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Pour les plus petits
A qui profite la manne du pétrole?
L'économie de notre pays repose, aujourd'hui, sur le pétrolc. 72 % des recettes fiscales et 92 % des recettes d'exportation (cf. Stratégie d'appui de la Banque mondiale en République du Congo). Non seulement le pétrole n'est pas éternel, mais sa gestion n'est pas transparente.

Dans Parole d'évêque intitulée : " Le Congo a faim et soif de paix ", n. 14, de 1988, publiée a Kinkala, déjà, nous nous étions interrogés au sujet du pétrolc, en ces termes: " Notre pays a de nombreuses possibilités de développement. Comment comprendre que pendant trois décennies, la régularité des découvertes et inaugurations des puits de pétrole, toujours plus importantes, ne soit accompagnée d'un quelconque signe visible de transformation de la situation de notre population ? Notre pétrole doit étre un instrument de la vie et non de la mort pour notre peuple ".
Plus réceminent, encore, en mai 2001, dans Parole d'évêque: " Dialogue, vérité, justice, chemin de paix ", n. 16, nous déclarions: " Notre pays a la gráce d'étre particulièrement beni de Dieu, qui l'a comblé de richesses : terre, eau, pétrole, bois ... ressources humaines. Ces richesses ont été données par Dieu pour nous tous. Tout dirigeant porte, ici, une lourde et délicate responsabilité envers tout le peuple congolais: responsabilité d'une gestion transparente, responsabilité d'une justice sociale, il n'y a pas de paix durable sans une bonne gestion du revenu national, sans emplois pour les jeunes, sans infrastructures essentielles : écoles, hôpitaux, routes pouvant désenclaver nos capitales régionales. Le développernent et la paix ne seront jamais possibles avec la croissance d'inégalités scandaleuses entre ceux qui ont et qui accumulent davantage, et la masse de ceux qui n'ont rien ".
Aujourd'hui, le Congo, notre pays, vient de renouer avee le processus démocratique. Nous nous adressons, non seulment aux chrétiens catholiques, mais aussi et surtout, au President élu, aux nouveaux parlementaires, aux operateurs économiques, aux compagnies petrolières et nous sollicitons la solidarité ecclesiale et internationale.


A CE QUE L'ÉGLISE DEMANDE

Dans la noble mission qui nous revient, nous nous permettons d'interpeller le Chef de l'État élu et les nouveaux parlamentaires qui ont la responsabilité de la gestion des affaires publiques. Pour une gestion efficace du bien commun, en nous inspirant de l'expérience du Tchad, une Loi dévrait voir le jour. Elle porterait :
1 sur la répartition des revenus pétroliers
2 sur la création d'un Comité de controle des representants dc l'État, de l'Église et du reste de la société civile
3) sur l'ouverture des comptes spéciaux au Trésor Public ainsi que dans les institutions financieres internationales;
4) sur louverture d'un dialogue entre le gouvernement, les compagnies pétrolières et la société civile sur la question de la dette du Congo. Cette Loi fixerait les pourcentages de répartition pour l'État central et les régions, sans oublier les investissements et les infràstructures prioritaires.
De méme qu'elle prévoirait la publication réguliere des ventes et des activités financières de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC). Elle devrait aussi prévoir un pourcentage à épargner dans une institution financière pour nos générations futures, à l'instar de ce qui se fait en Norvège et dont l'épargne ne serait disponible qu'après épuisement de la production pétrolière du pays.

B MISSION ÉVANGÉLISATRICE DE ÉGLISE

l. Fondements scrípturaires

Nous ne, ponvons comprendre la mission de I'Église qu'en nous interrogeant fondamentalment sur le vrai visage de Dieu. Qui est notre Dieu ?
1.1. Un Dieu libérateur
L'Ecriture nous révèle l'image d'un Dieu qui prend la parole pour dénoncer l'humiliation, l'esclavage, l'oppression de son peuple (Ex 3, 7 10; Dt 6, 20 25 ; 26, 4 9, Am 3, 12). Ainsi, Jésus se revélera comme Libérateur de son peuple.
L'annonce de l'Evangile est libératrice, créatrice des temps nouveaux et met l'homme en route avec d'autres. Dieu est entré dans l'histoire pour nous envoyer libérer son peuple, pour écrire l'histoire avec nous. Il est venu annoncer la Bonne Nouvelle (Lc 4, 18 19). C'est aujourd'hui que nous avons à humaniser cctte terre. L'histoire a un sens et nous pouvons en être tous acteurs et ouvriers (Ap 21, 4).

