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" Vous serez mes témoins à Djibouti "
Lettre pastorale de Mgr Giorgio Bertin à la fin de l'Assemblée Ecclésiale de réflexion sur notre présence chrétienne en République de Djibouti
INTRODUCTION

1. Vous serez mes témoins à Djibouti (cf. Ac 1,8) a été le thème de notre réflexion pendant 15 mois. Pendant cette période, chers frères et sœurs, notre communauté catholique répandue sur le territoire de la République de Djibouti a essayé de réfléchir sur son identité, sur ce que signifie sa présence ici. En d'autres termes, comment peut-on vivre en tant que chrétiens qui ont reçu du Jésus ressuscité le mandat d'aller dans le monde entier pour être ses témoins, pour " proclamer l'Evangile à toute la création " (Mc 16,15) ? Nous avons participé à cette réflexion, chacun de manière différente et avec un engagement personnel très varié selon notre possibilité et notre volonté.
2. Nous avions commencé le 17 février 2002 avec ma lettre de convocation d'une " Assemblée Ecclésiale de réflexion sur notre présence chrétienne en République de Djibouti ". Le thème choisi a été " Vous serez mes témoins "(Ac 1,8). Nous avons voulu nous engager dans cette réflexion pour plusieurs raisons : plusieurs parmi vous en ressentaient le besoin ; c'était le début de mon ministère d'évêque ; la lettre du Pape, Novo Millennio Ineunte, nous invitait à " avancer au large "(Lc 5,4) et vers une plus grande fidélité à notre vocation d'être disciples du Christ ; le Synode Africain, qui s'était terminé avec la lettre du Pape Jean Paul II, Ecclesia in Africa, invitait toutes les Eglises en Afrique à poursuivre la démarche " synodale " initiée au début des années 1990.
3. Après la création d'un Secrétariat de l'Assemblée nous avons composé une prière et nous avons donné des suggestions de prière et de méditation afin que notre travail soit béni par Dieu et accompagné par son inspiration car nous étions convaincus que " si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs "(Ps 126).
4. Ensuite, nous avons distribué un " Questionnaire pour la consultation " afin que chacun des fidèles puisse exprimer ses convictions, ses joies, ses préoccupations et ses suggestions. Suite à la première Session de l'Assemblée Ecclésiale, tenue le 24.5.02, nous avons choisi 4 sous-thèmes pour aider les " Equipes Ecclésiales " à réfléchir ensemble. Cette réflexion était accompagnée par des textes issus de la Bible et du Magistère. Cette deuxième phase a duré de septembre 2002 à la fin de janvier 2003.
5. Les réflexions de la deuxième phase ont été recueillies dans un " Texte unifié " qui, au début de la troisième phase, en coïncidence avec le Carême, a été redistribué aux équipes ecclésiales pour des suggestions supplémentaires. La troisième phase s'est terminée avec la Session Finale de l'Assemblée Ecclésiale, le 16 mai dernier. Plusieurs d'entre nous, et quelques uns en particulier, ont beaucoup travaillé : merci à tous ceux qui se sont engagés.
6. Dans cette lettre pastorale, que je vous adresse, je voudrais vous offrir les fruits de ce travail afin qu'ils puissent être source de réflexion et d'engagement pour tous les fidèles catholiques qui se trouvent et se trouveront ici à Djibouti au moins pour quelques années. En effet, il faut reconnaître que, à part en petit noyau de permanents, la plus grand partie des catholiques, qui sont tous appelés à donner un témoignage de vie chrétienne à Djibouti, sont ici de passage : de quelques mois à deux ans. L'important n'est pas la durée de notre présence, mais le fait d'être conscients que, quelle que soit la raison pour laquelle nous nous trouvons ici, le Seigneur nous invite à être ses témoins, les témoins d'un Dieu fait homme, d'un Dieu qui a manifesté sa divinité non dans la toute-puissance, mais dans l'humilité de chaque jour, vécu dans le service à la vérité et dans l'amour envers tous.
7. C'est pour cette raison que j'adresse ces mots à tous ceux et celles qui se trouvent ici et qui se reconnaissent disciples du Christ et, malgré leurs faiblesses, veulent le suivre. Ces mots, recueillis dans cette lettre pastorale, ne couvrent pas tous les aspects de la vie chrétienne, ni toutes ses exigences. Ils ne prétendent pas se substituer à la Bible, au Catéchisme de l'Eglise Catholique, ou aux différents documents des Papes, du Saint-Siège, ou d'autres assemblées d'évêques. Ce serait trop demander à notre communauté ou à moi-même.
8. Non, ces pages veulent seulement souligner quelques aspects de notre vie chrétienne ici à Djibouti ; elles veulent nous aider à vivre en tant que communauté consciente d'avoir reçu une mission, la mission d'être du levain, du sel, et j'oserais dire même de la lumière, comme l'Evangile nous le rappelle (cf. Mt 13,33 ; 5,13-14). Ces pages voudraient nous encourager à approfondir notre foi, ou plutôt quelques exigences de notre foi, qui nous invite dans la quotidienneté de notre vie à partager avec les habitants de ce pays l'amour que le Seigneur nous a élargi, l'espérance qu'Il a mis dans nos cœurs, et la foi qu'Il nous a donnée sans notre mérite.
9. Chers frères et sœurs en Jésus, essayez de vivre et mettre en pratique les différentes suggestions que ce texte vous donne. Toute la vie chrétienne n'est pas là certainement : les indications contenues dans cette lettre sont souvent très pratiques, parfois ambitieuses, ailleurs limitées. Je le répète, c'est ce que notre communauté a su faire et que ma pauvreté a pu ramasser. C'est pour cette raison que je me rappelle très bien ce que le Pape Jean Paul II avait dit en septembre 1995 à Nairobi - j'étais présent- lors de la distribution de l'exhortation apostolique Ecclesia in Africa : " Le Synode africain est terminé : le synode commence ". Oui, notre Assemblée Ecclésiale de réflexion sur notre présence chrétienne en République de Djibouti est terminée, mais notre recherche d'être des témoins crédibles de Jésus Christ, chemin, vérité et vie de l'humanité, continue.
10. Je regroupe nos réflexions sur ce que signifie être " témoins de Jésus Christ à Djibouti " et les indications pratiques qui en découlent autour de quatre parties :
I Des témoins qui forment la famille de Dieu (notre vie chrétienne) ;
II. Des témoins animés par la prière (liturgie) ;
III. Des témoins en recherche d'unité (œcuménisme);
IV. Des témoins dans un pays musulman (dialogue interreligieux).
11. Les deux premières parties semblent se concentrer exclusivement sur notre vie à l'intérieur de la communauté catholique : il ne faut pas s'en étonner, parce qu'en réalité c'est notre vie telle qu'elle est vécue qui rend en premier le témoignage de notre foi ; notre vie fraternelle et de prière est en effet la première manière d'être des témoins crédibles du Christ, et la plus essentielle. Nous ne pouvons pas être des chrétiens en recherche d'unité avec d'autres chrétiens, et des hommes et femmes qui vivent et travaillent avec des hommes et femmes d'autres convictions religieuses, si nous ne sommes pas enracinés dans notre foi au Dieu révélé par Jésus Christ, une foi qui nous rassemble et qui nous rend membres de la famille de Dieu, comme nous l'a rappelé le Synode Africain (cf. EIA n. 63). C'est de notre communion avec Dieu et de l'unité de notre communauté que découle un engagement cohérent et efficace en faveur d'une société djiboutienne plus fraternelle, plus solidaire et plus ouverte.
12. Je vous invite donc à prendre du temps à lire cette lettre, à y réfléchir en petits groupes ou en communauté pour vous laisser inspirer, questionner ou au moins pour y trouver quelques indications pour une recherche plus approfondie de la volonté de Dieu. Cette lettre pourrait être méditée, surtout à partir de septembre prochain, au niveau des différentes structures existantes dans notre diocèse telle que le Conseil Presbytéral, le Conseil Paroissial de la Cathédrale, le Bureau de Caritas Djibouti, le Conseil de la Caritas Paroissiale de la Cathédrale, au niveau des communautés religieuses, au niveau des catéchistes, etc. Peut-être y a-t-il trop de suggestions sans un ordre hiérarchique cohérent : essayons pour le moment d'écouter toutes les richesses de ce partage de ces 15 mois de réflexion. Plus tard, nous pourrons identifier les éléments les plus importants, y réfléchir davantage et les développer.

