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CONSEIL PONTIFICAL DE LA CULTURE
CONSEIL PONTIFICAL POUR LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX
JÉSUS-CHRIST LE PORTEUR D'EAU VIVE
Une réflexion chrétienne sur le "Nouvel
Âge"
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TABLE DES MATIÈRES
Avant-propos
1. Quel genre de reflexion?
1.1. Pourquoi maintenant?
1.2. L'Ère des communications
1.3. Le contexte culturel
1.4. Le Nouvel Âge et la foi catholique
1.5. Un défi stimulant
2. La Spiritualite nouvel Âge: aperçu general
2.1. Qu'y a-t-il de nouveau dans le Nouvel Âge?
2.2. Que prétend offrir le Nouvel Âge?
2.2.1. Enchantement: il doit y avoir un ange
2.2.2. Harmonie et compréhension: les bonnes vibrations
2.2.3. La santé: une vie épanouie
2.2.4. "Totalité": un voyage magique vers l'inconnu
2.3. Les principes fondamentaux de la pensée Nouvel Âge
2.3.1. Une réponse globale dans un temps de crise
2.3.2. La matrice principale de la pensée Nouvel Âge
2.3.3. Les grands thèmes du Nouvel Âge
2.3.4. Que dit le Nouvel Âge de....
2.3.4.1. ...la personne humaine?
2.3.4.2. ...Dieu?
2.3.4.3. ...le monde?
2.4. "Hôtes de l'histoire ou du mythe"? Nouvel Âge
et culture.
2.5. Pourquoi le Nouvel Âge s'est-il répandu si vite
et si facilement?
3. Nouvel Âge et spiritualite chretienne
3.1. Le nouvel Âge comme spiritualité
3.2. Un narcissisme spirituel?
3.3. Le Christ cosmique
3.4. Mystique chrétienne et mystique Nouvel Âge
3.5. Le "Dieu intérieur" et la "theosis"
4. Nouvel Âge et foi chretienne en contraste
5. Jesus-christ nous offre l'eau vive
6. Indications importantes
6.1. L'accompagnement et une solide formation sont nécessaires
6.2. Initiatives pratiques
7. Appendice
7.1. Quelques brèves formulations des idées Nouvel
Âge
7.2. Glossaire choisi
7.3. Hauts lieux du Nouvel Âge
8. References
8.1. Documents du magistère de l'Église catholique
8.2. Études chrétiennes
9. Bibliographie generale
9.1. Quelques ouvrages Nouvel Âge
AVANT-PROPOS
La présente étude traite du "Nouvel Âge"
ou "New Age", un phénomène complexe qui
influence maints aspects de la culture contemporaine.
Cette étude est un rapport provisoire. Elle est le fruit
de la réflexion commune du Groupe de Travail sur les Nouveaux
Mouvements Religieux, formé de membres du "staff"
de différents dicastères du Saint-Siège:
les Conseils Pontificaux de la Culture et pour le Dialogue Interreligieux
(qui sont les principaux rédacteurs de ce projet), la Congrégation
pour l'Evangélisation des Peuples et le Conseil Pontifical
pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens.
Les réflexions présentées ici s'adressent
avant tout à ceux qui sont engagés dans l'action
pastorale afin qu'ils soient en mesure d'expliquer en quoi le
mouvement du Nouvel Âge diffère de la foi chrétienne.
Cette étude est une invitation à prendre en considération
la soif spirituelle de beaucoup de nos contemporains, hommes et
femmes. Il est nécessaire de reconnaître que l'attrait
exercé par la religiosité Nouvel Âge sur certains
chrétiens peut en partie s'attribuer à l'absence
d'une prise en considération sérieuse, de la part
de leurs propres communautés, des thèmes qui font
vraiment objet de la synthèse catholique. Ces thèmes
sont, entre autres: l'importance de la dimension spirituelle de
l'homme et son intégration dans un "tout" de
vie, la recherche du sens de la vie, les liens entre les êtres
humains et le reste de la création, le désir de
transformation personnelle et sociale, le rejet d'une vision rationaliste
et matérialiste de l'humanité.
Ce document attire l'attention sur la nécessité
de connaître et de comprendre le Nouvel Âge comme
courant culturel, mais aussi sur l'exigence, pour les catholiques,
de comprendre la doctrine et la spiritualité catholiques
authentiques de manière à discerner correctement
les thèmes de ce courant. Les deux premiers chapitres présentent
le Nouvel Âge comme une tendance culturelle multiforme,
ainsi qu'une analyse des principaux fondements de la pensée
transmis dans ce contexte. Aux chapitres trois et suivants, on
trouvera des indications en vue d'une enquête approfondie
sur ce mouvement face au message chrétien. Quelques suggestions
de nature pastorale sont également proposées.
Ceux qui souhaitent approfondir l'étude du Nouvel Âge
trouveront d'utiles références en appendice. On
espère en particulier que cet ouvrage sera un encouragement
à mener des études plus poussées dans les
différents contextes culturels. Son but est aussi d'encourager
un discernement chez ceux qui sont à la recherche de points
de repère solides pour une vie plus pleine. Nous sommes
vraiment convaincus que chez beaucoup de nos contemporains "en
recherche", il est possible de découvrir une vraie
soif de Dieu. Comme l'a dit le Pape Jean-Paul II à un groupe
d'évêques des États-Unis: "Les Pasteurs
doivent se demander honnêtement s'ils prêtent suffisamment
d'attention à la soif du cur humain pour la véritable
'eau vive' que seul le Christ, notre Rédempteur, peut lui
apporter (cf. Jn 4, 7-13). Ils devraient insister sur la dimension
spirituelle de la foi, sur l'éternelle fraîcheur
du message de l'Évangile et sur sa capacité de transformer
et de renouveler ceux qui l'acceptent" (AAS 86/4, 330).
1. QUEL GENRE DE RÉFLEXION?
Les réflexions qui suivent veulent être un guide
pour les catholiques engagés dans l'annonce de l'Évangile
et dans l'enseignement de la foi, à quelque niveau que
ce soit, dans l'Église. Ce document n'a pas pour but de
fournir un ensemble de réponses exhaustives aux nombreuses
questions posées par le Nouvel Âge ou les autres
signes contemporains de l'éternelle recherche humaine de
sens, du bonheur et du salut. C'est une invitation à comprendre
ce courant culturel et à engager un dialogue sincère
avec ceux qui sont influencés par sa pensée. Le
document guide la compréhension et la réponse au
Nouvel Âge des personnes engagées dans une tâche
pastorale, illustrant les points où cette spiritualité
s'oppose à la foi catholique et réfutant les théories
embrassées par les penseurs Nouvel Âge en contraste
avec la foi chrétienne. Ce qui est vraiment demandé
aux chrétiens, c'est d'abord et avant tout, une foi reposant
sur des fondements solides. Sur cette base stable, ils peuvent
bâtir une vie qui soit une réponse positive à
l'appel contenu dans la première Épître de
Pierre: "Soyez toujours prêts à la défense
contre quiconque vous demande raison de l'espérance qui
est en vous. Mais que ce soit avec douceur et respect, en possession
d'une bonne conscience" (1 P 3, 15 ss.).
1.1. Pourquoi maintenant?
Le troisième millénaire s'ouvre non seulement deux
mille ans après la naissance du Christ, mais aussi en un
temps où des astrologues croient que l'ère des Poissons,
connue d'eux comme l'ère chrétienne, touche à
sa fin. Les réflexions présentées ici portent
sur le Nouvel Âge, qui a emprunté son nom à
l'ère astrologique imminente du Verseau. Le Nouvel Âge
est une des nombreuses explications de la signification de ce
moment historique dont est bombardée la culture contemporaine
(surtout occidentale), et il est difficile d'y distinguer clairement
ce qui est compatible avec le message chrétien et ce qui
ne l'est pas. Il semble donc que le moment soit venu de proposer
une évaluation chrétienne de la pensée du
Nouvel Âge et du mouvement Nouvel Âge dans son ensemble.
On a dit, avec raison, que beaucoup d'hommes balancent aujourd'hui
entre certitude et incertitude, en particulier sur les questions
liées à leur identité.1 Quelques-uns affirment
que la religion chrétienne est patriarcale et autoritaire,
que les institutions politiques sont incapables de changer le
monde, et que la médecine officielle (allopathique) échoue
clairement à guérir vraiment les hommes. Le fait
que ce qui était autrefois des éléments centraux
de la société soit aujourd'hui perçu comme
peu fiable ou dépourvu d'une autorité véritable
a créé un climat dans lequel les individus regardent
en eux-mêmes, à la recherche de sens et de force.
Ils se tournent aussi vers les institutions alternatives, dont
ils espèrent qu'elles répondront à leurs
besoins profonds. La vie chaotique ou peu structurée des
communautés alternatives des années 1970 a donné
lieu à une recherche de discipline et de structures, qui
sont des éléments-clés de certains mouvements
"mystiques" très répandus aujourd'hui.
Le Nouvel Âge séduit surtout parce qu'une grande
partie de ce qu'il offre répond à des besoins que
les institutions établies n'ont pas toujours été
capables de satisfaire.