1.2. Le Dieu de l'alliance
Dieu appelle les Hébreux libérés de l'ecsclavage à devenir son peuple. Il fait appel a sa responsabilité. Il reconnait sa dignité et il en fait son partenaire. La longue histoire d'Israè1, jalonnée de guerres et de violances nous apprend a ne jamais désespérer de l'homme. Sans cesse, il doit être appellé à se libérer de l'esclavage pour dcvcnir Peuple de Dieu. Ce peuple, pour vivre l'alliance, a besoin d'un code qui lui enseigne:
1) Le respect dc la vie: " Tu ne tueras pas " (Di 5, 17)
2) Le respect des biens d'autrui: " Tu ne voleras pas " (Dt 5, 19)
3) Le respect de la vérité : " Tu ne mentiras pas " (Dt 5, 20)
4) Le respect des plus faibles (l'orphelin, la veuve et l'étranger) . " qui opprime le faible, outrage son Créateur, mais qui a pitié du pauvre, l'honore " (Pr 14, 31).
Jésus lui méme est le Mediateur de la nouvelle alliance. Il s'identifie à toute personne humaine, à tous ceux et toutes celles dont les droits fondamentaux ne sont pas respectés. La rencontre avec Dieu se joue dans la rencontre avec les affamés, les assoiffés, les malades, les étrangers, les prisonniers. Tout homme humilié, bafoué, réfugié, déplacé, exploité, torturé, est un fils de Dieu, mieux le fils de Dieu. Y a t il rnotivation plus urgente pour défendre les droits de l'homme ?

1.3. Le Dieu des pauvres
Dans la Bible, retentit le cri des pauvres, Dieu l'entend. Les pauvres, ce sont les petites gens sans ressources, mais surtout sans recours ni défense devant le riche ou le puissant. Jésus est toujours aux cótés des pauvres. " Lui qui est de condition divine... Il est dépouillé, prenant la condition de serviteur " (Th 2, 6 7).
Jésus meurt pour témoigner du sérieux avec lequel on doit respecter autrui et libérer le faible. La croix de Jésus est Prophétie. La Parole de Dieu ne nous laisse pas au repos. Elle est lumière, force, incitation à aller toujours plus loin pour défendre la dignité de cet homme, cette femme, cet enfant... cette humanité qui a du prix aux yeux de Dieu (cf. Ps 8, 4).

C LA TRADITION VIVANTE DE l'ÉGLISE

" Le combat pour la justice et la participation à la transformation du monde nous apparaissent pleinement comme une dimension constitutive de la predication de l'Evangile qui est la mission de 1'Église " (Synode des évéques de 1971). Soulignons quelques critères biens connus:
1. La destination universelle des biens de la terre : l'Église enseigne que les biens de la terre sont destinés à tous. Ils n'appartiennent pas seulement à une minorité qui peut les accaparer, au détriment de la majorité : " Dieu a destiné la terre et tout ce qu'elle contient à l'usage de tous les hommes. C'est pourquoi l'homme, dans 1'usage qu'il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu'il possiède légitimement comme n'appartenant qu'à lui, mais les regarder aussi comme communes, en ce sens qu'elles puissent profiter, non seulement à lui, mais aussi aux autres "(Gaudium et spes, 69).
2. L'option préférentielle pour les pauvres l'Église entend le cri des pauvres et se fait l'interprète de leur détresse. Elle veut défendre la cause des pauvres, en dénonçant les injustices, les inégalités entre riches et pauvres (cf. Conférence de Medellin, en Colombie, 1988): " Oui, la préférence pour les pauvres est une préférence chrétienne. C'est la préfércnce qui exprime la sollicitude du Christ venu proclamer un message de salut aux pauvres, car les pauvres sont, sans conteste, aimés de Dieu et c'est Dieu qui garantit leurs droits. L'èglise proclame sa préférence pour les pauvres, à l'intérieur méme de la totalité de sa mission d'évangélisation qui s'adresse à tous les hommes " jean Paul Il aux Philippines, en 1981) (DC 1981, n. 1804, p. 251 283. NDI R).
3. La solidarité: la solidarité n'est pas neutre. Elle est de nature éthique. Elle apparait alors comme un antidote qui secrète et fait peser l'histoire, non plus sur le désir exclusif du profit, mais l'esprit de partage, non plus la soif du pouvoir dans le but d'imposer aux autres sa volonté, mais la mise en ceuvre des moyens aptes à assurer à tous un bien étre social. Le Pape Jean Paul II définit la solidarité, dans son Encyclique sociale Sollicitudo rei socialis (La sollicitude de l'Eglise pour la question sociale), comme " le fait que les hommes ct les femmes, en diverses parties du monde, ressentent, comme les concernant personnellement, les injustices et les violations des droits de l'homme commises dans les pays lointains où ils n'iront sans doute jamais ". (Sollicitudo rei socialis 30 decciribre 1987) (DG 1988, n. 1957, p. 233 256), septième Encyc1yclique de Jean Paul II, tout comme l'Encyclique Populorim Progressio de Paul VI (DC 1967, n. 1492, col. 673 703), dont elle marque le vingtième anniversaire, présentent cette nouveauté elles s'adressent, non seulement aux chrétiens, mais à tous les hommes de bonne volonté, pour souligner que le développement est un problème moral. En effet. selon le Pape Paul VI, d'agréable mémoire, la notion de solidarité est liée à celle du développement puisque le développement intégral de l'homme ne peut aller sans développernent solidaire de l'humanité (Populorum progressio, 43).

