|
Se laisser former par l'information
|
Le pays vient
de vivre un événement important avec les élections
législatives qui ont été saluées, par
la majorité des médias nationaux et internationaux,
comme un grand pas vers l'avenir. Vivant dans ce pays nous ne pouvons
pas rester indifférents.
Il y a des résultats : comment les avons-nous accueillis
?
C'est vrai, nous sommes étrangers, mais, de par notre travail
ou toutes les relations que nous avons, nous ne pouvons pas ne pas
être marqués par tout ce qui se passe dans ce pays.
Et un événement comme celui-ci ne peut pas nous laisser
indifférents. Il va marquer tous les habitants du pays ;
et donc d'une certaine façon, nous aussi ; car ne sommes-nous
pas invités, quelle que soit notre responsabilité,
à nous laisser transformer par la vie de ce pays ?
Il y a notre manière de le recevoir objectivement.
Il y a notre manière d'y réfléchir avec notre
qualité d'étranger, mais aussi notre qualité
de chrétien.
Il y a notre manière d'avoir un esprit assez ouvert pour
ne pas nous laisser enfermer dans une opinion, dans une seule lecture
de journal, dans une seule appréciation.
Il y a aussi notre manière d'en être témoin
auprès de nos parents ou amis qui vivent en dehors de ce
pays. D'une certaine façon leur regard sur le Maroc se fera
à partir de ce que nous leur dirons ou ne leur dirons pas.
N'est-ce pas une responsabilité que nous portons , car les
médias disent des choses et les témoins oculaires
peuvent peut-être aidées à préciser ou
à rectifier la manière dont est donnée l'information,
si ce n'est parfois l'information en elle-même ?
D'une certaine façon, même s'il est très
récent, cet événement c'est du passé
; il nous faut pouvoir accueillir l'avenir qui en découlera,
sans idées préconçues ; il nous faut l'accueillir
pour continuer à participer à apporter notre pierre
à la construction de ce pays. Il nous faut l'accueillir
en continuant à faire confiance.
Tout en accueillant ce qui se vit ici , accueillons aussi tout
ce qui se vit sur notre continent africain. Tous nos frères
subsahariens sont marqués par les événements
de Côte d'Ivoire ; nous ne pouvons pas rester indifférents.
Il y a là aussi tout un avenir qui se joue. De l'extérieur,
et en tant qu'étrangers, nous avons du mal à comprendre
; mais d'un autre côté, nous ne pouvons pas rester
les bras ballants.
Notre devoir de chrétien n'est-il pas alors de nous donner
les moyens de savoir un peu plus objectivement ?
Notre devoir de chrétien n'est-il pas d'être des
acteurs de paix et de rapporter la sérénité
lorsque nous le pouvons ?
Le fait d'être chrétien ne peut nous laisser en
marge de toutes ces réalités. C'est la logique
de l'Incarnation
Ce qu'ont vécu nos frères et surs dont nous
avons fêté les 50 ans de sacerdoce ou de vie religieuse,
vécus presqu'entièrement au Maghreb, en est un témoignage.
N'est-ce pas ce qu'ont vécu aussi tous nos jeunes frères
à " l'Université d'été d'Ifrane
". Ils ont essayé de réfléchir à
leur vie à la lumière de la Parole de Dieu. Mais
en même temps, ils se sont donnés les moyens de pouvoir
continuer à réfléchir ; pour continuer à
naître à nouveau. Ces grilles sont faites pour eux
et avec eux ; mais ne pourraient-elles pas nous aider les uns
et les autres dans nos différentes situations ?
N'avons-nous pas aussi encore à élargir nos horizons
? Souvent il nous arrive d'entendre que l'Eglise ne prend pas
assez position sur tel ou tel événement . Accepterons-nous
de recevoir ce cri du primat d'Angleterre devant une situation
qui nous préoccupe tous ? D'un certain côté
nous avons peur de ce qui se passe à l'extrême est
de notre Proche Orient. Ce cri ne peut-il pas venir nourrir notre
vie humaine, en donnant l'éclairage de cet Evangile dont
nous voulons être témoins ?
Ainsi ce numéro d'Ensemble, dans le prolongement du précédent,
vient nous apporter des éléments qui peuvent aider
à bâtir notre " être intérieur
" de chrétiens, invités à vivre au Maroc.
Il rapporte la vie de notre Eglise ; n'est-ce donc pas alors
toute ma vie qui en est dynamisée ?
Vincent LANDEL s.c.j.
Archevêque de Rabat
|