout après la deuxième guerre mondiale; les nouveaux mouvements dérivés des religions orientales, qui s'étaient développés en Amérique du Nord à partir des années 60 pour s'implanter en Europe dans les années 70; les groupes magico-esotériques de vieille tradition qui ont retrouvé une certaine vitalité au cours de cette même période; enfin, un courant éclectique qui, surtout depuis les années 80, regroupe sous les insignes du Nouvel Age, des tendances et mouvements aux origines les plus diverses. Avec la chute du mur de Berlin, de très nombreux NMR, déjà en partie présents dans les pays de la zone communiste, ont obtenu une reconnaissance juridique et ont intensifié leur expansion, faisant de grandes promesses à ceux qui cherchaient à améliorer leur situation matérielle et spirituelle.

Selon une enquête promue par le Conseil des Conférences Episcopales Européennes (CCEE) en préparation d'une rencontre sur "Sectes et groupes religieux particuliers en Europe" (Vienne, 5-8 mars 1998), les participants ont pu relever que la culture sécularisante et post-moderne s'était propagée à Moscou comme à Paris ou à Londres dès le XIXème siècle . Lorsque la surveillance du pouvoir communiste s'est relâchée, la manifestation publique des tendances ésotériques, occultes, etc. a explosé, tandis que jusqu'alors elle se diffusait de manière souterraine; dès lors les religions primitives ont été revitalisées. Tel est le "cultic milieu", le terrain sur lequel surgissent et se développent les nouveaux groupes religieux. Dans ce contexte la religion et la sécularisation constituent l'endroit et l'envers d'une même médaille, celle de l'exaltation de l'homme allant jusqu'à le diviniser. Au fond il semble qu'il y ait une même idéologie utopique au cours de ces derniers siècles, qui change de visage mais qui se trouve à la racine des mythes totalitaires.

Dans la même rencontre les participants ont remarqué que, plus la société est sécularisée, plus elle produit de "religion": la faim est provoquée par le jeûne. L'homme s'oppose à une sécularisation à outrance, à la réduction de l'homme. Beaucoup sont en recherche, en quête d'une expérience personnelle directe et d'une communauté où ils puissent la vivre .

Dans l'Instrumentum laboris cité, l'Eglise est invitée à un profond examen de conscience en vue d'un renouveau de foi, de joie, de désir d'annoncer le Christ et de partager, dans des communautés vivantes, l'expérience de vie spirituelle.


2.2. Amérique Latine

Le thème de l'"invasion des sectes", observé avec préoccupation au cours du Consistoire Extraordinaire de 1991, a été approfondi dans ses grandes lignes pendant la IV Conférence Générale de l'épiscopat latino-américain à Santo Domingo, en 1992 et ensuite dans la préparation et réalisation du Synode des Evêques pour l'Amérique. Au cours de cette période le terme générique "sectes" s'est précisé, en vertu d'une connaissance plus détaillée des changements socio-religieux en cours et de leurs protagonistes.

Comme arrière-plan de ce changement on peut observer un pluralisme grandissant au niveau culturel, éthique et religieux, qui met en question la légitimité du catholicisme comme religion prédominante. D'une part sont reconnues et revalorisées les religions indigènes et afroaméricaines, qui sont la source de nouvelles expressions de la religiosité traditionnelle. D'autre part les Eglises évangéliques autonomes, surtout de type pentecôtiste, croissent rapidement, cherchant clients dans les catégories plus abandonnées. Des sectes d'origine chrétienne adoptent des techniques de diffusion inspirées au "marketing". Et une grande variété de petits mouvements, basés sur des religions orientales ou syncrétistes diffusent l'idéologie du "Nouvel-Age".

L'Exhortation post-synodale "Ecclesia in America" propose une étude sérieuse des motifs qui rendent des catholiques vulnérables afin de revoir les méthodes pastorales. Pourtant, souligne le Saint-Père, nous ne pouvons pas recourir à des méthodes semblables au prosélytisme des sectes. "Proposant l'Evangile du Christ dans son intégrité, l'activité évangélisatrice doit respecter le sanctuaire de la conscience de chaque individu, en qui se développe le dialogue décisif, absolument personnel, entre la grâce et la liberté de l'homme" (n.73).

