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MESSAGE DE LA CEP AUX ÉVEQUES DE LA CERAO
BAMAKO 3 - 9 FÉVRIER 2003

S.E. MGR ROBERT SARAH
SECRETAIRE DE LA CEP

Eminence,
Excellence Mgr. Théodore-Adrien Sarr, Président de la CERAO
Excellences et chers Confrères dans l'Episcopat,

SALUT,
C'est au nom de Son Eminence, le Cardinal Crescenzio Sepe, Préfet de la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples, que je prends la parole pour vous saluer. Il y a quelques jours encore, il espérait être présent parmi vous, mais il a dû renoncer. Je peux vous assurer qu'il est de cœur avec cette Assemblée dont il avait pu rencontrer le Conseil Permanent à Abidjan, il y a un an.
Mais avant tout, je voudrais vous exprimer la pensée et les salutations affectueuses du Saint-Père pour notre continent et particulièrement pour l'Eglise d'Afrique. Je peux vous assurer que, dans sa profonde sollicitude, il vous porte dans sa prière, il est proche de chacun de vous, et traduit, de manière concrète au quotidien, la communion de l'Eglise Universelle à votre égard.
Je salue et remercie S.E. Mgr Jean-Gabriel Diarra, Président de la Conférence épiscopale du Mali, S.E. Mgr Jean Zerbo, Archevêque de Bamako, et tous les Evêques du Mali qui nous accueillent, en nous offrant la généreuse hospitalité d'une amitié chaleureuse et fraternelle. Je salue S.E. Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, Président du SCEAM [Symposium des Conférences Episcopales d'Afrique et de Madagascar], qui a voulu par son amitié et sa présence nous signifier une fois de plus, de manière concrète, la communion de l'Eglise-Famille de Dieu que nous désirons b tir en cette Afrique si déchirée et chargée de souffrances.
La pensée du Dicastère va vers toutes les communautés que vous représentez, mais de manière particulière vers ceux qui traversent de grandes épreuves en ce moment, notamment nos frères et sœurs de Côte d'Ivoire, dont la tragédie rejaillit sur tous les pays de la région. J'évoque aussi le grave accident du Joola au Sénégal, un événement dramatique qui a été stigmatisé et identifié comme la conséquence et le douloureux résultat d'une pauvreté de plus en plus cruelle, d'une injustice toujours plus grande et d'une dégradation des consciences devenues insensibles à la vérité et aux valeurs humaines fondamentales. Ils sont nombreux aujourd'hui les hommes et les femmes des pays que vous représentez qui crient "Eloi, Eloi, lama sabactani?" [Mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné]. Comme un des vôtres, j'entends ce cri et je vois ce "visage de souffrance" du Christ qui émerge de l'Afrique et plus encore de vos cœurs de Pasteurs, auxquels je souhaite exprimer par ma présence, la compassion, la solidarité, la prière et la sollicitude de la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples.

Chaque rencontre d'Evêques est une célébration ecclésiale fraternelle, un "creuset de la collégialité et une expression particulière de la communion affective et effective" [E.I.A. n 2]. Les réunions qui marquent la vie de votre Conférence régionale sont autant d'étapes de votre marche collégiale en Eglise-Famille, un pèlerinage sur le chemin de la Sainteté, un voyage commun sur les pas du Bon Pasteur qui visite et anime son Peuple confié à vos soins. L'Assemblée de Bamako est donc un autre kairós dont le Seigneur nous fait grâce.