Mais si le Nouvel Âge est né, dans une large mesure,
en réaction contre la culture contemporaine, il en est
en même temps, sous bien des aspects, l'héritier
direct. La Renaissance et la Réforme ont façonné
l'individu occidental moderne, peu enclin à accepter le
poids d'une autorité simplement extrinsèque ou de
la tradition. Les hommes éprouvent de moins en moins le
besoin d'" appartenir " à des institutions (et
pourtant la solitude est un grand fléau de la vie moderne)
et ne sont plus disposés à faire passer les jugements
"officiels" avant les leurs. Ce culte de l'homme s'accompagne
d'une intériorisation de la religion qui prépare
le terrain à la sacralisation du "moi". C'est
la raison pour laquelle le Nouvel Âge a beaucoup de valeurs
en commun avec la culture d'entreprise et l'"évangile
de la prospérité" (dont il sera question plus
en détail au chapitre 2.4), et avec la culture consumériste,
dont l'influence est bien perceptible dans le nombre sans cesse
croissant de ceux qui affirment qu'il est possible de mêler
le christianisme au Nouvel Âge, en prenant ce qui leur semble
le meilleur de chacun.2 Il vaut la peine de rappeler que certaines
déviances au sein du christianisme sont allées au-delà
du théisme traditionnel en acceptant un repli sur soi à
sens unique, au risque d'encourager un tel mélange d'approches.
Ce qu'il est important d'observer, c'est que dans certaines pratiques
Nouvel Âge, Dieu est réduit à la fonction
de soutenir la promotion de l'individu.
Le Nouvel Âge s'adresse à ceux qui adhèrent
pleinement aux valeurs de la culture moderne, considérant
comme sacrées la liberté, l'authenticité,
l'indépendance et autres valeurs du même ordre. Il
s'adresse à ceux qui ont des problèmes avec le patriarcat.
Il "ne demande pas plus de foi qu'il n'en faut pour aller
au cinéma",3 tout en déclarant satisfaire les
besoins spirituels des gens. Mais la question cruciale qui se
pose ici est: qu'entend-t-on exactement par spiritualité
dans les milieux du Nouvel Âge? La réponse met en
lumière quelques différences entre la tradition
chrétienne et la mouvance Nouvel Âge. Certaines tendances
du Nouvel Âge exploitent les pouvoirs de la nature et tentent
de communiquer avec un autre monde pour découvrir le destin
des individus, ou pour les aider à se brancher sur la bonne
vibration afin de tirer le meilleur parti d'eux-mêmes et
des circonstances. Dans la plupart des cas, il est totalement
fataliste. Le christianisme, au contraire, est une invitation
à regarder hors de soi et au-delà, vers le "nouvel
avènement" d'un Dieu qui nous appelle à vivre
le dialogue d'amour.4
1.2. L'ère des communications
Depuis quelques années, la révolution technologique
des communications a créé une situation entièrement
nouvelle. La facilité et la rapidité avec lesquelles
les hommes peuvent désormais communiquer est une des raisons
pour lesquelles le Nouvel Âge a réussi à attirer
l'attention de personnes de tous âges et de tous milieux,
au point que beaucoup de ceux qui suivent le Christ ne savent
plus trop ce qu'il en est. L'Internet en particulier a pris une
influence considérable, surtout chez les jeunes, pour qui
il représente un moyen congénial et fascinant d'obtenir
des informations. Mais c'est aussi un moyen insidieux de désinformation
sur bien des aspects de la religion: ce qui est présenté
sous l'étiquette "chrétien" ou "catholique"
est loin d'être toujours un reflet fidèle des enseignements
de l'Église catholique, et en même temps, les sites
Nouvel Âge se multiplient, allant des plus sérieux
aux plus ridicules. Une information fiable sur les différences
entre le christianisme et le Nouvel Âge est donc plus que
jamais nécessaire.
1.3. Le contexte culturel
En examinant diverses traditions Nouvel Âge, on s'aperçoit
qu'en fait, bien peu de choses sont véritablement nouvelles.
S'il semble que ce terme se soit répandu d'abord à
travers les Rosicruciens et les Francs-Maçons au temps
des révolutions française et américaine,
la réalité qu'il dénote est plutôt
une variante contemporaine de l'ésotérisme occidental,
dont l'origine remonte aux groupes gnostiques des premiers siècles
du christianisme. Ayant pris un nouvel essor en Europe à
l'époque de la Réforme, il se développa parallèlement
aux conceptions scientifiques du monde et acquit peu à
peu une justification rationnelle aux XVIIIe et XIXe siècles.
Il se caractérise par le rejet progressif d'un Dieu personnel
au profit d'entités qui servaient souvent d'intermédiaires
entre Dieu et l'humanité dans le christianisme traditionnel,
en leur faisant subir des adaptations de plus en plus originales
ou en leur en adjoignant d'autres. Une autre tendance de la culture
moderne occidentale qui a puissamment contribué à
la diffusion des idées Nouvel Âge est l'acceptation
générale de la théorie évolutionniste
de Darwin qui, avec l'accent mis sur les forces spirituelles cachées
ou forces de la nature, a jeté les bases de ce qui est
connu aujourd'hui comme la théorie du Nouvel Âge.
En réalité, si le Nouvel Âge a bénéficié
d'un accueil si favorable, c'est parce que la vision du monde
sur laquelle il se fondait était déjà largement
acceptée. Le terrain avait été bien préparé
par les progrès du relativisme et par l'indifférence
ou même l'antipathie envers la religion chrétienne.
Par ailleurs, un débat très animé a porté
sur le point de savoir si, et dans quelle mesure, le Nouvel Âge
pouvait être considéré comme un phénomène
post-moderne. L'existence et la ferveur de la pensée et
de la pratique Nouvel Âge confirment le désir inextinguible
de transcendance de l'esprit humain et de sens religieux, ce qui
n'est pas seulement un phénomène culturel actuel,
mais était déjà manifeste dans le monde antique
chez les chrétiens comme chez les païens.
1.4. Le Nouvel Âge et la foi catholique
Même s'il est possible d'admettre que la religiosité
Nouvel Âge répond, d'une certaine manière,
aux désirs spirituels légitimes de la nature humaine,
il est nécessaire de reconnaître que cette tentative
s'inscrit toujours à l'opposé de la révélation
chrétienne. C'est surtout dans la culture occidentale que
les approches " alternatives " à la spiritualité
attirent de plus en plus. D'une part, les nouvelles formes d'affirmation
psychologique de l'individu sont très en vogue chez des
catholiques, jusque dans les lieux de retraite, séminaires
et maisons de formation pour religieux. En même temps, on
constate une certaine nostalgie et un regain de curiosité
pour la sagesse et les rites d'autrefois, qui expliquent en partie
l'intérêt croissant pour l'ésotérisme
et le gnosticisme. Beaucoup sont attirés en particulier
par ce qui est connu, à tort ou à raison, comme
la spiritualité "celtique" 5 ou les religions
des peuples de l'Antiquité. Les ouvrages et les cours sur
la spiritualité et les religions anciennes ou orientales
sont en plein essor, et ils sont souvent présentés
sous l'étiquette "Nouvel Âge" à
des fins commerciales. Cependant, les liens avec ces religions
ne sont pas toujours évidents et sont même souvent
démentis.
Un discernement chrétien approprié sur la pensée
et la pratique Nouvel Âge ne manquera pas de reconnaître,
comme pour le gnosticisme du second et du troisième siècle,
qu'elles représentent un compendium de propositions que
l'Église a qualifié d'hétérodoxes.
Jean-Paul II met en garde contre "la question de la renaissance
de certaines traditions du gnosticisme antique sous la forme de
ce qu'on appelle le New Age". "Il est impossible de
se laisser bercer par l'illusion que ce retour de la gnose préluderait
à un renouveau de la religion. Il s'agit tout simplement
de la version moderne d'une attitude spirituelle qui, au nom d'une
prétendue connaissance supérieure de Dieu, finit
par rejeter définitivement sa Parole en la remplaçant
par des paroles toutes humaines. La gnose n'a jamais disparu du
champ du christianisme. Elle a toujours cohabité avec lui,
parfois en tant que courant philosophique, plus souvent sous des
formes religieuses ou parareligieuses, en opposition nette, même
si elle n'est pas explicite, avec l'essentiel du christianisme".6
Un exemple nous est donné par l'ennéagramme - un
instrument pour l'analyse du charactère selon neuf catégories
- qui, lorsqu'on l'utilise comme instrument de croissance spirituelle,
introduit une ambiguïté dans la doctrine et la pratique
de la foi chrétienne.
1.5. Un défi stimulant
L'attrait pour la religiosité Nouvel Âge ne doit
pas être sous- évalué. Une compréhension
imparfaite de la foi chrétienne autorise certains à
considérer à tort que la religion chrétienne
n'inspire pas une spiritualité profonde et à regarder
ailleurs. À vrai dire, certains pensent que le Nouvel Âge
tire à sa fin et parlent déjà du "prochain"
âge.7 Ils parlent d'une crise qui se serait manifestée
au début des années 1990 aux États-Unis,
tout en admettant que, surtout en dehors du monde anglophone,
cette "crise" pourrait se produire plus tard. Pourtant,
le succès des librairies et stations de radio ainsi que
la myriade de groupes de réalisation de soi apparus dans
les villes, petites et grandes, s'inscrivent en faux contre une
telle affirmation. Il semble que, pour le moment du moins, le
Nouvel Âge soit encore très vivant et très
présent sur la scène culturelle contemporaine.
Le succès du Nouvel Âge est un défi pour l'Église.
