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CONGRÉGATION POUR L'ÉVANGÉLISATION
DES PEUPLES
GUIDE DE VIE PASTORALE POUR LES PRÊTRES DIOCÉSAINS
DES ÉGLISES QUI DÉPENDENT DE LA
CONGRÉGATION POUR L'ÉVANGELISATION DES PEUPLES
Rome, Juin 1989
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1. Introduction. La Congrégation pour l'Evangélisation
des Peuples, consciente de l'importance fondamentale du sacerdoce
ministériel pour la vie et la croissance de la communauté
chrétienne, a toujours eu particulièrement le souci
des prêtres diocésains des nouvelles Eglises.
Dans cet esprit, elle a apporté une contribution pratique
à la formation des ministres sacrés: lors de la session
plénière qui s'est tenue du 14 au 17 octobre 1986,
ont été formulées Quelques directives concernant
la formation dans les Grands Séminaires, que S.E. le Cardinal
Préfet a communiquées aux Evêques intéressés
dans sa lettre du 25 avril 1987.
En continuité avec cette première contribution importante
en faveur des séminaristes, et comme témoignage d'une
grande attention à l'égard des prêtres, au cours
de la session plénière qui s'est tenue du 11 au 14
avril 1989, après une large consultation et l'examen d'un
abondant matériel venant des Eglises particulières,
a été préparé un "Guide de vie
pastorale pour les prêtres diocésains des Eglises qui
dépendent de la Congrégation pour l'Evangélisation
des Peuples".
Dans ces orientations, en accord avec la doctrine et les normes
générales de l'Eglise, sont envisagés successivement
les thèmes principaux qui concernent l'identité, la
vie spirituelle, la vie et l'action pastorale des prêtres.
Elles mettent toutefois en relief, suivant les orientations clairement
données par le Concile (1), les notes caractéristiques
qui correspondent particulièrement à la situation
des jeunes Eglises en plein développement: les qualités
spirituelles et le style de vie du prêtre, qui donnent à
son existence la valeur d'un témoignage évangélique
manifeste au milieu des non-chrétiens; la speciale communion
qu'il est appelé à vivre respectivement avec l'Evêque,
avec le presbytérium et avec la communauté chrétienne;
une entière disponibilité et un engagement effectif
au service de la pre-mière annonce de l'Evangile aux non-chrétiens;
le travail de formation des laïcs en vue de leur participation
active à la vie et à la croissance de l'Eglise, et
de leur engagement dans l'oeuvre de l'Evangélisation; l'attention
privilégiée aux jeunes; l'amour préférentiel
des pauvres; la participation au service de la promotion humaine
et à la défense de la justice; le souci de l'inculturation
et l'aptitude à la promouvoir; le dialogue oecuménique
et celui qui doit se poursuivre avec les autres religions.
Ces points forts, auxquels s'ajouteront quelques autres, constituent
la trame de tout le développement proposé; ces orientations
répondront ainsi autant qu'il est possible,aux besoins des
prêtres dans les territoires de mission. Ils seront donc retenus
comme une clé de lecture de l'ensemble du texte.
Les destinataires de ces orientations sont essentiellement les prêtres
diocésains séculiers qui appartiennent aux Eglises
locales dépendant de la Congrégation; ils sont de
plus en plus nombreux et, de plus en plus, chargés de grandes
responsabilités; en outre, ils appartiennent généralement
à une prémière ou une seconde génération
de prêtres nés dans le pays, pour qui le modèle
traditionnel du prêtre est celui du religieux missionnaire
et non celui du prêtre diocsain séculier appartenant
à l'Eglise locale: enfin, les problèmes des prêtres
des territoires de mission sont spécifiques et ils sont liés,
dans leurs données concrètes, à des situations
ecclésiales et socio-culturelles locales; ils demandent des
orientations et des solutions adaptées.
Ces orientations pourront constituer un point de référence,
un facteur d'unité et un stimulant pour tous les prêtres
séculiers; mais, en même temps, elles inspireront la
conduite des prêtres religieux et missionnaires qui travaillent
dans les mêmes jeunes Eglises.
