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JOYEUX NOËL
PAIX EN CETTE ANNEE DU SEIGNEUR
Vincent LANDEL s.c.j.
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" Il n'y a pas de paix sans justice, il n'y a pas de justice
sans pardon ". C'est par ces mots de Jean Paul II au premier
janvier dernier que je voudrai vous présenter mes vux
pour ces fêtes de fin d'année.
Ces mots paix, justice, pardon ont tellement résonner dans
nos esprits cette année, pas toujours en positif.
Ces mots ne sont-ils pas aussi un message que nous avons à
essayer de vivre et de partager tout au long de cette nouvelle année.
Je vous souhaite de les accueillir et de les faire rayonner ; le
Seigneur saura nous accompagner sur ce chemin.
Cette année, j'ai continué à découvrir
le diocèse de long en large ; même si j'ai des rêves
d'aller toujours un peu plus loin, en particulier dans le Sud
; j'ai mis , pour la première fois, les pieds sur les dunes
de Merzouga, à l'extrême sud est du diocèse.
J'ai été émerveillé de ces couleurs
au soleil couchant. Mais d'un autre côté j'ai été
empoisonné par toutes ces personnes qui essaient d'accrocher
les touristes par tous les moyens. Ce n'est pas facile pour eux
car cette année encore il y a pratiquement 50°/°
de touristes en moins. Ce sont donc des manques à gagner.
Ce n'est pas spécifique de ce sud, c'est malheureusement
un phénomène un peu général dans le
pays. Plusieurs fois il m'est arrivé d'aller sur Agadir
pour y entendre ce même refrain. Et pourtant, à vue
toute simple, nous n'avons rien à craindre dans notre pays
; nous continuons à pouvoir y vivre en parfaite confiance
et sécurité.
Cet été, j'ai été invité au
mariage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI ; une célébration
plus simple que prévu en raison des événements
qui meurtrissent le monde arabe. En particulier aucun chef d'Etat
étranger n'était de la fête. Mais par contre
durant quelques jours, ce fut la fête populaire dans la
ville de Rabat, jour et nuit. Cela m'a donné l'occasion
de rentrer dans le Palais Royal, de voir le Roi de près,
sa femme voilée. Mais c'est un signe pour les femmes du
pays qui regardent cet événement comme important,
même si pour le moment encore elle n'a pas rempli de rôle
officiel. Il faut du temps pour changer des habitudes ; il faut
du temps pour que les Surs du Roi s'aperçoivent que
quelqu'un de nouveau est rentré dans la famille !
J'ai aussi pu saluer le Roi à Tanger, le jour de la fête
du Trône ; au cours d'une méga réception,
nous sommes une trentaine à pouvoir de saluer directement.
C'est important que j'y sois ; mais en même temps c'est
un geste rempli d'ambiguïté. En effet, en étant
là tout le monde peut dire que le Maroc est un pays très
tolérant, puisque même l'Archevêque catholique
est reçu par Sa Majesté ; c'est vrai, mais de plus
en plus il nous faut faire attention de ne pas confondre "
tolérance " avec " liberté religieuse
".
En septembre, nous avons vécu aussi les élection
législatives qui sont certes un pas important vers une
démocratie transparente ; même si tout ne peut être
parfait. Mais il faudra que vous puissiez suivre l'évolution
des élections municipales au printemps prochain. Il y a
des idées qui avancent ; comment se feront-elles voir d'ici
quelques mois. Il nous faut donc continuer à avancer, étant
invités à accueillir des réalités
qui ne dépendent pas de nous et qu'il faudra assumer en
temps voulu.
Au début de ce mois de décembre lors d'une de mes
tournées, j'arrivais à Taroudant sous la pluie ;
je continuais sur Agadir, encore sous la pluie ; je repartais
sur Marrakech, encore sous la pluie. Cela semblait une bénédiction,
car d'habitude dans ces régions depuis quelques années,
l'on parle davantage de sécheresse. En sortant de Marrakech,
c'est alors que je compris que quelque chose changeait ; j'ai
dû changer de route car la grand route était coupée.