Les hommes ont le sentiment que la religion chrétienne
ne leur offre pas ce dont ils ont vraiment besoin. La recherche
qui les amène au Nouvel Âge est une aspiration authentique:
à une spiritualité plus profonde, à quelque
chose qui touche leur cur et donne un sens à un monde
confus et souvent aliénant. Il y a du vrai dans les critiques
que le Nouvel Âge porte au "matérialisme de
la vie quotidienne, de la philosophie et même de la médecine
et de la psychiatrie; au réductionnisme qui refuse de prendre
en considération les expériences religieuses et
surnaturelles; à la culture industrielle de l'individualisme
effréné qui encourage l'égoïsme et se
désintéresse totalement des autres peuples, du futur
et de l'environnement".8 Les problèmes que peut poser
le Nouvel Âge naissent plutôt de ses réponses
alternatives aux questions de la vie. Si l'Église ne veut
pas être accusée de rester sourde aux aspirations
des hommes, il faut que ses membres fassent deux choses: s'ancrer
encore plus fermement dans les fondements de leur foi, et percevoir
le cri souvent silencieux qui s'élève du cur
des hommes, et les porte ailleurs s'ils ne trouvent pas une réponse
dans l'Église. C'est aussi un appel à s'unir plus
intimement à Jésus-Christ et à marcher à
sa suite, lui qui est vraiment le chemin du bonheur, de la vérité
sur Dieu et de la plénitude de vie pour tous ceux qui sont
prêts à répondre à son amour.
2. LA SPIRITUALITÉ NOUVEL ÂGE: APERÇU GÉNÉRAL
Les chrétiens, dans beaucoup de sociétés
occidentales et de plus en plus souvent aussi dans d'autres parties
du monde, sont fréquemment en contact avec divers aspects
du phénomène du Nouvel Âge. Beaucoup veulent
comprendre quelle est la meilleure façon d'aborder ce phénomène
fascinant, complexe, insaisissable et parfois même dérangeant.
Les réflexions qui suivent sont une tentative pour aider
les chrétiens à faire deux choses:
- Identifier les éléments de la tradition Nouvel
Âge en expansion;
- Déterminer, parmi ces éléments, ceux qui
s'opposent à la révélation chrétienne.
Cette réponse pastorale à un défi actuel
ne cherche pas à dresser la liste complète des phénomènes
du Nouvel Âge, parce que ce serait trop long et que ce genre
d'informations se trouve facilement ailleurs. Il est essentiel
d'essayer de comprendre correctement le Nouvel Âge afin
de pouvoir le juger de façon impartiale, en évitant
d'en faire une caricature. Il ne serait ni juste ni raisonnable
d'affirmer que tout ce qui est lié au Nouvel Âge
est bon, ou inversement que tout est mauvais. Mais il demeure
quand même difficile, étant donnée la vision
de la religiosité Nouvel Âge, de le réconcilier
avec la doctrine et la spiritualité chrétienne.
Le Nouvel Âge n'est pas un mouvement selon le sens que l'on
donne à ce terme dans l'expression " Nouveaux mouvements
religieux ", et il ne correspond pas non plus à ce
que l'on entend généralement par les termes de "
culte " ou de " secte ". S'étendant à
toutes les cultures, dans des domaines aussi variés que
la musique, le cinéma, les séminaires, les stages,
les retraites, les thérapies et bien d'autres activités
ou manifestations, il est beaucoup plus répandu et informel,
même si certains groupes religieux ou para-religieux incorporent
sciemment des éléments Nouvel Âge, et si le
Nouvel Âge est considéré par certains comme
une source d'inspiration pour diverses sectes religieuses et para-religieuses.9
Loin d'être un mouvement unifié et uniforme, le Nouvel
Âge est au contraire un réseau fluide d'adeptes dont
l'approche est de penser globalement mais agir localement. Ceux
qui font partie de ce réseau ne se connaissent pas nécessairement
entre eux et ne se rencontrent que rarement, ou même jamais.
Pour tenter d'éviter la confusion que pourrait causer l'emploi
du terme " mouvement ", certains préfèrent
parler du Nouvel Âge comme d'un " milieu ",10
ou d'un " culte d'audience " (audience cult).11 Cependant,
on souligne aussi que " c'est un courant de pensée
très cohérent ",12 un défi délibéré
à la culture moderne. Il s'agit d'une structure syncrétique
rassemblant toute sorte d'éléments, ce qui permet
aux individus de partager des intérêts ou de nouer
des relations à divers degrés et avec différents
niveaux d'engagement. Nombre de tendances, pratiques et attitudes
appartenant de quelque façon au Nouvel Âge ressortent
en réalité d'une réaction générale
et facilement identifiable contre la culture ambiante. En ce sens,
le terme " mouvement " n'est pas totalement inapproprié,
et peut être appliqué au Nouvel Âge au même
titre qu'il l'est à d'autres grands mouvements sociaux
tels que le mouvement pour les droits civils ou celui pour la
paix. Car comme eux, il comprend un ensemble hétéroclite
d'individus qui, tout en adhérant aux grands objectifs
du mouvement, diffèrent beaucoup par leur niveau d'engagement
et leur interprétation des questions particulières.
L'expression " religion Nouvel Âge " étant
encore plus controversée, il est préférable
d'éviter de l'employer, même si le Nouvel Âge
représente bien souvent une réponse aux questions
et aux besoins religieux des hommes et qu'il s'adresse surtout
à ceux qui tentent de trouver, ou de retrouver, la dimension
spirituelle de leur vie. Éviter d'employer le terme "
religion Nouvel Âge " ne signifie nullement contester
le caractère authentique de cette aspiration à donner
une signification et un sens à sa vie, mais seulement respecter
la distinction très nette que font la plupart des adeptes
du Nouvel Âge entre " religion " et " spiritualité
". Beaucoup d'entre eux ont rejeté la religion organisée,
estimant qu'elle ne répondait pas à leurs besoins,
pour aller chercher ailleurs la " spiritualité ".
En outre, le Nouvel Âge étant convaincu que le temps
des religions particulières est révolu, en parler
comme d'une religion irait à l'encontre de l'idée
qu'il se fait de lui-même. Il est cependant assez juste
de situer le Nouvel Âge dans le contexte plus vaste de la
religiosité ésotérique, dont la fascination
ne cesse de grandir.13
Il convient de mentionner ici un problème inhérent
à la présente étude. S'étant donné
comme but de comprendre et d'évaluer un phénomène
qui est fondamentalement une exaltation de la richesse de l'expérience
humaine, elle risque d'être accusée de ne pas faire
justice à un mouvement culturel dont l'essence est précisément
de rompre ce qu'il considère comme les limites contraignantes
du discours rationnel. En fait, c'est surtout une invitation s'adressant
à tous les chrétiens pour qu'ils prennent le Nouvel
Âge au sérieux et instaurent un dialogue critique
avec ces personnes qui abordent le même monde à partir
de perspectives bien différentes.
L'efficacité pastorale de l'Église au troisième
millénaire dépend dans une large mesure de la préparation
de bons communicateurs du message évangélique. Ce
qui suit est une réponse aux difficultés indiquées
par beaucoup quand il s'agit d'affronter le phénomène
complexe et fuyant du Nouvel Âge. C'est une tentative pour
comprendre ce qu'est le Nouvel Âge et identifier les questions
auxquelles il dit apporter des réponses et des solutions.
Il existe d'excellents ouvrages et d'autres études qui
envisagent ce phénomène dans son ensemble ou sous
certains aspects particuliers, dont quelques-uns sont indiqués
en annexe. Ces documents ne font pas toujours preuve, à
la lumière de la foi chrétienne, du discernement
nécessaire. La présente étude a pour but
d'aider les catholiques à découvrir la clé
d'interprétation des principes de base de la pensée
Nouvel Âge pour pouvoir porter une appréciation chrétienne
sur les éléments qui se présentent à
eux. Il faut dire aussi que beaucoup réfutent le terme
Nouvel Âge, lui préférant celui de "
spiritualité alternative ", jugé plus correct
et moins limitatif. Il est vrai aussi qu'une grande partie des
phénomènes mentionnés dans ce document ne
portent pas d'étiquette, mais on suppose, pour faire court,
que le lecteur reconnaîtra un phénomène ou
un ensemble de phénomènes pouvant à juste
titre être reliés au mouvement culturel souvent appelé
Nouvel Âge.
2.1. Qu'y a-t-il de nouveau dans le Nouvel Âge?
Pour beaucoup, le terme Nouvel Âge indique clairement un
tournant majeur dans l'histoire. D'après les astrologues,
nous sommes actuellement dans l'ère des Poissons, qui a
été dominée par le christianisme. Mais l'ère
des Poissons est sur le point de faire place à la nouvelle
ère (en anglais New Age) du Verseau, en ce début
du troisième millénaire.14 Si l'ère du Verseau
jouit d'un tel prestige dans le mouvement Nouvel Âge, cela
est dû en grande partie à l'influence de la théosophie,
du spiritisme, de l'anthroposophie et de leurs prédécesseurs
ésotériques. Ceux qui mettent l'accent sur l'imminence
d'un changement au niveau mondial expriment souvent le souhait
d'un tel changement, et cela non pas tant dans le monde que dans
notre culture, dans notre façon de nous rapporter au monde.
