Eminences,
Excellences,
Distingués invités,
1. Le thème
Sous le Haut patronage de la Congrégation pour l'Evangélisation des peuples et sous les auspices du Symposium des Conférences Episcopales d'Afrique et de Madagascar, la Conférence Episcopale Nationale du Congo par le biais de la Faculté de Théologie des Facultés Catholiques de Kinshasa a organisé du 11 au 17 juillet 2004 un Congrès international de missiologie " Tertio Millenio " portant sur le thème général : " L'avenir de l'activité missionnaire de l'Eglise Ad Gentes. Perspectives pour le XXIe siècle ". Thème capital et dont on peut dire assurément qu'il récapitule et résume les préoccupations des différentes Eglises locales depuis la tenue des Synodes Continentaux et l'entrée dans ce nouveau millénaire.
L'objectif poursuivi par ce Congrès a été clairement dégagé et mis en lumière par Son Eminence le Cardinal Sepe, Préfet de la Congrégation pour l'Evangélisation des peuples dans son message. Pour lui, donner à l'Eglise un nouvel élan missionnaire, tel est le pari de ces assises scientifiques. La solidarité pastorale organique, poursuit-il, exige la collaboration et la communion entre différentes Eglises locales. D'où la possibilité de dialogue et de partage entre les différentes Conférences Episcopales tant nationales, régionales que continentales pour une harmonisation des choix de stratégies, des plans coordonnés.
C'est aussi l'avis de Son Eminence Frédéric Cardinal Etsou, Archevêque de Kinshasa et Président du Congrès, qui souligne, dans son adresse d'ouverture, que ce colloque international de missiologie pourrait fournir des repères et des orientations utiles et susceptibles de renouveler l'activité missionnaire. L'Afrique, insiste le Prélat congolais, est arrivée à un tournant crucial où elle doit non seulement s'interroger, mais découvrir des pistes nouvelles pour un vécu sincère et concret de foi qui puisse démontrer dans le concert des Nations que le Christ a été reçu dans notre culture, et que du dedans, il nous a changé pour nous devenir l'Afrique de Saint Cyprien, de Tertullien, de Saint Augustin, du Bienheureux Isidore Bakanja, de la Bienheureuse Anuarite Nengapeta, de Saint Matthias Mulumba et ses compagnons, etc.
Dès la journée d'ouvertures, l'on s'est donc aperçu de l'intérêt pertinent du thème, de son actualité brûlante et de son enjeu de taille.
2. Séance solennelle d'ouverture
Les travaux de ce colloque se sont ouverts le dimanche 11 juillet 2004, en l'église Cathédrale Notre-Dame du Congo. L'ouverture a été marquée par une célébration eucharistique présidée en signe de collégialité épiscopale et de fraternité ecclésiale par Son Excellence Mgr Olivier de Berranger, Evêque de St Denis en France, en présence du Cardinal Etsou, Archevêque de Kinshasa.
Des nombreuses personnalités ecclésiastiques, civiles et scientifiques s'étaient donné rendez-vous à la cathédrale pour la séance d'ouverture. Signalons notamment la présence de Mgr G. D'Aniello, Nonce Apostolique en République Démocratique du Congo, de Mgr ONAIYEKAN, Archevêque d'Abuja au Nigeria et Président du SCEAM et des membres du Comité permanent du SCEAM, de P.A. PAULO, Evêque coadjuteur de Port de paix et membre du Comité du CELAM, de Mgr L. MONSENGWO, Président de la CENCO et modérateur du Congrès, de nombreux évêques membres de la CENCO.
Il y avait également les autorités civiles du pays. Citons Madame le ministre de la culture, messieurs les députes et sénateurs, le Bourgmestre de la Commune de Lingwala.
Ce colloque a connu la participation des savants et chercheurs, des missionnaires et ouvriers apostoliques venus d'Italie, d'Allemagne, de France, de Belgique, de Côte d'Ivoire, du Bénin, du Ghana, du Cameroun, du Congo-Brazza et la République Démocratique du Congo, pays hôte.