Le CELAM consacre de grands efforts à l'étude du phénomène religieux et à la proposition de plans pastoraux. Dans le Plan Global pour 1999-2003 on peut trouver des directives spéciales dans le sens de l'attention à la pastorale indigène et à la pastorale afroaméricaine, des plans pour un dialogue oecuménique avec les pentecôtistes, des indications pour le dialogue interreligieux, et l'attention, dans le cadre de la pastorale de la culture, aux courants du Nouvel-Age et du syncrétisme religieux. Les publications récentes du CELAM sur le Nouvel-Age et sur le phénomène des Sectes sont très utiles pour l'analyse pastorale .

Les lettres pastorales des évêques et les compte-rendus de sessions d'étude expriment préoccupation, non seulement à cause de la grande adhésion de fidèles catholiques aux églises pentecôtistes, comme l'Eglise Universelle du Royaume de Dieu, du brésilien Edir de Macedo, mais aussi devant le prosélytisme des Témoins de Jéhovah et des Mormons. L'Eglise de l'Unification, du Rev. Moon, qui a intensifié sa présence dans le continent, a été le sujet de plusieurs prises de position de l'épiscopat latino-américain. On voit aussi une grande attention au développement des expressions du "Nouvel-Age" qui attirent les personnes plus instruites et riches. Dans ce contexte ce quis recherché est un modèle de religion ou de spiritualité qui remplace l'appartenance définie à une communauté de foi par l'adhésion à une sorte de super-religion virtuelle.

Les réponses pastorales sont diversifiées. L'Eglise brésilienne, dans ses directives pour l'évangélisation de 1999-2000 a mis l'accent principal sur la nécessité d'une évangélisation inculturée, d'abord dans les cultures indigènes et afro-américaines, et puis dans la culture moderne et urbaine, incluant les média. Analysant l'effet des "églises electroniques" ce document observe qu'un tel emploi des média peut contribuer à réveiller le sens religieux mais en même temps banalise et abaisse la religion au niveau de spectacle.

Dans les documents du Mexique, de la Bolivie, de l'Ecuador nous trouvons une grande insistance sur la pastorale indigène, qui exige une meilleure inculturation du christianisme.

2.3. Afrique

Le panorama religieux en Afrique est devenu, au cours des dernières décennies, toujours plus complexe, à cause de la création et de la diffusion de nouvelles dénominations religieuses, venant de l'étranger ou fondées par les Africains eux-mêmes. Nous pouvons distinguer trois grands courants:

- les mouvements religieux africains, appelés souvent "Eglises Africaines Indépendantes";
- les mouvements dérivés du protestantisme américain;
- les mouvements magico-esotériques.

1) Mouvements religieux africains

On estime que, dans l'Afrique du Sud-Sahara il existe 10.000 mouvements religieux fondés par des Africains, avec quelques dizaines de millions d'adhérents. Dans la République Sud-Africaine il y a 4.000 "African Instituted Churches" auxquelles adhère 26,1% de la population. En Afrique occidentale ces communautés se sont dévelopées surtout au Libéria, au Nigéria, au Ghana, en Côte d'Ivoire, au Bénin; en Afrique orientale, au Kenya; en Afrique centrale c'est le Congo-Kinshasa qui détient la primauté.

Ces mouvements religieux sont appelés "Eglises" au sens de communautés de personnes qui professent la même foi. Mais il y a une grande diversité par rapport à la foi chrétienne. Quelques-uns s'inspirent de la foi hébraïque, d'autres mélangent des aspects de la foi chrétienne et de la religion traditionnelle, d'autres sont essentiellement de nouvelles expressions de la religion traditionnelle, avec des éléments superficiels empruntés aux Eglises chrétiennes.

