| Nations
Unies Commission des Droits de l’homme
60eme Session - Point 11
Intervention Ecrite de Pax Christi International
La Paix et la Réconciliation dans la Région
des Grands Lacs d’Afrique
02 février 2004
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Située au
centre de l’Afrique, la sous-région des Grands Lacs traverse
depuis plusieurs années une crise due aux multiples conflits
que connaissent les Etats qui la constituent. Les conflits sont actuellement
vécus soit entre certains pays, soit entre certaines communautés
ethniques ou encore entre les autorités des pays et des groupes
armés internes bénéficiant de l’appui d’autres
pays. Les origines de ces conflits, aussi complexes qu’elles
soient, remontent, en fait, à la période pré
coloniale, coloniale et/ou à celle de l’indépendance.
Cette situation a occasionné la mort de centaines de milliers
de personnes, des atrocités et la violence sexuelle répandue,
des violations massives des droits humains, des migrations énormes
de personnes déplacées et l’affaiblissement global
de l’autorité de l’Etat. La crise actuelle dans
les Grands Lacs a provoqué de graves conséquences à
la fois sur le plan humain, économique, politique, social et
environnemental.
Il est évident que les causes du conflit varient
selon la complexité de la situation particulière de
chaque pays, les relations de son gouvernement avec d’autres
Etats et les problématiques que présentent les groupes
armés internes et la politique d’exclusion qu’elles
soutiennent souvent. Il y a pourtant certains éléments
communs que nous pourrions citer comme facteurs qui continuent à
aggraver la situation actuelle dans la région :
• Le manque de démocratie et d’institutions
démocratiques ;
• L’immaturité de la classe politique, la mauvaise
gouvernance et la corruption ;
• Le non-respect des accords et du droit international ;
• L'impunité des crimes et le clientélisme politique
;
• La convoitise des ressources naturelles et leur pillage
par une élite politico-militaire ;
• L’absence d’armées nationales capables
d’assurer la sécurité de la population et l’intégrité
des frontières ;
• La prolifération et le commerce illicite des armes
légères ;
• Le renforcement d’une culture de la violence identitaire
;
• La persistance de la pauvreté et de la surpopulation
;
• La position ambiguë de la communauté internationale.
Intégration régionale : Il est certain que chacun
des pays de la sous région a connu et poursuit son propre
processus de normalisation interne. Cependant, dans la région
des Grands Lacs il est clair que le processus de réconciliation
dans un pays est fortement lié à ceux des autres.
Toute solution viable aura donc un caractère régional.
Il est donc important que la Conférence internationale sur
les Grands Lacs que prévoit prochainement l’ONU serve
d’accélérer le processus de normalisation des
relations entre tous ces états et de définir des stratégies
pour l’intégration politico-économique de la
région. La relance des activités de la Communauté
Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) serait une démarche
vitale. D'autres institutions à caractère social,
culturel et scientifique peuvent également contribuer à
l’approfondissement des progrès de ces dernières
années.
Instauration d’un Etat de droit : Ceci implique
la démocratisation du pouvoir, la bonne gouvernance, le respect
des droits humains et la fin de l’impunité à
tous les niveaux par l’établissement des cours et tribunaux.
Des efforts pourront être déployés pour la mise
en place de véritables commissions Vérité et
Réconciliation. En outre, l’établissement d’un
Tribunal pénal international pour les Grands Lacs s’avère
indispensable au processus de réconciliation et de paix durable.
Cohabitation et sécurité des frontières
: Il faut également la construction d’une paix durable
basée sur la cohabitation politique et la coopération
sécuritaire régionale. La sécurité des
frontières doit être garantie et leur contrôle
assuré en commun. Pour atteindre ces objectifs, il est nécessaire
de renforcer les capacités de véritables armées
républicaines dans tous les pays de la région et d’étayer
des contrôles de circulation d’armes légères
au niveau des frontières.
