Les informations provenant de l'est du pays font
état d'un retour massif de troupes ruandaises et burundaises
en RDC. On observe aussi une agitation inquiétante des
hommes de l'Armée patriotique ruandaise ( APR ), toujours
basés aux environs de Lubutu en RDC après l'annonce
fracassante du retrait de militaires ruandais du territoire
congolais. Ces hommes se dirigeraient vers Bunia pour affronter
les ougandais qui ont délogé la milice de l'UPC
de cette ville de l'Ituri il y a quelques semaines. Fait étrange,
ce mouvement de troupes est autorisé et cautionné
par le Parlement non élu démocratiquement du Ruanda,
sous le prétexte fallacieux maintes fois rabâché
de sécurité.
Cette attitude aux motifs erronés et d'une rare irresponsabilité
vient d'entamer une autre agression contre la RDC. C'est une
preuve de plus de la mauvaise foi de nos voisins qui risque
d'aggraver la situation humanitaire de l'Afrique des Grands
Lacs; région déjà caractérisée
par une détérioration assez avancée des
conditions de vie de la population.
Ces manuvres militaires, qui violent les droits internationaux,
courent le risque de torpiller le processus de paix entamé
voici déjà quelques années. Solidaire avec
le peuple congolais, particulièrement la population de
l'est, et attaché aux principes de paix durable et d'intégrité
du territoire, le Secrétariat Général de
la Conférence épiscopale de l'Eglise catholique
en RDC condamne avec fermeté ce coup de force qui tend
à saboter les efforts de la paix. Dans la fidélité
aux valeurs de paix et de dialogue, il désapprouve ce
geste d'une extrême gravité et dénonce les
congolais qui favorisent ce bradage de la souveraineté
de notre pays. Il exige le retrait immédiat et sans conditions
des troupes ruandaises et burundaises qui se sont positionnées
aux environs de Lubutu ainsi que celles massées aux abords
du territoire de Lubero et dans le Ruzizi. De même, cette
direction des Services Centraux de l'épiscopat congolais
exige le retrait immédiat des troupes ougandaises et
met en garde contre des alliances éphémères
qui risqueraient de perpétuer la crise et d'accroître
la misère de la population congolaise. Elle soutient,
par contre, tous les efforts en faveur de la paix et de la réunification
du pays, en vue de l'instauration d'un État de droit
en RDC.
Au moment où l'attention de la communauté internationale
est focalisée sur la guerre en Irak qui plonge le monde
entier dans l'angoisse, le Secrétariat de la Conférence
des évêques congolais rappelle avec force que le
peuple congolais a droit à la paix. Il trouve inadmissible
que le Congo serve de champ de bataille ou de terrain de règlement
de comptes des armées étrangères. En outre,
il s'oppose à toute reprise de la guerre et souhaite
l'aboutissement des efforts de dialogue. Conformément
au message du Comité Permanent du 15 février 2003,
il réaffirme, à la suite des évêques,
que "seul le chemin de la paix est salutaire" non
seulement pour la RDC, mais aussi pour toute l'Afrique des Grands
Lacs. Le peuple congolais a droit à la paix ! Les enjeux
internationaux du moment ne doivent pas servir de prétexte
pour priver tout un peuple, qui a tant souffert, de ce droit
élémentaire.
Fait à Kinshasa, le 22 Mars 2003
Abbé Fulgence MUTEBA
Secrétaire Général de la CENCO