3. Les travaux du Colloque
Les quelques 110 participants se sont rencontrés pendant 6 jours au centre catholique Nganda autour de deux axes majeurs, à savoir :
1. Problèmes actuels et Perspectives continentales de la mission
2. Défis de la mission et voies des recherches théologiques en Afrique
Des experts, invités à titre personnel, ont présenté, pour chaque axe, des communications d'orientation et des propositions sur la base desquelles les problèmes spécifiques de la mission de l'Eglise Ad Gentes ont été abordés et discutés.
A la fin de ce colloque, après plus de quatre-vingt seize heures de débats et de discussions, de rencontre et d'échanges, quel conclure ? Nous laissons à chacun le soin d'emporter le meilleur de ce que nous avons vécu et célébré. Il serait donc hors de propos de présenter dans ce rapport général, un résumé, même succinct, des textes recueillis et des débats enregistrés. La matière est abondante et surtout précieuse. Nous contenterons seulement quelques lignes de force qui se sont dégagées de ce colloque. Nous en retenons quatre.
I : INCULTURATION
Le Congrès réaffirme l'option pour l'inculturation faite par les Églises d'Afrique comme un projet d'avenir greffé sur un présent d'invention et d'audace. L'inculturation de la foi ne peut se comprendre qu'à l'intérieur du " dynamisme profond qu résulte de la réponse personnelle donnée à l'annonce de Jésus Christ, en qui notre humanité correspond à l'amour de Dieu ".
Ceci implique une définition de l'inculturation " qui a pour élément déterminant la personne " avec " tout ce qui la constitue historiquement, culturellement et socialement, la personne prise dans structures de péché et appelée à accéder à sa propre parole créatrice et responsable ". Si l'inculturation ne rejoint pas l'homme à cette profondeur symbolique et subjective, elle en restera au " vernis superficiel d'un culturalisme ".
L'inculturation ne peut se concevoir sans une interpellation des références éthiques qui sont autant de " règles élémentaires objectives de structuration " d'un homme appelé à construire sa maturité humaine autour de la visée de l'amour. Ce n'est pas tout. L'inculturation ne relève pas seulement de l'orthodoxie, elle est d'abord vie concrète, ouverte à l'évangile et animée par lui. Elles en ce sens une orthopraxis chrétienne.
Dans ce sens, l'inculturation ne va jamais sans la prise en compte du social et de la société telle qu'elle se construit en Afrique. Ce sont les défis d'une société africaine aujourd'hui (misère, tensions, conflits ethniques, génocides) qui exigent l'approfondissement d'un travail d'inculturation qui vise au changement en profondeur des mentalités, en même temps qu'ils demandent un travail sur ces structures de péché.
L'inculturation au niveau de la liturgie ne peut être une simple introduction d'éléments culturels tirés d'un espace culturel déterminé : elle ne serait qu'un avatar culturaliste. L'inculturation liturgique ne peut naître que dans des expressions qui traduisent l'appropriation de l'Evangile dans une réponse de la foi d'une personne transformée dans ce qui la constitue culturellement, socialement et historiquement.
Notre congrès a mis essentiellement en relief tout ce qui concerne l'exigence actuelle de formation dans une vie ecclésiale, dans la ligne du message du Cardinal Sepe " Le nouvel élan pour l'Eglise d'assumer sa mission, la congrégation pour l'Evangélisation des Peuples croît le trouver dans la formation, la quelle constitue son plan d'action au lendemain du Grand Jubilé, car il faut avoir des agents d'évangélisation de qualité et des témoins authentiques de foi, véritables pierres vivantes sur lesquelles peut se construire l'Eglise ". C'est dans cette perspective qu'il a été souligné tout au long du congrès qu'il existe un déficit réel en matière de formation des agents pastoraux qui rend le culturalisme menaçant… une question essentielle partout récurrente, la formation.
A un niveau fondamental
Dans la perspective d'une authentique inculturation, cette formation se doit d'être au service de l'approfondissement de la personne " résultant de la conversion au Christ de la manière africaine dont les constituantes essentiels de la culture sont perçus et conçus par l'africain ". Elle ne peut alors être conçue à partir de simples cous sur l'inculturation, mais est une " véritable initiation à l'attitude et à la pratique d'inculturation".
Quelques réflexions diverses
Cette dimension de formation a été plus directement mise en relief en lieu avec la responsabilité sociale ecclésiale des laïcs.