Au lieu d'arriver à Rabat en 4 heures, il me fallut plus
de 6 heures. Et en arrivant à la maison j'appris que Mohammedia
était sous l'eau, car un barrage avait été
lâché. La raffinerie de pétrole était
en incendie, car les machines n'avaient pas pu être arrêtées
à temps, notre église et une école que nous
avons à côté, ainsi que tout le quartier était
sous deux mètres d'eau. Mais heureusement que les enfants
avaient pu être évacués quelques heures auparavant
grâce à toutes les écoles de la ville qui
avaient mis leurs moyens de transport à notre disposition.
J'allais voir les dégâts ; assez impressionnant de
voir ce que peut faire l'eau, sa puissance de destruction, alors
que tellement nous la désirons comme force de vie. Il nous
fallut évacuer les religieuses en bateau, et je dus prendre
les grands moyens pour aller voir de près. Une fois que
le soleil est réapparu, il nous fallut constater les dégâts,
mais surtout je m'émerveillais de voir l'école redevenue
une fourmilière ; ce n'étaient pas les enfants ,
mais les parents qui nettoyaient tout ce qui pouvait être
sauvé. Ils devaient être au moins une centaine..
Au cur de cette détresse, un signe " énorme
" de solidarité ; un signe " énorme "
de dialogue, non pas à partir de grandes envolées
intellectuelles, mais en faisant quelque chose ensemble. N'est-ce
pas un beau cadeau de Noël !
D'ici quinze jours, j'espère pouvoir venir célébrer
la messe de minuit dans l'Eglise qui aura retrouvé sa place
de lieu de prière. Je voudrai en faire un symbole. La "
cathédrale " peut bien se transporter de temps en
temps, en d'autres lieux, pour signifier la catholicité
de notre Eglise.
Comme vous le voyez dans les journaux, nous sommes de plus en
plus devant un problème qu'une nation seule ne peut résoudre
: celui de la migration. Plus de la moitié des jeunes marocains
n'ont qu'une idée en tête, gagner l'Europe par tous
les moyens ; s'ils sont repris par les gardes côtes espagnols,
ils repartiront par un autre côté. Cela devient de
plus en plus flagrant ; et ce ne sont pas que les pauvres qui
font ce raisonnement, ce sont beaucoup de diplômés
chômeurs.
Mais en même temps, notre pays devient de plus en plus un
couloir de migration de toute l'Afrique ; et même les étudiants
que nous accompagnons deviennent pour beaucoup des migrants potentiels.
Et il nous faut être tout petit en essayant de réfléchir
avec eux. Il y a quelques temps, à Errachidia, je réfléchissais
avec une vingtaine d'étudiants subsahariens chrétiens
sur leur avenir. Pour la majorité d'entre eux, ils ne pensaient
que monter un peu plus au nord. Et à la fin de la réflexion,
l'un des plus jeunes me dit tout simplement " si vous étiez
à notre place, que feriez-vous ? ". Je ne sais trop,
lorsque je vois tout ce qui se passe de l'autre côté
du Sahara.
En voyant ces situations, vous comprendrez que résonne
de plus en plus ces mots de paix, justice et pardon.
Ainsi je continue à découvrir de plus en plus mon
" métier " d'évêque. Il devient
de plus en plus prenant, mais en même temps de plus en plus
passionnant. Rencontrer des personnes de tous les horizons culturels
et sociaux force à avoir un cur toujours ouvert.
Rencontrer de plus en plus l'islam, dans sa réalité
d'aujourd'hui, est une invitation à être de plus
en plus en réceptivité, en échange, en dialogue,
en " faire des choses ensemble " ; à être
de plus en plus dans un climat de confiance. Si la confiance venait
à disparaître, si la peur commençait à
nous envahir, nous n'aurions plus notre place ici. N'est-ce pas
par là que doit passer la " tendresse de Dieu "
Ainsi c'est avec un regard toujours plus neuf que je nous invite
à accueillir cette année qui continuera à
être riche de ce que nous en ferons.
Fraternellement dans le Cur du Christ
Vincent Landel s.c.j., Archevêque de Rabat.
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