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Message des Deux Episcopats Ivoirien et Burkinabe
La Paix soit avec vous (Jn 20, 19-21)
Chers frères et sœurs de l’Eglise-Famille
en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso,
A vous tous hommes et femmes de bonne volonté,

Dans la joie de Pâques et la lumière de Jésus Ressuscité,
Vos Pasteurs des Episcopats de Côte d’Ivoire, du Burkina Faso et l’Archevêque de Bamako, représentant l’Episcopat du Mali, se sont retrouvés en une rencontre historique à Abidjan, au Secrétariat Général de la Conférence Episcopale Régionale de l’Afrique de l’Ouest (C.E.R.A.O), du 22 au 25 avril 2004.

1- Notre Assemblée

Convoqués à cette Assemblée que nous avions désirée d’un ardent désir, nous avons été heureux dans l’Esprit du Ressuscité, de nous rencontrer, de prier, d’échanger et de cheminer ensemble dans le même souci de concorde et de recherche de la paix.

C’est le même Esprit qui nous a permis de franchir ces réalités humaines que sont frontières, barrières et obstacles divers et nous a ramenés dans l’unité de l’Eglise Famille de Dieu et la Fraternité, nous, les enfants de Dieu dispersés par le péché, appelés à être unis et solidaires (Jn 11, 50-51).

En ces temps troublés, notamment dans notre sous-région, nous avons tenté de mieux cerner notre mission pastorale auprès du peuple de Dieu et de nos populations, en faisant l’expérience de vivre l’Evangile du Christ ensemble, Evangile de vérité, de paix et de fraternité.

Suivant l’exhortation de l’Apôtre Paul jadis et appliquée par le Pape Jean Paul II aux Evêques d’aujourd’hui nous avons mieux perçu dans une méditation commune que dans nos préoccupations quotidiennes le souci de toutes les Eglises devait être présent (cf. 2 Co 11, 25-26 et P.G. 55).

Ainsi nous avons pu et voulu par une attentive et profonde écoute donner vie aux liens nombreux qui nous unissent pour les consolider dans le sens de l’histoire de l’Eglise de la sous-région.

« En effet, tout évêque est à la fois responsable, bien que sous des modes différents, de l’Eglise particulière, des Eglises sœurs les plus voisines et de l’Eglise Universelle » (P.G. 59).

En outre, « En tant que membres du collège épiscopal, les Evêques sont consacrés non seulement pour un diocèse mais pour le salut de tous les hommes. Tout évêque doit être conscient de la nature collégiale et missionnaire de son ministère » (P.G. n° 65).

C’est dans un travail d’approche qu’ensemble nous avons amorcé les perspectives d’une pastorale commune, organique au nom de la charge partagée pour le bien du peuple qui nous est confié et cela sans distinction de race, de langue, sans distinction de frontière et de religion.

2- Fraternité à restaurer

Les peuples burkinabé et ivoirien sont unis tant par l’histoire que par la géographie. Situés tous les deux dans la partie ouest de notre continent, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire occupent les deux versants d’une frontière commune longue de plus de deux cents kilomètres. L’histoire, toute récente, nous enseigne que les deux peuples ont partagé depuis de longues années un destin commun. Ainsi se sont créés des liens de parenté grâce aux mariages et aux brassages culturels.

Nous chrétiens, nous sommes appelés par Dieu à former l’Eglise-Famille de Dieu. Regardez et contemplez le visage de nos communautés chrétiennes et du presbyterium en Côte d’Ivoire, vous y découvrirez de fortes communautés burkinabé. Des chorales qui chantent au rythme des langues locales du Burkina. Vous y trouverez des prêtres, des religieux et religieuses d’origine burkinabé, estimés de tous. En tout point de vue, il y a une solidarité de destin entre les peuples burkinabé et ivoirien, appelés à être signes et instruments d’unité.

Malheureusement, suite à l’importante crise socio-politique que connaît la Côte d’Ivoire, cette entente fraternelle qui existait entre les deux peuples a été sérieusement ébranlée au point que Burkinabé et Ivoirien naguère frères, cultivent la méfiance, chacun pointant vers l’autre un doigt accusateur. C’est ce qui explique le manque de respect des droits humains qui a occasionné de part et d’autre les humiliations, les frustrations, les injustices et bien d’autres souffrances. Il est évident que les deux peuples et l’ensemble de la région souffrent énormément de cette crise aux conséquences dramatiques pour les uns et pour les autres.

Cet état de fait doit néanmoins être considéré, en raison de la communauté de destin, comme un accident historique. En effet, nous sommes condamnés à vivre ensemble, donc à nous vider de nos rancœurs, à nous pardonner mutuellement et sincèrement, convaincus que l’amour du Christ élevé sur la croix surpasse toutes les contradictions humaines et attire tous les hommes à Dieu son Père qui est paix et réconciliation. C’est pourquoi nous vos pasteurs, nous nous sommes retrouvés à l’instar de Jésus qui, le Jeudi Saint, a rassemblé ses Apôtres pour leur donner l’exemple de l’humilité et du service gratuit. Notre présence veut être un signe témoin pour vous, un moment de conversion et de communion. Notre volonté manifeste de vivre ensemble par-delà les frontières dans la confiance, dans l’amour et la vérité doit vous entraîner dans le sillage de la fraternité retrouvée. Pour cela, nous vous invitons à vous tourner résolument avec foi et espérance vers l’avenir. Car l’histoire de l’humanité nous enseigne qu’à différentes époques et sur tous les continents, les peuples et les nations ont connu des moments parfois extrêmement graves de crises, de conflits et d’incompréhension. Mais nous affirmons avec la force de la vérité que la sagesse et l’intelligence humaine données par Dieu ont toujours permis de surmonter ces crises, de guérir les blessures et d’effacer les humiliations.