Cela est particulièrement évident chez ceux qui
avancent l'idée d'un Nouveau Paradigme de vie. Cette approche
est attrayante, car dans certaines de ses expressions, les hommes
ne se contentent pas d'observer passivement, mais contribuent
effectivement à changer la culture et à faire apparaître
une nouvelle conscience spirituelle. Dans d'autres expressions,
l'accent est mis plutôt sur la progression inexorable des
cycles naturels. Quoi qu'il en soit, l'ère du Verseau n'est
pas une théorie, mais une vision. Le Nouvel Âge est
une tradition très vaste qui incorpore toute sorte d'idées
n'ayant pas de lien direct avec le passage de l'ère des
Poissons à celle du Verseau. On y trouve des visions modérées
et plutôt générales d'un futur où la
spiritualité planétaire côtoiera des religions
séparées, où des institutions politiques
planétaires similaires compléteront les institutions
plus locales, avec des entités économiques globales
jugées plus participatives et démocratiques, une
plus grande place donnée à la communication et à
l'éducation, une approche mixte à la santé
combinant la médecine officielle et l'auto-guérison,
une perception plus androgyne de soi-même, et des systèmes
intégrant la science, le mysticisme, la technologie et
l'écologie. Encore une fois, tout cela révèle
une aspiration profonde à une vie plus pleine et plus saine
pour les hommes et pour la planète. Parmi les traditions
qui confluent dans le Nouvel Âge, on peut citer, entre autres,
les pratiques occultes de l'Égypte ancienne, la kabbale,
le gnosticisme des premiers siècles du christianisme, le
soufisme, le savoir druidique, le christianisme celtique, l'alchimie
médiévale, l'hermétisme de la Renaissance,
le bouddhisme zen et le yoga, etc.15
Voici la " nouveauté " du Nouvel Âge: c'est
un " syncrétisme d'éléments ésotériques
et séculiers ",16 qui convergent dans la perception
très répandue que le moment est venu d'un changement
radical des individus, de la société et du monde.
Il existe diverses expressions de ce besoin de changement:
- De la physique mécanique newtonienne à la physique
quantique;
- De l'exaltation moderne de la raison à la valorisation
des sentiments, des émotions et des expériences
(en passant de la pensée rationnelle 'de l'hémisphère
gauche' du cerveau à la pensée intuitive 'de l'hémisphère
droit');
- De la prédominance des valeurs viriles et patriarcales
à la célébration des valeurs féminines,
dans l'individu comme dans la société.
Dans cette perspective, le terme de " changement de paradigme
" est souvent employé. Certains vont même jusqu'à
suggérer qu'un tel changement n'est pas seulement souhaitable,
mais inéluctable. Le rejet de la modernité qui est
à l'origine de ce désir de changement n'est pas
nouveau, mais peut être décrit comme une " résurgence
moderne des religions païennes influencée par les
religions orientales, la psychologie, la philosophie, la science,
et la contre-culture répandue dans les années 1950
et 1960 ".17 En fait, si le Nouvel Âge est bien le
signe d'une révolution culturelle et d'un rejet des idées
et des valeurs de la culture occidentale, son criticisme idéaliste
est lui- même paradoxalement typique des cultures qu'il
condamne.
Il convient de dire quelques mots à propos du changement
de paradigme. L'expression a été lancée par
Thomas Kuhn, un historien des sciences américain qui voyait
le paradigme comme " un ensemble de croyances, valeurs, techniques,
etc. partagées par les membres d'une communauté
donnée ".18 Lors du passage d'un paradigme à
un autre, il y a un changement total de perspective plutôt
qu'une transition progressive. Il s'agit véritablement
d'une révolution, et Kuhn ajoute que les paradigmes concurrents
sont incompatibles et ne peuvent pas coexister. Donc l'idée
que le changement de paradigme, appliquée aux religions
et à la spiritualité, soit tout simplement une nouvelle
façon d'affirmer les croyances traditionnelles, n'est pas
juste. On assiste vraiment à l'apparition d'une nouvelle
vision du monde qui remet en cause non seulement le contenu, mais
aussi l'interprétation fondamentale de la vision précédente.
Le meilleur exemple en est peut-être, du point de vue des
rapports entre le Nouvel Âge et le christianisme, le remaniement
complet de la vie et de la signification de Jésus-Christ.
Il s'agit de deux visions inconciliables.19
La science et la technologie n'ayant manifestement pas réussi
à donner tout ce qu'elles semblaient promettre autrefois,
les hommes se sont tournés vers la spiritualité
dans leur quête de libération. Le Nouvel Âge,
tel que nous le connaissons aujourd'hui, est le fruit d'une aspiration
à quelque chose de plus humain et de plus beau que l'expérience
opprimante et aliénante de la vie de la société
occidentale. Ses premiers représentants ayant poussé
leur recherche très loin dans toutes les directions, il
a adopté une approche extrêmement éclectique.
S'il est bien possible que ce soit le signe d'un " retour
à la religion ", ce n'est certainement pas un retour
aux doctrines et aux croyances chrétiennes orthodoxes.
Les premiers symboles qui permirent à ce " mouvement
" de pénétrer dans la culture occidentale furent
le célèbre festival de Woodstock en 1969 dans l'État
de New York, et la comédie musicale Hair qui présentait
les grands thèmes du Nouvel Âge dans sa chanson emblématique
" Aquarius ".20 Mais ce n'était que la pointe
d'un iceberg dont les dimensions ne se sont précisées
qu'assez récemment. L'idéalisme des années
1960 et 1970 subsiste encore dans certains secteurs, mais aujourd'hui,
ce ne sont plus les adolescents qui sont les plus concernés.
Les liens avec les idéologies politiques de gauche se sont
relâchés, et les drogues psychédéliques
ne sont plus aussi répandues qu'elles ne l'étaient
à l'époque. Tant de choses se sont produites depuis
que tout cela ne semble plus révolutionnaire. Les tendances
"spirituelles" et "mystiques", cantonnées
autrefois à la contre- culture, se sont maintenant largement
intégrées à la culture ambiante dans des
domaines aussi divers que la médecine, la science, l'art
ou la religion. La culture occidentale est désormais empreinte
d'une conscience politique et écologique diffuse, et ce
changement culturel global a eu une forte incidence sur le style
de vie des individus. Certains suggèrent que le "mouvement"
Nouvel Âge est précisément cette transition
majeure vers ce qu'ils considèrent comme "un mode
de vie nettement meilleur".21
2.2. Que prétend offrir le Nouvel Âge?
2.2.1. Enchantement: il doit y avoir un ange
Un des éléments récurrents de la "spiritualité"
Nouvel Âge est la fascination pour les manifestations extraordinaires,
et en particulier pour les entités paranormales. Des personnes
considérées comme des "médiums"
affirment que leur personnalité est sous l'emprise d'une
autre entité pendant les transes, par un phénomène
Nouvel Âge appelé channeling au cours duquel le médium
peut perdre le contrôle de son corps et de ses facultés.
Ceux qui ont assisté à ces séances n'ont
généralement pas de mal à admettre que ces
manifestations sont bien de nature spirituelle, mais qu'elles
ne proviennent pas de Dieu, en dépit du langage d'amour
et de lumière qui est presque toujours utilisé...
Il serait probablement plus correct de les considérer plutôt
comme une nouvelle forme de spiritisme, que comme une manifestation
de spiritualité proprement dite. Dans le monde des esprits,
d'autres amis et conseillers sont les anges (qui sont aujourd'hui
au centre d'un marché florissant de livres et d'images).
Dans le Nouvel Âge, ceux qui se réfèrent aux
anges ne le font généralement pas de façon
systématique, les distinctions trop précises en
la matière étant jugées inutiles, car "il
existe de nombreux niveaux de guides, entités, énergies
et êtres dans chaque angle de l'univers... Ils sont tous
là pour être contactés et choisis en fonction
de vos mécanismes d'attraction et de répulsion".22
Ces entités spirituelles sont souvent invoquées
pour des motifs 'non-religieux', comme aider à se détendre
afin de prendre une meilleure décision ou mieux contrôler
sa vie ou sa carrière. Une autre expérience Nouvel
Âge relatée par des personnes qui se présentent
comme des 'mystiques' est la fusion avec les esprits qui instruisent
par l'intermédiaire de certaines personnes. Enfin, certains
esprits de la nature sont décrits comme des énergies
puissantes, présentes dans le monde naturel et sur les
"plans intérieurs", des plans auxquels on accède
à l'aide de rituels, drogues ou autres techniques destinées
à produire des états de conscience altérés.
Il est clair que dans le Nouvel Âge, en théorie du
moins, on ne reconnaît généralement pas d'autre
autorité spirituelle que sa propre expérience intérieure.
2.2.2. Harmonie et compréhension: les bonnes vibrations
Des phénomènes aussi différents que le jardin
de Findhorn et le Feng Shui23 montrent chacun à sa façon
l'importance de se mettre au diapason de la nature et du cosmos.
