Chers jeunes,
Nous, vos Pasteurs de l’Association des Conférences
Episcopales de la Région d’Afrique Centrale (ACERAC),
réunis en notre VII° Assemblée plénière
à N’DJAMENA (Tchad) du 16 au 23 janvier 2005, avec
vos représentants, garçons et filles, vous adressons
ce message en ce temps d’incertitude que vous traversez.
I. Jeunes d’Afrique centrale, quel avenir ?
Chers jeunes, nous le savons, beaucoup d’entre vous se sentent
abandonnés à eux-mêmes. Et les raisons de
vous décourager sont bien nombreuses.
1. Une société qui se déchire
En effet, vous ressentez péniblement la déchirure
du tissu social. D’une part, l’éclatement des
familles et des structures sociales garantes de l’éducation
est cause de divers maux qui compromettent votre présent
et votre avenir. D’autre part, la région ou l’ethnie
deviennent des prétextes de repli sur soi et d’exclusion
des autres. Ce qui conduit souvent au tribalisme, au régionalisme,
au favoritisme. Des adultes n’hésitent pas à
vous utiliser pour assouvir leurs ambitions personnelles.
Nos pays sont également déchirés par la délinquance
et la violence. En effet, de nombreux jeunes se livrent à
l’alcool, à la drogue, voire à la prostitution.
D’autres s’adonnent à la violence qui fait
désormais partie du paysage de notre société,
hélas ! Les pays qui ont connu la guerre en sont encore
fortement marqués.
Mais la violence est présente même dans les pays
qui n’ont pas connu la guerre. Le banditisme gagne du terrain.
De véritables gangs de jeunes pillent, quelquefois à
main armée.
2. Perte des repères moraux et spirituels
Chers jeunes, vous vous trouvez tiraillés entre la tradition
africaine et la modernité. Certains d’entre vous
le sentent lors des mariages où ils se voient imposer un
époux ou une épouse.
Il convient également de déplorer la perte des repères
moraux et spirituels. En effet, on a tendance à oublier
les valeurs familiales et traditionnelles. Celles-ci sont remplacées
par des modèles de comportement que vous proposent la radio,
la télévision et les journaux. Par ailleurs, les
valeurs chrétiennes ne sont pas encore suffisamment enracinées
dans les vies. C’est pourquoi, de nombreux jeunes se laissent
aller à la délinquance ou se tournent vers les sectes
où ils espèrent trouver des solutions faciles à
leurs problèmes matériels et spirituels.
Il faudrait ajouter le contre-témoignage des adultes qui
affichent comme normales l’infidélité, la
corruption, l’injustice. Certains membres de l’Eglise
ne sont souvent pas suffisamment évangéliques et
accueillants vis-à-vis de vous, jeunes. D’autres
ne sont pas assez engagés dans la société.
Ce qui amène certains d’entre vous à se désintéresser
de la vie sociale, économique et politique.
3. Des conditions scolaires et universitaires difficiles
Malgré les efforts réalisés soit par l’Eglise
soit par l’Etat, en maints endroits, la situation scolaire
et universitaire est désastreuse. Il n’ y a pas assez
de ressources pour encadrer les jeunes des villes et des campagnes.
Les rares structures existantes sont souvent délabrées.
L’école ne répond pas toujours aux besoins
concrets de la société et ne vous préparent
pas suffisamment à affronter la vie. Plus grave, de nombreux
jeunes ne sont pas scolarisés. Oui, vous avez des raisons
sérieuses de vous inquiéter devant ces insuffisances
et ces manques de formation.
A la fin de vos études, c’est bien souvent le chômage
qui vous guette. La fonction publique est saturée, le secteur
privé est insuffisamment organisé, l’armée
est une impasse et le travail de la terre est souvent déconsidéré.
De leur côté, de nombreux enseignants préfèrent
s’investir dans des cours privés ou les affaires.
D’autres vendent leurs services aux élèves
et aux étudiants.
II. Jeunes, levez-vous et marchez !
Chers jeunes, en raison de votre foi en Jésus le Vivant,
ne vous découragez pas ! Vous êtes le présent
et l’avenir de nos pays. Témoignez de votre foi,
participez au développement durable de vos pays, bâtissez
la solidarité, soyez responsables de votre sexualité.