C'est avec cette confiance que la Congrégation pour l'Evangélisation
des Peuples remet ces orientations aux Conférences Episcopales
et à chaque Evêque comme guide de vie pastorale pour
leurs prêtres, comme document de base et modèle de
référence pour l'établissement ou la mise-à-jour
de directoires particuliers; ainsi toute la famille sacerdotale
de l'Eglise missionnaire vivra dans la ferveur et travaillera dans
une grande unité d'esprit et d'intention; elle sera en mesure
de répondre à l'espérance d'une Eglise en marche
vers un nouvel "avent" missionnaire, en communion avec
la Vierge Marie.
I - AUX SOURCES DU SACERDOCE MINISTERIEL
2. Fondement trinitaire. Le Christ Jésus, "en qui habite
corporellement la plénitude de la divinité" (col.
2,9), a été envoyé par le Père pour
réaliser son dessein de salut universel (cf. Jn 3,17; 5,30;
8,16; Gal 4,4; etc.), recevant de lui tout pouvoir pour accomplir
sa mission (Jn 5,20-21; Mt 28,18); il a été consacré
par la force de l'Esprit Saint (cf. Lc 4,18 ss; Ac 10,38); après
avoir accompli la volonté du Père, qui veut que tous
les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance
de la vérité (cf. 1 Tm 2,4), jusqu'à donner
sa vie en rançon pour la multitude (cf. Mc 10.45), il a détruit
la mort par sa résurrection et son retour auprès du
Père, pénétrant dans les cieux, où il
règne éternellement et intercède pour ses frères
(cf. Jn 16,27-28; 13, 1-3; He 4, 14-16). Le prêtre, qui est
chargé de continuer la mission du Christ, trouve la source
première de sa mission dans l'amour salvifique du Père
(cf. Jn 17,6-9, 24; 1 Co 1,1; 2 Co 1,1), et l'origine immédiate
de sa vocation, dans le Christ qui l'appelle par son nom comme il
a appelé les apôtres et mis en eux son Esprit (cf.
Jn 20,21), pour qu'ils aillent vers le Père avec leurs frères.
C'est ainsi dans la Trinité elle-même, source de la
mission de l'Eglise (2), que s'enracinent et trouvent leur pleine
justification la vocation et la mission du prêtre.
Le Christ lui même a établi ses apôtres comme
ministres, de telle manière qu'au sein de la communauté
des croyants, ils soient investis du pouvoir sacré de l'Ordre.
Par le moyen des apôtres, le Seigneur a fait participants
de sa propre consécration et mission les Evêques, leurs
successeurs, dont la fonction ministérielle a été
transmise, à un degré subordonné, aux prêtres,
afin qu'ils collaborent fidèlement à l'accomplissement
de la mission apostolique (3). Cette mission participe à
la mission universelle de l'Eglise auprès des non-chrétiens
et elle engage les prêtres de manière effective (4).
A travers leur Evêque, les prêtres sont appelés
par le Christ selon une vocation spéciale (Mc 3.13; Lc 6,13);
ils sont dans le monde mais ils ne lui appartiennent pas (cf. Jn
17, 14-15); en vertu de leur consécration, ils sont habilités
à remplir la mission même du Christ d'annoncer à
tous que les temps sont accomplis et que le règne de Dieu
est présent au milieu des hommes (cf. Mc 1,15), et à
présider, enseigner et sanctifier le Peuple de Dieu (5).
Le principe constitutif du sacerdoce ministériel est le Christ
Prêtre et Victime de la nouvelle et éternelle Alliance
(cf. He 9,11-15): Son principe efficace est l'élection et
la mission spéciale reçue de la part de Dieu, qui
fait du prêtre l'instrument du Christ (cf. Mc 3,10-19; Lc
22,19; Mt 28, 18-20). Le principe exemplaire en est la diaconia
du Christ, dont les divers aspects mettent en lumière l'identité
du prêtre: le Christ-Envoyé par le Père pour
sauver le monde (cf. Jn 3,17), ce qui souligne l'universalité
de la mission; le Christ-Serviteur, titre que manifeste le dépouillement
du Christ, venu non pour être servi, mais pour servir et donner
sa vie (cf. Mt 20,28; Ph 2,7-8); le Christ-Pasteur et Maître,
que révèle l'amour de celui qui connaît les
siens, guide son troupeau et le rassemble dans l'unique bercail
(cf. Jn 10,1ss), et qui est lui-même la Parole vivante du
Père convoquant les foules à entrer dans le Royaume
(cf. Jn 12, 48-50).
