Cette grande Assemblée a été honorée,
aux séances d'ouverture, par la présence du Premier
Ministre, Représentant du Chef de l'Etat Equato guinéen
et celle du Nonce Apostolique au Cameroun et en Guinée
Equatoriale, Représentant du Saint Siège.
La réflexion sur la mission et la vocation de la femme
dans la société et dans l'Eglise fait l'objet d'une
attention spéciale de la part du Magistère officiel
de l'Eglise; notamment: la Lettre Apostolique "Mulieris dignitatem"
qui nous a permis de mieux cerner les fondements anthropologiques
et théologiques de la dignité et de la vocation
de la femme, et l'Exhortation Apostolique post synodale ~<Ecclesia
in Africa" qui invite les Eglises d'Afrique à développer
une réflexion approfondie sur les femmes, et les Conférences
Episcopales à faire de leur rôle et de leur place
dans l'Eglise l'objet d'une étude spécifique.
A l'issue de nos travaux, Nous, Evêques de l'ACERAC, invitons
le Peuple de Dieu, à promouvoir de manière renouvelée
la dignité éminente de la femme et sa vocation spécifique
dans la famille, dans la société et dans l'Eglise.
Notre Assemblée Plénière s'est ensuite penchée
sur les Commisions Episcopales Régionales et sur la Révision
des Statuts de l'ACERAC. Elle a aussi consacré un temps
précieux à l'étude du dossier de l'Université
Catholique de l'Afrique Centrale (UCAC) Institut Catholique de
Yaoundé (ICY). Les séances à huis clos du
Conseil Supérieur et de tous les Evêques sur cette
question, ont été présidées par Son
Eminence le Cardinal Christian TUMI, Grand Chancelier de l'UCAC.
La 6ème Assemblée Plénière des Evêques
de l'ACERAC exprime toute sa gratitude à l'endroit du Gouvernement
Equato guinéen pour l'aide multiforme reçue qui
a permis la tenue de cette grande Assemblée ecclésiale
à Malabo. Elle remercie également l'Eglise de Dieu
qui est en Guinée Equatoriale et Particulièrement
l'Archidiocèse de Malabo et le Diocèse de Bata pour
l'accueil chaleureux et l'organisation réussie de ces Assises.
Que la Vierge Marie, Femme bénie entre toutes les femmes,
à laquelle le Peuple de Dieu se recommande, soutienne nos
Eglises particulières afin qu'elles accomplissent leur
service de communion, de charité et de réconciliation,
pour le développement de nos peuples et pour la paix dans
notre Région de l'Afrique centrale.
MESSAGE AU PEUPLE DE DIEU
par les Evêques de l'Association des Conférences
Episcopales de la Région d'Afrique Centrale (ACERAC )
Cher(e)s soeurs et frères,
Fidèles du Christ,
Hommes et femmes de bonne volonté,
A vous grâce et paix par Dieu, notre Père.
Nous, Evêques de l'ACERAC, avons consacré
notre Vlè" assemblée plénière
au thème " La femme dans la société
et dans l'Eglise ". Ce choix est une reconnaissance de
l'importance du débat sur la condition féminine
dans nos sociétés, ainsi que sur la mission de
la femme dans nos Eglises, à la suite du Christ qui a
redonné aux femmes leur pleine dignité.
A maintes reprises, après le Concile, le
magistère de l'Eglise a développé une réflexion
plus attentive sur les fondements anthropologiques et théologiques
de la vocation et de la dignité de la femme, en vue d'une
action pastorale efficace.
Cette réflexion demandait d'être
poursuivie dans nos Eglises particulières, afin que la
manifestation du génie féminin (cf Mulieris dignitatem,
30), trait d'un dessein de Dieu qui exige d'être accueilli
et réalisé, puisse rayonner davantage.
C'est dans cette perspective qu'un approfondissement
du thème a eu lieu à Malabo, du 6 au 14 juillet
2002, introduit par un Instrument de travail, complété
par les témoignages des délégations des
femmes des six pays de la Région.
La femme dans notre Région
" Dieu créa l'homme à son image,
à l'image de Dieu il le créa, homme etfemme il
les créa " (Gn 1,27).
Tous les fidèles reconnaissent l'apport
fondamental des femmes dans les différents domaines de
notre société et de nos Eglises.
Sur le plan social et culturel, le rôle
de la femme est fondamental. Elle est d'une façon indéniable
un pilier de la famille. Donneuse de vie, elle s'occupe du foyer,
de l'éducation des enfants ainsi que, très souvent,
de leur scolarisation.
Sur le plan économique, les femmes mènent
des activités génératrices de richesse,
notamment dans les secteurs de l'agriculture, de l'élevage,
de l'artisanat et du petit commerce.
