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COMMUNIQUE FINAL / ASSEMBLEE PLENIERE ACERAC
Du 06 au 14 juillet 2002 à Malabo

Il s'est tenu à Malabo en Guinée Equatorial, du 06 au 14 juillet 2002, la 6ème Assemblée Plénière de l'Association des Conférences EpiScopales de la Région de l'Afrique Centrale (ACERAC), regroupant la Guinée Equatoriale, le Cameroun, le Congo Brazzaville, le Gabon, la Centrafrique et le Tchad. La rencontre a eu pour thème: "La Femme dans la Société et dans l'Eglise" avec, pour chaque Conférence Episcopale membre, la présence des trois femmes, dont une religieuse.

Cette grande Assemblée a été honorée, aux séances d'ouverture, par la présence du Premier Ministre, Représentant du Chef de l'Etat Equato guinéen et celle du Nonce Apostolique au Cameroun et en Guinée Equatoriale, Représentant du Saint Siège.

La réflexion sur la mission et la vocation de la femme dans la société et dans l'Eglise fait l'objet d'une attention spéciale de la part du Magistère officiel de l'Eglise; notamment: la Lettre Apostolique "Mulieris dignitatem" qui nous a permis de mieux cerner les fondements anthropologiques et théologiques de la dignité et de la vocation de la femme, et l'Exhortation Apostolique post synodale ~<Ecclesia in Africa" qui invite les Eglises d'Afrique à développer une réflexion approfondie sur les femmes, et les Conférences Episcopales à faire de leur rôle et de leur place dans l'Eglise l'objet d'une étude spécifique.

A l'issue de nos travaux, Nous, Evêques de l'ACERAC, invitons le Peuple de Dieu, à promouvoir de manière renouvelée la dignité éminente de la femme et sa vocation spécifique dans la famille, dans la société et dans l'Eglise.

Notre Assemblée Plénière s'est ensuite penchée sur les Commisions Episcopales Régionales et sur la Révision des Statuts de l'ACERAC. Elle a aussi consacré un temps précieux à l'étude du dossier de l'Université Catholique de l'Afrique Centrale (UCAC) Institut Catholique de Yaoundé (ICY). Les séances à huis clos du Conseil Supérieur et de tous les Evêques sur cette question, ont été présidées par Son Eminence le Cardinal Christian TUMI, Grand Chancelier de l'UCAC.

La 6ème Assemblée Plénière des Evêques de l'ACERAC exprime toute sa gratitude à l'endroit du Gouvernement Equato guinéen pour l'aide multiforme reçue qui a permis la tenue de cette grande Assemblée ecclésiale à Malabo. Elle remercie également l'Eglise de Dieu qui est en Guinée Equatoriale et Particulièrement l'Archidiocèse de Malabo et le Diocèse de Bata pour l'accueil chaleureux et l'organisation réussie de ces Assises.

Que la Vierge Marie, Femme bénie entre toutes les femmes, à laquelle le Peuple de Dieu se recommande, soutienne nos Eglises particulières afin qu'elles accomplissent leur service de communion, de charité et de réconciliation, pour le développement de nos peuples et pour la paix dans notre Région de l'Afrique centrale.

Fait à Malabo, le 13 juillet 2002
Pour les participants,
Le Président de FACERAC.

MESSAGE AU PEUPLE DE DIEU
par les Evêques de l'Association des Conférences Episcopales de la Région d'Afrique Centrale (ACERAC )

Cher(e)s soeurs et frères,
Fidèles du Christ,
Hommes et femmes de bonne volonté,
A vous grâce et paix par Dieu, notre Père.

Nous, Evêques de l'ACERAC, avons consacré notre Vlè" assemblée plénière au thème " La femme dans la société et dans l'Eglise ". Ce choix est une reconnaissance de l'importance du débat sur la condition féminine dans nos sociétés, ainsi que sur la mission de la femme dans nos Eglises, à la suite du Christ qui a redonné aux femmes leur pleine dignité.

A maintes reprises, après le Concile, le magistère de l'Eglise a développé une réflexion plus attentive sur les fondements anthropologiques et théologiques de la vocation et de la dignité de la femme, en vue d'une action pastorale efficace.

Cette réflexion demandait d'être poursuivie dans nos Eglises particulières, afin que la manifestation du génie féminin (cf Mulieris dignitatem, 30), trait d'un dessein de Dieu qui exige d'être accueilli et réalisé, puisse rayonner davantage.

C'est dans cette perspective qu'un approfondissement du thème a eu lieu à Malabo, du 6 au 14 juillet 2002, introduit par un Instrument de travail, complété par les témoignages des délégations des femmes des six pays de la Région.

La femme dans notre Région

" Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme etfemme il les créa " (Gn 1,27).