LE THEME DE L'ASSEMBLEE
Le Synode pour l'Afrique et le Grand Jubilé ont dégagé des orientations pastorales que les Conférences Episcopales et les Synodes diocésains ont essayé de mettre en pratique. C'est bien le Saint-Père, qui accueillant le désir des Evêques, à l'occasion de ces événements, n'a de cesse de nous encourager à renouveler nos méthodes de travail. "C'est dans les Eglises locales que l'on peut fixer les éléments concrets d'un programme - objectifs et méthodes de travail, formation et valorisation du personnel, recherche des moyens nécessaires - qui permettent à l'annonce du Christ d'atteindre les personnes, de modeler les communautés, d'agir en profondeur par le témoignage des valeurs évangéliques sur la société et sur la culture" [NMI n 29]. Mais il ne suffit pas, dit le Pape Jean-Paul II, de renouveler les méthodes pastorales, ni de mieux organiser et de mieux coordonner les forces de l'Eglise, ni d'exploiter avec plus d'acuité les fondements bibliques et théologiques de la foi: il faut susciter un nouvel "élan de Sainteté" dans toutes les communautés chrétiennes, et en particulier chez vos proches collaborateurs, les Prêtres, les Religieux, les Religieuses et les Catéchistes Car "la Sainteté est un fondement essentiel et une condition absolument irremplaçable pour l'accomplissement de la mission de salut de l'Eglise". [cf. RM n° 90].
Je voudrais humblement suggérer, ici, et soumettre à votre appréciation la perspective d'une commémoration, en l'An 2004, du dixième anniversaire de l'Assemblée Spéciale pour l'Afrique du Synode des Evêques. Cette commémoration porterait l'attention et mettrait l'accent sur la formation qualifiée et la Sainteté des futurs Prêtres, des Prêtres et de tout le Peuple de Dieu.
Au cours de cette Assemblée, Vous avez choisi de réfléchir de manière opportune sur la restructuration et la redynamisation de la CERAO [Conférence Episcopale Régionale d'Afrique de l'Ouest] par l'élaboration de nouveaux Statuts et par une meilleure qualification méthodologique de son action. Cette volonté manifeste de manière évidente vos efforts en vue d'une solidarité pastorale organique et l'expression de la collégialité de votre Conférence Episcopale dont l'identité se trouvera plus enrichie et plus forte dans l'union avec l'AECAWA [Association of the Episcopal Conferences of Anglophone West Africa], à travers une vision pastorale plus large. C'est le signe d'une Eglise-Famille qui grandit, se consolide et mesure l'ampleur de sa mission évangélisatrice. Le Dicastère vous félicite, car c'est à la fois un signe de maturité ecclésiale et de responsabilité pastorale accrue.
Dans cette action à long terme, je vous invite à considérer dans vos choix et dans votre action, le primat de la grâce pour le service et dans le service. L'efficacité de votre action, à travers de nouvelles méthodes, se nourrit de "la conscience du don reçu du Christ" et dans la foi et dans l'Eglise. Pour vous Pasteurs, la tâche est délicate et complexe car les programmes d'action ont pour objectif d'aider des hommes et des femmes, "pierres vivantes", à s'investir dans la construction de l'Eglise, " le Corps du Christ, au terme de laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu'un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait, dans la force de l'âge, qui réalise la Plénitude du Christ " [Ep 4,12-13].

LES DEFIS DU TROISIEME MILLENAIRE
En cette nouvelle étape de l'histoire chrétienne de notre continent, nombreux sont les défis dûs à la faiblesse de notre Foi, à la crise multisectorielle de nos Sociétés et aux mutations technologiques. Pour aujourd'hui, je n'en retiendrai que trois : la Sanctification, l'Evangélisation et la Paix.

A) La SAINTETÉ
Le premier, je l'ai déjà évoqué: la Sainteté de l'Eglise et de ses membres. Duc in Altum. Le Pape Jean-Paul II nous invite à aller en eaux profondes dans la direction de la Sainteté. C'est Dieu qui nous veut ainsi. "Vous donc vous serez Saints, parce que moi, le Seigneur, votre Dieu, je suis Saint " [Lv 19.1]. Saint-Paul, à son tour, nous rappelle que la volonté de Dieu, c'est notre sanctification [cf 1Th 4,3].