Dans le Nouvel Âge, il n'existe pas de distinction entre
le bien et le mal. Les actions humaines sont le fruit soit de
l'illumination, soit de l'ignorance. En conséquence, personne
ne doit être condamné, et personne n'a besoin d'être
pardonné. La croyance dans l'existence du mal ne peut qu'engendrer
la négativité et la peur. La réponse à
la négativité est l'amour. Il ne s'agit pas d'un
amour qui doit être traduit en actes, mais plutôt
d'une attitude mentale. L'amour est énergie, une vibration
à haute fréquence, et le secret du bonheur, de la
santé et du succès réside dans la capacité
de "se brancher" sur cette vibration et de trouver ainsi
sa place dans la grande chaîne de l'être. Les instructeurs
et les guérisseurs du Nouvel Âge affirment offrir
la clé des correspondances entre tous les éléments
de l'univers qui permet aux individus de moduler la tonalité
de leur vie et d'être en parfaite harmonie avec les autres
être humains et avec tout ce qui les entoure. Le cadre théorique
de référence change toutefois selon les auteurs.24
2.2.3. La santé: une vie épanouie (golden living)
La médecine officielle (allopathique) tend aujourd'hui
à ne traiter que des symptômes particuliers, isolés,
sans chercher à avoir une vue d'ensemble de l'état
de santé de l'individu, ce qui donne lieu bien souvent
à une insatisfaction compréhensible. Si les thérapies
alternatives ont un tel succès, c'est parce qu'elles affirment
considérer l'individu dans son ensemble et qu'elles cherchent
à guérir plutôt qu'à soigner. La conception
holistique de la santé, comme on le sait, se concentre
sur le rôle déterminant de la psyché dans
la guérison du corps. Le lien entre les aspects spirituel
et physique de la personne résiderait dans le système
immunitaire ou dans le système indien des chakras. Dans
l'optique Nouvel Âge, la maladie et la souffrance sont la
conséquence d'un comportement contre nature. Quand on est
en harmonie avec la nature, on peut s'attendre à avoir
une meilleure santé, et même la prospérité
matérielle. Certains guérisseurs Nouvel Âge
vont même jusqu'à soutenir que la mort n'est pas
inéluctable. En développant notre potentiel humain,
nous pouvons entrer en contact avec notre Dieu intérieur
et avec certaines parties de nous-même qui ont été
aliénées ou supprimées. Cela apparaît
surtout dans les États de Conscience Altérés
(Altered States of Consciousness: ASC), induits soit par des drogues,
soit par différentes techniques d'élargissement
de la conscience, notamment dans le cadre de la " psychologie
transpersonnelle ". Le chaman est souvent vu comme un spécialiste
des états de conscience altérés, un être
capable d'être un intermédiaire entre le domaine
transpersonnel des esprits et des dieux et le monde des humains.
2.2. Que prétend offrir le Nouvel Âge?
2.2.1. Enchantement: il doit y avoir un ange
Un des éléments récurrents de la "spiritualité"
Nouvel Âge est la fascination pour les manifestations extraordinaires,
et en particulier pour les entités paranormales. Des personnes
considérées comme des " médiums "
affirment que leur personnalité est sous l'emprise d'une
autre entité pendant les transes, par un phénomène
Nouvel Âge appelé channeling au cours duquel le médium
peut perdre le contrôle de son corps et de ses facultés.
Ceux qui ont assisté à ces séances n'ont
généralement pas de mal à admettre que ces
manifestations sont bien de nature spirituelle, mais qu'elles
ne proviennent pas de Dieu, en dépit du langage d'amour
et de lumière qui est presque toujours utilisé...
Il serait probablement plus correct de les considérer plutôt
comme une nouvelle forme de spiritisme, que comme une manifestation
de spiritualité proprement dite. Dans le monde des esprits,
d'autres amis et conseillers sont les anges (qui sont aujourd'hui
au centre d'un marché florissant de livres et d'images).
Dans le Nouvel Âge, ceux qui se réfèrent aux
anges ne le font généralement pas de façon
systématique, les distinctions trop précises en
la matière étant jugées inutiles, car "
il existe de nombreux niveaux de guides, entités, énergies
et êtres dans chaque angle de l'univers... Ils sont tous
là pour être contactés et choisis en fonction
de vos mécanismes d'attraction et de répulsion ".22
Ces entités spirituelles sont souvent invoquées
pour des motifs 'non-religieux', comme aider à se détendre
afin de prendre une meilleure décision ou mieux contrôler
sa vie ou sa carrière. Une autre expérience Nouvel
Âge relatée par des personnes qui se présentent
comme des 'mystiques' est la fusion avec les esprits qui instruisent
par l'intermédiaire de certaines personnes. Enfin, certains
esprits de la nature sont décrits comme des énergies
puissantes, présentes dans le monde naturel et sur les
" plans intérieurs ", des plans auxquels on accède
à l'aide de rituels, drogues ou autres techniques destinées
à produire des états de conscience altérés.
Il est clair que dans le Nouvel Âge, en théorie du
moins, on ne reconnaît généralement pas d'autre
autorité spirituelle que sa propre expérience intérieure.
2.2.2. Harmonie et compréhension: les bonnes vibrations
Des phénomènes aussi différents que le jardin
de Findhorn et le Feng Shui23 montrent chacun à sa façon
l'importance de se mettre au diapason de la nature et du cosmos.
Dans le Nouvel Âge, il n'existe pas de distinction entre
le bien et le mal. Les actions humaines sont le fruit soit de
l'illumination, soit de l'ignorance. En conséquence, personne
ne doit être condamné, et personne n'a besoin d'être
pardonné. La croyance dans l'existence du mal ne peut qu'engendrer
la négativité et la peur. La réponse à
la négativité est l'amour. Il ne s'agit pas d'un
amour qui doit être traduit en actes, mais plutôt
d'une attitude mentale. L'amour est énergie, une vibration
à haute fréquence, et le secret du bonheur, de la
santé et du succès réside dans la capacité
de " se brancher " sur cette vibration et de trouver
ainsi sa place dans la grande chaîne de l'être. Les
instructeurs et les guérisseurs du Nouvel Âge affirment
offrir la clé des correspondances entre tous les éléments
de l'univers qui permet aux individus de moduler la tonalité
de leur vie et d'être en parfaite harmonie avec les autres
être humains et avec tout ce qui les entoure. Le cadre théorique
de référence change toutefois selon les auteurs.24
2.2.3. La santé: une vie épanouie (golden living)
La médecine officielle (allopathique) tend aujourd'hui
à ne traiter que des symptômes particuliers, isolés,
sans chercher à avoir une vue d'ensemble de l'état
de santé de l'individu, ce qui donne lieu bien souvent
à une insatisfaction compréhensible. Si les thérapies
alternatives ont un tel succès, c'est parce qu'elles affirment
considérer l'individu dans son ensemble et qu'elles cherchent
à guérir plutôt qu'à soigner. La conception
holistique de la santé, comme on le sait, se concentre
sur le rôle déterminant de la psyché dans
la guérison du corps. Le lien entre les aspects spirituel
et physique de la personne résiderait dans le système
immunitaire ou dans le système indien des chakras. Dans
l'optique Nouvel Âge, la maladie et la souffrance sont la
conséquence d'un comportement contre nature. Quand on est
en harmonie avec la nature, on peut s'attendre à avoir
une meilleure santé, et même la prospérité
matérielle. Certains guérisseurs Nouvel Âge
vont même jusqu'à soutenir que la mort n'est pas
inéluctable. En développant notre potentiel humain,
nous pouvons entrer en contact avec notre Dieu intérieur
et avec certaines parties de nous-même qui ont été
aliénées ou supprimées. Cela apparaît
surtout dans les États de Conscience Altérés
(Altered States of Consciousness: ASC), induits soit par des drogues,
soit par différentes techniques d'élargissement
de la conscience, notamment dans le cadre de la " psychologie
transpersonnelle ". Le chaman est souvent vu comme un spécialiste
des états de conscience altérés, un être
capable d'être un intermédiaire entre le domaine
transpersonnel des esprits et des dieux et le monde des humains.
Il existe une grande variété d'approches aux thérapies
holistiques, dont certaines s'inspirent d'anciennes traditions
culturelles, religieuses ou ésotériques, d'autres
des théories psychologiques élaborées à
Esalen dans les années 1960-70. Le Nouvel Âge fait
publicité d'un large éventail de pratiques telles
que l'acuponcture, le biofeedback, la chiropraxie, la kinésiologie,
l'homéopathie, l'iridologie, les massages et différentes
sortes de techniques corporelles (comme l'ergonomie, le Feldenkrais,
la réflexologie, le Rolfing, le massage en polarité,
le toucher thérapeutique, etc.), la méditation et
la visualisation, les thérapies nutritionnelles, les traitements
psychiques, différentes sortes de médecine des plantes,
la guérison par les cristaux, les métaux, la musique
ou les couleurs, les thérapies de la réincarnation
et enfin les programmes en douze étapes et les groupes
de réalisation de soi.25 Il est dit que c'est en nous-mêmes
que se trouve la source de la guérison, et que nous pouvons
l'atteindre en nous mettant en contact avec notre énergie
intérieure ou énergie cosmique.
Dans la mesure où la bonne santé comporte un allongement
de la vie, le Nouvel Âge propose une formule orientale en
termes occidentaux. À l'origine, la réincarnation
faisait partie de la pensée cyclique hindoue, basée
sur l'atman ou noyau divin de la personnalité (devenu plus
tard le concept de jiva), transmigrant d'un corps à l'autre
dans un cycle de souffrances (samsara), déterminé
par la loi du karma et lié au comportement dans les vies
antérieures. L'espérance réside dans la possibilité
de renaître dans un meilleur état ou même d'être
finalement libéré de la nécessité
de se réincarner. Dans la plupart des traditions bouddhistes,
ce n'est pas l'âme qui transmigre de corps en corps, mais
un continuum de conscience. La vie présente s'inscrit dans
un processus cosmique potentiellement infini qui inclut même
les dieux. En Occident, depuis l'époque de Lessing, la
réincarnation est vue de façon plus optimiste, comme
un processus progressif d'apprentissage et d'accomplissement individuel.
Le spiritisme, la théosophie, l'anthroposophie et le Nouvel
Âge considèrent la réincarnation comme une
participation à l'évolution cosmique. Cette approche
post-chrétienne à l'eschatologie permettrait de
répondre aux questions non résolues de la théodicée
et d'éliminer la notion d'enfer. Quand l'âme se sépare
du corps, on peut jeter un regard en arrière sur toutes
ses vies passées, et quand elle s'unit à un nouveau
corps, on a un aperçu de la nouvelle vie à venir.