Il y a urgence de la formation des laïcs pour qu'ils puissent dans leurs engagements temporels être au service d'un développement intégral et durable des hommes et femmes et des sociétés. Pour que ce développement puisse s'opérer à partir de la personne et des sociétés africaines, cela suppose que les conceptions et les actions de développement enracinent leurs actions dans cette formation.
Urgence plus particulièrement de la formation des femmes, tant pour leur permettre d'assainir la mentalité menant de nos cultures que pour leur permettre des engagements dans les institutions locales, régionales, internationales et pourvoir y apporter des éléments spécifiquement féminins.
Cette formation joue toujours sur deux registres, la formation théologique, éthique et spirituel dans laquelle se construit l'homme intérieur et les diverses formations au " service de l'avènement d'un leadership chrétien efficace, capable d'imprégner l'ensemble de la communauté nationale des valeurs chrétiennes ".
La question des sectes et des Eglises indépendantes
Si la question des sectes vient dans les réflexions sur la formation, c'est à partir de la mise en relief de ce que représentent les sectes aujourd'hui : " une manière d'écriture sociale est à décrypter sur ce plan social : elle demande une analyse rigoureuse et soutenue pour cerner les éléments essentiels de ce texte social qui s'inscrit dans les paradoxes et ces ambiguïtés d'une Afrique déséquilibrée qui se cherche sur tous les plans … Ce n'est pas en copiant les ambiguïtés des sectes que l'Eglise va briser les dérives de ces religions nouvelles (inflation du merveilleux et du culturel déconnecté du sociologique, chasse aux démons et cultures de l'exorcisme coupé de la lutte pour que cesse la misère qui fait le lit des démons), mais en se purifie elle-même de ses propres traditions.
D'où l'importance donnée, face à l'influence des sectes et des églises dites de réveil exercée sur les chrétiens, à la formation s'adressant aux chrétiens dans le sens donné précédemment. La formation est un des antidotes à ces mouvements.
II. L'EGLISE FAMILLE DE DIEU
Le congrès a souligné l'importance et la pertinence du concept de l'Église-Famille de Dieu comme concept ecclésiologique opératoire pour les Eglises en Afrique. Les participants ont insisté sur le lien et l'articulation nécessaire de cette image avec d'autres images notamment celle de fraternité.
L'image de l'Eglise fraternité dit en même temps ce qui fonde l'Eglise dans sa vie concrète d'aujourd'hui, l'exigence d'une fraternité vécue sans diverses formes, expérimentée dans la vie consacrée, vécue entre chrétiens, entre prêtres. Mais cette exigence s'enracine dans ce qui constitue l'Eglise, constituée comme fraternité par le Christ en ce qu'il est lui-même, Premier Né d'une multitude de frères. L'image de l'Eglise, famille de Dieu, met plus directement en valeur la dimension eschatologique et sacramentelle de l'Eglise, ce qu'elle est appelée à être, " rassemblement des enfants de Dieu dispersés " et ce qui déjà elle anticipe et réalisé, en particulier dans la réalité de la réconciliation.
La fonction nécessaire entre ces deux images et l'image de " sacrement ". C'est par l'idée de sacrement que l'Eglise se dit à elle-même ce qu'elle est appelée à être par rapport à l'ensemble de l'humanité : "L'Eglise, Famille de Dieu, sacrement du pardon et de réconciliation en Afrique ".
Dans la perspective de l'Eglise famille de Dieu, le congrès a plus directement mis en relief l'importance de la mise en place de la responsabilité des laïcs dabs l'Eglise. Cette responsabilité est essentiellement une responsabilité dans la société (" transformer les structures vitales de notre société, en créant par nous-mêmes, pour notre peuple, les schémas théoriques, les applications technologiques et les modes organisationnels qui permettraient une vie d'ensemble au sein de la société ") ; c'est à ce titre que ces laïcs ont aussi à devenir responsables dans une vie ecclésiale, de telle sorte que l'Eglise s'organise mieux comme sacrement de la fraternité en Christ au service de la société.
Le congrès a souligné la nécessité d'inscrire dans le fonctionnement repérables c'est-à-dire dans les institutions et structures, cette image de l'Église au risque qu'elle ne reste "in fieri, c'est-à-dire n'imprègne pas la réalité.