L'accent mis sur la fonction ministérielle souligne la relation
essentielle du prêtre à la Personne du Christ. Le prêtre
est en effet signe et instrument de l'unique prêtre et Médiateur
auprès du Père, Jésus-Christ, et sa continuation
sur terre; il actualise son pouvoir d'annoncer la Parole, de renouveler
le sacrifice de la croix dans l'Eucharistie, de pardonner les péchés
et de guider le Peuple de Dieu. Il est impossible de séparer
l'être du prêtre de l'être du Christ, la vie du
prêtre de la vie du Christ.
Tous les prêtres seront donc convaincus que leur identité
sacer-dotale se réalise seulement dans une conformité
totale à l'identité du Christ, avec esprit de foi,
cohérence de la vie, et ferveur de l'esprit. Ils se souviendront
que le Christ, dans l'accomplissement de sa mission de salut, a
pris la route de l'incarnation, se dépouillant de lui-même
et prenant tout ce qui est propre à l'homme, sauf le péché
(cf. He 2,17-18; 4,15). Cette incarnation sera le modèle
de l'action missionnaire.
L' Esprit Saint donne à l'Eglise son unité intime
et ministérielle, Il la munit des divers dons hiérarchiques
et charismatiques (cf. Eph 4,11-13; 1 Cor 12,4) (6); Il vivifie,
étant comme leur âme, les institutions de l'Eglise
(7); Il répand dans le coeur des chrétiens, en vue
de l'accomplissement de leur propre mission, cet esprit qui animait
le Christ lui-même (8).
Les prêtres, "en vertu de l'onction de l'Esprit saint,
sont marqués d'un caractère spécial qui les
configure au Christ prêtre, pour les rendre capables d'agir
au nom du Christ Tête en personne" (9). L'Esprit sanctificateur
est toujours à l'origine de l'élection, de la sanctification
et de la mission (cf. Ac 13,3,; 19,6). C'est l'Esprit qui donne
la capacité objective d'exercer efficacement le ministère.
L'Esprit est "envoyé" (cf. Jn 14,26; 15,26), et
il demeure uni au prêtre envoyé pour coopérer
à l'oeuvre du salut (10).
Grâce à l'Esprit Saint, principe de communion (11)
les prêtres sont établis guides et animateurs spirituels
de la communauté, spécialement avec la force de la
Parole. Grâce à ce même Esprit, ils sont constitués
ministres des sacrements, qui tiennent tous de lui leur puissance
vivifiante, depuis le baptême "dans l'Esprit et l'eau"
(Jn 3,5; Ac 10,47) jusqu'à l'Eucharistie, où le Christ
"exerce, d'une manière ininterrompue, sa fonction sacerdotale
en notre faveur (...) par l'action de l'Esprit" (12).
La consécration inaugure chez les prêtres une continuelle
Pentecôte. Par la force de cette grâce extraordinaire,
ils savent reconnaître l'action de l'Esprit dans l'Eglise
et y coopérer, conscients d'avoir reçu une mission
surnaturelle et universelle en faveur de tous les hommes.
3. Fondement ecclésiologique et sacramentel. L'Eglise "sacrement
universel du salut" (13), actualise la Rédemption par
le moyen de la Parole et des Sacrements, principalement par le moyen
du Sacrifice Eucharistique. Au ministère de l'Eglise participent
les prêtres appelés à prêcher et répandre
l'Evangile, à présider le culte et à remplir
le rôle de guides au sein du Peuple de Dieu.
L'Eglise est communion où s'articulent hiérarchiquement
divers ministères au sein de la communauté. C'est
particulièrement au moyen des trois degrés de l'ordre
sacré (Evêques, prêtres, diacres) qu'elle s'édifie
comme un temple vivant, dans la communion de la foi et de l'amour.