D LES RAISONS
SOCIO ÉCONOMIQUES

Aujourd'hui, notre pays est le troisième producteur de pétrole d'Afrique noire, après le Nigeria et l'Angola, avec une production estimée à13 millions de tonnes par an, en 2000, soit 265 000 barils par jour, selon certaines sources dignes de foi.
Parce qu'un certain nombre de maux dont souffre notre pays découle de la mauvaise gestion des revenus pétroliers, des enquétes ont été menées un peu partout. Nous pouvons rappeler que la Conférence Nationale Souveraine de 1991 avait consacré beaucoup de temps à la question, tout comme la dernière campagne électorale présidentielle. LAssemblée nationale française, dans le souci d'informer un large public, a rédigé un important rapport sur le róle des compagnies pétrolières dans la politique internationale et leur impact social ct environnemental. La mauvaise gestion des revenus pétroliers entraine les maux survants:
l'inégalité, l'injustice, les guerres et la pauvreté 1
la pollution de l'environement physique et humain (maladie) ;
la mentalité rentière, source de négligence des secteurs vitaux de l'économie : péche, agriculture, élevage, tourisme
la dette publique, grand obstacle à la reconstruetion et au développerrient. Fin 1999, la dette publique totale était de 5,4 milliards de dollars, soit 2 000 $US par habitant dont 80 % de dette extérieure.

Les souffrances, les guerres, la misère, le manque d'infrastructures, les violences et les pillages ont gravement augmenté la pauvreté de nos populations: 70 % de la population vivent en dessous du seuil de la pauvreté. Le chômage concerne plus de 60 % la population active et en appelle à une responsabilité collective. Il est du devoir de l'Etat d'assurer une société plus juste et fraternelle et un minimum vital pour tous. Ceci est de l'ordre du possible.

E RAISONS ÉTHIQUES

Certes, l'Afrique traverse beaucoup de mutations sociales, mais l'aspiration à la paix devient, de plus en plus, prononcée. Cette décennie de la culture de paix, décrétée par les Nations Unies, rejojnt le projet de Dieu (cf. Ps 8 et Gn). La justice sociale s'impose. Le dévelopement, dit le Pape Paul VI est le nouveau nom de la paix (cf. Populorum progressio). Notre motivation est l'attente et l'impatiente du royaume qui nous a été promis et l'appel que nous avons reçu d'en rendre témoignage.
La Déclaration universelle des droits de l'homme nous enseigne, dans son article 25 : ,< Toute personne a droit a un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien être et celui de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux, ai ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté ".

F - APPEL Á LA SOCIÉTÉ CIVILE NATIONALE

Depuis quelques années, plusieurs associations et organisations non gouvernementales ont pris conscience et se sont engagées auprés des populations pour les aider à se prendre en charge.pour leur survie. Ainsi, conscients de ce rôle de plus en plus important, nous les invitons à plus de responsabilité pour sauver notre Maison commune, le Congo.


G - APPEL Á LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

Notre pays vient de renouver avec le processus démocratique et veut, aujourd'hui,ti, consolider la paix. Il n'y a pas de paix sans justice sociale. Nous croyons que la paix ne peut se construire sans une assistance de la communauté internationale, des institutions financières internationales et des multinationales travaillant dans notre pays.
Nous sollicitons la coopération des istitutions financières internationales (Fond monétaire international [FM1] et Banque mondiale) pour nous accorder une reconversion de notre dette en investissements sociaux.
Nous demandons que le gouvernement congolais puisse s'engager dans l'analyse des solutions proposées dans des délais meilleurs. Ce serait non seulement répondre aux attentes du peuple, mais également faire preuve d'un éngagement sul la voie des réformes attendues par nos partenaires financiers.

H APPEL Á LA SOLIDARITÉ ECCLÉSIALE

Notre cri s'adresse aux Conférences épiscopales soeurs de l'Union européenne, specialement de la France, de l'Italie, de la Norvège, ainsi que la Conférence des Églises d'Europe et au Conseil pontifical " Justice et Paix " a Rome. Nous croyons qu'ils pèseront de tout leur poids sur la compagnie Totalfina Elf, afin que la dette du pétrole soit revue et la transparence exigée.
Á l'Église des États Unis d'Amérique, suite à la Déclaration de son épiscopat sur l'Afrique, nous lançons un appel pour qu'i1s soient nos interlocuteurs auprès de l'État américain et des institutions financières internationales, nottament du FMI et la Banque Mondiale, afin que le cri du Congo trouve un aboutissement heureux sur les problèmes de la dette, de la transparence et sur les conditionnalités législatives d'une Loi sur les recettes pétrolières.
Ainsi, le pétrole sera un combustible, non pour la mort, la dette, la malédiction, la violence, la dictature, la guerre civile, mais pour le progrès et le bien être des populations congolaises et d'Afrique.

Brazzaville, le 10 juin 2002

LES ÉVÊQUES DU CONGO BRAZZAVILLE

 
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