Quelles sont les raisons de cette prolifération? Selon une recherche faite au Congo-Kinshasa les mouvements prophétiques ou messianiques africains sont nés dans l'époque coloniale comme une réaction sociale e religieuse contre les structures reçues de l'extérieur, qui avaient bouleversé la societé traditionnelle. Cette réaction a produit des forces de libération politique et d'inculturation du message évangélique. D'autres raisons seraient le fait que le christianisme s'est présenté divisé et que les premiers prédicateurs et les premiers convertis ont eu tendance à refuser en bloc la religion et la culture traditionnelles. Pour les Africains la religion doit fournir des solutions aux problèmes existentiels. La foi doit porter des fruits pour cette terre, elle doit réduire les tensions et créer une certaine solidarité. Les nouvelles dénominations récupèrent la force vitalisante de la religion traditionnelle, en redécouvrant la mystique qui l'anime.


2. Mouvements dérivés des Eglises protestantes américaines

Dans le fleuve du protestantisme africain d'origine américaine convergent différents courants: celui du pentecôtisme, né au début du XX siècle aux Etats-Unis, qui met l'accent sur les dons visibles de l'Esprit; celui du fondamentalisme, de la même période, qui naît en réaction all'interprétation libérale de la Bible et à l'engagement social des Eglises; celui de l'Evangile de la Prosperité (Faith Movement), né dans les années 70, qui souligne le pouvoir de la foi pour obtenir de Dieu la santé et la prosperité économique. Dans la pratique il est difficile de distinguer ces trois courants, qui peuvent coïncider dans la même dénomination entièrement ou en partie et intégrer des aspects de la religion traditionnelle africaine, surtout si les protagonistes sont des Africains.

La perception d'un défi commun au plan doctrinal a porté le Symposium des Conférences Episcopales d'Afrique et Madagascar (SCEAM) à publier deux documents, "Les Nouveaux Mouvements Chrétiens en Afrique et Madagascar" (Rome, 1992), et "La Réponse catholique aux objections et incompréhensions des Nouveaux Mouvements Chrétiens" (Rome, 1994).

Un autre défi est celui de l'expérience religieuse offerte par les Eglises pentecôtistes, qui semble plus à la portée du peuple africain. Dans ce sens le mouvement charismatique catholique, très répandu en Afrique, est perçu par beaucoup d'évêques comme étant une contribution valide, même si partiale, pour répondre à ce défi.

Le défi du "Faith Movement" est en même temps théologique et politique. En effet le sens de la Croix du Christ et la dimension eschatologique du christianisme perdent leur force. D'autre part les riches mantiennent une bonne conscience à propos de leur richesse, et les pauvres reçoivent la promesse de pouvoir sortir de leur misère par la confiance en Dieu. Cette justification religieuse de l'idéologie capitaliste, appuyée par la droite religieuse américaine, se trouve aussi dans des mouvements d'origine chrétienne, mais plus éloignés de l'orthodoxie, comme les Témoins de Jéhovah, les Mormons, l'Eglise de l'Unification, qui adoptent des méthodes de diffusion basées sur des techniques de "marketing".

3. Les mouvements ésotériques

En beaucoup de pays africains, surtout dans les grandes villes et parmi les personnes les plus cultivées, nous assistons à l'expansion de la culture ésotérique du type "Nouvel-Age" qui est promue par de petits ou grands groupes, plus ou moins secrets. Même si le "Nouvel Age" apparaît comme un produit typique de la société capitaliste occidentale, la vérité est que ce courant séduit aujourd'hui l'élite intellectuelle africaine, au Zaïre, au Cameroun, au Kenya comme au Nigéria. Pendant le Synode pour l'Afrique plusieurs évêques ont fait référence à ce phénomène qui se présente comme une nébuleuse, sans une structure claire. La culture ésotérique a la caractéristique de se présenter publiquement sous les expressions des valeurs universelles, réservant aux initiés les aspects plus occultes, qui portent au renversement de la morale, de la religion, des règles de convivence sociale. Ceci est perceptible dans les mouvements magico-esotériques (comme Rose-Croix, Ekankar, Graal, Templiers, Mahikari) ; et trouve des expressions bouleversantes dans le courant sataniste qui conditionne, avec ses mythes, un certain nombre d'étudiants et même des personnes engagées dans les professions libres et dans la politique. Beaucoup de gens refusent ce qui leur apparaît une religion de souffrance et de soumission, qui n'apporte pas le bonheur sur terre, et sont séduits par l'idéal du surhomme, qui réalise ses rêves de richesse et de pouvoir.

