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Déclaration des Evêques Catholiques du Burundi
Sur la situation actuelle du Pays
CONSOLIDONS LES VOIES DU DIALOGUE ET DE LA CONCERTATION POUR ÉVITER À NOTRE PAYS D'ALLER À LA DÉRIVE

A nos frères et sœurs dans le Christ,
A tous nos concitoyens Burundais,

1. Depuis quelques temps le Burundi est régi par l'Accord conclu entre les acteurs politiques en l'an 2000 à Arusha. Malgré les lacunes de certaines de ses dispositions, cet Accord nous permet aujourd'hui de rebatir notre pays. Au vu de ce résultat positif et sachant que cet Acccord n'a vu le jour que grâce à l'esprit de dialogue, nous souhaitons qu'il soit maintenu et mis en application sans heurts et sans provoquer des inquiétudes et des peurs chez les Burundais.

2. De plus, nous avons constaté que la signature du cessez-le-feu entre le Gouvernement et certains groupes de rebelles a fait naître chez les Burundais l'espoir de voir enfin le Burundi retrouver la paix. Ils suivent aussi avec grand espoir la mise en application de ces accords de cessez-le-feu, parce qu'ils croient que le pays va sortir ainsi de son enlisement et que les gens vont de nouveau vivre ensemble dans l'harmonie et s'atteler ensemble aux activités de développement. Même les pays étrangers et les organismes internationaux ont de nouveau commençé à avoir confiance en nous, en soutenant les projets de développement de notre pays.

3. Mais ce que nous voyons et entendons aujourd'hui nous inquiète beaucoup. En effet, ceux qui ont signé l'Accord d'Arusha sont en train de se quéreller. Ceux qui ont conclu des accords de cessez-le-feu ne les respectent pas du tout. La guerre continue à faire des ravages. Les Burundais, surtout les simples gens, continuent de mourir, leurs biens sont pillés ou détruits. Ceux qui ne sont pas emportés par la guerre ont perdu leur domicile et sont obligés de loger à la belle étoile. Ils sont découragés, avec le sentiment amer d'avoir été abandonés par ceux-là mêmes qui étaient chargés de veiller sur eux. Dans beaucoup d'endroits, les gens meurent de maladies et de faim par manque de logement, et parce qu'ils ne peuvent plus travailler pour subvenir à leurs besoins. On impute tout ce drame au comportement des acteurs politiques et des rebelles qui luttent pour leur accession au pouvoir sans le moindre souci de la population si éprouvée, et sans même penser que cette situation déplorable peut encore empirer. On a l'impression que ces acteurs politiques veulent gouverner un pays vidé de sa population et privé de ses ressources.

4. Face à ce constat quel comportement faudrait-il adopter ? Nous voulons de nouveau, au nom même du Seigneur, lancer un cri d'alarme aux acteurs politiques : de grâce qu'ils mettent au premier plan de leurs préoccupations l'intérêt de la Nation et des citoyens ; qu'ils renoncent à leurs querelles stériles et cessent de consacrer leurs énergies uniquement sur la conquête ou le maintien du pouvoir politique à leur seul propre profit.

L'étape actuelle, que nous apprécions, est le fruit du dialogue et de la concertation qui ont accompagné l'Accord d'Arusha. C'est cette voie même que nous recommandons dans les autres étapes à venir, sans que personne ne soit exclu, car l'exclusion des uns a été à l'origine de nos échecs répétitifs.

5. A vous acteurs politiques, nous voulons adresser ce conseil pressant : ne vous mentez pas les uns aux autres, ne vous tendez pas des pièges, car c'est ainsi que le climat de confiance se détériore et que le projet de paix est étouffé à sa naissance. Soyez toujours conscients que le Pays est le patrimoine commun de tous les Burundais. Ce qui devrait nous préoccuper en premier lieu, ce n'est pas que telle personne ou telle autre occupe tel poste. Il importe plutôt que ceux qui occupent des postes soient désignés dans l'entente, sans exclusion, avec le souci de choisir des responsables capables d'être au service de tous, particulièrement ceux destinés au projet de consolidation de la paix au Burundi. L'exercice du pouvoir est une responsabilité qui vous incombe à vous tous. Continuez donc dans la voie du dialogue et de la collaboration, comme vous avez commencé et en avez donné la preuve.

En effet, c'est grâce à cette concertation entre vous tous que nous sommes parvenus au stade actuel. C'est aussi grâce aux sacrifices, à l'esprit d'abnégation et au don de soi de beaucoup de personnes. Nous n'avons pas le droit de laisser disparaître un tel investissement. La lutte pour le pouvoir ne peut pas casser l'alliance pour l'œuvre de la paix que nous sommes en train de bâtir. Consolidons donc les voies du dialogue et de la concertation pour éviter que notre pays n'aille à la dérive sous nos yeux.

Cette entente est nécessaire pour que l'œuvre de paix progresse et que les guerres cessent définitivement au Burundi. Nous demandons avec insistance à vous qui continuez à faire la guerre de l'arrêter et de respecter vos engagements. Ce sera la preuve que vous êtes des personnes dignes de confiance. A ceux qui n'ont pas encore voulu se joindre au mouvement pour la paix, nous leur demandons de se raviser et d'entrer eux aussi dans les pourparlers pour la paix. Il n'y a pas d'autre voie pour sauver le Burundi. En effet, aussi longtemps que le sang continuera à couler, il sera difficile qu'il y ait entente et confiance dans notre pays. Nous demandons aux pays étrangers et aux organisations internationales d'exercer plus de pression pour que cessent les confrontations entre belligérants, et de faire plus d'efforts pour aider ceux qui ont signé des accords à les mettre rapidement en application.

6. Chers concitoyens, surtout vous les chrétiens, nous connaissons les nombreuses souffrances que vous endurez, beaucoup sont sans logis. Nous partageons avec vous ces souffrances, ne vous découragez pas ! Pendant ce temps sacré du carême contemplons le Christ ; suivons-le dans le combat contre le mal qui est cause de la mort. Luttons avec force contre le fléau des divisions, contre les crimes de meurtre et contre tous les autres maux qui brisent les liens fraternels. Soyez vigilants ; examinez attentivement ce que vous disent les politiciens ; ne vous laissez pas abuser par ceux qui, habilement, vous poussent à avoir des conflits entre vous, car ils sont capables de vous amener à commettre l'irréparable.

7. Unis au Christ mort et ressuscité, nous pourrons nous aussi ressusciter, nous pourrons sortir de cette terrible crise. Soyons aussi en communion avec le Saint Père, le Pape Jean-Paul II, qui nous invite tous à prier avec ardeur, à nous convertir, à jeûner et à demander au Seigneur que règne la paix et la concorde chez nous et dans le monde entier.

Que Dieu vous bénisse.

Fait à Bujumbura le 14 mars 2003

Vos Evêques

Simon NTAMWANA, Archevêque de Gitega
Président de la Conférence des Evêques

Evariste NGOYAGOYE, Evêque de Bujumbura

Bernard BUDUDIRA, Evêque de Bururi

Joseph NDUHIRUBUSA, Evêque de Ruyigi

Jean NTAGWARARA, Evêque de Bubanza

Gervais BANSHIMIYUBUSA, Evêque de Ngozi

Joachim NTAHONDEREYE, Evêque de Muyinga

Stanislas KABURUNGU, Evêque émérite de Ngozi

Conférence des Evêques Catholiques du Burundi
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