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LETTRE PASTORALE
Pour une attention particulière de notre Eglise-famille
de Dieu à la femme en son sein et dans la société.
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A mes
sœurs et frères, à mes filles et fils,
A toute l'Eglise-Famille de Dieu qui est à Sarh
Paix et bénédiction.
Les convictions que nous avons exprimées dans
notre plan pastoral diocésain par rapport à la religion
traditionnelle nous amènent à nous poser cette question
:
« Comment rester fidèles à notre foi en Jésus-Christ
sans graves déchirements intérieurs par rapport aux
éléments de l'éducation familiale traditionnelle
qui ont structuré notre personnalité individuelle
ou sociale mais qui se révèlent être négatifs
et contraires à la volonté de Dieu » ?
Nos récentes assemblées diocésaines
nous ont permis de prendre conscience qu’il est urgent de
nous prononcer clairement sur certaines de nos conduites à
l’égard de la femme et sur certaines situations rendues
floues par l’attachement excessif de certains fidèles
aux coutumes non chrétiennes ou par une mauvaise compréhension
de la Parole de Dieu. Nous ne pouvons plus garder le silence devant
certains abus. Notre but est d'éclairer les consciences et
d'aider tous les fidèles à faire des choix de vie
conforme à leur foi en Jésus-Christ.
Les femmes sont des membres à part entière
de notre Eglise-Famille L’éducation traditionnelle
et la négligence de la scolarisation des filles ne leur ont
pas permis de s’engager de manière efficace dans les
communautés de notre Eglise-Famille. Cette situation perdure
encore dans certaines familles. L'éducation des enfants était
une tâche commune de la société, mais elle se
faisait avec une discrimination entre les garçons et les
filles. Les initiations masculines ou féminines traditionnelles
en sont un exemple. Elles comportent certes de nombreuses valeurs
humaines et sociales indéniables, mais elles ont en commun
le défaut d’engendrer et d’entretenir deux comportements
également condamnables :elles enseignent la domination de
l’homme sur la femme et vice versa, la soumission de la femme
à l’homme.
Le dialogue positif instauré avec les autorités traditionnelles
n’a concerné que l’initiation masculine. Il avait
permis aux chrétiens catholiques de participer aux initiations
villageoises sans risque grave pour leur foi. Mais nous constatons
d’année en année, des dérives dans le
but et la gestion de ces initiations. Il est donc temps de réviser
notre attitude après une sérieuse évaluation.
L’initiation traditionnelle féminine a perdu beaucoup
de sa valeur éducative en donnant une importance excessive
à l’excision (empruntée aux populations islamisées
) qui a fini par s’y réduire.
Nous saluons le courage des associations féminines
et des femmes chrétiennes qui ont pris à cœur
la lutte contre cette pratique et bien d’autres qui nuisent
à l’épanouissement des personnes, des femmes
en particulier. Le caractère sacré de la vie, enseigné
aux enfants de différentes manières par l’éducation
traditionnelle, est remise en question par la banalisation de la
sexualité dans les médias, les comportements irresponsables
des adultes qui poussent les jeunes à une sexualité
précoce et la pratique de l'avortement.
Le montant excessif de la dot (en espèces), le dépouillement
des veufs et des veuves, la polygamie de prestige et bien d’autres
déviations de la coutume dévalorisent le mariage et
font de la femme un bien à acquérir. Les accusations
de sorcellerie (dont les femmes sont le premières victimes)
et le recours aux pratiques occultes( divination, maraboutage…)
tendent à devenir quelque chose de normal dans la société.
Elles sont contraires à notre foi en Jésus-Christ.
Ces conduites provoquent des divisons dans les familles et les communautés
chrétiennes.
Un autre fléau non moins grave est la fabrication
anarchique et la consommation abusive de boissons alcoolisées.
C’est un danger économique(gaspillage du mil), social(démoralisation)
et culturel( abrutissement). Beaucoup de femmes injustement lésées
par la mauvaise gestion des maris disent qu’elles fabriquent
les boissons alcoolisées pour « vivre »…mais
l’ampleur du phénomène de l’alcoolisme
en fait un vrai « suicide » social. Que de familles
ruinées par l’alcoolisme du père ou de la mère
! Nos célébrations liturgiques elles-mêmes,
qui exigent un très grand respect, sont régulièrement
troublées par des ivrognes. Cela n’est plus tolérable
dans nos réunions et nos célébrations.
La pensée de Dieu sur la vie et la condition
de l'humanité sont exprimés dans les trois premiers
chapitres de la Genèse. Dieu en créant l'humanité(
homme et femme) lui a donné sa dignité( image et ressemblance).
Adam comme Eve sont chacun et ensemble image de Dieu. C'est le péché
qui entraîne au rapport de domination(ou de soumission) et
de violence entre l’homme et la femme. L'harmonie est rétablie
par Jésus-Christ, Dieu fait homme, né de la Vierge
Marie.