En outre, les individus peuvent avoir accès à leurs
vies antérieures à travers les rêves et les
techniques de méditation.26
2.2.4. " Totalité ": un voyage magique vers l'inconnu
Une des préoccupations centrales du mouvement Nouvel Âge
est la recherche de la " totalité ". Il encourage
à dépasser toute forme de " dualisme ",
considérant ces divisions comme le produit malsain d'un
passé obscurantiste. Les divisions que, selon les adeptes
du Nouvel Âge, il faut surmonter, mettent en cause la différence
fondamentale entre Créateur et créé, la réelle
distinction entre homme et nature, entre esprit et matière,
tous et toutes considérées à tort comme des
formes de dualisme. Ces tendances dualistes sont souvent considérées
comme découlant, en dernière analyse, des racines
judéo-chrétiennes de la civilisation occidentale
alors qu'il serait plus correct de les mettre en relation avec
le gnosticisme, et surtout avec le manichéisme. La révolution
scientifique et le rationalisme moderne sont critiqués
en particulier pour leur tendance à la fragmentation: non
seulement ils traitent les ensembles organiques comme des mécanismes
réduits d'abord à leurs plus petits composants et
expliqués ensuite dans ces termes, mais ils tendent même
à réduire l'esprit à la matière, à
tel point que la réalité spirituelle, y compris
l'âme, n'est plus que " l'épiphénomène
" contingent d'un processus essentiellement matériel.
Dans tous ces domaines, les alternatives Nouvel Âge sont
" holistiques ". Le holisme imprègne tout le
mouvement du Nouvel Âge, de son intérêt pour
les traitements holistiques à sa recherche d'une approche
unitive, sa conscience écologique, ou encore l'idée
d'une " mise en réseau " globale.
2.3. Les principes fondamentaux de la pensée Nouvel Âge
2.3.1. Une réponse globale dans un temps de crise
" Tant la tradition chrétienne que la croyance séculière
dans un progrès illimité de la science ont connu
une grave rupture, qui s'est manifestée pour la première
fois dans les révolutions estudiantines de 1968 ".27
La sagesse des générations précédentes
s'est trouvée brusquement privée de sa signification
et du respect dont elle jouissait tandis que la toute-puissance
de la science se dissipait, en sorte qu'aujourd'hui l'Église
" doit faire face à une grave crise de transmission
de sa foi aux jeunes générations ".28 La perte
générale de confiance dans ces piliers traditionnels
de la conscience et de la cohésion sociale s'est accompagnée
d'un retour inattendu de la religiosité cosmique, de rites
et croyances dont beaucoup considéraient qu'ils avaient
été supplantés par le christianisme. En réalité,
ce courant ésotérique souterrain n'a jamais entièrement
disparu. En revanche, l'intérêt pour les religions
orientales qui s'est répandu à partir de la fin
du XIXe siècle sous l'influence du mouvement théosophique
est, dans le contexte occidental, une donnée nouvelle qui
" reflète la conscience croissante d'une spiritualité
globale incorporant toutes les traditions religieuses existantes
".29
L'éternelle question philosophique de l'un et du multiple
se manifeste, dans sa version moderne et contemporaine, par le
besoin pressant de surmonter toute division, voire même
toute différence et distinction. L'expression la plus commune
en est le holisme, qui constitue à la fois un élément
essentiel du Nouvel Âge et un signe des temps dans le dernier
quart du XXe siècle. Une formidable quantité d'énergie
a été consacrée à la tentative de
surmonter les cloisonnements propres à l'idéologie
mécaniste, au risque de devoir se soumettre à un
réseau global revêtant une autorité quasi
transcendantale. Les conséquences les plus évidentes
en sont un processus de transformation conscient et le développement
de l'écologie.30 La nouvelle vision, qui est le but de
cette transformation consciente, a mis du temps à être
formulée, et son application est entravée par les
formes de pensée plus anciennes qui, dit-on, luttent pour
maintenir le " statu quo ". L'écologie comme
fascination pour la nature et re-sacralisation de la Terre, la
Terre Mère ou Gaia, a connu un immense succès et
s'est généralisée grâce au zèle
missionnaire propre aux politiques des Verts. La race humaine
tout entière doit devenir " l'administrateur "
de la Terre, et seul un gouvernement global peut assurer l'harmonie
et la compréhension nécessaires à une bonne
gouvernance, dans un cadre éthique global. La chaleur de
la Terre Mère, dont la divinité s'étend à
toute la création, comble, dit-on, le fossé entre
la création et le Dieu-Père transcendant du judaïsme
et du christianisme en écartant la perspective de devoir
être jugés par un tel Être.
Dans cette vision d'un univers clos, contenant " Dieu "
et d'autres êtres spirituels en plus de nous-mêmes,
nous identifions un panthéisme implicite. C'est là
un point fondamental qui transparaît dans toute la pensée
et la pratique Nouvel Âge et qui conditionne d'avance toute
appréciation positive que l'on pourrait avoir pour l'un
ou l'autre des aspects de sa spiritualité. En tant que
chrétiens, nous croyons au contraire, que " l'homme
est essentiellement créature et qu'il reste tel pour l'éternité,
de sorte qu'une absorption du moi humain dans le moi divin ne
sera jamais possible ".31
2.3.2. La matrice principale de la pensée Nouvel Âge
La matrice essentielle de la pensée Nouvel Âge réside
dans la tradition ésotérico-théosophique,
une tradition qui était largement répandue dans
les cercles intellectuels européens au XVIIIe et au XIXe
siècle. On la retrouve en particulier dans la franc-maçonnerie,
le spiritisme, l'occultisme et la théosophie, qui avaient
en commun une sorte de culture ésotérique. Dans
cette vision du monde, les univers visible et invisible sont reliés
entre eux par une série de correspondances, analogies et
influences, entre le microcosme et le macrocosme, entre les métaux
et les planètes, entre les planètes et les différentes
parties du corps humain, entre le cosmos visible et les règnes
invisibles de la réalité. La Nature est un être
vivant, parcouru par des influx de sympathie et d'antipathie et
animé par un feu secret que les êtres humains cherchent
à maîtriser. Les hommes peuvent entrer en contact
avec les mondes supérieurs ou inférieurs par l'imagination
(un organe de l'âme et de l'esprit), ou a travers des médiateurs
(anges, esprits, démons) ou des rituels.
Il est possible de s'initier aux mystères du cosmos, de
Dieu et du moi à travers un parcours spirituel de transformation.
Mais le vrai but est la gnose, la forme la plus haute du savoir,
l'équivalent du salut, qui demande une recherche des traditions
les plus antiques et les plus élevées de la philosophie
(appelée de façon incorrecte philosophia perennis)
et de la religion (théologie primordiale), et une doctrine
secrète (ésotérique) contenant la clé
de toutes les traditions " exotériques " accessibles
à tous. Les enseignements ésotériques sont
transmis de maître à disciple suivant un programme
d'initiation progressif.
Certains pensent que l'ésotérisme du XIXe siècle
a été entièrement sécularisé.
L'alchimie, la magie, l'astrologie et les autres branches de l'ésotérisme
traditionnel ont été complétées par
des éléments de la culture moderne, tels que la
recherche des lois de causalité, l'évolutionnisme,
la psychologie et l'étude des religions. Cette forme d'ésotérisme
a atteint sa forme la plus achevée dans la présentation
qu'en a fait Hélène Blavatsky, le médium
russe qui, avec Henry Olcott, fonda la Société théosophique
en 1875 à New York. Cette société, qui entendait
fusionner des éléments des traditions orientale
et occidentale dans un type de spiritualisme évolutif,
s'était donnée trois grands objectifs:
1) " Former le noyau de la Fraternité Universelle
de l'humanité, sans distinction de race, religion, caste
ou couleur.
2) " Promouvoir l'étude des religions comparées,
de la philosophie et de la science.
3) " Explorer les lois inexpliquées de la Nature et
les pouvoirs latents de l'homme.
" Le sens de ces objectifs... devrait être clair. Le
premier est un rejet implicite du 'fanatisme irrationnel' et du
'sectarisme' du christianisme traditionnel, tel que le perçoivent
les spirites et les théosophes... Ce qui n'est pas immédiatement
évident dans ces objectifs, c'est que pour les théosophes
la 'science' signifiait les sciences occultes, et la philosophie
l'occulta philosophia. Enfin, les lois de la nature sont de nature
occulte ou psychique et l'étude des religions comparées
est censée révéler la 'tradition primordiale',
qui s'inspire en définitive de la philosophia perennis
hermétique ".32
Une des lignes de force des ouvrages de Mme Blavatsky était
l'émancipation de la femme, ce qui impliquait une attaque
contre le Dieu " mâle " du judaïsme, du christianisme
et de l'islam. Elle prônait un retour à la déesse
mère de l'hindouisme et à la pratique des vertus
féminines. Ses idées furent reprises ensuite par
Annie Besant, qui était à l'avant-garde du mouvement
féministe. Les mouvements Wicca et " Women's spirituality
" poursuivent aujourd'hui cette bataille contre le christianisme
" patriarcal ".
