“J’écoute. Que dit
le Seigneur ? Dieu dit: paix pour son peuple et ses amis, pourvu
qu’ils ne reviennent á leur folie” (Ps 84/85,
9).
1. A tous ceux qui cherchent la paix et la justice en cette terre
sainte, Bonne fête de Noël. Que la paix et la joie
de Noël remplissent vos coeurs et vos esprits. Avec vous
tous, et avec le psalmiste “J’écoute. Que dit
le Seigneur? Dieu dit: paix pour son peuple et ses amis, pourvu
qu’ils ne reviennent á leur folie” (Ps 84/85,
9).
Nous célébrons et nous nous réjouissons,
afin de renouveler nos énergies, afin de pouvoir patienter
et de vaincre les forces du mal dans notre terre. Nous célébrons
Noël, nous prions, nous redoublons de prière, nous
jeûnons et nous purifions nos coeurs et nos intentions afin
que la fête nous remplisse de sainteté, de vie, d’amour
et de la force de l’esprit par laquelle nous arriverons
à construire une paix qui semble très difficile
sinon impossible.
2. Les jours présents semblent annoncer la paix. Nous
l’espérons, après tant de prières,
de vies sacrifiées, après tant de larmes et de grandes
souffrances. Nous espérons que les chefs politiques auront
le courage nécessaire pour signer une paix juste et définitive,
même au prix de sacrifices, personnels et communautaires,
même s’ils sont douloureux.
Chacun, aujourd’hui, doit avoir appris les leçons
de la violence passée qui a également démoli
l’image de Dieu dans les bourreaux et les victimes á
la fois, dans les oppresseurs et les opprimés. Il y eut
dans ces dernières années beaucoup de victimes,
beaucoup de peur, beaucoup de demeures humaines démolies,
beaucoup d’agriculture dévastée, et malgré
tout cela, nous sommes au même point. Les Israéliens
sont toujours dans une recherche difficile de leur sécurité
et les Palestiniens ne cessent de demander la fin de l’occupation,
leur liberté et leur indépendance.
Et cependant, les deux peuples sont destinés à
vivre ensemble en paix. Et cela est possible et nous y croyons.
3. Le peuple doit se libérer de la peur, et rentrer dans
la confiance et ses chefs doivent l’aider à cela..
Les dirigeants palestiniens préparent leurs élections
dans le calme. Ils sont rentrés dans des plans de paix.
Les chefs israéliens sont appelés à entrer
dans les mêmes dispositions, et pour cela arrêter
les actions de guerre, arrêter la construction du mur, et
de même les poursuites de ceux qui sont recherchés
: cela ne cesse de faire plus de prisonniers et plus de morts.
La paix ne peut être laissée en otage entre les mains
de ceux qui voient encore dans la violence une voie pour la justice
et la paix.
Le mur de séparation, de son côté, ne séparera
pas et ne protègera pas. Au contraire, il augmentera la
haine, l’ignorance de l’autre, et donc l’hostilité
á son égard et donc la violence et l’insécuritè.
Il faut chercher, dans l’humilité, les causes de
la violence. Dans l’humilité et la sincérité,
il faut écouter les cris des pauvres et des opprimés.
Mettre fin aux oppressions et aux humiliations imposées
aux Palestiniens c’est par le fait même mettre fin
à la peur et l’insécurité des Israéliens.
C’est aussi mettre fin à l’exploitation de
l’oppression et de la pauvreté.
Le mur de séparation ne fera pas les frontières
sûres. Seuls les coeurs amis sont les frontières
sûres. Avec les coeurs amis, toutes les frontières
deviendront un pur symbole; elles seront débordées
par la vie et la joie de la paix et de la fraternité.
4. Les chefs religieux ont un double rôle en en ces jours:
continuer à insister sur la justice, sur la dignité
de la personne humaine, sur la sécurité et sur la
fin de l’occupation, mais en même temps, ils ont le
devoir de montrer les voies de la paix. Car aucun des deux peuples
n’est condamné á continuer á offrir
ses jeunes á la mort. Chaque peuple a la volonté
et le droit de voir ses jeunes vivre comme tous les jeunes du
monde. Les Israéliens ne sont pas condamnés á
vivre éternellement dans l’insécurité
et dans la guerre. Les Palestiniens, non plus, ne sont pas condamnés
á vivre éternellement á réclamer la
fin de l’occupation et rester pour cela sur les chemins
de la mort.
5. Nous avons vu la vie et nous avons écouté ce
que dit le Seigneur. “Il dit: paix à son peuple et
à ses amis, pourvu qu’ils ne reviennent á
leur folie” (Ps 84/85, 9). Le sens chrétien de Noël
dit que le Verbe de Dieu a fait son entrée dans le monde
et nous a porté la vie. Noël est une promesse de vie,
de joie, et de dignité dans la présence de Dieu
qui a choisi notre terre pour sa demeure. “Nul n’a
jamais vu Dieu; le Fils unique qui est dans le sein du Père
, lui, l’a fait connaître. Et de sa plénitude
nous avons tous reçu” (Jn 1,18.16). C’est dans
cette vision et dans cette présence de Dieu que se construit
la paix à Jérusalem et dans la Terre Sainte.
Bonne fête de Noël. Paix, justice et joie à
tous.
+ Michel Sabbah, Patriarche