L’attitude de Jésus à l’égard
de la femme va à l'encontre des coutumes de son peuple qui
ressemblent beaucoup aux nôtres. Dans les évangiles,
Jésus manifeste respect, bienveillance, accueil pour toutes
les femmes qu'il rencontre et qu'il rejoint dans leurs détresses
physiques, morales ou spirituelles. Il cite même certaines
femmes en exemple pour ses disciples. Les femmes lui resteront fidèles
jusqu'au pied de la croix et ce sont elles les premières
messagères de sa Résurrection.
L’existence dès le début de la
vie publique de Jésus d’un groupe de femmes parmi ses
disciples (Lc 8,1-3) nous interpelle sur la place des femmes dans
notre Eglise-Famille. Allons-nous considérer avec le regard
de Jésus ou avec les yeux de la coutume ? Nous devons encourager
les femmes à prendre toute leur place dans notre Eglise-Famille.
Cherchons les moyens et les manières d’encourager les
jeunes filles à se préparer pour mieux assumer leur
"être-femme" sans complexe.
Action pastorale
Dans toute action pastorale, l'assimilation de la
Parole doit être fondamentale. Le langage de l’annonce
de la Parole de Dieu doit être accessible à tous ;
nos paroles doivent toucher les domaines essentiels de la vie de
nos catéchumènes pour les mener à une conversion
véritable. Osons aborder les sujets tabous, dans nos homélies
et notre catéchèse. Nos organisations chrétiennes
et les comportements des responsables doivent se démarquer
de tout préjugé culturel acquis.
Du soin que nous porterons à la famille chrétienne
et au mariage chrétien dépendra l’avenir de
la femme et donc de l’humanité nouvelle que Dieu veut
manifester en Jésus-Christ. Le mariage chrétien en
tant que sacrement, un moyen par lequel Dieu bénit et sauve
les époux chrétiens. La famille chrétienne
est la première communauté de foi. La prière
familiale est le lieu de vie et de partage de foi des membres de
la famille. Elle doit avoir une place importante dans l'organisation
de la vie quotidienne.
Par une éducation articulée et cohérente, les
enfants apprendront le respect de ses différents membres,
la justice dans leurs rapports, la collaboration pour le bien commun
et le souci de la bonne réputation de la famille. La valeur
de la vie et la connaissance du corps pour mieux le maîtriser
doivent faire l'objet d’une attention particulière
dans l’éducation familiale. Elle sera relayée
par la pédagogie EVA ( Education à la Vie et à
l’Amour) pratiqué dans nos écoles. Ainsi les
jeunes comprendront les risques et les dangers de l’imitation
naïve des autres dans leurs mauvaises conduites.
Une attention particulière sera portée à la
scolarisation des filles. Elle est une obligation pour tous les
parents chrétiens. Les enseignants et les éducateurs
doivent s’efforcer de transmettre aux enfants non seulement
des connaissances, mais un savoir-vivre social, le sens du travail
bien fait et le courage devant les épreuves de la vie. Ils
le feront sans discrimination de leurs enfants garçons ou
filles.
La lutte contre l'excision et les coutumes nuisibles
aux femmes est un devoir pour tout responsable chrétien.
La pratique de l’excision est désormais interdite dans
notre Eglise-Famille de Dieu car elle est un attentat à l'intégrité
de la personne humaine telle que Dieu l'a créée. Nous
ne condamnons pas les femmes déjà excisées,
victimes de l'ignorance du passé. Mais elles seront coupables
si elles continuent de croire que c'est une bonne coutume et la
font perdurer.
Un phénomène social dramatique est celui des avortements
provoqués. C’est un crime. Nous demandons aux parents
de ne pas rejeter leurs filles en grossesse « accidentelle
» et de ne pas les pousser à l'avortement quelles qu’en
soit la raison (économiques, réputation ou colère…).
Il faut expliquer à toutes les personnes impliquées
dans la pratique de l'avortement la gravité de cet acte pour
le chrétien et ses conséquences.
Par contre, il faut encourager et aider les filles-mères
: elles ont eu le mérite de refuser ce crime. Il faut interpeller
les garçons et les amener à adopter une conduite plus
responsable. En réfléchissant à ce phénomène
ensemble(en famille ou en communauté), des solutions plus
concertées et plus épanouissantes pour les jeunes
pris dans cette situation sont possibles.
La femme consacrée reste un défi pour
les mentalités non-chrétiennes. Dès les origines
de l'Eglise, à l'appel du Christ, des hommes et des femmes
ont renoncé à leurs droits les plus naturels pour
signifier par leur vie que le Royaume de Dieu est là. Les
parents chrétiens auront le souci dans l’éducation
familiale de montrer aux enfants des modèles à admirer
dans les différentes formes de vie chrétienne comme
autant d’appels de Dieu.