Ces trois ministères conférés par l'ordination,
transmis par les apôtres et par leurs successeurs, sont de
nature hiérarchique et constituent la hiérarchie de
l'Eglise.
L'Evêque, en communion avec le Souverain Pontife, chef du
Collège épiscopal, et avec les membres de ce Collège,
est, dans la communauté ecclésiale, le "grand
prêtre" (14), et le signe vivant du Christ, Pasteur suprême;
sa fonction reproduit le caractère central du service à
la fois humble et puissant du Christ Tête (15). Pour exercer
de manière pleine et efficace son propre ministère,
l'Evêque a besoin de la coopération des prêtres
et des diacres. Les prêtres sont l'aide et l'instrument de
l'ordre épiscopal et, dans chaque communauté ils rendent
présent l'Evêque; sous son autorité, ils prêchent
l'Evangile (16), "sanctifient et gouvernent la portion du troupeau
du Seigneur qui leur est confiée" (17).
De plus, le prêtre, en communion avec l'Evêque, rend
présent le Christ (18). Il est porteur du message évangélique,
remplissant le ministère même du Christ Prophète,
dans le service de la Parole pour ceux mêmes qui sont loin
(19); il exerce le ministère proprement sacerdotal en tant
qu'il consacre au nom du Christ Pontife ("in persona Christi
Pontificis") (20); il est pasteur, rassemblant et guidant la
communauté au nom du Christ Pasteur (cf. Lc 10,16; 1 P 5,2).
Dans l'Eglise-communion, enfin, il y a distinction et complémentarité
entre le sacerdoce des ministres ordonnés et le sacerdoce
commun des fidèles; chacun coopère avec l'autre pour
réaliser la mission confiée par le Christ à
l'Eglise. Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce
ministériel, en effet, bien qu'il y ait entre eux une différence
essentielle et non pas seulement de degré, sont cependant
ordonnés l'un à l'autre: l'un et l'autre, chacun selon
son mode propre, participent à l'unique sacerdoce du Christ
(21). Les prêtres doivent être conscients de leur identité
particulière, qui les habilite à un ministère
spécifique en vue de la construction de l'unique Corps du
Christ, tout entier par nature prophétique, sacerdotal et
royal. Quelle que soit cette diversité des fonctions, reste
entière, en réalité, l'identique dignité
fondamentale des chrétiens.
Le prêtre est à proprement parler diocésain
en vertu de son incardination à un diocèse (22), où
il demeure uni à l'Evêque à un titre particulier,
et auquel il appartient d'une manière spéciale pour
le service de cette communauté ecclésiale particulière
qu'est le diocèse (23). Comme prêtre diocésain,
il est appelé à susciter l'unité de communion
entre les membres de la communauté locale, et aussi à
l'étendre, par son action évangélisatrice,
à ceux qui sont encore en dehors d'elle.
Au sein de cette communion qu'est l'Eglise, il ne faut pas oublier
la place des diacres permanents qui travaillent en relation étroite
avec les prêtres et qui doivent être formés à
une vie évangélique, afin qu'ils puissent remplir
comme il convient les obligations propres à leur ordre. Ils
représentent une figure ministérielle qui peut prendre
une signification particulièrement marquée dans les
jeunes Eglises: celles-ci ont besoin de toutes les énergies
disponibles pour se développer. Cette fonction diaconale
sera étudiée et organisée au niveau des Conférences
Episcopales (24).
Il faut souligner cette dimension ecclésiale et sacramentelle
qui qualifie les prêtres. Tout prêtre représente
l'Eglise et, en elle, actualise le plan de salut. Cela suppose l'intelligence
de ce qui se rapporte à l'Eglise, l'adhésion à
son plan concret de salut, et une communion d'esprit et d'action
avec tous ceux qui sont engagés dans le service pastoral,
en particulier avec le Pontife Romain, avec l'Evêque, avec
les autres prêtres et les diacres.
Tous les prêtres garderont le regard fixé sur Marie,
Mère du Christ et Mère de l'Eglise: depuis l'accomplissement
du mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu, elle est le
modèle exemplaire de leur être et de leur vie.