III. AUTOPRISE EN CHARGE ET COMMUNION ECCLESIALE
Le congrès a mis en lumière la nécessité et l'urgence dans la perspective de la mission de souligner l'autoprise des églises locales et la communion ecclésiale.
1) Auto prise en charge
L'autoprise en charge est fondée sur la nécessité d'une évangélisation en profondeur de chaque église. Selon la dynamique d'incarnation, chaque Eglise est appelé à accueillir l'Evangile dans ce qui la constitue dans son épaisseur humaine, culturelle, sociale et historique et à se constituer comme réponse à l'évangile, dans une réelle et concrète appropriation de cet évangile. Chaque église locale est appelée à être présente concrète et active de l'Eglise, fraternité en christ, sacrement de l'union intime avec Dieu et de l'unité du genre humain, appelée à devenir famille de Dieu, présence dans un lien humain déterminée culturellement, socialement et historiquement. Le mot de Pau VI " désormais, vous devez être vos propres missionnaires " appelle cette auto prise en charge.
C'est dans l'auto prise en charge que peut se constituer un véritable sujet ecclésial, c'est dans la conscience d'avoir à se prendre en charge, c'est dans l'expérience concrète de ce que cela exige de la part de chacun, c'est ce vécu ecclésial que le sujet ecclésial se développe, que l'Eglise locale devient ce qu'elle est appelée à être.
Cette auto prise en charge implique différents éléments :
- une définition juridique permettant à chaque église de vivre selon un droit propre, " sui juris ", tenant compte de la particularité de chaque église locale et lui permettant d'accéder à sa propre parole et de devenir véritablement sujet ecclésial de plein exercice. Ce suis juris a été en particulier mis en relief au sujet de la liturgie. Des instructions romaines récentes semblent réduire le rôle que le Concile, le code de droit canonique et les premiers documents d'interprétation accordaient à l'Église locale.
- l'exercice d'une solidarité organique entre les Eglises (telle la solidarité entre l'Eglise de Corinthe et l'Eglise de Jérusalem. 2 Co 8) sans laquelle la mise en place effective de l'autoprise en charge peut se manifester impossible.
- La mise en place d'une véritable formation qui travaille sur les mentalités et sur les résistances que ces mentalités opposent à l'autoprise en charge. En particulier la mentalité d'assistés qui fait tout attendre des autres, et la mentalité qui se fait une représentation négative du travail (valeur négative liée à la colonisation une primitive et non pas une participation à l'œuvre créatrice de Dieu, mentalité à éradiquer à tous les niveaux d'une vie ecclésiale). Cette formation est au service d'une mentalité d'autoprise active et efficace, et d'une mentalité d'émergence d'une culture du don et du partage.
Ce qui a plus directement retenu l'attention du congrès, ce sont :
- le niveau du fonctionnement ecclésial : fonctionnement des institutions ecclésiales primes à cet effet, telles les institutions synodales, les conseils etc…
- le niveau de la prise en charge matérielle des églises locales et de la vie ecclésiale. Celle-ci est un des lieux par excellence d'une véritable responsabilisation du peuple de Dieu et de l'apprentissage d'une solidarité responsable, tels que le décrivent les Actes des Apôtres (Ac 4).
2) Communion ecclésiale
L'enracinement théologal de la communion ecclésiale est la communion aux dons de Dieu, communion qui prend racine dans le mystère pascal et trouve sa source dans le mystère trinitaire.
Cette communion ecclésiale grandit aujourd'hui aux différents niveaux d'une conscience et d'un niveau ecclésial.
Le niveau de la constitution progressive d'ensembles régionaux qui prennent corps dans un travail en commun.
Le congrès a mis en relief en particulier un fondement théologique des Eglises régionales, dans le prolongement du fondement théologique de l'Eglise locale : la réponse personnelle que chaque Eglise locale est appelée à donner à l'annonce de l'évangile avec tout ce qui constitue cette personne, ici personne morale et sociale, et ceci dans la dynamique d'inculturation.
Une Eglise régionale correspond à un espace culturel et social ayant une certaine homogénéité et des solidarités historiques et sociales.- niveau d'une dynamique concrète de solidarités et d'échanges entre des Eglises régionales, telles que celles réalisées entre la CERAO et la CERNA.