B) L'ÉVANGÉLISATION
La perspective ouverte par le Troisième Millénaire nous engage tous, selon

les indications du Synode continental et des dernières déclarations du SCEAM, à "promouvoir l'évangélisation dans la coresponsabilité" [E.I.A n 4]. Et toute l'Eglise doit devenir missionnaire parce que missionnaire par nature. Tous, Evêques, Prêtres, Religieux et Religieuses, laïcs, hommes et femmes, jeunes et vieux, avons reçu du Christ la mission d'aller par le monde entier proclamer la Bonne Nouvelle à toute la création [cf Mc16, 15] C'est là notre deuxième défi que nous avons à affronter avec de nouvelles énergies et une plus grande détermination.
En effet, "Aujourd'hui comme hier, la mission reste difficile et complexe ; aujourd'hui comme hier elle requiert le courage et la lumière de l'Esprit. Nous vivons souvent le drame de la première communauté chrétienne, qui voyait des foules incrédules et hostiles "se rassembler de concert contre le Seigneur et contre son Oint" [Act 4, 26]. Comme hier, il faut prier pour que Dieu nous donne l'audace de proclamer l'Evangile; il faut scruter les voies mystérieuses de l'Esprit, et se laisser conduire par lui à toute la Vérité [cf. Jn 16,13]" [RM n 87].
Dans une Afrique tourmentée par la souffrance et meurtrie par les guerres et les violences, dans une Afrique en plein désarroi, dans un monde de plus en plus hostile ou indifférent au Christ et à son Evangile, aux valeurs humaines fondamentales, et à cause de la gravité des dangers qui nous menacent, il y a urgence de proclamer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. A nos chrétiens fervents et à ceux qui s'en sont laissés détourner, il faut redonner l'Evangile qui nous fait redécouvrir les richesses débordantes du Christ. A ceux qui ignorent Jésus-Christ et aux non-baptisés, il faut annoncer qu'il sont, eux aussi, "admis au même héritage, membres du même Corps, bénéficiaires de la même Promesse, dans le Christ Jésus, par le moyen de l'Evangile" [Ep 3,6]. Et proclamer l'Evangile, c'est dire à tout homme qu'il est appelé à devenir un authentique fils de Dieu, habité par l'Esprit-Saint qui diffuse en lui un Amour filial. Et cette merveilleuse élévation de sa nature donne à l'homme spirituel une nouvelle finalité: l'union à Dieu. "Devenir participants de la nature divine " [2P 1,4]. "Devenir un seul et même être avec le Christ " associé au mystère pascal, devenant conforme au Christ dans sa mort et sa résurrection, voilà la vocation dernière de l'homme [Rm 6,5; Ga 2,19-20]. L'homme retrouve ainsi sa dignité et sa splendeur première, lui qui a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu.