I. DES TEMOINS QUI FORMENT LA FAMILLE DE DIEU
(NOTRE VIE CHRETIENNE)
A. Une seule famille unie dans la différence
Une communauté de communautés
13. Chers frères et sœurs, notre communauté à Djibouti est une communauté riche de sa diversité. C'est une communauté de communautés. Cette diversité est comparable aux membres qui forment un corps, le Corps du Christ (cf. 1 Co 12, 12). En conséquence, ces membres travaillent en unité, et leur diversité permet à cette petite Église de rendre un témoignage de ce qu'est l'Église universelle, corps dont Christ est la tête et nous tous les membres (cf. Ep. 1, 22). C'est cette richesse qui nous donne la possibilité de donner un témoignage fraternel, ouvert, respectueux et engagé dans tout ce qui est bien.
14. Notre unité trouve sa source dans la foi au Christ, et nous devons continuellement renouveler cette foi dans un contact personnel avec Lui, que nous rencontrons dans l'écoute de sa Parole et dans la participation à ses sacrements, surtout celui de l'Eucharistie dont vit l'Eglise, comme nous l'a rappelé la récente lettre du Pape (Ecclesia de Eucharestia vivit). C'est la relation unique de chacun au Christ qui nous permet de dépasser les problèmes raciaux, linguistiques et sociaux qui pourraient nous éloigner les uns des autres.
15. Avant d'appartenir à une communauté particulière (française, malgache, libanaise, somalienne, jeunes, militaires, franciscains etc.), chacun doit se sentir membre du Corps du Christ et donc membre d'une même famille, l'Eglise. Dans cette famille, chaque membre, avec ses charismes, doit se sentir acteur, une pierre vivante, pour " l'édification d'un édifice spirituel pour un sacerdoce saint, en vue d'offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ " (1 P 2,5).
16. Nous devons tous être convaincus de l'extraordinaire richesse de notre communauté chrétienne, qui nous stimule sur un chemin de construction d'une authentique " spiritualité de la Communion ". Diversité culturelle, ethnique, économique, mais aussi diversité dans la sensibilité ecclésiale sont pour nous des invitations d'ouverture à une réalité ecclésiale plus universelle. Nous recevons comme une grâce cette expérience en acceptant d'être bousculés dans nos " petites habitudes ecclésiales ". En conséquence, entre nous tous, doivent régner amour, ouverture, respect linguistique, social et culturel, et coopération.
17. Cette variété toutefois, à cause de notre humanité faible et marquée par le péché, égoïsme, fermeture, compétition, jalousie,… peut être source de tensions: tensions entre individus, entre différents groupes, entre laïcs, religieux / religieuses et prêtres. Certains parmi nous pourraient même paraître privilégiés face aux autres.
18. Pour surmonter toute tension et faire grandir notre communion, il faut continuellement redécouvrir la Parole de Dieu. C'est l'écoute de la Parole de Dieu qui fonde l'Eglise. Ainsi, la Parole de Dieu célébrée, lue, méditée, contemplée, vécue, est le ciment, la source qui nous invite à dépasser toutes nos différences. Tout renouveau dans l'Église passe par une écoute renouvelée de la Parole de Dieu.
Laïcs, religieux/ses et prêtres dans nos communautés
19. Les laïcs sont appelés à exercer pleinement leurs responsabilités de baptisés dans les domaines de la vie politique, sociale, culturelle, économique, militaire, etc., qui leur sont propres. " C'est un devoir pour les chrétiens d'exercer une influence sur le tissu social, pour transformer les mentalités et les structures de la société de telle sorte qu'elles reflètent mieux les desseins de Dieu sur la famille humaine […]. Pour les disciples authentiques du Christ, la foi, l'espérance et la charité ont leur influence sur le comportement dans toute activité, toute situation et toute responsabilité […]. Les chrétiens doivent être formés à vivre les implications sociales de l'Evangile de telle sorte que leur témoignage devienne un défi prophétique à tout ce qui nuit au vrai bien des hommes et des femmes d'Afrique, de même que de tous les autres continents " (EIA n. 54). Les laïcs sont aussi appelés à exercer leurs responsabilités au sein de la communauté chrétienne, en particulier dans les différentes structures d'Église, telles que les conseils, les mouvements, les équipes de préparation des célébrations, …
20. Pour développer la vocation propre aux laïcs, il est important que le sens de responsabilité des laïcs dans l'Eglise et dans la société soit enseigné dès le plus jeune age au catéchisme. Je partage avec vous la suggestion faite que des groupements de fidèles avec des buts précis soient favorisés : visiteurs des hôpitaux, visiteurs des prisons, conférence de Saint Vincent de Paul, Mouvements d'Action Catholique, confrérie de Marie, de Saint Gabriel, de Saint-Michel, tableaux vivants de scènes de la Bible, Focolari, etc.…toute en tenant compte du fait que nous sommes une très petite communauté et que toute initiative doit être développée dans l'harmonie du partage, de la fraternité et de l'unité.
21. Même si beaucoup d'entre vous ne sont à Djibouti que pour une période courte, il faudrait que votre participation à la vie de l'Église ne se limite pas à la seule présence à la Messe. Une plus grande responsabilité et un plus grand engagement de tous les fidèles, à tous les niveaux de notre communauté, est à rechercher : les " permanents " ont un rôle important de proposition à ce niveau.
22. Dans les différentes communautés, les prêtres et les religieux / religieuses sont spécialement appelés à donner un exemple de bâtisseurs d'unité. Que les prêtres en particulier soient plus près des paroissiens et toujours plus disponibles à leur écoute, surtout pour tout ce qui regarde leur ministère sacerdotal. Compte tenu de la petite taille de notre diocèse, les différents groupes ou communautés devraient rechercher et accueillir régulièrement la visite de l'évêque.
23. Nous appartenons tous à une même grande famille, la famille de Dieu, comme le Synode Africain nous l'a rappelé (cf. EIA n. 63). Cette famille est formée par chacun de nous, petit ou grand, pauvre ou riche, lettré ou analphabète, habitant du lieu ou étranger, permanent ou de passage. Essayons de trouver des moments de rencontre qui ne se limitent pas à la seule Messe du dimanche. En effet nous avons besoin d'apprendre les uns des autres et d'ouvrir nos cœurs comme frères et sœurs (cf. Rm 15, 5-7).
24. Les rencontres régulières favoriseront la connaissance mutuelle et l'amour entre nous. Mieux se connaître permet de s'entraider dans les difficultés. Nous avons besoin de trouver toujours des occasions pour nous parler, pour nous rencontrer et pour célébrer les dons que nous avons reçus. Je vous exhorte à vous ouvrir aux groupes et personnes plus défavorisés. Favorisons des moments de rencontre comme la préparation de la Messe, la préparation des chants, des moments de réflexion, des moments de prière, un pique-nique, une visite, etc.…
25. Les moments de fête sont des moments particuliers, où nous pouvons aussi resserrer les liens tissés entre nos communautés. Il pourrait y avoir une place pour les différentes cultures auxquelles nous appartenons (partage de la cuisine, d'histoires et de chants traditionnels sous forme de concert,…)..
B. Une famille accueillante et solidaire
Ouvrons-nous à notre prochain
26. Chers amis, puisque nous sommes tous frères et sœurs grâce au baptême, nous devons cultiver entre nous un esprit d'humilité et d'ouverture. Cette ouverture et cet accueil de l'autre tel qu'il est, y compris dans ses faiblesses, ou tel qu'il veut être, doivent être incorporés dans nos activités quotidiennes. Invitons l'autre à partager nos espoirs, nos joies, nos peines, notre foi, notre prière familiale… Soyons chaque jour des témoins que l'Evangile nous renouvelle. Parfois, un bonjour, un sourire suffisent à engendrer la confiance et l'ouverture de l'autre. Eveillons-nous au respect mutuel et cultivons l'intérêt et la curiosité pour la vie de nos frères.
27. Chacune de nos communautés, en tant que catholique, c'est-à-dire ouverte à l'universalité, ne peut pas se limiter à ses seuls membres, mais elle doit rester toujours ouverte à toutes les autres communautés (cf. Ga 3, 27-28). Je répète cela parce que j'ai noté que quelques groupes ou communautés sont trop enfermées sur elles-mêmes. Particulièrement, nous devons être sensibles aux plus démunis, afin que les fidèles qui se trouvent dans une situation de pauvreté spirituelle et matérielle puissent manifester leur état et besoin sans hésiter. A nous également de répondre avec un désir vif d'aider notre voisin quand il se trompe de chemin ou qu'il ne sait plus où aller, et d'ouvrir la route à ceux qui sont faibles, spécialement spirituellement.