Le niveau de la solidarité pastorale organique de l'Eglise d'Afrique qui doit aujourd'hui découvrir ses propres voies, c'est dans cette perspective que le SCEAM voit sa mission, perspective d'une redynamisation de cette solidarité pastorale. Comme le dit son président, l'identité du SCEAM, c'est le service de la mission : celle-ci " ne s'exerce pas dans l'isolement des Eglises, elle est comme le principe, la force qui les unit et les unifie dans un corps continental ". - le SCEAM a ainsi en charge de faire naître une parole propre de l'Eglise d'Afrique qui puisse se faire entendre dans toute l'Eglise.
Le niveau d'une mise en œuvre de relations entre les Eglises des divers continents. Si les Eglises des divers continents ont été présentées dans le congrès, deux formes de collaborations souhaitées et déjà ébauchées ont été proposées. La collaboration entre Afrique et Amérique latine fondée sur une certaine affinité des deux continents et la collaboration entre Afrique et Europe, qui a à assumer toute une histoire difficile, seront reprises dans le cadre de la réflexion sur la mission Ad Gentes.
Le service de la communion ecclésiale s'enracine dans l'affirmation d'un rapport d'intériorité mutuelle de l'Eglise universelle et des Eglises particulières. L'Eglise particulière est une Eglise " dans laquelle est vraiment présente et agissante l'Eglise du Christ, une, sainte, catholique et apostolique " (canon 369). Cette Eglise particulière ne précède pas l'Eglise universelle, elle naît elle-même de ce rapport d'intériorité réciproque par lequel elle entre dans une dynamique de dilatation continuelle aux autres Eglises et plus radicalement, de dilatation dans l'accueil du mystère trinitaire. C'est là où joue le service de communion plus directement assumé dans les organismes et institutions de l'Eglise universelle.
IV. LA MISSION AD GENTES DANS LA SOLIDARITÉ ECCLÉSIALE ET DANS LE DESSEIN DE DIEU SUR L'HUMANITÉ
La mission de Ad Gentes est l'axe central de tout de tout ce congrès. Il a été noté et souligné que la Mission Ad Gentes n'est pas le fait de de quelques individus isolés ou d'instituts missionnaires, elle s'enracine dans la nature missionnaire elle s'enracine dans la nature missionnaire de l'Eglise tant entière et à travers elle dans le dynamisme missionnaire qui vient de Dieu lui même qui dans son amour veut se communiquer à touts les hommes. C'est l'Église rassemblée dans le mystère trinitaire par le mystère pascal lui est missionnaire.
La mission Ad Gentes se greffe sur cette dynamique missionnaire; pour l'appel spécifique de l'Esprit Saint à certains chrétiens à entrer dans cette mission, c'est l'Église qui est stimulée pour ne pas se contenter "d'une pastorale de maintenance", "enfermée dans le soin exclusif de ceux qui croient déjà en Jésus-Christ".
Le congrès a souligné que ce service de communion ne se vit pas sans des difficultés, des oppositions, des confrontations qui ne sont pas toujours fructueuses. Ce service ne peut se vivre sans des réelles tensions. encore faut-il que ces tensions soient fécondes. Le congrès a étudié un certain nombre de lieux où ces tensions sont mal connues par le non-respect suffisant des organismes et institutions de service de communion, des avis des Églises locales et de leurs initiatives (par exemple à propos de la liturgie et de l'usage des langues vernaculaires) ceci est parfois fondé sur une lecture restrictive des documents concilaires, des premiers textes interprétatifs de ces documents, du code de droit canonique par ces documents récents.
D'autre part, par la non-vigilance suffisante d'Égises locales, vis-à-vis des exigences manifestées dans le cadre des services de communion et du sens profond de ces exigences. Les institutions de service de communion ont pour mission de rappeler aux Églises locales, aux instituts consacrés et à l'ensemble des chrétiens, ce que les modalités de l'annonce de l'évangile doivent respecter pour être fidèles à cet évangile.
Le congrès a mis en relief quelques éléments pour la mission Ad Gentes dans l'Église locale.
L'affirmation d'une Eglise toute entière missionnaire paralyse parfois la mission Ad Gentes en favorisant une vie de l'Église en autarcie. Et certains appels missionnaires vont se réaliser à titre personnel.