Les indications pastorales plus fréquentes vont dans le sens de l'inculturation, de la vie des communautés, de la formation. Dans quelques pays comme le Ghana, le Zaire, la Côte d'Ivoire, on a pris au sérieux l'urgence d'étudier ces phénomènes dans les instituts supérieurs de pastorale.

Terminant ce bref aperçu à niveau continental, nous pouvons remarquer que la pastorale de l'Eglise est interpellée de façon différente selon les caractéristiques de fond spécifique des mouvements qui se répandent:

- Les groupes qui se basent sur la Bible nous poussent à rendre témoignage en tant que communautés qui vivent joyeusement la Parole de Dieu et à encourager une connaissance personnelle de la Parole de Dieu qui féconde la prière, le rapport avec les autres et toute notre activité.
- Les groupes qui s'inspirent des religions orientales encouragent à redécouvrir la primauté de la vie spirituelle afin d'unifier l'homme et de le pacifier intérieurement, en le mettant en harmonie avec l'univers; ils encouragent aussi à redécouvrir la richesse de la tradition spirituelle et mystique de l'Eglise et à chercher de nouvelles formes d'expression pour la rendre accessible à l'homme d'aujourd'hui.
- Les groupes de tendance psychologique et thérapeutique requièrent un discernement attentif sur ce qui réalise l'homme ou le rend prisonnier.
- Le courant culturel du Nouvel-Age exprime souvent l'aspiration àa la communion avec Dieu, la recherche d'unité entre tous les hommes, la nécessité d'une image optimiste du futur de l'humanité et du cosmos, qui nous obligent à repenser le project chrétien sur l'homme et sur la société.

3. Nouveaux défis

3.1. Débat social et juridique

La prolifération de nouveaux mouvements plus ou moins religieux s'est accompagnée ces dernières années d'un débat social croissant, alimenté par les tragédies causées par certains d'entre eux. Pensons à ce qui est arrivé avec l'Ordre du Temple Solaire en France et au Canada, avec l'Aum Shinri-kyo au Japon ou avec le mouvement ougandais Restauration des Dix Commandements de Dieu. D'autres mouvements comme Scientologie et Falungong ont été au centre de grandes polémiques. Les nouvelles formes de religiosité constituent un défi, non seulement pour l'évangélisation, mais aussi pour les valeurs fondamentales de la société civile.

On sent aujourd'hui la nécessité d'approfondir trois questions: comment défendre, non seulement la liberté religieuse des groupes, mais aussi la dignité humaine de chaque personne, menacée par les comportements sectaires? Comment, dans une société pluraliste, protéger le bien commun des projects déstabilisateurs de certains mouvements? Quel statut juridique conférer aux associations de caractère religieux?

En Europe, par exemple, nous assistons à un débat enflammé sur la compétence de l'Etat quant à la défense des citoyens et des familles, contre l'influence de groupes qui, sous le prétexte de la liberté religieuse, en viennent dans certains cas à exercer une activité véritablement criminelle ou à nourrir des projets subversifs. Le Conseil de l'Europe a approuvé, en juin de 1999, un rapport sur les "activités illégales des sectes", qui est un texte de compromis entre des courants très opposés. L'idée centrale est qu'il ne revient pas à l'Etat de distinguer entre "sectes" et "religions", mais qu'il doit veiller à ce que les normes communes soient également respectées par les groupes qui se définissent comme "religieux", et promouvoir la transparence et l'information.