Renforcement de la société civile :
Dans tout processus de restructuration d'un Etat, la présence
et la revitalisation des institutions de la société
civile sont indispensables. Ces organisations ont un rôle
important à jouer dans le processus de réforme et
d’intégration régionale. Loin d’être
des antagonistes qui se placent en opposition aux autorités
publiques, elles doivent plutôt être estimées
comme partenaires dans la transformation pacifique et démocratique
de la région. En outre, les membres de la société
civile sont bien placés pour collaborer à des campagnes
d’éducation et de sensibilisation sur les problématiques
qui continuent à entraver le processus vers la paix.
Pax Christi International demande donc à cette
Commission d’adopter une résolution contenant un appel
à la Communauté internationale, et plus particulièrement
à l’ONU, de :
1. Poursuivre rigoureusement les efforts d’accompagnement
du processus de pacification nationale dans chaque Etat et du processus
de normalisation des relations entre chaque Etat de la sous-région
;
2. Mettre en place des structures communes et transfrontalières
pour le maintien de la sécurité des frontières
et pour l'éradication du commerce illicite d’armes
légères;
3. Accélérer les efforts et soutenir
les capacités de la MONUC pour accomplir sa tâche de
sécuriser la RD Congo, de cantonner les groupes armés
et d’achever son programme de Désarmement, Démobilisation,
Rapatriement, Réinstallation et Réinsertion (DDRRR)
des milices ethniques ;
4. Renforcer les capacités de la Force africaine
au Burundi ;
5. Appuyer l'action de démobilisation des enfants
soldats et assurer leur intégration sociale ;
6. Accorder plus d’attention aux actes nombreux
de violence commis contre les femmes ;
7. Rechercher des solutions susceptibles de mettre
fin au commerce illicite de diamants, de coltan et d’autres
ressources naturelles, commerce qui alimentent les conflits dans
l’Est de la RDC ;
8. Renforcer des mécanismes pour accompagner
de près dans tous les pays la préparation des élections,
le processus de Vérité et Réconciliation et
le rétablissement des systèmes judiciaires ;
9. Créer un Tribunal pénal international
pour les Grands Lacs ;
10. Augmenter l’aide au développement
aux pays à condition qu’ils pratiquent la bonne gouvernance,
qu’ils affectent ces fonds à la réduction de
la pauvreté et qu’ils respectent les accords de paix
et les normes du droit international.
Pax Christi International demande aussi aux Etats
dans la région des Grands Lacs de :
S’engager profondément au respect des
droits fondamentaux de la personne :
1. Promouvoir activement un engagement national en
faveur de la dignité humaine, des droits de l’individu,
de la tolérance et de la réconciliation entre groupes
à l’intérieur du chaque pays ;
2. Ouvrir grandement l’espace politique en favorisant
l’éclosion d’une presse autonome et le renforcement
d’une société civile libre, indépendante
et participative à l’intérêt public
3. Réformer intégralement et promouvoir
les programmes nationaux en matière d’éducation
civique et politique à l’intention du leadership civil
et militaire et du public en général afin de promouvoir
un leadership responsable et une culture de non-violence ;
Accorder ensuite la priorité à l’instauration
d’un état de droit :
4. Renforcer la coexistence pacifique entre les Etats
en respectant l’intégrité territoriale et la
souveraineté nationale des pays voisins ;
5. Respecter strictement et appliquer intégralement
tous les engagements pris dans le cadre des accords de pacification
signés de façon consensuelle entre chaque Etat et
ses groupes rebelles ;
6. Accélérer le processus de démobilisation
des groupes armés et du casernement des militaires, tout
en accordant une attention particulière à la démobilisation
des enfants soldats ainsi que leur réinsertion sociale ;
7. Intégrer au sein des armées nationales
toutes les forces combattantes et groupes armés selon les
critères objectifs et installer dans chaque Etat une armée
véritablement républicaine capable de défendre
la population entière et non seulement une partie de la population
;
Poursuivre énergiquement un programme d’intégration
régionale :
8. Etablir des mécanismes régionaux
pour l’intégration, la réconciliation et la
coopération dans les domaines politique, économique,
social, culturel et militaire.
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