Marilyn Ferguson a consacré un chapitre de son livre Les
enfants du Verseau aux précurseurs de l'ère du Verseau,
à ceux qui jetèrent les bases d'une vision transformatrice
fondée sur l'élargissement de la conscience et l'expérience
du dépassement de soi. Elle cite en particulier le psychologue
américain William James et le psychiatre suisse Carl Gustav
Jung. William James affirmait que la religion est une expérience,
mais pas un dogme, et il proclamait que les hommes peuvent modifier
leur attitude mentale au point de devenir les artisans de leur
propre destin. Jung mit l'accent sur le caractère transcendant
de la conscience et introduisit la notion d'inconscient collectif,
une sorte de réservoir de symboles et de souvenirs communs
aux peuples de tous les temps et de toutes les cultures. D'après
Wouter Hanegraaff, ces deux auteurs ont contribué à
la " sacralisation de la psychologie ", qui deviendra
un élément important de la pensée et de la
pratique Nouvel Âge. En effet, Jung, " n'a pas seulement
psychologisé l'ésotérisme, mais il a aussi
sacralisé la psychologie en la chargeant des contenus de
la spéculation ésotérique. Il en a résulté
un corps de théories qui permettent aux hommes de parler
de Dieu en désignant en fait leur propre psyché,
et de leur propre psyché désignant la divinité.
Si la psyché est 'l'esprit' et si Dieu est lui aussi 'esprit',
parler de l'un équivaut à parler de l'autre ".33
À l'accusation d'avoir " psychologisé "
le christianisme, il répondait que " la psychologie
est le mythe moderne, et ce n'est qu'à la lumière
du mythe contemporain que nous pouvons comprendre la foi ".34
Il est certain que la psychologie de Jung éclaire maints
aspects de la foi chrétienne, et notamment la nécessité
d'affronter la réalité du mal, mais ses convictions
religieuses varient tellement au cours des diverses époques
de sa vie, qu'il s'en dégage une image confuse de Dieu.
Un élément central de sa pensée est le culte
du soleil, dans lequel Dieu est l'énergie vitale (libido)
de la personne.35 Comme il le dit lui-même, " cette
comparaison n'est pas qu'un simple jeu de mots ".36 En réalité,
Jung se réfère au " dieu intérieur ",
cette divinité essentielle qu'il voyait dans tout être
humain. Le chemin du monde intérieur passe par l'inconscient.
Et dans le monde extérieur, ce qui correspond au monde
intérieur est l'inconscient collectif.
Cette tendance à confondre la psychologie et la spiritualité
fut reprise par le Mouvement de Développement du Potentiel
Humain, qui s'est développé à la fin des
années 1960 à l'Institut Esalen, en Californie.
La psychologie transpersonnelle, fortement influencée par
les religions orientales et par Jung, propose un parcours contemplatif
où la science et le mysticisme se rencontrent. L'accent
mis sur la corporéité, la recherche de techniques
d'élargissement de la conscience et l'intérêt
porté aux mythes de l'inconscient collectif étaient
autant d'incitations à rechercher le " Dieu intérieur
" en soi. Pour réaliser son potentiel, l'homme devait
dépasser son ego et devenir le dieu qu'il est au fin fond
de lui-même. Pour cela, il fallait choisir la thérapie
appropriée: méditation, expériences parapsychologiques,
recours aux drogues hallucinogènes. Tous ces moyens devaient
permettre de réaliser des expériences " ultimes
" ou " mystiques ", de fusion avec Dieu et avec
le cosmos.
Le symbole du Verseau, emprunté à la mythologie
astrologique, est devenu le signe d'une aspiration à un
monde radicalement nouveau. Deux centres en particulier se sont
fait les grands promoteurs du Nouvel Âge à l'origine,
et le sont encore aujourd'hui, dans une certaine mesure: il s'agit
de la communauté de Findhorn, au nord-est de l'Écosse,
et le Centre de Développement du Potentiel Humain de Big
Sur, en Californie, aux États-Unis. La diffusion du Nouvel
Âge a été fortement alimentée par le
développement d'une conscience globale et par la crainte
croissante d'une crise écologique imminente.
2.3.3. Les grands thèmes du Nouvel Âge
Le Nouvel Âge n'est pas à proprement parler une religion,
bien qu'il s'intéresse à ce que l'on appelle "
divin ". Il consiste essentiellement dans une association
informelle regroupant toutes sortes d'activités, d'idées
et d'individus pouvant répondre à cette appellation.
On n'y trouve donc pas de structure pouvant être comparée,
même de loin, aux doctrines des religions organisées.
Mais malgré cela, et en dépit de l'immense variété
constatée au sein du Nouvel Âge, il est possible
de dégager quelques points communs:
- Le cosmos est un tout organique;
- Il est animé par une Énergie, qui est assimilée
à l'âme ou l'esprit de Dieu;
- On croit dans la médiation de diverses entités
spirituelles: les humains sont capables de s'élever jusqu'aux
sphères supérieures de l'invisible et de contrôler
leur vie après la mort;
- On croit dans l'existence d'une " connaissance éternelle
", antérieure et supérieure à toutes
les religions et cultures;
- Les individus suivent des maîtres illuminés...
2.3.4. Que dit le Nouvel Âge de...
2.3.4.1. ... la personne humaine?
Le Nouvel Âge croit fermement dans la perfectibilité
de la personne humaine au moyen d'un large éventail de
techniques et de thérapies (par opposition à la
conception chrétienne de la coopération avec la
grâce divine). Il est généralement d'accord
pour dire avec Nietzsche que le christianisme a empêché
la pleine manifestation de l'humanité authentique. La perfection,
dans cette optique, consiste dans la réalisation de soi
suivant un ordre de valeurs que nous créons nous-mêmes
et que nous accomplissons par nos propres forces. Aussi peut-on
parler d'un moi auto-créateur. De ce point de vue, il y
a davantage d'écart entre les hommes tels qu'ils sont aujourd'hui
et tels qu'ils seront quand ils auront pleinement réalisé
leur potentiel, qu'il n'y en a entre les hommes et les anthropoïdes.
Il est bon de bien distinguer l'ésotérisme, qui
est une recherche de la connaissance, de la magie ou occultisme,
qui est un outil pour obtenir des pouvoirs. Certains groupes sont
à la fois ésotériques et occultistes. Au
cur de l'occultisme, il y a une volonté de puissance
basée sur le rêve de devenir divin. Les techniques
d'élargissement de la conscience sont destinées
à révéler aux hommes leur pouvoir divin,
qui leur permettra d'ouvrir la voie à l'ère de l'Illumination.
Une des formes extrêmes de cette exaltation de l'humanité
qui invertit le juste rapport entre Créateur et créature
est le satanisme. Satan devient le symbole d'une rébellion
contre les conventions et les règles, un symbole qui prend
souvent des formes agressives, égoïstes et violentes.
Certains groupes protestants ont manifesté leur inquiétude
devant la présence subliminale de ce qu'ils considèrent
comme un symbolisme satanique dans certaines variétés
de musique rock, qui ont une grande influence sur les jeunes.
On est bien loin du message de paix et d'harmonie du Nouveau Testament!
C'est là une des conséquences de l'exaltation de
l'homme, quand celle-ci en vient à nier l'existence d'un
Dieu transcendant.
Ce phénomène ne touche pas seulement les jeunes.
Les thèmes fondamentaux de la culture ésotérique
sont également présents dans les domaines de la
politique, de l'éducation et de la législation.37
C'est le cas en particulier de l'écologie. En mettant fortement
l'accent sur le bio-centrisme, l'écologie radicale finit
par rejeter la vision anthropologique de la Bible dans laquelle
les hommes sont au centre du monde parce que qualitativement supérieurs
aux autres formes naturelles. C'est une tendance très marquée
aujourd'hui dans la législation et dans l'éducation,
même si elle rabaisse l'humanité. Cette même
matrice culturelle ésotérique apparaît dans
les théories qui sont à la base des politiques de
contrôle des naissances et des expérimentations de
génie génétique, et qui semblent exprimer
le rêve des hommes de se créer à nouveau.
Comment espèrent- on y parvenir? En déchiffrant
le code génétique, en altérant les lois naturelles
de la sexualité, en défiant les limites de la mort.
Dans ce qui peut être considéré comme une
présentation classique du Nouvel Âge, les individus
naissent avec une étincelle divine, concept qui est une
réminiscence du gnosticisme ancien. Ce fait les relie à
l'unité du Tout. Ils sont donc vus, essentiellement, comme
des êtres divins, bien qu'ils participent de cette divinité
cosmique à des niveaux de conscience différents.
Nous sommes co-créateurs et nous créons notre propre
réalité. Certains auteurs Nouvel Âge soutiennent
que nous choisissons les circonstances de notre vie (et même
notre état de santé, bon ou mauvais), dans une vision
où chaque individu est considéré comme la
source créatrice de l'univers. Mais nous devons faire un
voyage pour découvrir notre place exacte dans l'unité
du cosmos. Ce voyage est la psychothérapie, et le salut
est la reconnaissance de la conscience universelle. Il n'y a pas
de péché: il n'y a qu'une connaissance imparfaite.
L'identité de chaque être humain est diluée
dans l'être universel et dans la série des incarnations
successives. Les individus sont soumis à l'influence déterminante
des astres, mais peuvent s'ouvrir à la divinité
qui vit en eux à travers la recherche constante (à
l'aide des techniques appropriées) d'une plus grande harmonie
entre le moi et l'énergie cosmique divine. Point n'est
besoin de Révélation ou de Salut venu de l'extérieur:
il suffit de faire l'expérience du salut présent
au fond de soi-même (auto-rédemption), grâce
à la maîtrise des techniques psychophysiques menant
à l'illumination définitive.
Certaines étapes de ce parcours d'auto-rédemption
sont préparatoires (méditation, bien-être
corporel, émanation d'énergies d'auto- guérison).
