1. SITUATION GENERALE
La situation nutritionnelle et alimentaire
Selon la Cellule crise alimentaire relevant du Premier ministre,
à la date du 25 août, la situation alimentaire reste
encore préoccupante pour 2 700 000 nigériens. Le
marché des céréales n’est pas encore
stable. Le comité souhaite la poursuite de la distribution
gratuite des vivres dans certaines zones. Malgré la situation
de la pluviométrie qui parait bonne, quelques 1905 villages
agricoles pourraient être déficitaires .
Lors d’une conférence de presse tenue à Niamey
le vendredi 27 août, le vice-directeur exécutif du
PAM M. Jean-Jacques GRAISSE a dit que sa structure a apporté
une aide alimentaire à 230 000 personnes. Pour ce qui est
des aliments thérapeutiques pour les enfants, un chargement
de 1000 tonnes de farines enrichies est également arrivé
au cours du mois d’août pour répondre aux besoins
immédiats des enfants malnutris. Par ailleurs, le PAM envisage
de suspendre toute livraison de nourriture début octobre
afin de ne pas perturber les prix sur le marché .
Situation sanitaire
L’impact sanitaire de la crise alimentaire en cours au Niger
a été certainement sous-estimé. La majeure
partie des interventions humanitaires se concentre sur la provision
d’aliments, occultant les risques sanitaires liés
à la malnutrition . Les maladies courantes en cette saison
sont :
- Le paludisme. Les groupes les plus vulnérables sont les
femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans. Le total cumulé
des cas pour les premiers 6 mois de 2005 est de 224 221 cas dont
327 décès.
- Le choléra. A la date de 21 août 2005, 99 cas et
10 décès ont été notifiés.
- La méningite. De la semaine 1 à la semaine 30
de 2005, 1 036 cas dont 115 décès ont été
notifié par les formations sanitaires.
- La rougeole. En 2005, les régions de Zinder ont enregistrés
706 cas (5 décès) ; Maradi 516 cas (3 décès)
; Diffa 360 cas (2 décès).
En ce qui concerne les centres de récupération
nutritionnelle, on en dénombre 760 sur l’ensemble
du territoire .
Situation phytosanitaire générale
- Présence d’individus isolés de Criquet pèlerin
en zone pastorale ;
- Augmentation des superficies infestées par les insectes
floricoles du mil dans toute la bande agricole sud du pays ;
- Présence de la chenille mineuse de l’épi
de mil dans les régions de Zinder, Dosso et Tillabéri
;
- Persistance des attaques de cicadelles sur sorgho dans les vallées
de la région de Tahoua ;
- Eclosions de sauteriaux dans les départements de Diffa,
Mayahi, Maïné Soroa et Tanout ;
- Activités d’oiseaux granivores sur mil en grenaison
dans toute la zone agricole sud du pays .
2. LA REPONSE DE CARITAS DEVELOPPEMENT NIGER CADEV
Des rencontres d’évaluation
Une séance de travail a réuni les responsables de
l’aide d’urgence des deux diocèses. Mgr Ambroise
OUEDRAOGO, Mgr Michel CARTATEGUY et les membres du comité
ont eu une séance de travail de deux jours autours des
différentes actions menés au cours de la présente
campagne d’aide. Ils ont abordés les questions liées
au prochain programme de réhabilitation. Cette réunion
de travail a permis de faire le point des difficultés que
vivent les agents pour l’exécution du programme et
les différentes rémédiations à y apporter.
Rapport du Dr Krista Kitz sur la situation de la malnutrition
Après plus de deux semaines de séjour dans notre
pays, le Dr Krista Kitz pédiatre et M. Adamou Agmaraki,
responsable Santé auprès de la CADEV ont fait la
tournée des centres de récupération nutritionnelle
mise en place dans le cadre de la crise alimentaire. Les constats
sur le terrain sont présentés dans le tableau suivant
:
| Lieu |
Activités |
Malnutrition
par semaine |
Malnutrition
modérée |
Malnutrition
sévère |
Malnutrition
(totale) par mois |
| Saga |
Crenam,
Crenas, Creni, DRF |
150 |
130 |
20 |
600 |
| Bermo |
Crenam,
Crenas, DRF |
25 |
20 |
5 |
100 |
| Karakara |
Crenam,
Crenas, DRF |
90 |
80 |
10 |
360 |
| Djaguindi |
Crenam,
Crenas DRF |
100 |
70 |
30 |
400 |
| Tchirozérine |
Crenam
Crenas, Creni, DRF |
110 |
83 |
27 |
440 |
| Dolbel |
Crenam
,Crenas, DRF |
100 |
80 |
20 |
400 |
| Maradi |
Crenam,
DRF |
75 |
60 |
15 |
300 |
| Arlit |
DRF |
75 |
65 |
10 |
300 |
| Agadez |
DRF |
50 |
40 |
10 |
200 |
| Tahoua |
DRF |
75 |
65 |
10 |
300 |
|
|
|
850 |
693 |
157 |
3400 |
Crenas = Centre de récupération nutritionnelle
ambulatoire (malnutrition sévère)
Crenam = Centre de récupération nutritionnelle ambulatoire
(malnutrition modérée)
Creni = Centre de récupération nutritionnelle intensif
(malnutrition sévère + complications médicales)
DRF = Distribution de la Ration Familiale (une fois par mois avec
50 kg de céréales, 10 l d’huile, 25 kg d’unimix
au maman qui ont des enfants malnutris)
Il est important de souligner que les CSD d’Agadez, Tahoua
et Arlit ne feront que de la Distribution de la ration familiale
(DRF). A cet effet, ils ont reçu une formation leur permettant
de dépister les différents cas de malnutrition.
