|
APPEL DES CONFESSIONS RELIGIEUSES MEMBRES
DU COLLECTIF DE LA SOCIETE CIVILE POUR LA PAIX EN COTE D'IVOIRE
|
Frères et soeurs.
Depuis plus de trois mois, notre pays, la Côte d'Ivoire,
est en guerre contre elle même, avec des implications, extérieures.
Elle brûle, elle saigne. Les morts, les blessés,
les disparus ne se comptent plus. Les survivants sont en fuite,
cachés en brousse, dans les campements, entassés
dans des maisons, affamés, malades, manquant de tout, exposés
à tout. Un grand malheur s'est abattu sur notre pays.
Voilà pourquoi, nous tous, responsables des différentes
confessions religieuses présentes en Côte d'Ivoire,
prenons la parole, pour vous appeler, tous ensemble, dans une
démarche de repentance, de conversion, pour le salut de
notre pays. Personne ne sauvera ce pays à notre place.
Dieu a mis son sort et son avenir entre nos mains.
Les négociations entreprises dès les premiers jours
se poursuivent sur plusieurs fronts. Et la situation perdure,
dangereuse. Car, chaque jour qui passe nous mène vers une
catastrophe humanitaire, économique, nationale, sous-régionale.
Et, cette tragédie, ces vies détruites, ces cris
de douleur, de détresse nous interpellent et nous appellent
à la raison.
Voulons nous, frères et soeurs, devant Dieu et devant
l'histoire, prendre la responsabilité de détruire
la Côte d'Ivoìre? de la faire mourir? Devant Dieu
et devant notre conscience, voulons nous détruire ou construire
la Côte d'Ivoire ? Voulons nous le bonheur ou le malheur
de ce pays ?
Pourquoi nous battre entre nous ? Pourquoi tirer sur nos propres
frères et soeurs, parents, amis et alliés ? Pourquoi
détruire nos propres biens, notre propre avenir ? Pourquoi
nous engager de la sorte sur le chemin de notre propre suicide
collectif ? Pourquoi ?
Dans cette guerre, personne n'est gagnant. Nous sommes tous perdants.
Frères et soeurs, l'heure est grave. Nous le savons, personne
d'entre nous, de part et d'autre, ne veut détruire la Côte
d'Ivoire; personne ne cherche le malheur de ce pays. Nous voulons,
et nous voulons tous, son bonheur. Cette escalade de violence,
de guerre ne nous mène à rien, sinon à notre
propre ruine.
Alors, il nous faut nous ressaisir et humblement, chercher ensemble
les vraies voies pour aboutir à la paix durable. Cette
paix viendra, elle reviendra en Côte d'Ivoire a la bonne
volonté, à la détermination de chacun à
son niveau, de travailier, de contribuer à sa restauration.
Dans ce sens nous Chefs des différentes confessions religieuses,
d'une voix unie et commune, d'un seul coeur, nous voulons affirmer,
devant Dieu et à la face du monde, qu'il n'existe pas en
Côte d'Ivoire une guerre entre confessions religieuses,
et plus précisément entre chrétiens et musulmans.
Depuis des décennìes nous vivons une heureuse convivialité.
Il y a, sans doute et nous le dénonçons et le condamnons
ensemble et publiquement, une utilisation malhonnête et
dangeurese de la religion à des fins politiciennes.
Dans le sens de la recherche de la paix, qui doit commencer par
nous mêmes d'abord, nous, les chefs des différentes
confessions religieuses présentes en Côte d'Ivoire,
vous appelons tous, chrétiens, musulmans, fidèles
des religions traditionnelles, bouddhistes, adeptes de la Foi
Baha'i, etc..., hommes et femmes de bonne volonté, à
nous remettre en cause, a faire notre examen de conscience, devant
Dieu, humblement et en toute vérité.
Nous vous invitons à reconnaître, chacun à
sa place, nos erreurs, notre part de responsabilité dans
ce qui nous arrive et à prendre des dispositions pour y
mettre fin définitivement et sans tarder. Dieu nous regarde.