Il apparaît important que la mission Ad Gentes retrouve sa véritable situation dans l'Église : des hommes, des femmes, des instituts, suscités par l'Esprit Saint, sont envoyés en même temps par les Églises locales au titre même de cette mission Ad Gentes.
La dynamique de la mission Ad Gentes rejaillit sur sa dynamique de communion. Elle peut permettre en particulier de s'arracher à un "exclusivisme ethnique, racial, politique ou même national".
Les échanges entre Églises
Les échanges entre Églises ne sont pas seulement commandés par une solidarité pastorale organique. Ils sont ce … quoi les Églises se stimulent dans la mission Ad Gentes. Le sujet de la mission demeure toujours l'Église locale, mais celle-ci peut être stimulée et renouvelée par le dynamisme missionnaire reçu d'autres Églises.
Les relations entre Églises d'Afrique et d'Amérique latine et Églises d'Afrique et d'Europe ont mis en valeur l'importance des différences liées la situation de départ de ces échanges lorsque le missionnaire du Nord vient vers le Sud, et maintenant du Sur vers le Nord, la mission Ad Gentes " évoque traditionnellement l'idée d'un rapport de forces… C'est le riche qui va vers le pauvre " ou le pauvre qui va vers le riche, c'est ce rapport qui devra être évangélisé pour que la mission soit crédible, par exemple dans la conversion réciproque en même temps que dans " la reconnaissance progressive de la misssionnarité qui anime les partenaires ". Dans les cas d'échanges missionnaires entre l'Amérique latine et l'Afrique, chaque église apprend à " donner de sa pauvreté ", riche de la seule richesse de la Parole de Dieu : cela permet en particulier de découvrir la dimension essentielle de la mission qu'est la kénose du missionnaire, " qui fait sur le terrain l'expérience du dépouillement de soi " et elle apprend aux églises d'autres continents de donner d'abord de leur pauvreté.
II) Autour des formes de la mission
- L'horizon général donné à la mission est celui de la mondialisation. Un risque aujourd'hui est celui de la diabolisation de mondialisation, qui ne permet pas de situer le défi que doit relever la mission. " C'est un monde blessé… qui dans l'ensemble de ses manifestations est travaillé de l'intérieur par une lutte spirituelle gigantesque… entre sa bonté foncière et les mille détournements de celle-ci au profit de l' "injustice des hommes qui tient la vérité captive " (Rm 1, 18) " la mission se devra d'être prophétique en dénonçant tout ce qui avilit l'homme et dénature son image comme fils de Dieu et en militant pour plus de justice entre les peuples et pour plus d'équité dans les structures internationales.
Dans la réflexion sur ce dialogue dans la mission, deux aspects ont été mis en relief.
Le dialogue, c'est d'abord une attitude globale de l'Eglise dans sa relation avec tous et avec chacun. C'est dans la qualité de cette attitude de dialogue que sera portée témoignage à la manière dont Dieu veut entrer en dialogue avec l'humanité. Dans l'Eglise d'Afrique le dialogue interreligeux et interculturel sont indissolublement liés.
- Les témoignages portés par les laïcs sur leurs engagements temporels ont mis en relief l'importance de la formation de ces laïcs, d'une formation qui permettra aussi bien d'avoir des analyses et un discernements sur ce qui est le contenu des engagements que de durer dans une vie chrétienne, un enracinement dans la foi qui rejaillisse sur ces engagements. Il a été souligné comment la mission qui vient d'Amérique latine a apporté à l'Eglise universelle le choix préférentiel pour les pauvres, choix qui s'impose à toute forme d'engagement : comment, dans tous les engagements sociaux, mettre cette dimension d'un " pas sans les pauvres ". Cela appelle :
1. le soutien et la création d'instituts missionnaires africains Ad Gentes ;
2. l'accompagnement des prêtres et chrétiens fidei donnum du Sud et du Nord, préparation de ces missionnaires, envoi par ces églises locales et suivi des expériences ;
3. l'érection d'un Centre commun et interafricain d'études et de préparation missionnaire, comme proposée par Mgr Tshibagu.
Tout compte fait l'Église d'Afrique vit aujourd'hui un Kairos. Un moment favorable pour penser son activité missionnaire ad gentes et prendre un tournant décisif dans le nouveau millénaire.
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