Sur le plan politique, leur apport, même s'il est encore
insuffisant, n'est pas sans importance. Elles sont souvent des
militantes entreprenantes et engagées dans les partis
politiques.
Sur le plan ecclésial, les femmes sont
nombreuses et actives dans les paroisses et les communautés
ecclésiales vivantes. Elles y assurent avec générosité
et grande disponibilité des tâches multiples dans
l'organisation des différents services, dans l'animation
de la liturgie, dans les chorales, la catéchèse,
les activités caritatives, les groupes de prière,
les associations et les mouvements chrétiens. Les femmes
consacrées, témoins des valeurs du royaume des
cieux, ont un rôle précieux dans la vie ecclésiale
et la société. Lorsqu'elles vivent pleinement
leur vocation, elles sont perçues comme des modèles,
des conseillères, des éducatrices qui édifient
le peuple de Dieu.
Malgré ce constat positif de l'engagement
des femmes, de leur travail irremplaçable, de leur contribution
déterminante pour la vie de nos sociétés
et de nos Eglises, nous relevons des blocages importants qui
freinent leur promotion et leur épanouissement.
Le blocage majeur vient du poids des pratiques
traditionnelles qui s'exprime dans le préjugé
de la supériorité de l'homme sur la femme, inculqué
par l'éducation depuis l'enfance. Cela se traduit sous
forme d'interdits, d'exploitations et de réflexes socioculturels
discriminatoires.
Nous mettons sous ce compte les mutilations génitales
des femmes, les atteintes à leur intégrité
physique, le mariage précoce ou forcé, le veuvage
qui s'accomplit à travers des rites souvent pénibles
pour la femme, trop facilement accusée d'être la
cause de la mort de son mari.
En dehors des biocages iies aux pratiques traditionnelles,
les femmes sont encore victimes des difficultés nouvelles
telles que la prostitution et l'avortement, rendues plus aiguës
par la pauvreté.
La polygamie, pratiquée dans nos pays,
empêche l'épanouissement affectif et effectif de
la femme et s'oppose à la conception chrétienne
de l'amour conjugal qui exige la communion de toute la vie et
une donation réciproque à part égale.
L'institution de la dot dégénère
fréquemment en une sorte de commerce qui transforme la
femme en objet de vente et d'achat.
Un blocage important concerne le système
éducatif dans beaucoup de nos pays, qui accentue le déséquilibre
numérique entre les sexes et empêche les filles
d'avoir les mêmes chances que les garçons. Le droit
à l'éducation, ainsi que d'autres droits fondamentaux
sont déniés aux femmes par un système coutumier
qui reste la cause de multiples discriminations.
Tous ces blocages sont maintenus par une échelle
de normes traditionnelles fréquemment partagées
et intériorisées par la femme elle même.
En effet, par manque de prise de conscience, par manque de formation
et par une vision fataliste, elle est très souvent complice
de sa propre situation de marginalisation.
Dans la société ecclésiale, ces blocages
sont parfois confirmés par une lecture unilatérale
de la Parole de Dieu, interprétée dans le sens
d'une soumission de la femme à son mari (voir surtout
Gn 2,21 et Eph 5,21 23). Tout cela, outre les entraves culturelles
déjà mentionnées, provoque en général
l'absence de la femme des lieux ecclésiaux de dialogue,
de réflexion et de consultation.
Exhortations et recommandations
Face à cette réalité nous,
Evêques de FACERAC, appelons tous les fidèles,
hommes et femmes, à un effort personnel et collectif
pour transformer toute situation qui s'oppose au développement
de la femme, et les invitons à travailler afin que cesse
toute forme de discrimination et d'injustice à l'égard
des femmes.
Nous condamnons toute pratique ou tradition qui
considère la femme comme inférieure à l'homme,
considération qui s'oppose à la vision chrétienne
de la personne humaine, créée à l'image
de Dieu.
Nous déplorons tout exercice de l'autorité
de l'homme sur la femme qui ne découle pas de l'esprit
évangélique d'amour, de communion et de service
réciproque, mais qui est le reflet plutôt d'une
vision non chrétienne des relations humaines.
Nous réaffirmons que, parmi les types de
mariages (traditionnel, civil, chrétien) qui se contractent
dans notre Région, incontestablement c'est le mariage
chrétien qui est le plus approprié pour combler
les attentes de la femme et mettre en valeur la réciprocité
et la complémentarité du couple. Son lien est
plus profond, parce qu'il est sacramentel et indissoluble et
qu'il apporte la grâce et la bénédiction
de Dieu dans un acte naturel et social.
Nous encourageons davantage les initiatives individuelles
et collectives pour un plus grand engagement en faveur de la
condition féminine, dans tous les domaines : sociaux,
économiques, politiques, culturels.