C) RÉTABLIR LA PAIX ET LA DIGNITÉ DE LA PERSONNE HUMAINE
Quand nous proclamons le Salut en Jésus-Christ, nous proclamons la dignité de l'homme et de tout homme.
Hier c'était le Rwanda, le Burundi, l'Angola et les deux Congo; et puis ce fut le Liberia et la Sierra Leone. Aujourd'hui, c'est la Côte d'Ivoire! Que peut faire l'Eglise et que doit-elle faire pour contribuer au rétablissement de la Paix, au respect de la vie et de la dignité humaine? Que pouvons-nous dire et faire individuellement et collégialement quand la paix civile est menacée dans un pays? Certes, nous avons immensément contribué à la Paix, à l'équilibre social et à la construction progressive et harmonieuse des identités nationales. Mais, la guerre fait rage et démolit l'Afrique, le sang continue de couler, nos sociétés se durcissent et se fissurent, faute de dialogue.
Et pourtant les peuples d'Afrique ont une riche histoire de coexistence pacifique, d'alliances sociales. Il y a un patrimoine de valeurs que nous devons enrichir et consolider avec le trésor de l'Evangile afin que l'Eglise reste partout le rempart contre la haine et la destruction. Le désespoir du psalmiste retentit tous les jours dans le cœur de l'Afrique: "l'angoisse est proche, je n'ai personne pour m'aider " [Ps 22,12]. L'Afrique est écartelée, rouée de coups par les brigands, oubliée et abandonnée par tous, comme cet homme de l'Evangile que rencontre le Bon Samaritain [cf Lc10,16-27]. Tous, de l'intérieur et de l'étranger, lui donnent les moyens de s'autodétruire, de laisser piller ses richesses et de détruire ses valeurs culturelles et humaines. Et j'entends encore les paroles de Jean Paul II: "Je vous lance un défi aujourd'hui , un défi qui consiste à rejeter un mode de vie qui ne correspond pas au meilleur de vos traditions locales et de votre foi chrétienne " [E.I.A n 48].
Au moment où les interrogations, le désarroi, le bruit des canons, la souffrance et la mort écrasent le cri de douleur des blessés de la vie, les marginalisés et abandonnés, l'Eglise d'Afrique a besoin de hérauts de l'Evangile que vous êtes, comme intendants des mystères de Dieu. Soyez des artisans de réconciliation, de paix et de pardon. Le pardon est une forme éminente du don de Dieu dans la nouveauté de l'Evangile. Pour les chrétiens qui contemplent le Christ en croix, la paix est un Visage, la paix est une Personne. "Christ est notre Paix" [Ep.2,14]!
En plus des destructions violentes et spectaculaires qui accablent nos pays, d'autres menaces aussi graves pèsent sur nos sociétés et sur l'Eglise. [Madame Marguerite Peters que nous avons le plaisir d'accueillir à cette Assemblée, nous en parlera amplement prochainement ]. Il y a de véritables stratégies, des idéologies, des programmes, des groupes qui visent à la destruction des valeurs, celles de nos sociétés et celles de l'Evangile. Il est important et urgent que nous en prenions conscience en ayant une information compétente, sûre et détaillée.
Tout le Peuple de Dieu a besoin d'une formation solide et profonde, non seulement dans la connaissance de l'Ecriture, et l'enseignement du Magistère, mais aussi d'une connaissance éclairée des grandes questions, des graves difficultés et des perversions du monde, car l'esprit du mal est de plus en plus à l'œuvre. "La promotion de la justice et en particulier la défense des droits humains ne peut être laissée à l'improvisation" [cf E.I.A n 106]. A ce sujet, il me semble opportun d'encourager l'Eglise en Afrique de l'Ouest à travailler encore davantage pour établir des Commissions Justice et Paix qui soient actives. Le Conseil Pontifical, qui en est chargé, est totalement disponible pour aider à la constitution et à la formation de pareilles structures. Je voudrais rappeler ici ce que le Cardinal Sepe et moi-même suggérions l'année dernière, lors de votre Conseil Permanent, à Abidjan, sur l'impérieuse nécessité de mettre en oeuvre une véritable pastorale pour la formation des Elites chrétiennes, en vue d'une meilleure gestion de la vie politique, économique, culturelle et sociale. D'où l'urgence de la création et de l'a réalisation effective de l'Université Catholique de l'Afrique de l'Ouest, en vue de préparer " les laïcs à jouer pleinement leur rôle d'animation chrétienne de l'ordre temporel (politique, culturel, économique, social), qui est une caractéristique de la vocation séculière du laïcat "[E.I.A n°75]

CONCLUSION
Eminence, et chers Confrères, ne vous laissez pas gagner par le découragement encore moins par le pessimisme qui est contraire à l'espérance chrétienne dont vous êtes les garants. Au lieu de nous lamenter sur la situation actuelle du Continent et du monde, rangeons-nous à la manière de voir de Jean Paul II : en ce temps de l'histoire "Dieu ouvre à l'Eglise les horizons d'une humanité plus disposée à recevoir la semence évangélique… Le moment est venu d'engager toutes les forces ecclésiales dans la Nouvelle Evangélisation". Votre ministère peut paraître lourd et contraignant. Mais l'offrande de vos vies et votre engagement au quotidien ont une riche et mystérieuse fécondité qui enracine l'Eglise. En cette année du Rosaire, j'invoque, en terminant, la Vierge Marie, Notre-Dame d'Afrique, afin qu'elle vous guide et vous accompagne chaque jour dans le cheminement de la vie intérieure en Dieu et avec Dieu et vers une contemplation toujours plus intime du Visage du Christ pour rendre honneur au Père dans la communion de l'Esprit.

 
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