Elles représentent le point de départ de processus
de spiritualisation, de perfectionnement et d'illumination qui
contribue à améliorer la maîtrise de soi et
la concentration psychique sur la " transformation "
du moi individuel en " conscience cosmique ". La personne
humaine est destinée à connaître une série
de réincarnations dans lesquelles son âme passera
d'un corps à un autre. Il ne s'agit pas ici du cycle du
samsara au sens d'une purification comme châtiment, mais
d'une montée progressive vers le développement parfait
de son potentiel.
On fait appel à la psychologie pour expliquer l'élargissement
de la conscience comme expérience " mystique ".
Le yoga, le zen, la méditation transcendantale et les exercices
tantriques mènent à l'expérience de la pleine
réalisation de soi ou illumination. Les expériences
extraordinaires (le rebirthing qui consiste à revivre sa
propre naissance, les voyages aux portes de la mort, le biofeedback,
la danse et même les drogues, tout ce qui peut produire
une altération de l'état de conscience) mènent
à la conscience de l'unité et à l'illumination.
Comme il y a un seul Esprit, certaines personnes peuvent servir
de canal pour approcher les êtres supérieurs. Chaque
partie de cet unique être universel est reliée à
toutes les autres parties. L'approche classique au Nouvel Âge
est celle de la psychologie transpersonnelle, dont les principaux
concepts sont l'Esprit universel, le moi supérieur, l'inconscient
collectif ou personnel et l'ego individuel. Le moi supérieur,
qui est notre véritable identité, jette un pont
entre Dieu comme intelligence divine et l'humanité. Le
développement spirituel est ce contact avec le moi supérieur
qui permet de dépasser toute forme de dualisme entre sujet
et objet, vie et mort, psyché et soma, moi et aspects fragmentaires
du moi. Notre personnalité limitée est comme une
ombre ou un rêve projeté par le moi authentique.
Le moi supérieur contient le souvenir des (ré)incarnations
précédentes.
2.3.4.2. ...Dieu?
Le Nouvel Âge a une préférence marquée
pour les religions orientales ou pré-chrétiennes,
considérant qu'elles n'ont pas été touchées
par les distorsions judéo-chrétiennes. D'où
son intérêt pour les antiques rites agricoles et
les cultes de la fécondité. " Gaia ",
la Terre Mère, est présentée comme une alternative
à Dieu le Père, dont l'image est trop entachée
d'une conception patriarcale de domination de l'homme sur la femme.
S'il est question de Dieu, ce n'est jamais un Dieu personnel.
Le Dieu dont parle le Nouvel Âge n'est ni personnel, ni
transcendant. Ce n'est ni le Créateur, ni le sustentateur
aimant de l'univers, mais une " énergie impersonnelle
" immanente au monde, avec lequel elle forme une " unité
cosmique ": " Tout est un ". Cette unité
est moniste, panthéiste, ou plus exactement panenthéiste.
Dieu est le " principe de vie ", " l'esprit ou
âme du monde ", la somme totale de la conscience existant
dans l'univers. En un certain sens, tout est Dieu. Et comme la
présence de Dieu se manifeste surtout dans les aspects
spirituels de la réalité, on peut dire, d'une certaine
façon, que tout esprit est Dieu.
Quand les personnes humaines la reçoivent consciemment,
" l'énergie divine " est souvent qualifiée
aussi d' " énergie christique ". Mais le Christ
dont il est question n'est pas Jésus de Nazareth. Le titre
de " Christ " est donné à tout homme qui
atteint un état de conscience dans lequel il perçoit
sa propre divinité et peut donc se considérer comme
un " Maître universel ". Jésus de Nazareth
n'était pas le Christ, mais seulement un des nombreux personnages
historiques en qui cette nature " christique " s'est
révélée, comme Bouddha et d'autres encore.
Toute manifestation historique du Christ montre clairement que
les êtres humains sont tous célestes et divins, et
les mène à cette compréhension.
Le niveau le plus intérieur et personnel (" psychique
") auquel les être humains " perçoivent
" cette " énergie cosmique divine " est
aussi appelé " Esprit Saint ".
2.3.4.3. ...le monde?
L'abandon du modèle mécaniste de la physique classique
au profit du modèle " holistique " de la physique
atomique et subatomique moderne, basée sur le concept de
matière comme ondes ou énergie plutôt que
comme particules, a joué un rôle déterminant
dans la pensée Nouvel Âge. L'univers est un océan
d'énergie, vu comme un tout unique ou un réseau
de relations. L'énergie qui anime cet organisme unique
est " l'esprit ". Il n'y a pas d'altérité
entre Dieu et le monde. Le monde, qui est lui-même divin,
suit un processus évolutif allant de la matière
inerte à la " conscience supérieure et parfaite
". Le monde est incréé, éternel et autosuffisant.
Le futur du monde dépend d'une dynamique interne qui est
nécessairement positive, et qui mène à l'unité
divine (réconciliée) de tout ce qui existe. Dieu
et le monde, l'âme et le corps, l'intelligence et le sentiment,
le ciel et la terre forment une seule immense vibration d'énergie.
James Lovelock, dans son ouvrage sur l'Hypothèse Gaia,
dit que " tout le spectre du vivant sur la Terre, des baleines
aux virus et des chênes aux algues, peut être considéré
comme formant une entité vivante unique, capable de manipuler
l'atmosphère terrestre pour subvenir à ses besoins
généraux et dotée de facultés et de
pouvoirs bien supérieurs à ceux des parties qui
la composent ".38 Pour certains, l'hypothèse Gaia
est " une étrange synthèse d'individualisme
et de collectivisme. Tout se passe comme si le Nouvel Âge,
après avoir séparé les individus au moyen
de politiques sectorielles, avait hâte de les jeter dans
le grand chaudron de la pensée globale ". Le cerveau
global a besoin d'institutions pour pouvoir gouverner, autrement
dit, il a besoin d'un gouvernement mondial. " Pour traiter
les problèmes actuels, le Nouvel Âge rêve d'une
aristocratie spirituelle s'inspirant de la République de
Platon, dirigée par des sociétés secrètes...
".39 Cette façon de voir les choses est peut-être
excessive, mais différents signes montrent que l'élitisme
gnostique coïncide avec la gouvernance globale dans maintes
questions de politique internationale.
Tout dans l'univers est relié. En soi, chaque partie est
une image de la totalité. Le tout est dans chaque chose,
et chaque chose est dans le tout. Dans la " grande chaîne
des êtres ", tous les êtres sont intimement liés,
ne formant qu'une seule famille avec différents degrés
d'évolution. Chaque homme est un hologramme, une image
de la création tout entière, dont chaque élément
vibre à sa propre fréquence. L'homme est un neurone
du système nerveux central de la Terre, et toutes les entités
individuelles ont entre elles une relation de complémentarité.
En fait, il existe une complémentarité interne,
ou androgynie, dans toute la création.40
Un des thèmes récurrents, dans les écrits
et la pensée Nouvel Âge, est le " nouveau paradigme
" introduit par la science contemporaine. " La science
nous a donné un aperçu des ensembles et des systèmes,
des forces à l'uvre et des transformations. Nous
apprenons à distinguer les tendances, à déceler
les signes avant-coureurs d'un paradigme nouveau et plus prometteur.
Nous créons des scénarios alternatifs du futur.
Ayant constaté l'échec des anciens systèmes,
nous imposons de nouvelles grilles de lecture pour traiter les
problèmes dans tous les domaines ".41 Jusqu'à
présent, ce " changement de paradigme " a été
un changement de perspective radical, mais rien d'autre. Toute
la question est de savoir si le changement sera effectivement
à la hauteur de la pensée, et dans quelle mesure
la transformation intérieure peut influer sur le monde
extérieur. On est bien obligé de se demander, même
sans l'intention de porter un jugement négatif, jusqu'à
quel point une théorie peut être scientifique lorsqu'elle
comporte des affirmations comme celle-ci: " La guerre est
impensable dans une société d'individus indépendants
qui ont découvert que l'humanité tout entière
est interdépendante, qui n'ont pas peur des idées
et des cultures différentes, et qui savent que toutes les
révolutions commencent en soi-même et qu'on ne peut
pas imposer aux autres sa propre marque d'illumination ".42
Il n'est pas logique de soutenir que parce qu'une chose est impensable,
elle ne peut pas se produire. Un tel raisonnement est proprement
gnostique, en ce sens qu'il donne trop d'importance à la
connaissance et à la conscience. Il ne s'agit pas ici de
contester le rôle fondamental et déterminant du développement
de la conscience dans les découvertes scientifiques, mais
seulement de mettre en garde contre la tendance à projeter
sur la réalité externe ce qui n'est encore que du
domaine de la pensée.
2.4. "Hôtes de l'histoire ou du mythe"43?: Nouvel
Âge et culture
" Au fond, l'attrait pour le Nouvel Âge est lié
à la fascination pour le moi, sa valeur, ses capacités
et ses problèmes, une fascination encouragée par
la culture ambiante. Car si la religiosité traditionnelle,
avec son organisation hiérarchique, favorise la communauté,
la spiritualité détachée de la tradition
favorise l'individualité. Le Nouvel Âge est 'du'
moi, par le fait qu'il encourage la célébration
de ce qui doit être et advenir; et 'pour' le moi, parce
qu'en prenant ses distances par rapport à la culture ambiante,
il est bien placé pour traiter les problèmes d'identité
liés aux modes de vie conventionnels ".44
Le rejet de la tradition sous la forme des organisations patriarcales,
hiérarchiques, sociales ou ecclésiales, débouche
sur la recherche d'une autre forme de société, qui
s'inspire clairement de la conception moderne du moi. Beaucoup
de textes Nouvel Âge soutiennent qu'on ne peu |