Nous encourageons les femmes à avoir confiance
en elles mêmes, afin qu'elles participent sans peur à
l'édification de l'Eglise et à la construction
de la société.
De manière particulière, nous soutenons
les mouvements des femmes en faveur de la justice et de la paix.
Nous appelons les gouvernants, les responsables
à différents niveaux de la société
civile, à s'engager davantage et sans ambiguïté
pour la promotion de la femme et pour la reconnaissance effective
de ses droits fondamentaux.
Résolutions
Nous, pasteurs et responsables de nos Eglises,
nous engageons à oeuvrer afin que la dignité de
la femme et la valeur de son engagement ecclésial soient
reconnues et appréciées. Les femmes ont été
les premiers témoins de la résurrection du Christ,
les premières aussi à annoncer cette vérité
aux apôtres (cf Mulieris dignitatem, 16).
A côté d'un travail constant de sensibilisation
et de transformation des mentalités, des structures concrètes
doivent être créées afin que nos Eglises
ne se contentent pas seulement des gestes ou de paroles de compassion,
mais témoignent d'une solidarité active et efficace
à l'égard des femmes.
Au niveau de PACERAC, nous décidons la
création de la Commission "Famille" au sein
de laquelle, entre autres, les problèmes de la femme
seront pris en considération.
Nous décidons, également, la mise
en place d'un comité de suivi de Malabo 2002, ayant pour
rôle d'une part, la confection d'un document développant
les réflexions de l'assemblée et d'autre part,
l'évaluation et le suivi de ses recommandations dans
les six pays de la Région.
Au niveau des Conférences épiscopales,
nous demandons que le Secrétariat à l'éducation
produise un rapport chaque année sur l'évolution
de la formation scolaire et universitaire des filles.
En outre, les Conférences épiscopales
s'engagent à promovoir l'insertion de femmes compétentes
dans l'enseignement dans les Grands séminaires et dans
la formation des prêtres en général.
Egalement, nous demandons qu'une commission présidée
par un Evêque soit mise en place pour la promotion de
la formation des religieuses et pour la sauvegarde d'une juste
autonomie des instituts diocésains de vie consacrée,
comme il est prévu par le Code de droit canonique.
Les Conférences épiscopales s'engagent
aussi à diffuser dans les différentes langues
officielles et nationales, le présent message.
Au niveau de chaque diocèse, que la commission
" Justice et Paix " s'engage dans la lutte contre
le poids de certaines traditions, là où elles
existent, comme l'excision, le mariage forcé et précoce,
les sévices infligés aux femmes , et qu'une réflexion
permanente soit menée sur l'autorité et l'amour
dans la vision de l'évangile.
Que les diocèses oeuvrent pour l'insertion
des femmes dans les lieux de réflexion, de consultation
et de dialogue, afin qu'elles puissent collaborer au processus
de prise de décision dans les Eglises particulières.
Au niveau des paroisses, que des structures permanentes
de formation et d'accompagnement soient créées
en vue de la préparation au mariage et de son suivi,
pour favoriser le dialogue entre les couples, la formation des
familles chrétiennes, l'intégration mutuelle des
époux dans leurs familles selon la vision chrétienne
(cf Mt 19,4) et une éducation non discriminatoire des
garçons et des filles.
Gratitude à l'égard des femmes
Nous, Evêques de l'ACERAC, remercions les
femmes pour leur participation active à nos assises à
Malabo et exprimons notre gratitude pour leur présence
si enrichissante au sein de nos Eglises.
Nous sommes, nous aussi, conscients de la "
dette incalculable " que l'humanité a à l'égard
de la tradition féminine (cf Lettre auxfemmes, 3).
Nous avons la conviction que lAfrique du troisième
millénaire ne pourra pas réussir sa mission évangélisatrice
sans la contribution des femmes.
Les femmes continuent à donner la vie aux
nouvelles générations chrétiennes et à
les éduquer dans la foi. Leur présence enrichit
le service et l'éducation du peuple de Dieu.
Nous voulons éveiller la conscience des
femmes de nos pays sur l'importance de leur contribution pour
faire resplendir le visage de Dieu, sa tendresse et sa beauté,
dans le continent africain.
Avec l'aide de l'Esprit Saint, sous la protection
de la Vierge Marie, la Femme par excellence, nous travaillerons
afin que la prise de conscience de la dignité de la femme
fasse son chemin dans notre Région, pour une meilleure
intelligence de la foi et un plus profond accueil du mystère
de Jésus Christ.
Fait à Malabo, le 13 juillet 2002
Pour les Evêques de FACERAC
Mgr Ildefonso OBAMA OBONO
Archevêque de Malabo et Président de FACERAC