Parallèlement, dans le contexte de la défense de la liberté religieuse, s'affermit la tendance non seulement à obtenir la reconnaissance juridique de toute organisation qui se dit "religieuse", mais aussi à réserver le même traitement que celui des Eglises ou des religions majoritaires . On ne tient pas compte suffisamment du fait que la valeur de la liberté religieuse n'a de sens que dans le cadre du respect de la dignité humaine et des normes qui régissent la vie en société selon des principes de justice et de paix. En outre, le statut social et juridique d'une Eglise ou d'une religion dans un pays donné est le fruit de siècles d'histoire de cette communauté humaine particulière. On ne peut mettre sur le même plan n'importe quel groupe de création récente, plus encore lorsque celui-ci n'est pas clair dans ses objectifs ou suscite des réactions par sa manière d'agir.

Ces questions se posent aujourd'hui en Amérique Latine comme en Afrique ou en Asie. L'Eglise doit donc repenser son rapport avec la société. Il faut approfondir, d'une part le rapport entre religion, éthique et société, et de l'autre les règlements juridiques adaptés à la nouvelle situation de pluralisme religieux. Etant donnée l'importance de cette problématique pour l'avenir de l'Eglise et de la société, il semble nécessaire d'entreprendre des études interdisciplinaires, au niveau national et international, sur ces thèmes .

3.2. Quel dialogue?

Dans les grands documents pastoraux de l'Eglise on cherche à séparer le dialogue avec les grandes traditions religieuses de l'humanité, de l'attitude envers les nouvelles expressions, appelées souvent "sectes". Mais dans la pratique les frontières ne sont pas nettes. Le dialogue se fait au niveau des personnes. L'attitude de dialogue envers tout homme - même à l'égard de ceux qui suivent des voies tortueuses - ne doit faire aucune discrimination.

D'autre part le dialogue formel ou institutionnel avec les groupes organisés exige un discernement préalable: nous devons chercher à comprendre si les motivations qui les animent sont authentiquement religieuses ou non; et éviter de donner l'impression d'une reconnaissance officielle de l'Eglise à des mouvements qui font du prosélytisme.

Le dialogue interreligieux influencé par les idées du "Nouvel-Age" pose pour l'Eglise un défi particulier. Dans le contexte, par exemple, du "Conseil pour un Parlement des Religions du Monde" (Council for a Parliament of World Religions) ou de l'"Initiative des Religions Unies" (United Religions Initiative) on trouve souvent les présupposés suivants:

- la religion chrétienne - associée souvent au judaïsme ou à l'islam - est considéré comme le prototype de la religion dogmatique et institutionnelle qu'il faut dépasser;
- pour qu'elle puisse subsister, elle doit être purifiée de toute prétention à la vérité, de tout pouvoir, de toute forme extérieure, pour mettre en lumière son noyau intime, spirituel;
- les religions asiatiques sont considérées comme les moyens les plus adaptés pour parvenir à la sagesse primordiale qui se trouve dans toutes les religions;
- les religions traditionnelles sont exaltées comme contenant une plus grande sensibilité aux valeurs de la nature, du respect pour la Terre et pour la spiritualité féminine;
- les tendances magiques, que le christianisme a dénoncées comme étant de l'idolâtrie et de la superstition, contiennent une vision significative du monde, qui doit se réaliser;
- quant au futur, un fort courant, qui a ses racines dans la Société Théosofique, avance la thèse que nous serions en marche vers une religion mondiale unique, une Eglise unique.

En répondant aux invitations à participer à des activités multireligieuses, nous ne pouvons pas ne pas examiner quel est le concept de dialogue ou d'"unité" qui les anime. D'une manière générale, dans la confrontation avec des adeptes d'autres religions, les chrétiens doivent chercher à éviter deux écueils: celui du relativisme, qui considère la voie du Christ aussi valide que les autres; et celui du syncrétisme, qui défend la "double appartenance" ou promeut la fusion des diverses religions en une synthèse supérieure. Il faut former les catholiques à une théologie chrétienne des religions, adaptée à leur propre foi.

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Réunion de la Commission épiscopale allemande
"Weltkirche und Migration"
Siegburg, 16-17 avril 2002

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