En effet, ce qui nous arrive n'est pas le fruit du hasard. C'est
en partie la conséquence de nos légèretés,
de nos complicités, de la culture du laisser aller, du
mensonge, de la corruption, de l'impunité, du favoritisme,
du tribalisme, du désordre, de l'irresponsabilité,
du culte de l'argent, de la réussite facile, des honneurs,
du pouvoir coûte que coûte, des calculs pervers et
de l'opportunisme que nous avons entretenus des décennies
durant, et que nous entretenons encore.
Il nous faut le reconnaître humblement. Il nous faut ensemble,
le regretter, nous repentir et prendre la ferme résolution
de ne plus commettre ces erreurs, ces fautes et nous engager à
changer positivement. Ne prenons pas ces paroles à la légère.
Ne prenons pas ces paroles à la légère, car
le retour à la paix en Cóte d'Ivoire en dépend.
Les grands hommes et les peuples nobles sont, non pas ceux qui
par orgueil, par vanìté, s'entêtent dans leurs
erreurs et égarements et so détruisent eux mémes,
mais plutôt ceux qui, humblement, savent reconnaître
leurs erreurs, les corrigent à temps et sont toujours prêts
à des compromis justes, intelligents, dignes. Ce sursaut
d'intelligence et de sagesse est la marque des grands peuples
et la garantie de leur avenir.
Pour favoriser et soutenir cette démarche, nous vous invitons
à vivre ensemble, sur toute l'étendue du territoire,
trois jours, consécutifs de jeûne et de prière
dans les églises, les mosquées, et autres lìeux
de culte (lundì 6, mardi 7 et mercredi 8 janvier 2003),
le tout culminant, le quatrième jour jeudi 9 janvier 2003),
par une célébration commune pour la réconciliation
et la paix en Côte d'Ivoire ai Palais des Sports.
Au point où nous en sommes, c'est Dieu seul qui est et
demeure notre unique secours et notre ultime recours. Il nous
faut nous retrouver autour de Lui. Il est le Dieu d'Abraham, le
Dieu de la paix., le Dieu de l'impossible.
C'est Lui qui nous permettra de parler franchement, courageusement
de ce qui ne marche pas, entre nous et qui nous a conduits à
cette tragédie nationale. C'est Lui qui nous rendra capables
de reconnaître les injustices, les torts causés,
les fautes individuelles et collectives, de prendre l'engagement
de réparer ces fautes, de corriger nos erreurs, de changer
notre manière de penser, d'agir les uns vis à vis
des autres. C'est Lui qui nous permettra de nous tourner davantage
vers les valeurs morales, spirituelles, et de donner ainsi à
la Côte d!'Ivoire une nouvelle chance, un nouveau depart
pour un avenir sûr, fondé sur la culture de la vérité,
de la justice, de la responsabilité, de l'amour du prochain,
l'amour de la patrie.
C'est lui Dieu qui, par son Esprit d'unité, guérira
nos coeurs blessés, et nous rendra capables de nous tendre
la main, de nous refaire confiance, de nous remobiliser du nord
au sud, de l'est à l'ouest, pour bâtir ensemble une
Côte d'Ivoire plus unie, plus solide, plus vigilante, plus
fidèle à sa mission de terre d'accueil, de prospérité
partagée et d'espérance.
Ce beau pays est le nôtre. Dieu nous l'a donné en
héritage. Nous portons la responsabilité de son
destin et celle du devenir de tous ceux qui l'habitent. Il nous
faut le sauver. C'est grâce à l'effort, au sacrifice,
au bon sens, à la sagesse, à la bonne volonté
de chacun de nous que nous éviterons l'abîme vers
lequel nous glissons et que cette terre d'ivoire sera bénie
pour tous.
Que Dieu nous y aide et qu'il bénisse la Côte d'Ivoire
dans l'unité, la paix et la vraie fraternité.
A toutes et à tous Bonne, sainte et heureuse année.
Abidjan le 2 janvier 2003
|