Tous les fidèles reconnaissent l'apport fondamental des femmes dans les différents domaines de notre société et de nos Eglises.

Sur le plan social et culturel, le rôle de la femme est fondamental. Elle est d'une façon indéniable un pilier de la famille. Donneuse de vie, elle s'occupe du foyer, de l'éducation des enfants ainsi que, très souvent, de leur scolarisation.

Sur le plan économique, les femmes mènent des activités génératrices de richesse, notamment dans les secteurs de l'agriculture, de l'élevage, de l'artisanat et du petit commerce.


Sur le plan politique, leur apport, même s'il est encore insuffisant, n'est pas sans importance. Elles sont souvent des militantes entreprenantes et engagées dans les partis politiques.

Sur le plan ecclésial, les femmes sont nombreuses et actives dans les paroisses et les communautés ecclésiales vivantes. Elles y assurent avec générosité et grande disponibilité des tâches multiples dans l'organisation des différents services, dans l'animation de la liturgie, dans les chorales, la catéchèse, les activités caritatives, les groupes de prière, les associations et les mouvements chrétiens. Les femmes consacrées, témoins des valeurs du royaume des cieux, ont un rôle précieux dans la vie ecclésiale et la société. Lorsqu'elles vivent pleinement leur vocation, elles sont perçues comme des modèles, des conseillères, des éducatrices qui édifient le peuple de Dieu.

Malgré ce constat positif de l'engagement des femmes, de leur travail irremplaçable, de leur contribution déterminante pour la vie de nos sociétés et de nos Eglises, nous relevons des blocages importants qui freinent leur promotion et leur épanouissement.

Le blocage majeur vient du poids des pratiques traditionnelles qui s'exprime dans le préjugé de la supériorité de l'homme sur la femme, inculqué par l'éducation depuis l'enfance. Cela se traduit sous forme d'interdits, d'exploitations et de réflexes socioculturels discriminatoires.

Nous mettons sous ce compte les mutilations génitales des femmes, les atteintes à leur intégrité physique, le mariage précoce ou forcé, le veuvage qui s'accomplit à travers des rites souvent pénibles pour la femme, trop facilement accusée d'être la cause de la mort de son mari.

En dehors des biocages iies aux pratiques traditionnelles, les femmes sont encore victimes des difficultés nouvelles telles que la prostitution et l'avortement, rendues plus aiguës par la pauvreté.

La polygamie, pratiquée dans nos pays, empêche l'épanouissement affectif et effectif de la femme et s'oppose à la conception chrétienne de l'amour conjugal qui exige la communion de toute la vie et une donation réciproque à part égale.

L'institution de la dot dégénère fréquemment en une sorte de commerce qui transforme la femme en objet de vente et d'achat.

Un blocage important concerne le système éducatif dans beaucoup de nos pays, qui accentue le déséquilibre numérique entre les sexes et empêche les filles d'avoir les mêmes chances que les garçons. Le droit à l'éducation, ainsi que d'autres droits fondamentaux sont déniés aux femmes par un système coutumier qui reste la cause de multiples discriminations.

Tous ces blocages sont maintenus par une échelle de normes traditionnelles fréquemment partagées et intériorisées par la femme elle même. En effet, par manque de prise de conscience, par manque de formation et par une vision fataliste, elle est très souvent complice de sa propre situation de marginalisation.


Dans la société ecclésiale, ces blocages sont parfois confirmés par une lecture unilatérale de la Parole de Dieu, interprétée dans le sens d'une soumission de la femme à son mari (voir surtout Gn 2,21 et Eph 5,21 23). Tout cela, outre les entraves culturelles déjà mentionnées, provoque en général l'absence de la femme des lieux ecclésiaux de dialogue, de réflexion et de consultation.

Exhortations et recommandations

Face à cette réalité nous, Evêques de FACERAC, appelons tous les fidèles, hommes et femmes, à un effort personnel et collectif pour transformer toute situation qui s'oppose au développement de la femme, et les invitons à travailler afin que cesse toute forme de discrimination et d'injustice à l'égard des femmes.

Nous condamnons toute pratique ou tradition qui considère la femme comme inférieure à l'homme, considération qui s'oppose à la vision chrétienne de la personne humaine, créée à l'image de Dieu.

Nous déplorons tout exercice de l'autorité de l'homme sur la femme qui ne découle pas de l'esprit évangélique d'amour, de communion et de service réciproque, mais qui est le reflet plutôt d'une vision non chrétienne des relations humaines.

Nous réaffirmons que, parmi les types de mariages (traditionnel, civil, chrétien) qui se contractent dans notre Région, incontestablement c'est le mariage chrétien qui est le plus approprié pour combler les attentes de la femme et mettre en valeur la réciprocité et la complémentarité du couple. Son lien est plus profond, parce qu'il est sacramentel et indissoluble et qu'il apporte la grâce et la bénédiction de Dieu dans un acte naturel et social.