Ils sont déjà actifs.
Les centres sont approvisionnés en médicaments
par des lots fournis par l’Unicef et un complément
de la CADEV. Les quantités sont importantes et permettent
de faire le traitement systématique chez les enfants malnutris.
L’Unicef nous a fourni du lait F100, F75, du plumpy nut,
de l’unimix et d’autres équipements (balances,
toises…). La CADEV a pris en charge l’achat de céréales
pour la ration de charge, le matériel pour la préparation
du lait, la confection des hangars et le recrutement de ressources
humaines compétentes. En perspective, l’achat de
motos pour renforcer le dépistage, l’information
et l’éducation sur les questions de nutrition.
Les recommandations à l’issue de la tournée
sont les suivantes :
- Renforcement logistique ;
- Amélioration du suivi et de la collecte des données
;
- Formation continue du personnel ;
- Poursuite de l’organisation des centres selon les normes
standard de l’OMS.
En marge du rapport, nous avons reçu une correspondance
de l’équipe du centre ambulatoire de Dolbel. Dans
ce rapport daté du 27 août, le médecin signale
qu’il y a beaucoup de cas de malnutrition à Dolbel
et environ. « Le premier jour nous avons été
envahi. Les jours suivants, nous avons décidé de
faire la consultation village par village et pour cela nous passons
un communiqué à la radio locale. Nous avons une
vingtaine de cas de malnutrition sévère. Pour ce
qui concerne la malnutrition modérée il y a déjà
200 enfants. Nous gardons les malnutris sévères
et les modérés, nous leur donnons des rendez-vous.
»
Réunion de travail CADEV et CRS Niger
Le 30 août, une réunion de travail a regroupé
les responsables du comité aide d’urgence de la CADEV
et ceux du CRS Niger. Après la présentation des
différents programmes de réhabilitation, les deux
partenaires ont pris rendez-vous en vue d’harmoniser les
programmes et identifier les actions communes, en plus de ce qui
se fait déjà et qu’ils pourront exécuter
ensemble.
Réunion de travail CADEV et PAM
Les Comités de Solidarité et de Développement
sont toujours actifs sur le terrain.
Dans les diocèses de Niamey et Maradi, les CSD et le PAM
commenceront une distribution massive de céréales.
Le tonnage prévu pour cette opération est d’environ
2 000 tonnes de céréales, de légumineuses
et d’huiles.
Le travail des CSD
Un diagnostic sur le terrain est en cours en vue du ciblage de
nouveaux bénéficiaires et l’identification
de nouveaux sites pour le Food for work et la distribution gratuite.
Déjà, 700 tonnes de vivres sont mobilisées
pour ces opérations dans les deux diocèses.
Dans la même dynamique, une enquête est menée
sur le terrain dans le but de l’identification des besoins
réels des communautés dans le cadre du programme
de réhabilitation que la CADEV mettra incessamment en place.
Dans le diocèse de Niamey, 3 zones sensibles verront l’implantation
imminente de sites de maraîchages (1ha par site) d’ici
à la fin de la semaine. Suivra la distribution de semence
pour l’exploitation des sites.
Notre SOA
Des partenaires ont commencé à annoncer leur participation
financière dans notre SOA révisé. Merci à
tous, merci pour l’élan de solidarité qui
se poursuit.
Le programme de réhabilitation
Après la crise alimentaire que le pays a vécue,
la CADEV prévoit un programme de réhabilitation
qui couvrira dans un premier temps 9 mois. L’élaboration
du programme se base sur les orientations définies par
les acteurs des CSD. Ces orientations tentent d’apporter
des réponses à 4 questions clés :
1. Comment anticiper sur une éventuelle situation de crise
alimentaire ?
2. Comment établir l’équilibre au niveau des
paysans pour développer le cycle normal de production agricole
ou animale ?
3. L’agriculture est orientée essentiellement vers
la production céréalière (sorgho, mil) qui
est tributaire d’une pluviométrie très aléatoire
et face à la situation de pauvreté et d’extrême
pauvreté des populations, quelles alternatives de productions
sont à développer ?
4. Que faut-il envisager face à la situation de malnutrition
des enfants aggravée par la crise alimentaire ?
Les orientations définies articulent les stratégies
et les initiatives à développer autour de 4 axes.
? Reconstitution des stocks de sécurité ;
o Renforcement des banques de céréales ;
o Mise en place d’un dispositif de sécurité
au niveau des CSD ;
o Développer des réflexes et des pratiques de bonne
gestion des récoltes.
? Recapitaliser les paysans ;
o Reconstitution du capital semencier ;
o Reconstitution du cheptel ;
o Gestion des ressources naturelles ;
? Palier aux limites d’une agriculture basée sur
la production céréalière et conditionnée
par une pluviométrie très aléatoire ;
o Diversification de la production ;
o Maîtrise de l’eau ;
o Développement des nouveaux créneaux de création
de richesses.
? Développer la prise en charge nutritionnelle des enfants
et des femmes.
o Renforcement des centres de récupération nutritionnelle
;
o Transformation des aliments.
Niamey le 1er septembre 2005
Pour la CADEV Niger
Gabriel COMLAN HOUNKPE