Solidaires avec les pauvres
28. Notre communauté fraternelle est fondée sur la vie liturgique, et surtout l'Eucharistie. Cette communion liturgique doit s'épanouir en un engagement (cf. 1 Co 11,33) afin que notre vie entière soit une " liturgie ", c'est-à-dire un service à Dieu dans la louange et un service dans la solidarité à la communauté humaine qui nous entoure, même si nous sommes de passage.
29. En tant que frères et sœurs membres d'une famille solidaire (cf. Ac 2, 42-44), il nous faut considérer les différentes formes de pauvreté dans lesquelles beaucoup parmi nous vivent. Souvent, la pauvreté matérielle nous frappe en premier. D'un point de vue matériel, il y a clairement des groupes qui sont défavorisés. Mais la pauvreté n'est pas seulement matérielle. Il y a en effet une pauvreté spirituelle, qui nous touche tous, et par conséquent nous avons besoin de grandir dans la foi. Il y a une pauvreté intellectuelle. Il y a la pauvreté humaine de ceux qui ne savent pas partager leurs richesses matérielles, intellectuelles, sociales. Il y a une pauvreté affective, pour ceux qui sont loin de leurs proches ou de leur pays. Il y a la pauvreté des enfants non scolarisés, des malades, des sans papier, etc. .. Il faudrait un responsable dans chaque communauté ou groupe pour savoir qui est dans le besoin et comment il pourrait être aidé.
Des structures pour favoriser la solidarité
30. Plusieurs problèmes à propos de la solidarité entre nous sont difficiles à résoudre individuellement. Mais si nous les partageons en groupe, ils peuvent être plus facilement résolus. A ce propos, un beau proverbe éthiopien dit : " 50 citrons sont lourds à porter pour une personne, mais 50 personnes portant chacune un citron, c'est magnifique. " Essayons donc de porter les fardeaux les uns des autres (cf. Ga 6, 2), avec foi, courage et compréhension.
31. Au sein de notre Église à Djibouti, il est donc important de se doter des structures comme le Conseil Paroissial, la Caritas Paroissiale, un Conseil de Communauté… Il faudra donner à nos structures communautaires une plus grande représentativité et une plus grande consistance, pour favoriser une prise en charge plus active par tous de toutes les réalités de notre communauté diocésaine. Ces structures doivent nous permettre de mettre en place des projets d'entraide et d'envisager des solutions dans les cas d'urgence. A cet égard, le partage de l'information est très important pour identifier les familles les plus nécessiteuses et une plus grande transparence dans l'utilisation des fonds que nous recevons, surtout localement, est souhaitable.
32. Des actions concrètes peuvent être envisagées, telles que : accueil temporaire des réfugiés, partage d'un bol de riz, visite des malades, alphabétisation, actions de formation en faveur des sans-droits et des plus démunis pour être en mesure de trouver un travail, éventuellement au travers d'une association qui puisse fournir un emploi ponctuel, différentes formes de parrainage….
33. Au niveau paroissial, des activités pourraient être envisagées pour faire travailler ensemble les fidèles, et ainsi renforcer les liens et le sentiment d'appartenance à la même famille de Dieu. Ainsi, à l'occasion de grandes fêtes, leur préparation pourrait favoriser la cohésion entre nous.
Accueil et communication
34. Notre communauté diocésaine toute entière doit être plus accueillante, tant au niveau individuel que dans ses structures, notamment parce que la plupart d'entre nous sont à Djibouti pour un temps court ou limité. " N'oubliez pas l'hospitalité, car c'est grâce à elle que quelques-uns, à leur insu, hébergèrent des anges. " (He 3, 2).
35. Que pensez vous d'un registre, où chacun viendrait s'inscrire pour signifier son appartenance à la communauté, en donnant ses coordonnées et la durée prévue de sa présence à Djibouti. Nos communautés pourraient ainsi mieux accueillir les nouveaux arrivants. Un forum des groupes et mouvements pourrait être organisé en début d'année. En particulier, ceux qui viennent pour servir l'Église devront être présentés à la communauté chrétienne.
36. Une forme de partage et d'accueil est constituée par la communication, qui favorise le dialogue et la rencontre des autres et de l'Autre. Dans une ère de communication globale, nous voulons être en lien avec les Eglises de notre Conférence Episcopale (CELRA), et spécialement les Eglises qui, géographiquement, nous sont proches. A l'intérieur de notre communauté diocésaine, relativement petite, il ne faut pas que nous vivions à l'écart les uns des autres, souvent en ignorant ce qui se passe dans un groupe, leurs fêtes ou leurs activités. Pour la vie de notre communauté, il est important d'établir une bonne communication entre l'évêché et les différentes communautés chrétiennes réparties à Djibouti.
37. Parmi les moyens de communication pour faciliter le partage, nous avons des outils tels que La Caravane et Le Feuillet Diocésain : je vous invite à les lire. En particulier, pour La Caravane, il faudra la rendre plus accessible à tous, afin qu'elle devienne un instrument où nous pouvons partager nos problèmes, nos témoignages, nos espoirs, nos prières,… pour cela, chaque communauté pourrait avoir un correspondant pour La Caravane.
C. Une famille qui sait donner et recevoir le Pardon
Le don du Pardon
38. Dans chaque communauté humaine, et donc même à l'intérieur de la communauté chrétienne à Djibouti, nous vivons des tensions et des heurts : entre personnes, entre groupes, entre jeunes et adultes, entre religieux / religieuses, clergé et laïcs… " Un proverbe africain ne nous prévient-il pas que "deux calebasses placées sur une même surface d'eau finissent par se frotter"; et un autre : "même les jumeaux se querellent parfois". En somme, les heurts, les conflits ne manqueront jamais, même entre des personnes de bonne volonté " (CENP n. 87). Alors inspirons-nous de ces paroles de l'apôtre Paul : " Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d'humilité, de douceur, de patience ; supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement " (Col 3,12).
39. Le pardon favorise la vie ensemble et nous aide à nous rencontrer les uns les autres. C'est l'expérience du pardon reçu de Dieu qui nous donne le courage de pardonner aux autres et de recevoir leur pardon (cf. Mt 18, 21-35). " En exhortant ses disciples […], Jésus leur a ainsi rappelé leur devoir de pardonner. Ce devoir requiert l'effort quotidien de répondre aux blessures et offenses de toutes sortes par une attitude habituelle de pardon. A l'exemple du Père, le chrétien doit se caractériser par une attitude foncière de pardon ( cf. Lc 23, 34) " (CENP, n. 89). Soyons convaincus que le pardon est toujours une source de renouvellement et de croissance.
" Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font "
40. L'expérience de blessures, soit personnelles, soit collectives, est parfois difficile à oublier. En tant que disciples de Jésus, nous devons nous rappeler ses paroles sur la croix : " Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font " (Lc 23, 34) : ces paroles sont source de renouvellement et de paix
41. Un esprit de dialogue et d'humilité favorise la réconciliation. Il faut donc que nous essayions d'imiter le Fils de Dieu qui s'est abaissé jusqu'à devenir notre serviteur (cf. Ph 2, 3-8). Pour prévenir tout heurt ou conflit, il est important de connaître les autres et de ne pas constamment revenir sur les blessures du passé, tant personnelles que communautaires (" purification de la mémoire "). Le temps lui-même aide l'esprit à s'apaiser.
42. Il est important d'être le premier à pardonner, à demander pardon par des mots ou des gestes, et de ne pas attendre que l'autre fasse le premier pas. Cela demande de l'humilité. Mais il est aussi important de demander à qui est dans son tort de cesser ses injustices.
43. Chers parents, depuis l'enfance, il est important d'enseigner aux enfants ce qu'est le pardon, de leur apprendre à pardonner, et de leur apprendre aussi que pardonner demande un effort particulier, même pour les petites choses : si l'on ne pardonne pas les petits heurts de la vie de chaque jour, les jours passeront et l'on ne sera plus capable de pardonner les offenses plus grandes.
44. Souvenez-vous que dans la pratique du Sacrement du Pardon ou de la Réconciliation, nous avons une expérience du Pardon reçu de Dieu. Elle nous poussera " à pardonner à ceux qui nous ont offensés ". (Mt 6, 12) On peut même envisager des activités de réconciliation, une journée ou une célébration de la réconciliation, même si elle n'est pas suivie de la réception du Sacrement de la Réconciliation.