1) Témoignez de votre foi avec courage !
Chers jeunes, Jésus s’adresse aujourd’hui à
chacun d’entre vous et lui dit : « lève-toi
et marche » (cf. Mt 9, 6-7). Laissez-vous toucher par Lui.
Il est « le chemin, la vérité et la vie »
(Jn 14, 6). Avancez sans peur ! N’ayez pas honte de parler
de Lui à d’autres jeunes pour qu’ils se laissent
eux aussi attirer par le Christ.
Beaucoup dans la société, il est vrai, n’acceptent
pas les valeurs de l’Evangile. Alors, en vrais disciples
de Jésus, ne craignez pas de vivre à contre-courant
en famille, à l’école, à l’université
ou dans la rue. Témoignez des valeurs d’honnêteté,
de fidélité, de courage, de service gratuit et de
générosité. Ayez la force de dire non au
mensonge qui tue notre société et entraîne
la corruption, la fraude, l’immoralité, la violence,
le non-respect de la parole donnée, du bien public et de
celui d’autrui. Enracinez-vous en Jésus. Il ne vous
décevra pas. Il vous soutiendra dans votre combat pour
construire votre avenir et celui de vos pays. Soyez l’étoile
qui conduit les autres jeunes vers Jésus (cf. Mt 2, 1-12).
Pour rendre compte de l’espérance qui est en vous
(cf. I P 3, 15-16), prenez le temps de nourrir votre engagement
chrétien par une solide formation à la Parole de
Dieu et à l’enseignement social de l’Eglise.
Prenez également le temps de fortifier votre foi par la
prière personnelle et communautaire, par la participation
fréquente aux sacrements, particulièrement ceux
de la Réconciliation et de l’Eucharistie.
2) Rejoignez l’Afrique de ceux qui luttent et qui travaillent
!
Oui, chers jeunes, vous avez raison d’avoir un regard lucide
et critique sur la société et l’Eglise. Mais
tout n’est pas négatif dans nos pays. De nombreux
efforts se font pour fonder une citoyenneté libre et responsable
et sortir de la misère. Rejoignez l’Afrique de ceux
qui luttent et qui travaillent à son relèvement
!
Profitez au maximum des nombreuses possibilités qui s’offrent
à vous dans les paroisses, les communautés ecclésiales
vivantes, les mouvements, les associations de la société
civile. Formez-vous et développez vos capacités
intellectuelles, physiques, professionnelles, spirituelles et
morales. Elles vous permettront de contribuer au développement
de vos pays. Faites également profiter de vos connaissances
ceux qui, pour des raisons diverses, sont exclus de la formation,
comme les jeunes de la rue et de certaines campagnes. De manière
intelligente et critique, profitez des atouts qu’offrent
les nouvelles techniques de communication. Soyez inventifs et
courageux !
L’Afrique d’aujourd’hui et de demain a un besoin
urgent d’une nouvelle classe dirigeante, responsable et
soucieuse du bien commun. Etes-vous prêts à vous
engager politiquement et à travailler pour une société
fondée sur la justice et la vérité ?
3) Jeunes, soyez des bâtisseurs de la solidarité
!
Seule la solidarité peut guérir notre société
blessée. C’est pourquoi, investissez-vous dans la
construction de la solidarité dans nos pays.
Pour cela, acceptez de dialoguer avec vos aînés les
adultes, malgré certaines incompréhensions. Il existe,
en effet, de nombreux parents consciencieux, soucieux de leurs
devoirs familiaux et professionnels, engagés dans la construction
du pays. Apportez-leur votre générosité,
votre dynamisme, votre soif de changer la société,
votre refus des compromissions. Vous pouvez bénéficier
de leur expérience et de leur réalisme. Ils vous
apprendront à mieux connaître votre tradition et
la complexité de la vie actuelle.
En Afrique, la solidarité est une valeur importante. Mais
aujourd’hui, cette solidarité doit dépasser
les liens du sang et du sol. C’est pourquoi, rejetez toute
forme de discrimination au nom de l’ethnie, de la région
ou de la race. Refusez d’écouter et de suivre ceux
qui vous appellent à la division, à la haine, à
l’intolérance et à la violence.