3- Interpellations

Que les problèmes mis à nu par la crise trouvent des solutions pour le bien de tous et dans le respect de la dignité humaine !

Nous invitons donc nos deux communautés à cultiver la concorde et l’entente par des jumelages, des partenariats. Que les chrétiens s’adonnent à la prière fervente qui les pousse à s’engager pour la paix et la réconciliation vraie à travers des pèlerinages réciproques !

Nous nous adressons en ce temps pascal aux deux peuples burkinabè et ivoirien pour les inviter à la repentance, au pardon, à la réconciliation et à la paix afin que brille dans le ciel ivoiro-burkinabè le soleil radieux du Christ Ressuscité qui illumine nos cœurs.

- Nous invitons les chrétiens à la prière et à l’engagement pour la paix et la réconciliation vraie.

- Nous invitons nos gouvernants à se rencontrer et à dialoguer pour le bien de nos peuples, à combattre l’injustice et l’impunité, à mettre la transparence dans la gestion de nos ressources économiques, sans oublier les pauvres et les marginaux.

- Que nos leaders politiques ne se laissent pas manipuler par les puissances économiques étrangères, qu’ils soient des hommes de vérité, qu’ils aient le souci des peuples.

- Les hommes et les femmes de média, nous les invitons à plus d’objectivité dans le traitement des informations sur la base de la vérité et des faits, à être très vigilants lors des crises pour promouvoir une communication au service de la paix et de l’entente au lieu de susciter des confrontations meurtrières.

- A tous les protagonistes de la crise, qu’ils bannissent la violence en privilégiant le dialogue pour résoudre les problèmes.

- Tous ceux qui sont impliqués dans la crise, qu’ils considèrent la souffrance des peuples et qu’ils se libèrent des manipulations souterraines.

- Les Forces de défense et de sécurité, les Forces Nouvelles, qu’elles fassent preuve d’humanité dans l’exercice de leur fonction que nous reconnaissons parfois difficile. Qu’elles renoncent au racket qui ne fait pas honneur à nos nations ! A la suite du prophète Jean-Baptiste, nous leur disons : « contentez-vous de vos salaires et de vos indemnités ».

- A vous, hommes de bonne volonté, de toute religion et de toute croyance, nous lançons une invitation pressante et fraternelle pour bâtir ensemble la paix entre nos peuples (P.G. n° 67).

- Nous invitons le peuple ivoirien à garder confiance en son avenir. Les fractures sociales peuvent être recousues malgré leur gravité par la reconnaissance mutuelle, par l’hospitalité, par l’accueil des uns et des autres dans le pardon et le renoncement à toute violence.

4- Engagement des Evêques

Notre rôle en tant qu’évêques est d’accompagner nos deux peuples afin qu’ils se retrouvent à nouveau sur le chemin de l’unité, de la concorde, de l’amour et de la paix. Pasteurs du peuple de Dieu, de par la volonté de notre Seigneur Jésus-Christ, nous allons, sans faiblesse et dans la vérité et la justice entreprendre, de façon appropriée, les actions aptes à la reconstitution du tissu de fraternité, d’amitié qui lie nos deux peuples. Aussi continuerons-nous cette expérience de rencontre en approchant les différents acteurs, les différentes instances de la crise et en restant pasteurs de tous.

Dans la ligne de cette rencontre commencée au Sanctuaire Marial d’Abidjan, un pèlerinage est prévu pour les deux pays à la Basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro au mois d’août 2004.

Conclusion

Nous sommes conscients que la construction de la paix est toujours laborieuse et difficile, « mais le chrétien sait qu’il peut affronter les situations les plus difficiles car le fondement de son espérance réside dans le mystère de la Croix et de la résurrection du Seigneur » (P.G. n° 72).

La paix est un don de Dieu que nous devons accueillir dans l’espérance et bâtir dans la confiance mutuelle, elle est aussi un bien commun confié à la responsabilité de chacun et de tous.

« Elle est une responsabilité universelle qui passe à travers les mille petites actions de la vie de chaque jour. Elle attend ses prophètes et ses artisans qui ne peuvent pas manquer surtout dans les communautés ecclésiales dont l’évêque est le pasteur » (P.G. n° 67).

Au terme de nos travaux et de cette rencontre collégiale et fraternelle, nous nous confions, nous vos pasteurs, ainsi que toutes les communautés et l’ensemble de nos populations à la prière maternelle de Marie la Mère de Jésus, Mère de l’Unité et Reine de la Paix.

Les deux Episcopats Burkinabé et ivoirien
et le Représentant de l’’Episcopat du Mali

Abidjan, le 24 avril 2004

 
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