D. Formation dans la foi
Une foi, une espérance et un amour vivants
45. Nous tous, adultes, jeunes, enfants, religieux, religieuses, prêtres, laïcs, ne pouvons conserver notre foi comme un trésor sans vie, caché dans un trou, sous terre (cf. Mt 25,18) . Mais nous avons constamment le besoin de la renouveler en relation avec Dieu et au contact avec les différentes personnes que nous rencontrons, quelles que soient leurs convictions religieuses. Les circonstances de notre vie nous stimulent également pour avancer dans notre foi. Pour cela, nous avons besoin de nous ouvrir de plus en plus aux inspirations du Saint-Esprit dans tout événement de notre vie, de rester à son écoute et de grandir dans la louange qui nous permet de vivre toute expérience en Dieu, donc avec plus de foi, d'espérance et d'amour.
La Messe, premier lieu de formation
46. Chers frères et sœurs, je vous rappelle que la première formation dans la foi reste la participation à la Messe et surtout sa première partie, qui est l'écoute de la Parole de Dieu. Si possible, chacun est invité à lire la Parole de Dieu chez lui afin de mieux la goûter quand elle est ensuite proclamée en Eglise. Chers prêtres, veillez à bien préparer l'homélie, en rapport avec la vie quotidienne que nous menons, et davantage enracinée dans l'Écriture Sainte. L'homélie est une source de formation précieuse, et la plus ordinaire.
Se former par l'enseignement et le partage
47. Essayons de développer un programme de formation au niveau diocésain ou communautaire. " Le programme de formation doit inclure, en particulier, la formation des laïcs à jouer pleinement leur rôle d'animation chrétienne de l'ordre temporel (politique, culturel, économique, social), qui est une caractéristique de la vocation séculière du laïcat " (EIA n. 75-76). Le partage de ce que nous vivons, de nos doutes, de nos demandes, de nos déceptions, de nos espoirs, de nos joies, est aussi très important surtout si cela est illuminé par l'écoute de la Parole de Dieu (cf. 2 Tm 3, 16-17). A cet égard, il serait bon que chacun puisse posséder une Bible, ou au moins le Nouveau Testament, et en particulier l'Evangile.
48. Pour cela, il est essentiel de prévoir des temps et des moments de rencontre, où chacun peut approfondir sa foi et faire le lien avec sa vie. Pour approfondir notre formation dans la foi, il faudra organiser des séminaires de réflexion, des rencontres pour les jeunes, des rencontres pour les adultes, des journées de récollection. Voici quelques sujets que nous pourrions aborder : la liturgie et ses symboles, l'enseignement social de l'Eglise, quelques textes du Pape, paix et pardon, comment vivre avec l'Islam ?… Pourquoi ne pas profiter des personnalités de passage - nonce apostolique, évêque aux armées,…- pour organiser des rencontres ou des conférences.
Formation des enfants et des jeunes
49. La formation catéchétique ne fait que compléter la formation que chaque famille donne à ses enfants. En effet ce sont les parents qui sont les premiers annonciateurs de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ et c'est à travers la famille que le message de Jésus changera la société. N'oublions jamais qu'il faut trouver des moments de prière et de réflexion en famille pour grandir ensemble dans la foi, l'amour et l'espérance.
50. Pour la catéchèse des enfants, il faudra l'adapter au contexte en fonction des différents groupes, Cathédrale, Boulaos, Nativité, Arta, etc. L'information entre ces groupes devrait mieux circuler. Pour ne pas vivre " en frères séparés ", ces groupes pourraient se rassembler chaque trimestre pour une fête, par exemple.
51. Concernant les jeunes, dont la formation et l'accompagnement doivent être une priorité, il est important de trouver des moyens de rencontre afin qu'ils grandissent dans leur foi : il faut prévoir une formation continue après le catéchisme.
Catéchistes et services en Eglise
52. Pour mieux développer la vocation des laïcs, dans les services d'Église, il faut prévoir la formation de catéchistes, lecteurs, acolytes, etc.… Nous rendons grâce pour les nombreux catéchistes bénévoles qui sont engagés surtout pour la formation des plus jeunes. Il est important de les accompagner et de les soutenir avec des rencontres et des outils appropriés. Ces catéchistes peuvent aussi être appelés auprès d'adultes, et d'adultes qui veulent devenir chrétiens.
Un espace convivial et utile
53. A Djibouti ville, il faudrait penser à la réouverture d'un espace de type bibliothèque, vidéothèque et centre de rencontres informelles ou pour des exposés culturels, spirituels et des débats avec des thèmes biens définis. Ceux qui reçoivent des revues d'inspiration chrétienne pourraient les partager. Un centre d'accueil avec un permanent pourrait être envisagé.
Radio
54. Dans le passé, de l'espace était donné à la radio de Djibouti pour une " causerie catholique dominicale ". Il faudrait essayer de le reprendre, soit pour la formation des catholiques, soit pour une présentation de notre foi et ce qui en découle en faveur de ceux qui ne la connaissent pas (cf. Ep 6, 19-20). Pourrions-nous envisager quelque chose d'analogue pour la télévision ?
II. DES TEMOINS ANIMES PAR LA PRIERE
(LITURGIE)
A. Célébration du dimanche ; eucharistie
Dimanche et Messe dominicale
55. Chers amis, même ici, en terre d'Islam où le dimanche est un jour de travail, le jour du Seigneur est au cœur de notre vie chrétienne et nous devons célébrer le dimanche, Pâques hebdomadaire, avec intensité. La célébration du jour du Seigneur ne doit pas se résumer à la seule célébration eucharistique, mais peut être davantage rythmée par les Vêpres, les Laudes et autres expressions festives.
56. Le jour du Seigneur est un moment de fête : " Cela engage chacun des disciples du Christ à donner aussi à d'autres moments de la journée, vécus en dehors du contexte liturgique - la vie de famille, les relations sociales, les temps de détente -, un style qui aide à faire ressortir la paix et la joie du Ressuscité dans le tissu ordinaire de la vie " (DD n. 52) Il convient donc de le marquer avec des gestes d'amitié, de solidarité, des chants, et pourquoi pas même avec un certain soin vestimentaire, des temps de prière en famille, des repas plus festifs, une attention plus particulière au rythme de travail,… En effet le dimanche nous donne la possibilité de donner un témoignage de notre foi sans faire de grands discours et avec des gestes et des actions très simples.
57. La Messe dominicale est le moment privilégié dans lequel nous rencontrons le Seigneur ressuscité, qui nous invite à son repas, pour partager sa vie et pour nous nourrir (cf. Mt 22, 9). C'est la raison pour laquelle la Messe dominicale pour tous les catholiques qui peuvent y participer reste un devoir très important, à ne pas négliger. Nous réaffirmons cette nécessité qui trouve son origine dans les premiers temps du christianisme (cf. Ac 20, 7-12) et que l'Église a inclus dans ses préceptes. Essayez de ne pas organiser d'activités précisément au moment de la Messe dominicale. A l'occasion de la Messe, nous nous rencontrons également entre nous, en tant que frères et sœurs. Cette rencontre est à vivre même après la Messe, avec quelques moments d'échange amical : nous sommes tous appelés à dépasser notre " petit groupe " dans lequel nous nous sentons bien, pour aller à la rencontre de ceux qui sont loin, isolés, etc.…
Célébrer le dimanche même seul ou sans prêtre
58. Je sais par expérience que parfois nous nous trouvons seuls et dans l'impossibilité absolue de nous joindre à la communauté qui célèbre l'eucharistie en jour de dimanche ; même dans ces cas-là, nous avons le devoir de nous rappeler que ce jour-là est le jour de la résurrection du Seigneur. Nous devons alors essayer de trouver un moment de prière, un moment de lecture de la Parole de Dieu, ou un moment de lecture spirituelle, car même seul, le chrétien peut et doit s'unir spirituellement à tous ses frères et sœurs à travers le monde qui célèbrent Jésus ressuscité, source permanente de renouvellement de notre vie.
59. En d'autres occasions où nous n'avons pas la possibilité d'avoir un prêtre pour la célébration de la Messe, cherchons à nous rencontrer pour célébrer le dimanche, même si nous sommes seulement trois (cf. Mt 18, 19-20). Il est souhaitable que des suggestions ou des outils soient préparés pour de telles célébrations.