Par ailleurs, évitez toutes les sources d’auto-destruction,
comme la drogue et l’alcool. Développez plutôt
les activités qui renforcent vos capacités et favorisent
la paix, comme la littérature, la musique, l’art,
le sport.
4) Jeunes, soyez responsables de votre sexualité !
Chers jeunes, apprenez à construire ensemble, garçons
et filles, la société d’aujourd’hui
et de demain. Apprenez à réfléchir sereinement
sur les relations garçons / filles, sur la sexualité
et ses exigences, pour la vivre de manière responsable
et chrétienne. Ce qui évitera les maux comme les
avortements, les grossesses précoces, les abandons d’enfants,
ou tout simplement la dépravation des moeurs. Apprenez
à vivre des relations fondées sur le respect mutuel,
sur l’enrichissement réciproque de vos différences
et de vos talents.
Nous voulons également vous parler du VIH / SIDA et des
infections sexuellement transmissibles (IST), qui vous touchent
particulièrement. Nous comprenons votre angoisse. Ne baissez
pas les bras ! Suivez les nombreuses campagnes de formation et
de sensibilisation qui vous apprennent à vous connaître
tant sur le plan psychologique, physiologique que moral. Elles
vous aideront à un changement de comportement, en vue d’une
gestion harmonieuse et responsable de votre sexualité.
Ne cédez pas aux pratiques sexuelles irresponsables qui
contribuent à l’extension de ces infections.
Quant aux nombreux jeunes atteints par ces maladies et qui se
sentent rejetés, nous tenons à les rassurer : ils
peuvent compter sur notre affection, sur notre particulière
attention à leur égard. Soyons ensemble auprès
d’eux pour témoigner de la tendresse de Jésus
le Seigneur de la Vie. Soutenons-les et entourons-les de notre
amitié.
III. Engagement en faveur des jeunes
Chers jeunes, nous remercions les diocèses, les congrégations,
les associations pour tout ce qu’ils font en votre faveur.
Nous les exhortons à poursuivre et à intensifier
ce travail. Pour donner suite à cette assemblée
de N’Djamena, nous nous engageons avec vous pour :
1. Interpeller les Etats en faveur de tous les jeunes, scolarisés
ou non, sur les insuffisances et le délabrement des infrastructures
routières, des structures d’éducation, de
santé, de loisirs et d’encadrement professionnel
et agricole.
2. Organiser des forums des jeunes aux niveaux paroissial, diocésain
et national.
3. Intensifier le programme d’éducation à
la vie et à l’amour (EVA) dans les écoles
et les communautés paroissiales, dans la perspective de
la lutte contre le VIH/SIDA et les IST.
4. Réviser les programmes d’éducation et de
catéchèse des écoles, collèges et
universités catholiques, à les orienter davantage
vers la promotion des valeurs chrétiennes et la préparation
à la vie politique, sociale et économique.
5. Assurer le suivi de cette Assemblée par le secrétariat
général de l’ACERAC qui s’occupera de
la coordination entre les commissions nationales des jeunes de
chaque pays.
6. Elaborer ensemble un plan pastoral qui prenne en compte vos
attentes.
Jeunes, vous êtes l’espérance de l’Afrique
centrale !
Chers jeunes, au nom de tous les adultes, au nom de l’Eglise,
nous, vos Pasteurs, nous vous demandons pardon pour la société
d’injustice et de désespérance actuelle. Pardon
surtout à tous les jeunes marqués dans leur chair
et dans leur cœur !
Et pourtant, nous vous le confirmons : vous êtes l’espérance
de notre société et de notre Eglise ! La participation
de vos représentants à notre assemblée plénière
est le signe de l’importance que nous vous accordons.
Que la Sainte Famille vous protège et vous donne la force
« (…) de prendre en charge le développement
de vos nations, d’aimer la culture de votre peuple et de
travailler à sa redynamisation, fidèles à
votre héritage culturel, en perfectionnant votre esprit
scientifique et technique et surtout en rendant témoignage
de votre foi chrétienne » (L’Eglise en Afrique,
n° 115).
Fait à N’Djamena, le 22 janvier 2005
Pour les Evêques de l’ACERAC ,
Monseigneur Jean-Claude BOUCHARD,
Evêque de Pala
Président en exercice de l’ACERAC