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| VIETNAM - Un nouveau document semi-officiel
suggère une future politique religieuse apparemment
plus libérale mais aussi plus contraignante |
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Grâce au courrier
électronique, un très important document concernant
l'état de la question religieuse au Vietnam vient d'être
communiqué clandestinement aux observateurs occidentaux (1).
C'est la première fois qu'un tel type de document est divulgué.
Il s'agit du compte-rendu des débats du Conseil consultatif
de la religion qui ont eu lieu à Hanoi le 9 mars 2002, sous
la présidence de deux personnalités du régime,
Pham Thê Duyet, membre du Bureau politique et président
du Front patriotique, et Dang Nghiêm Van, haut fonctionnaire
idéologique, président du Conseil consultatif de la
religion, recteur de l'Institut des Etudes religieuses à
Hanoi, bien connu en France, où il a été plusieurs
fois invité par l'Institut des Hautes Etudes, en tant que
" spécialiste " des questions religieuses. L'identité
des autres participants n'a pas été clairement indiquée.
Des allusions contenues dans le texte font conclure à la
présence de cadres locaux et d'ecclésiastiques représentant
les grandes religions du Vietnam. Le texte se présente comme
le recueil des opinions émises à l'occasion de cette
réunion (2) sur divers aspects de la politique religieuse
de l'Etat vietnamien. Elles ont été rangées
sous différentes rubriques.
Une première série d'avis porte sur les nombreux conflits
et controverses opposant, aujourd'hui, au nord comme au sud, l'Etat
et les religions au sujet de la propriété de terrains
ou de lieux de culte. Une série de principes ont été
retenus en vue de régler ces différends. Il est dit
en premier lieu que ce sont les intérêts du peuple
qui importent mais que l'on doit apporter des solutions conformes
aux conditions et à la situation du pays, ainsi qu'aux exigences
particulières des diverses religions. Il est ensuite affirmé
clairement que l'Etat ne rendra pas les biens et les établissements
qui lui ont été " offerts ". Cependant,
les services gouvernementaux ont le devoir d'utiliser ces biens
en fonction des objectifs fixés lors du " don ",
à savoir éducatifs, sociaux ou caritatifs. Ils n'ont
pas le droit de les donner, vendre ou louer à des individus.
Par ailleurs, selon certaines opinions recueillies, il importe d'examiner
la légitimité du don fait au gouvernement. Un curé
peut-il signer une offre sans avis de l'évêque du diocèse,
le véritable propriétaire du bien ? Des pressions
ont-elles été exercées sur le donateur ? Par
contre, les terrains et établissements empruntés pour
un temps déterminé, plus ou moins long, par les services
étatiques, ou accaparés par le " peuple "
en fonction de ses besoins, en principe, devront être rendus
dans leur état premier ; sinon, ils seront échangés
ou encore rachetés aux associations religieuses par leurs
utilisateurs actuels.
A plusieurs reprises, la Conférence épiscopale du
Vietnam a fait état de son désir d'engager à
nouveau l'Eglise dans des activités sociales, éducatives,
culturelles et médicales, très nombreuses avant le
changement de régime de 1975. C'est l'objet de la deuxième
rubrique du document du Conseil consultatif. Les participants auraient
été unanimes pour que, dans le cadre de la politique
de socialisation (i.e. privatisation) du gouvernement (3), les diverses
religions soient autorisées à ouvrir des écoles,
non seulement des écoles maternelles comme aujourd'hui, mais
aussi des établissements de tout niveau, aussi bien primaire
que secondaire, des écoles professionnelles et même
des instituts universitaires. Bien d'autres domaines devraient leur
être ouverts, comme celui des sports, des loisirs, de la santé,
etc. C'est, sans doute, la première fois qu'un document semi-officiel
envisage de telles possibilités pour les communautés
religieuses, même s'il ne s'agit ici que d'opinions recueillies
chez les cadres religieux du régime, opinions qui n'ont reçu
aucune approbation officielle du pouvoir exécutif. De plus,
le document souligne que cette collaboration des communautés
religieuses devrait être strictement contrôlée
par l'Etat, les divers ministères et les syndicats.
D'autres sujets très brûlants ont été
encore abordés dans ce document, avec moins de libéralisme.
Le texte a souligné très fortement la nécessité
de renforcer le contrôle de l'Etat et du Front patriotique
sur la formation sacerdotale dans les séminaires. Ce contrôle
devra porter sur " l'organisation des écoles de formation
religieuse, sur le contenu de l'enseignement, le programme d'études,
le recrutement du corps enseignant ". Les cours d'instruction
idéologique et civique devront être obligatoires. Cependant,
le texte souhaite que l'Etat accorde avec plus de générosité
la permission d'ouvrir de nouveaux séminaires, ce qui éviterait
l'existence d'institutions clandestines, trop nombreuses aujourd'hui.
Au sujet des mouvements et des associations religieuses, trois types
d'opinion ont été émis. Certains demandent
à l'Etat d'abandonner son attitude défiante et de
ne plus poser la question de la nature réelle des associations
religieuses en activité aujourd'hui. Il suffirait de considérer
leurs activités comme les activités religieuses ordinaires
de l'Eglise au même titre que les cérémonies
religieuses et de les reconnaître comme telles. D'autres opinions
recommandent de reconnaître automatiquement des associations
dont les activités sont purement religieuses comme les chorales
et les fanfares. Les autres mouvements impliquant des réunions
et des rassemblements populaires auront besoin de l'examen et de
la permission des autorités. Enfin, d'autres préconisent
que n'importe quel mouvement ou association religieuse soit soumis
à l'obligation de l'enregistrement et de la reconnaissance
par l'Etat.
Apparemment, si l'on considère les solutions préconisées
par la majorité des participants, on est frappé par
leur libéralisme en comparaison avec l'ensemble de la réglementation
religieuse en vigueur actuellement. Cependant, cette apparente ouverture
est accompagnée d'un contrôle accru aussi bien sur
les esprits que sur le fonctionnement de divers établissements
religieux comme, par exemple, les séminaires. Le document
donne l'impression que l'Etat communiste vietnamien voit sans trop
de déplaisir s'étendre la zone d'activités
et d'influence des religions, à condition d'en contrôler
strictement les orientations et les manières de faire.
(1) Sa traduction sera publiée dans un prochain numéro
d'Eglises d'Asie.
(2) Avant ou pendant la réunion
(3) Ce terme " socialisation " (xa hôi hoa) a pour
signification le contraire de ce qu'il paraît signifier puisqu'il
désigne, en réalité, la remise par l'Etat de
responsabilités à la société civile.
Voir EDA 295 |
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