Célébrer une Messe vivante et dynamique
60. Nous sommes heureux de l'engagement et de la dévotion de beaucoup parmi nous lorsqu'ils participent à la Messe du samedi ou du dimanche. La célébration de l'eucharistie dominicale doit être bien préparée. Il faudra penser à une meilleure organisation, dans laquelle chacun se sent libre de s'investir ou non. Chacun ou chaque groupe doit se retrouver dans la célébration de la Messe dominicale. Pourquoi ne pas créer une équipe d'animateurs de chants ou une équipe liturgique, notamment dans le cas de la paroisse de la Cathédrale?
61. Une bonne préparation implique que l'animateur ait une rencontre préalable avec le prêtre, pour approfondir le thème du jour, pour d'éventuelles introductions soit à la liturgie du jour, soit aux lectures. L'animateur aura le souci d'observer les règles liturgiques en écoutant les indications du prêtre qui est le premier responsable de la célébration de la Messe.
62. Cherchons à rendre la célébration de la Messe plus vivante et personnelle en adaptant le rite pénitentiel, en préparant la prière universelle avec des intentions qui dérivent de notre situation ou qu'on pourrait collecter, en faisant un signe de paix qui ait plus de sens et de force. La Parole de Dieu doit être proclamée de façon articulée et compréhensible. Surtout à l'occasion de grandes fêtes, il est bien de préparer la Messe avec la contribution de différents animateurs ou différents groupes.
63. Pour rendre l'assemblée plus active et plus dynamique, chaque équipe d'animation prendra soin d'impliquer davantage l'assemblée. La chorale doit animer le chant de toute l'assemblée (cf. Col 3,16), mais éviter de tout faire ou de rendre les fidèles simples spectateurs. Pourquoi ne pas inviter la chorale à arriver en avance pour une petite répétition de quelques chants. Au niveau de la paroisse de la cathédrale, pourrait être étudié la création ou l'achat d'un recueil de chants en français, avec quelques chants en d'autres langues, pour favoriser une participation plus grande et plus variée.
64. Le silence fait également partie de la célébration car il nous aide à intérioriser notre rencontre avec le Seigneur : en effet c'est cette rencontre qui rend vraiment vivante la célébration de l'Eucharistie. Certains gestes corporels, comme agenouillement, génuflexion et inclination, nous aident à exprimer notre conscience d'être en présence de Dieu. L'église elle-même doit favoriser la prière en étant accueillante (beauté des objets liturgiques, propreté, affichage, accueil par un sourire…).
65. Nous devons faire particulièrement attention à donner aux enfants une réelle place dans l'assemblée dominicale. La prédication, tout au moins de façon partielle et à certaines occasions, devrait se tourner vers les plus jeunes de la communauté. D'autre part, il est souhaitable de les impliquer davantage dans le service de l'autel.
66. Je sais qu'il y a certainement beaucoup de catholiques qui ne viennent pas habituellement à la Messe. Eux aussi sont membres de notre famille de Dieu. Essayons de les aider à retrouver le goût de se rencontrer ensemble en tant que frères et sœurs pour louer et remercier le Seigneur, en établissant des liens avec eux.
B. Autres formes de prières et de rencontres spirituelles
Se ressourcer dans la prière et l'écoute de la Parole de Dieu
67. En tant qu'enfants de Dieu, nous devons toujours cultiver cet esprit filial par des moments de prière pendant notre journée. En effet, la prière est au centre de notre vie en Christ. A ce propos une église ou une chapelle demeurent le lieu privilégié de la prière : " La maison de mon Père est une maison de prière "(cf. Mt 21,13 ; Jn 2,16) : essayons de les rendre plus accessibles aux fidèles.
68. Chacun peut avoir à ses côtés un texte biblique pour une méditation quotidienne de la Parole de Dieu (cf. Dt 8, 3). Mieux encore, je vous invite à vous rencontrer périodiquement en petits groupes pour lire la Parole de Dieu, la prier, la méditer et surtout apprendre à la mettre en pratique. Ainsi partagée, la Parole de Dieu contribue à l'édification de ses membres et à l'évangélisation de la communauté.
69. Des moments de récollection avec des thèmes ou des sujets bien précis, ainsi que des groupes de prière, sont autant de moyens d'approfondir notre relation à Dieu. Le vendredi, étant temps de repos, pourrait être une occasion pour un temps de prière, de méditation, et pour des activités spéciales afin de favoriser une croissance spirituelle. Un lieu propice à la détente et à la prière nous est offert à Béthanie d'Arta. Des recueils de prière pourraient être mis à la disposition des fidèles.
70. La "marche au désert" compte parmi les traditions auxquelles nous sommes attachés et que moi-même j'ai bien aimé dès mon arrivée parmi vous. Nous l'apprécions beaucoup. Donnons-lui plus d'importance, de sens et de recueillement (cf. Os 2, 16-25) ; essayons de donner à chacun la possibilité de la vivre intensément, soit en petit groupe, soit de manière plus personnelle. Peut-être pourrions nous même trouver une deuxième occasion dans l'année pour faire cette expérience.
Prier selon la Tradition Catholique
71. Au centre de notre vie chrétienne et paroissiale, nous devons mettre en relief la célébration du Carême, et surtout de la Semaine Sainte et de Pâques, ainsi que le temps pascal qui s'achève avec la grande fête de la Pentecôte. Pendant l'année liturgique, nous avons aussi plusieurs fêtes du Seigneur, de la Vierge Marie, des Saints : il faudra se demander comment mieux les célébrer et comment adapter le calendrier liturgique à notre réalité et à nos liens avec d'autres Eglises.
72. Parmi les pratiques de prière que nous avons reçues de la Tradition catholique, je vous suggère la participation à la Liturgie des Heures, comme les Vêpres ou les Laudes- surtout les solennités, le dimanche ou le samedi soir -, à l'adoration du Saint Sacrement, à la récitation du Rosaire, au Chemin de Croix,...
73. Essayons de trouver des moments de prière silencieuse, personnelle, devant le tabernacle, et au moins une fois par mois de donner de l'espace pour une adoration communautaire du Saint Sacrement exposé. Dans la Tradition catholique, le premier vendredi du mois est un jour spécialement dédié à l'adoration. A travers le Saint Sacrement, nous rencontrons Jésus qui, dans l'Eucharistie, a voulu tout particulièrement rester parmi nous pour nous accompagner et être notre source de foi, espérance et amour.
74. La dévotion à la Vierge Marie est une école pour apprendre à bien suivre le Seigneur : le Rosaire, auquel le pape Jean-Paul II nous invite avec insistance, est une manière concrète d'exprimer cette dévotion. " Une prière aussi facile, et en même temps aussi riche, mérite vraiment d'être redécouverte par la communauté chrétienne " (RVM n. 43). Notre diocèse est sous le patronat de Notre-Dame, Mère du Bon Pasteur : laissons- nous guider par elle à Celui qui nous donne une vie surabondante (cf. Jn 10,10).
C. La célébration des autres sacrements
Recevoir le Sacrement de Réconciliation
75. Le Sacrement de la Réconciliation est très important pour notre vie spirituelle. Il faut sensibiliser les fidèles à son sujet par des exhortations ou des articles. Je vous rappelle, chers prêtres, que dans ce domaine vous avez un rôle incontournable, soit dans le rappel au cours de l'homélie, soit dans votre disponibilité, surtout avant la Messe (cf. Jn 20, 19-23). Pour ce Sacrement, il faudrait profiter au mieux des prêtres de passage, pour donner aux fidèles une plus grande liberté. En des occasions particulières peuvent être proposées des célébrations pénitentielles, même si elles ne sont pas suivies par le Sacrement de la Réconciliation.
Bien se préparer au Baptême, à la Première Communion et à la Confirmation
76. Ceux qui se préparent au Baptême, à la Première Communion et à la Confirmation doivent recevoir une préparation solide surtout avec des cours de catéchisme fréquentés régulièrement et avec des moments de spiritualité.
77. Les parents ont un rôle incontournable dans l'annonce de la foi, tant par leurs mots que par leur vie. Pour cette raison leur formation doit se poursuivre avec des moments réservés aux adultes.
Vivre le Sacrement du Mariage
78. Le Sacrement du Mariage ne doit pas être oublié : il est important de sensibiliser les fidèles sur la valeur de ce Sacrement et sur la nécessité de bien se préparer en vue de la fondation d'un foyer, qui est la cellule primordiale autant de l'Église que de la société (cf. Ep 5, 31-32).