Nous encourageons davantage les initiatives individuelles et collectives pour un plus grand engagement en faveur de la condition féminine, dans tous les domaines : sociaux, économiques, politiques, culturels.

Nous encourageons les femmes à avoir confiance en elles mêmes, afin qu'elles participent sans peur à l'édification de l'Eglise et à la construction de la société.

De manière particulière, nous soutenons les mouvements des femmes en faveur de la justice et de la paix.

Nous appelons les gouvernants, les responsables à différents niveaux de la société civile, à s'engager davantage et sans ambiguïté pour la promotion de la femme et pour la reconnaissance effective de ses droits fondamentaux.

Résolutions

Nous, pasteurs et responsables de nos Eglises, nous engageons à oeuvrer afin que la dignité de la femme et la valeur de son engagement ecclésial soient reconnues et appréciées. Les femmes ont été les premiers témoins de la résurrection du Christ, les premières aussi à annoncer cette vérité aux apôtres (cf Mulieris dignitatem, 16).

A côté d'un travail constant de sensibilisation et de transformation des mentalités, des structures concrètes doivent être créées afin que nos Eglises ne se contentent pas seulement des gestes ou de paroles de compassion, mais témoignent d'une solidarité active et efficace à l'égard des femmes.

Au niveau de PACERAC, nous décidons la création de la Commission "Famille" au sein de laquelle, entre autres, les problèmes de la femme seront pris en considération.

Nous décidons, également, la mise en place d'un comité de suivi de Malabo 2002, ayant pour rôle d'une part, la confection d'un document développant les réflexions de l'assemblée et d'autre part, l'évaluation et le suivi de ses recommandations dans les six pays de la Région.

Au niveau des Conférences épiscopales, nous demandons que le Secrétariat à l'éducation produise un rapport chaque année sur l'évolution de la formation scolaire et universitaire des filles.

En outre, les Conférences épiscopales s'engagent à promovoir l'insertion de femmes compétentes dans l'enseignement dans les Grands séminaires et dans la formation des prêtres en général.

Egalement, nous demandons qu'une commission présidée par un Evêque soit mise en place pour la promotion de la formation des religieuses et pour la sauvegarde d'une juste autonomie des instituts diocésains de vie consacrée, comme il est prévu par le Code de droit canonique.

Les Conférences épiscopales s'engagent aussi à diffuser dans les différentes langues officielles et nationales, le présent message.

Au niveau de chaque diocèse, que la commission " Justice et Paix " s'engage dans la lutte contre le poids de certaines traditions, là où elles existent, comme l'excision, le mariage forcé et précoce, les sévices infligés aux femmes , et qu'une réflexion permanente soit menée sur l'autorité et l'amour dans la vision de l'évangile.

Que les diocèses oeuvrent pour l'insertion des femmes dans les lieux de réflexion, de consultation et de dialogue, afin qu'elles puissent collaborer au processus de prise de décision dans les Eglises particulières.

Au niveau des paroisses, que des structures permanentes de formation et d'accompagnement soient créées en vue de la préparation au mariage et de son suivi, pour favoriser le dialogue entre les couples, la formation des familles chrétiennes, l'intégration mutuelle des époux dans leurs familles selon la vision chrétienne (cf Mt 19,4) et une éducation non discriminatoire des garçons et des filles.


Gratitude à l'égard des femmes

Nous, Evêques de l'ACERAC, remercions les femmes pour leur participation active à nos assises à Malabo et exprimons notre gratitude pour leur présence si enrichissante au sein de nos Eglises.

Nous sommes, nous aussi, conscients de la " dette incalculable " que l'humanité a à l'égard de la tradition féminine (cf Lettre auxfemmes, 3).

Nous avons la conviction que lAfrique du troisième millénaire ne pourra pas réussir sa mission évangélisatrice sans la contribution des femmes.

Les femmes continuent à donner la vie aux nouvelles générations chrétiennes et à les éduquer dans la foi. Leur présence enrichit le service et l'éducation du peuple de Dieu.

Nous voulons éveiller la conscience des femmes de nos pays sur l'importance de leur contribution pour faire resplendir le visage de Dieu, sa tendresse et sa beauté, dans le continent africain.

Avec l'aide de l'Esprit Saint, sous la protection de la Vierge Marie, la Femme par excellence, nous travaillerons afin que la prise de conscience de la dignité de la femme fasse son chemin dans notre Région, pour une meilleure intelligence de la foi et un plus profond accueil du mystère de Jésus Christ.

Fait à Malabo, le 13 juillet 2002

Pour les Evêques de FACERAC
Mgr Ildefonso OBAMA OBONO
Archevêque de Malabo et Président de FACERAC

 
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