Les filles apprendront à regarder avec respect et à
admirer les religieuses comme des femmes librement consacrées
au Seigneur et témoins d'une fécondité autre
que de mettre au monde un enfant. Nous encourageons les parents
chrétiens à faire confiance à Dieu s'Il appelle
leur fille à lui consacrer sa vie pour le service de l'Evangile.
En conclusion
Les femmes ont besoin d’être reconnues et respectées
en tant que créatures aimées de Dieu. Elles ont le
droit au respect. Elles ont surtout besoin d’espaces propre
à elles pour prendre conscience de leurs responsabilités,
pour parler de leurs problèmes et notamment de ce que leurs
filles doivent savoir (sexualité, bonne tenue, bonnes manières
etc…). La société traditionnelle leur a laissé
peu d’espace c’est pourquoi elles s’accrochent
aux camps d’excision.
Trouveront-elles plus d’espace d’épanouissement
dans nos communautés chrétiennes, nos paroisses et
notre diocèse ? Comment pouvons-nous offrir les occasions
de formation humaine et spirituelle (initiation à la vie
adulte) à nos jeunes et en particulier les jeunes filles
en dehors de l’école ?
Aussi :
1- J’invite les Communautés Ecclésiales de Base
(CEB) à ménager un long temps de réflexion
pour répondre à toutes les questions posées
dans ce document d’orientations pastorales.
2- Je demande à la commission diocésaine
de « transmission de la foi » (ex-catéchèse)
en
relation avec la commission de liturgie de confectionner des fiches
de catéchèse complémentaires sur certaines
coutumes de l’Eglise jamais abordées en catéchèse
des sacrements (préparation à la première confession,
première communion, profession de foi etc…)
3- Je demande à la commission diocésaine
de Justice et paix qui a fait un travail remarquable pour les enfants
bouviers de ne pas perdre de vue les situations de discrimination
où se trouvent les femmes et d’inscrire dans ses actions
la protection des filles-mères.
4- Je demande aux religieux et en particulier aux religieuses de
l’ARDS de mieux exploiter les cadres de nos centres de formation(
Ste Marthe et autres Centres féminins), les Associations
féminines et les mouvements d’action catholique pour
initier des actions concrètes pouvant favoriser un regain
de dignité chez la femme et provoquer des attitudes de respect
chez les hommes et dans communion, Profession de foi, catéchèse
sur le jeûne et l’abstinence…).
la société.
Une bonne retraite ou des camps de formation pendant les vacances
permettront aux religieuses et à d’autres femmes bien
préparées d’instruire les filles chrétiennes
ou catéchumènes sur leur vocation de femme, ce que
Dieu leur donne comme dons propres à mettre au service de
la communauté et ce que Dieu attend d’elles pour le
salut du monde.
5- Je demande aux parents chrétiens de ne pas
rejeter leurs filles en grossesse et de ne pas les
pousser à l’avortement. Je demande à ceux des
paroisses rurales de s’organiser pour créer de nouveaux
Foyers d’études pour les jeunes filles. J’encourage
les équipes pastorales paroissiales à les appuyer
sans se substituer à eux même si ce sont de potentielles
vocations religieuses.
6- Je demande aux prêtres et en particulier
aux curés des paroisses de veiller à se rendre encore
plus disponibles pour assurer une assistance spirituelle aux familles
et aux groupes de jeunes filles qui s’organisent dans leurs
paroisses pour réfléchir sur les problèmes
de leur avenir, lutter contre la pratique de l’excision ou
résister à d’autres coutumes nuisibles à
leur intégrité physique morales et spirituelle.
La sainte Famille de Nazareth nous apprend par sa
vie commune simple que Dieu veut partager la vie de chacune de nos
familles à condition que nous lui fassions un peu de place
dans nos maisons et dans notre journée par la prière,
la pratique du pardon, et la joie de vivre ensemble. Je mets toutes
les familles chrétiennes du diocèse sous sa protection.
J’implore Marie, la Dame de toute grâce pour toutes
les femmes.
Ô Marie,
Vierge et Mère, Mère du sauveur et notre mère,
toi la femme intègre qui n’a eu ni tache ni cicatrice,
ni aucun autre signe déformant ton esprit, ton corps et ton
cœur,
nous te confions nos mères, nos sœurs, nos femmes et
nos filles.
Toi, le seul modèle de femme accomplie, qu’à
ta prière,
elles retrouvent leur dignité et collaborent activement
avec ton Fils, au salut de nos familles et de notre peuple.
AMEN
Sarh, le 2 février 2004, en la fête de la Présentation
et Journée mondiale de la vie consacrée,
douzième anniversaire de ma charge épiscopale.
+ Djitangar Edmond,
Evêque de Sarh
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