79. A cet égard, une préparation catéchétique et spirituelle telle qu'une récollection est nécessaire. Un échange avec d'autres couples mariés enrichit également cette préparation.
80. La vie en famille engendrée par le Sacrement du Mariage est constamment nourrie par l'amour mutuel qui est soutenu par la prière, l'écoute de la Parole de Dieu, et l'ouverture aux autres.
Les Sacrements rythment la vie de la communauté toute entière
81. Les Sacrements sont des signes qui nous permettent de rencontrer le Seigneur Jésus qui est toujours vivant dans son Église, et d'être touchés par lui (cf. Mt 28, 20). Les Sacrements nous donnent la grâce de Dieu et nous aident à bâtir l'Église. Sachons donner aux Sacrements une dimension plus ecclésiale et une visibilité plus importante, afin que la communauté chrétienne toute entière se sente partie prenante.
III. DES TEMOINS EN RECHERCHE D'UNITE
(ŒCUMENISME)
A. Importance de l'unité du témoignage chrétien à Djibouti
" Qu'ils soient un ! " ( Jn 17, 21)
82. Chers fidèles, si nous regardons la situation sociale qui nous entoure, surtout à Djibouti ville, nous pouvons bien noter que même ici en République de Djibouti, nous ne sommes pas les seuls témoins du Christ mort pour tous les hommes et ressuscité. Il y a d'autres disciples de Jésus, il y a d'autres Églises et Communautés Ecclésiales. Grâce au baptême, nous sommes tous chrétiens et partageons les aspects les plus importants de la foi chrétienne. Malheureusement, nous sommes des frères séparés ; nous sommes héritiers de divisions historiques qui nous dépassent et auxquelles, quelquefois, nous ajoutons nos propres divisions.
83. Ces divisions sont clairement contraires à la volonté de Jésus (cf. Jn 17, 21) et affaiblissent notre témoignage en faveur du seul Sauveur du monde, qui est le Chemin, la Vérité et la Vie pour tous (cf. Jn 14, 6). Elles sont le plus grand obstacle à la diffusion du message évangélique et de la foi au Christ.
84. Nous sommes convaincus qu'il faut marcher vers une unité plus grande entre tous les chrétiens. Nous faisons nôtre l'invitation du Concile Vatican II et de plusieurs lettres du Pape à promouvoir " avec urgence la communion dans le domaine délicat de l'engagement œcuménique " (NMI, 48). Cette unité des chrétiens prend un sens particulier ici, dans un pays musulman. Nous devons essayer de valoriser tout ce qui nous unit, et de dépasser nos différences pour croître en communion avec les autres communautés chrétiennes, protestantes ou orthodoxes.
Se rencontrer
85. Pour développer l'esprit œcuménique, trouvons des occasions afin de rencontrer des chrétiens de différentes confessions. Nous pourrions nous rencontrer deux fois par an afin de grandir vers le chemin d'une unité visible et de montrer au monde qui nous entoure que nous tous reconnaissons que Jésus est l'envoyé du Père pour le salut de tous. A l'occasion de la semaine pour l'unité des chrétiens, que nous pouvons privilégier, les différents conseils présents dans notre diocèse devraient pouvoir faire des suggestions d'actions.
86. Il faut envisager des rencontres entre les différents responsables religieux. En effet, chers prêtres, responsables de communautés et catéchistes, votre rôle sur la sensibilisation et la formation à l'œcuménisme est très important.
87. Nous avons besoin de connaître et de faire connaître des témoignages concrets de vie chrétienne engagée à la suite de Jésus et en faveur des pauvres. Il faudrait davantage connaître les engagements surtout de nos frères protestants dans ce domaine. Ils pourraient nous donner des idées pour des actions concrètes et peut-être même en commun, en particulier dans l'entraide entre les écoles chrétiennes, dans un combat commun contre toute forme de pauvreté, le SIDA ou les MGF (mutilations génitales féminines), et pour l'alphabétisation, etc.… (cf. Lc 9, 49-56).
88. Pour un chemin d'unité, donnons une place dans La Caravane et le Feuillet Diocésain aux chrétiens d'autres communautés, afin qu'ils nous fassent part de leur vie et de leurs célébrations, invitons-les à nos fêtes, partageons nos publications avec les responsables de ces communautés, organisons des conférences, des rencontres entre chrétiens pour mieux se connaître, connaître son histoire et ses institutions.
B. Relations avec les chrétiens éthiopiens
89. Étant donné le grand nombre d'orthodoxes présents à Djibouti et la proximité théologique et liturgique de l'Église Orthodoxe Éthiopienne avec la nôtre, il me paraît important de connaître son histoire et ses particularités. Cela pourrait nous rapprocher.
90. Il faut rechercher des occasions de rencontre avec ces frères si proches et si lointains. Des personnes spécialement impliquées peuvent favoriser ces liens. Il faudrait inviter les orthodoxes à nos fêtes et que nous-mêmes participions aux leurs, en respectant toutefois les traditions et la sensibilité des uns et des autres. Nous pouvons aussi leur envoyer des vœux à l'occasion de leurs fêtes. Il serait bien d'organiser des rencontres conviviales en dehors d'un contexte typiquement religieux, pour au moins se connaître.
91. Si vous regardez avec plus d'attention, vous pouvez voir qu'il y a plusieurs communautés ecclésiales d'origine éthiopienne qui ne se disent pas orthodoxes. Il faudra que notre communauté catholique s'engage à mieux les connaître, pour voir quelles activités en commun nous pourrions faire.
92. Nous avons l'impression que la dignité humaine de plusieurs personnes, surtout d'origine éthiopienne, est souvent bafouée en République de Djibouti. Sans négliger personne, notre communauté catholique doit tout faire pour qu'elle soit respectée. Cela nous permettrait de partager davantage leurs souffrances, deuils, et joies (cf. Phm 4-7).
IV. DES TEMOINS DANS UN PAYS MUSULMAN
(DIALOGUE INTER RELIGIEUX)
A. Sur les chemins du dialogue
Solidarité et dialogue
93. " Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout, et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. " (GES 1, 1). Je suis convaincu, chers frères et sœurs, que ces mots du Concile Vatican II peuvent bien décrire ce que nous devons être en tant que petit troupeau du Christ, dans un pays quasi-totalement musulman.
94. Afin que ces mots soient vrais en nous, et dans notre Église à Djibouti, je vous invite à être ouverts à l'action de l'Esprit de Dieu, qui " remplit toute la terre " (Sg 1, 7) et qui est présent et à l'œuvre en tout ce qui est bon dans le cœur de l'homme, dans les cultures, les institutions et les traditions religieuses de toute l'humanité. Cette ouverture à l'action de Dieu s'exprime très souvent par le mot " dialogue ", et plus particulièrement " dialogue inter religieux ". Le dialogue implique une vie partagée, un " vivre ensemble " et pas seulement d'être là à coté les uns des autres.
95. Nous faisons nôtres les différents documents de l'Église qui nous invitent à être hommes et femmes de dialogue, hommes et femmes qui essaient de s'écouter, de découvrir ensemble la volonté de Dieu, de travailler ensemble pour l'élimination de toute pauvreté et de toute forme d'injustice, pour le développement et la paix. Nous voulons faire cela ensemble avec d'autres croyants, en particulier avec les musulmans, et tout homme de bonne volonté. (cf. Vatican II, Nostra aetate; CEP et PCID, Dialogue et annonce)
96. C'est surtout avec cet esprit de dialogue que nous sommes appelés à donner notre témoignage chrétien, ici à Djibouti, et à faire connaître " Christ… avertissant tout homme et instruisant tout homme en toute sagesse, afin de rendre tout homme parfait dans le Christ " (Col 1, 28).
97. Nous sommes convaincus que pour être de véritables témoins du Christ, nous devons avoir avant tout un comportement chrétien, c'est à dire modelé sur le comportement du Christ, lequel a respecté tous les êtres humains pendant sa vie terrestre (cf. Lc 9, 51-56) en les servant, en les aimant et en leur annonçant la Bonne Nouvelle.
