Chers
frères et sœurs,
Chers compatriotes,
La
vive tension socio-politique qui prévaut en ce moment dans notre
pays pourrait si nous n'y prenons garde, nous entraîner dans une
spirale de violence dont les signes annonciateurs nous sont donnés
par les évènements récents que nous regrettons tous( violences
et casses perpétrées par les étudiants, agressions des magistrats...)
et par le durcissement des positions des différents protagonistes
du processus de retour à la paix. Il est fort regrettable de constater
que la plupart des grands discours que nous entendons sur la paix
sont tout, sauf pacifiques.
Par
ailleurs, la perspective de la marche prévue le jeudi 25 mars
2004 par sept des partis signataires de l'accord de Linas-Marcoussis
et les mesures prises par l'autorité publique à cet effet, sèment
la peur et le désarroi dans les esprits et les cœurs. Tout le
monde vit dans la hantise que quelque chose de grave va nous arriver.
Dans un tel climat, fidèles à notre devoir de pasteurs, nous voudrions
lancer un appel urgent ;
1.
Au président de la République
Vous
êtes le premier garant de l'ordre et de la paix dans ce pays.
C'est pourquoi, nous vous encourageons à aller jusqu'au bout des
sacrifices que vous pourriez consentir pour que ce pays retrouve
effectivement la paix par le dialogue et la réconciliation. Pour
le bien du peuple, faites tout ce qui est en votre pouvoir pour
que ce pays ne sombre pas encore dans la violence. Ce serait pour
nous tous, mais surtout pour vous, un véritable échec.
2.
Aux sept partis signataires de I’ Accord Linas-Marcoussis
Sans
préjuger du bien fondé de votre initiative, nous vous invitons
instamment à surseoir à cette marche compte tenu du trop grand
risque qu'elle représente pour la stabilité et l'ordre dans le
contexte actuel. Elle nous expose à des incertitudes dont personne
ne peut être sûr de cerner tous les contours. Vous devez savoir
que pour qu'un acte soit bien compris, il doit être posé au moment
opportun. Faute de quoi, un tel acte s'expose à toutes sortes
d'interprétations tendancieuses susceptibles de lui dénier toute
valeur et toute crédibilité Ainsi les moyens utilisés peuvent
nous faire rater le but visé, aussi honnête soit-il.
En
définitive, la question que chacun de nous doit se poser |aujourd'hui
est de savoir si l'acte qu'il pose peut nous conduire où non àla
paix. En clair, que représente pour vous le défi d'une marche
qui pourrait dégénérer en tragédie devant le défi plus grand de
la paix par la réconciliation?
Aujourd'hui,
votre honneur se trouve dans le respect de la légalité,en attendant
qu’une négociation vraie et sincère, en faveur du peuple, ne |donne
une légitimité à vos revendications.
3.
A tous les responsables et aux militants des partis politiques
Le
spectacle désolant qu'il nous est donné de voir ces temps-ci nous
invite à conclure que les enjeux électoraux sont en train de saper
votre volonté de réconciliation. Auriez-vous oublié que sans la
paix, il n'y aura jamais d'élections? Pourquoi mettre alors la
charrue ayant les bœufs ? Pourquoi vous laisser aveugler par les
intérêts partisans alors que le peuple continue de souffrir? Donnez
une nouvelle chance à la paix pour que vive le peuple de Côte
d'Ivoire. Au delà de nos incompréhensions, nous ne devons pas
oublier les priorités que constituent le désarmement et la réunification
de notre cher pays.
Chers
frères et sœurs,
Chers
Compatriotes,
Gardons
tous notre calme ! Soyons sereins ! Militons pour la paix et ne
faisons rien qui aille contre la réconciliation !
Puisse
Dieu nous garder de tout mal et répandre sur notre pays sa Paix,
en abondance.
Fait
à Abidjan le 24 mars 2004
Vos
frères Archevêques et Evèques de la Côte d'Ivoire