Formes de dialogue
98. Différents documents de l'Eglise nous disent que le dialogue interreligieux, c'est-à-dire les relations entre croyants de différentes religions, se fait à différents niveaux ou à travers diverses formes : le dialogue de la vie, le dialogue des œuvres, le dialogue théologique, le dialogue spirituel. Je pense que la forme de dialogue à privilégier ici à Djibouti est celle du dialogue de la vie " où les gens s'efforcent de vivre dans un esprit d'ouverture et de bon voisinage, partageant leurs joies et leurs peines, leurs problèmes et leurs préoccupations humaines " (DEA n. 42).
99. Pour bien pratiquer la deuxième forme de dialogue, le " dialogue des œuvres ", un engagement au quotidien avec les gens du pays, leurs associations, le village, les familles, les individus, est essentiel pour vivre au sérieux notre vie chrétienne. En effet, privilégier la prière et la célébration de l'eucharistie, sans s'engager dans la promotion humaine, serait réduire le témoignage auquel Jésus nous a appelés. En tout cas il faut reconnaître que souvent le meilleur dialogue inter religieux se fait lors de rencontres et de discussions informelles.
" L'esprit de Dieu remplit toute la terre " (Sg 1, 7)
100. Dans cet esprit de dialogue, nous sommes convaincus que, comme ailleurs, l'Esprit Saint est à l'œuvre dans la société djiboutienne et ses habitants, et nous reconnaissons cela dans leurs valeurs, telles que l'esprit de simplicité, l'absence de rancœur, un sens du pardon, l'hospitalité, le partage, la confiance en Dieu, la dimension communautaire de la foi, la foi manifestée, l'aumône, le respect des anciens, la dimension sociale du Ramadan, l'acceptation des dons de Dieu et des handicaps etc. . De plus, le fait de vivre côte à côte avec l'Islam nous invite à réfléchir et à grandir dans notre foi. En particulier, la fidélité à la prière de nos frères musulmans peut être pour nous une incitation à être plus assidus et fidèles à nos prières personnelles et familiales.
Un dialogue difficile mais nécessaire
101. Il faut reconnaître que le dialogue entre chrétiens et musulmans n'est pas facile, surtout pour quelques groupes ou personnes parmi nous. Les difficultés les plus grandes semblent être l'absence d'esprit d'écoute réciproque ; de notre coté, une attitude qui nous rend trop sûrs de nous-mêmes, car souvent nous-mêmes ne connaissons pas suffisamment bien notre foi ; et pour les musulmans une certaine confusion entre société, état, et religion.
102. Je souhaite que prêtres, religieux/euses et catéchistes explorent des voies pour développer le dialogue inter religieux avec les musulmans. Chaque fidèle y est également appelé. Pour nous former à un esprit de dialogue, il est important d'avoir des conférences-débats à propos de l'Islam. La Caravane ou le Feuillet Diocésain peuvent jouer un rôle dans cette formation, par exemple avec des suggestions de lecture.
103. Pour améliorer des relations amicales avec les musulmans, il faut développer l'esprit d'humilité et de tolérance et découvrir la vertu de la patience. Le djiboutien se révèle par l'amitié partagée, il faut accepter l'épreuve du temps, savoir prendre son temps, l'accepter tel qu'il est ; lui nous acceptera tels que nous sommes, y compris avec nos défauts. C'est un partage de vie avec tout ce que cela comporte de solidarité, comme au sein d'une famille.
104. La grande majorité d'entre nous étant des étrangers, nos réactions doivent toujours être douces, pondérées, ouvertes, fermes quelquefois, mais jamais brusques. Ne soyons pas trop négatifs en reprochant aux autres des défauts que nous avons nous-mêmes (cf. la paille et la poutre, Mt 7,3). Gardons toujours à l'esprit le fait que nous sommes des hôtes à Djibouti. Sachons donc respecter la mentalité et ne pas choquer (vêtements, danses, attitudes, alcool,…)
B. En dialogue pour plus de justice et de développement
" J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger " (Mt 25, 35)
105. A Djibouti, il y a différentes formes de pauvreté : pauvreté matérielle, spirituelle, pauvreté dans l'éducation et l'information, pauvreté culturelle, pauvreté de " mentalité ". C'est envers ceux qui sont victimes de ces pauvretés qu'il faudrait développer une plus grande solidarité.
106. Nous sommes particulièrement touchés par l'injustice qui frappe les plus pauvres. Cette injustice prend souvent la forme de la corruption, à travers la nécessité de payer des services théoriquement gratuits. Nous devons au quotidien prôner la justice et l'honnêteté.
107. Ainsi, pour développer l'esprit de dialogue avec les musulmans, nous devons continuellement développer avec eux notre engagement en faveur de ceux qui sont sans travail, des malades (surtout de la tuberculose et du SIDA), des enfants de la rue, des prostituées, des employés de maison, des toxicomanes (khât…), des femmes seules, des migrants économiques, des sans papiers, de ceux qui font l'objet d'une discrimination autant raciale que sociale, ethnique ou religieuse, et de tous ceux qui sont en difficulté (cf. Mt 25, 31-46).
108. Lorsque cela est possible, agissons en faveur de toutes ces catégories de pauvres auprès des autorités : essayons par exemple de créer une commission qui étudie la loi pour faire reconnaître les droits des enfants qui n'ont rien, ni papier, ni école. Dans notre engagement, il faudra veiller à ne pas nous substituer à la population locale, à vouloir tout diriger, à trop vanter l'histoire et les institutions de nos pays d'origine. Ayons pour cela un esprit fraternel et d'humilité.
109. Nous remercions ceux parmi nous qui travaillent dans le domaine de la santé. Nous apprécions leur dévouement et nous nous engageons à développer davantage l'attention aux malades, dans les structures sanitaires ou ailleurs.
Caritas Djibouti
110. Caritas est présente à Djibouti depuis 1978 (mais ses racines remontent à 1952) pour exprimer et matérialiser l'engagement de l'Église en faveur des plus pauvres et de ceux qui sont l'objet de discriminations, sur tout le territoire de la République. En coopération avec d'autres acteurs, elle participe au développement intégral de chaque personne humaine et au développement de la société.
111. Caritas Djibouti doit davantage animer notre communauté chrétienne en nous aidant à connaître l'Enseignement Social de l'Église et les différentes formes de pauvreté et d'injustice sociale pour mieux les combattre ; elle doit communiquer sur ses projets et proposer des implications simples.
112. Dans son travail en faveur des plus démunis, Caritas s'engage pour tous les pauvres sans distinction de race, de nationalité ou de religion, en évitant de tomber dans un assistanat complet à durée indéterminée. Toutefois, il faudra tenir compte du fait que les chrétiens les plus pauvres se trouvent souvent dans une difficulté plus grande, du fait de leur religion.
Une présence dans le domaine éducatif : l'EPC
113. Depuis les origines de notre présence à Djibouti, nos missionnaires, et par la suite différents membres de notre communauté catholique, se sont engagés activement dans le domaine éducatif et scolaire : en effet, l'analphabétisme favorise la pauvreté et l'injustice.
114. L'engagement de notre Église en faveur de l'éducation s'exprime surtout à travers les écoles de l'Enseignement Privé Catholique (EPC), mais aussi à travers la présence dans l'éducatif de plusieurs d'entre nous, hors de nos structures. Inventons des situations de rencontre, telles que compétitions sportives, fêtes organisées ensemble, formations, travail commun contre l'analphabétisme.
115. Le rôle de l'Enseignement Privé Catholique est à mieux définir et préciser. Il faudra privilégier une alphabétisation qui s'adresse aux plus pauvres, même si cela signifie une réduction de notre présence et de notre action.
116. Il est souhaitable de donner autant d'importance aux fêtes chrétiennes et musulmanes dans nos écoles, dans le respect de la foi de nos élèves, qui sont en grande majorité musulmans. Le travail de la Commission Pastorale, très apprécié, est à encourager. Dans nos écoles, nous pourrions envisager des missions médicales et psychopédagogiques de moyenne durée pour répondre à des problèmes de santé et d'apprentissage qui touchent les enfants et les parents.
Justice coopération médiation
117. Je vous exhorte à développer, à travers nos structures ou en dehors, le respect, la tolérance et la coopération entre personnes de différentes cultures et convictions religieuses. Nous avons l'ambition de jouer un rôle toujours plus actif dans le domaine de la justice, notamment au quotidien, à notre échelle.
118. Nous devons être justes envers ceux avec lesquels nous travaillons, et en particulier avec nos employés. Il est important de respecter toute personne, de faire attention à la façon dont on parle des gens du pays - attention aux termes qui déshumanisent, attention aux généralisations hâtives -.
119. Pour le rapprochement des peuples, je suis convaincu que notre communauté peut avoir un rôle de médiateur entre les personnes et les groupes de bonne volonté d'une part, et la réalité et les associations du pays d'autre part, d'un point de vue économique mais aussi culturel.

CONCLUSION

120. En reprenant les mots de quelqu'un parmi vous à propos de notre Eglise à Djibouti, qui reste une toute petite communauté de disciples du Christ qui veulent être ses témoins, je voudrais que chacun de vous puisse aimer cette Eglise que vous avez sous vos yeux avec ses richesses et ses limites, car, unie au successeur de l'apôtre Pierre et à travers lui aux Eglises du monde entier, elle est notre Mère. Pour cette raison nous devons la respecter comme nous l'avons reçue ou trouvée en arrivant ici - remercions à cet égard Mgr Perron, et tous les missionnaires, religieux et laïcs, vivants et morts, qui l'ont servie avec amour - tout en rêvant et en s'engageant pour qu'elle soit toujours plus belle et plus crédible. Essayons de faire de notre Eglise une Eglise qui écoute, qui accueille, qui pardonne, qui est solidaire, qui témoigne, qui annonce… une Eglise qui ne se contente pas de faire simplement comme avant, mais qui ait l'audace de chercher ce qui est plus proche de la volonté de Dieu, des enseignements de l'Evangile, des attentes des populations de ce petit pays…. une Eglise où chacun de vous puisse se retrouver et être accepté dans son identité, avec sa culture et avec son histoire… une Eglise qui est en communion - et veut grandir dans cette communion - avec toutes les autres communautés catholiques du monde, et en particulier avec l'Eglise de Troyes, l'Eglise en Somalie, en Ethiopie, en Erythrée, les Eglises de la CELRA (Conférence des Evêques Latins dans les Régions Arabes) dont nous sommes membres, et les Eglises de l'AMECEA (pays de l'Afrique de l'Est)… une Eglise qui vit de l'apport de chacun de nous, en termes d'engagement, d'idées, mais aussi en termes financiers.
121. Dans ce pays où nous vivons, nous voulons être des témoins surtout de la tendresse et de l'amour de Dieu, manifestés en Jésus, envers tout homme. Nous voulons accueillir, au nom de Jésus Christ, chaque être humain comme un frère. Nous croyons que l'Esprit de Dieu est présent et à l'œuvre dans tous ce qui est bon dans le cœur de l'homme. Nous voulons aimer, dans notre vie quotidienne, nos frères et sœurs de toute race ou religion en actes et en vérité (cf. 1 Jn 3, 18), dans un souci de fraternité, de justice et de paix. Nous voulons être attentifs, dans nos différentes communautés, aux appels de nos frères qui habitent ici, ne pouvant accepter toute situation d'exclusion et de pauvreté.
122. Pour être et faire tout cela nous demandons la lumière et la force de Dieu et, en compagnie de notre céleste patronne, Notre Dame Mère du Bon Pasteur, nous invoquons Dieu avec la prière que nous avions composé pour accompagner nos réflexions au début de notre Assemblée Ecclésiale :
" Dieu notre Père,
Source de tout amour et de toute vie,
En Jésus ton Fils,
Tu nous établis frères et sœurs,
Membres de ton Eglise.
Rends-nous de vrais témoins
De ton Fils qui marche avec nous.
Renouvelle l'action du Saint-Esprit
Dans nos cœurs
Afin qu'il soutienne la foi, l'espérance et l'amour
De ton Eglise qui est à Djibouti.
Unis dans ce même Esprit, nous te le demandons
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen "

Mgr Giorgio Bertin ofm
Evêque de Djibouti

Djibouti, 8 juin 2003, fête de Pentecôte

LISTE DES ABREVIATIONS BIBLIQUES

Ac : Actes des Apôtres
1 Co : 1ère Epître aux Corinthiens
Col : Epître aux Colossiens
Dt : Deutéronome
Ep : Epître aux Ephésiens
Ga : Epître aux Galates
He : Epître aux Hébreux
Jn : Evangile de Jean
1 Jn : 1ère Epître de Jean
Lc : Evangile de Luc
Mc : Evangile de Marc
Mt : Evangile de Matthieu
Os : Osée
Ph : Epître aux Philippiens
Phm : Epître à Philémon
1 P : 1ère Epître de Pierre
Ps : Psaumes
Rm : Epître aux Romains
Sg : Sagesse
2 Tm : 2ème Epître à Timothée

LISTE DES ABREVIATIONS DES TEXTES DU MAGISTERE

CENP : Christ est notre paix, Lettre pastorale des Evêques d'Afrique et de Madagascar, 2001
DD : Dies Domini (Le Jour du Seigneur), Lettre apostolique de Jean Paul II sur la sanctification du dimanche, 1998
DEA : Dialogue et Annonce, Document du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux et de la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples, 1991
EIA : Ecclesia in Africa (L'Eglise en Afrique), Exhortation du pape Jean Paul II après le Synode Africaine, 1995
GES : Gaudium et Spes, Concile Vatican II, Constitution pastorale l'Eglise dans le monde de ce temps, 1965
LG : Lumen Gentium, Concile Vatican II, Constitution Dogmatique sur l'Eglise, 1964
NMI : Novo Millennio Ineunte (Au début du nouveau millénaire), Lettre du Pape Jean Paul II, 2001
RM : Redemptoris Missio, (La Mission du Rédempteur) Encyclique de Jean Paul II sur l'activité missionnaire, 1990
RVM : Rosarium Virginis Mariae (Le Rosaire de la Vierge Marie), Lettre apostolique de Jean Paul II sur le Rosaire, 2002
UUS : Ut Unum Sint, (Qu'ils soient un) Encyclique de Jean Paul II sur l'engagement œcuménique, 1995

SOMMAIRE

INTRODUCTION 1
I. DES TEMOINS QUI FORMENT LA FAMILLE DE DIEU 5
A. Une seule famille unie dans la différence 5
Une communauté de communautés 5
Laïcs, religieux/ses et prêtres dans nos communautés 6
B. Une famille accueillante et solidaire 8
Ouvrons-nous à notre prochain 8
Solidaires avec les pauvres 8
Des structures pour favoriser la solidarité 9
Accueil et communication 9
C. Une famille qui sait donner et recevoir le Pardon 10
Le don du Pardon 10
" Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font " 11
D. Formation dans la foi 11
Une foi, une espérance et un amour vivants 11
La Messe, premier lieu de formation 12
Se former par l'enseignement et le partage 12
Formation des enfants et des jeunes 13
Catéchistes et services en Eglise 13
Un espace convivial et utile 13
Radio 13
II. DES TEMOINS ANIMES PAR LA PRIERE 14
A. Célébration du dimanche ; eucharistie 14
Dimanche et Messe dominicale 14
Célébrer le dimanche même seul ou sans prêtre 15
Célébrer une Messe vivante et dynamique 15
B. Autres formes de prières et de rencontres spirituelles 16
Se ressourcer dans la prière et l'écoute de la Parole de Dieu 16
Prier selon la Tradition Catholique 17
C. La célébration des autres sacrements 18
Recevoir le Sacrement de Réconciliation 18
Bien se préparer au Baptême, à la Première Communion et à la Confirmation 18
Vivre le Sacrement du Mariage 18
Les Sacrements rythment la vie de la communauté toute entière 19
III. DES TEMOINS EN RECHERCHE D'UNITE 19
A. Importance de l'unité du témoignage chrétien à Djibouti 19
" Qu'ils soient un ! " ( Jn 17, 21) 19
Se rencontrer 20
B. Relations avec les chrétiens éthiopiens 20
IV. DES TEMOINS DANS UN PAYS MUSULMAN 21
A. Sur les chemins du dialogue 21
Solidarité et dialogue 21
Formes de dialogue 22
" L'esprit de Dieu remplit toute la terre " (Sg 1, 7) 23
Un dialogue difficile mais nécessaire 23
B. En dialogue pour plus de justice et de développement 24
" J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger " (Mt 25, 35) 24
Caritas Djibouti 24
Une présence dans le domaine éducatif : l'EPC 25
Justice coopération médiation 25
CONCLUSION 27
LISTE DES ABREVIATIONS BIBLIQUES 29
LISTE DES ABREVIATIONS DES TEXTES DU MAGISTERE 30
SOMMAIRE 31

 
Index
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