II - IDENTITE DE L'EVANGELISATEUR ET DU PASTEUR
4. La conscience missionnaire du prêtre. La communion des
Eglises particulières avec l'Eglise universelle atteint sa
perfection seulement quand elles-mêmes prennent part à
l'effort missionnaire en faveur des non chrétiens dans leur
propre territoire et aussi en direction des autres peuples (25).
Dans ce dynamisme apostolique, qui appartient à l'essence
missionnaire de l'Eglise (26), les prêtres occupent nécessairement
une place particulièrement importante. Cela doit être
spécialement évident pour ceux qui travaillent dans
les territoires de mission, où se réalise l'évangélisation
des non chrétiens.
En effet, les prêtres ont reçu, avec l'ordination,
une grâce spéciale qui "les prépare non
pas seulement à une mission limitée et restreinte,
mais à une mission très vaste et universelle, 'jusqu'aux
extrémités de la terre' (Ac 1,8)" (27).
Il en résulte que tout prêtre doit avoir une conscience
missionnaire très claire, qui le rende apte et prêt
à s'engager de façon pratique et avec générosité
pour que l'annonce de l'Evangile atteigne ceux qui ne professent
pas encore la foi au Christ. Le prêtre est en toute vérité
"missionnaire envoyé au monde" (28).
L'évangélisation des non chrétiens vivant sur
le territoire d'un diocèse ou d'une paroisse, est confié,
en première responsabilité, à leur pasteur
propre, en collaboration avec la communauté chrétienne.
Ce devoir apostolique demande que l'Evêque soit essentiellement
messager de la foi et que les prêtres s'emploient de toutes
leurs forces à prêcher l'Evangile à ceux qui
demeurent en dehors de la communauté ecclésiale, qu'ils
s'y engagent en personne, avec leurs fidèles, en collaboration
avec les missionnaires.
Dans la répartition des charges pastorales, on ne confiera
pas en priorité aux prêtres du clergé local
les communautés déjà formées et rassemblées,
en laissant aux missionnaires celles qui sont en formation ou la
responsabilité d'évangéliser de nouveaux secteurs.
Les prêtres du pays ont le droit et le devoir d'assumer eux-mêmes
la charge de l'évangélisation de leurs propres frères
qui ne sont pas encore chrétiens: ils seront ainsi en vérité
des apôtres des frontières, n'aspirant pas aux fonctions
les plus en vue, aux postes offrant une plus grande sécurité,
plus centraux ou mieux rémunérés.
Les jeunes Eglises sont encouragées à participer "dès
que possible et de manière effective à la mission
universelle de l'Eglise en envoyant elles-mêmes des missionnaires
prêcher l'Evangile partout dans le monde, même si elles
souffrent d'un manque de prêtres" (29). Toutes les Eglises
particulières sauront ainsi donner de leur pauvreté
(30). Pour cela, en plus des prêtres qui appartiennent à
des Instituts missionnaires, les diocèses seront disposés
à envoyer comme missionnaires fidei donum s'engageant dans
l'activité missionnaire proprement dite (31), ceux de leurs
propres prêtres qui ont entendu cet appel du Christ. Ces prêtres
seront heureux de pouvoir vivre en plénitude la communion
avec le Christ envoyé par le Père (cf. Jn 17,18; 20,21)
et avec l'Eglise universelle, en se mettant à la disposition
de leur propre Evêque, pour être envoyés prêcher
l'Evangile à d'autres peuples. Cela requiert chez eux non
seulement une grande maturité dans la conscience de leur
vocation, mais aussi la capacité de quitter leur patrie,
leur ethnie et leur famille, et une aptitude particulière
à s'insérer dans une autre culture, en la comprenant
et en la respectant (cf. Gn 12, 1-4; He 11,8).
Dans aucun autre secteur de l'apostolat, les prêtres ne pourront
manifester plus qu'en celui-là l'intensité de leur
amour du Christ, de l'Eglise et des hommes, jusqu'à pouvoir
affirmer comme St Paul: "Je me suis fait tout à tous
afin de pouvoir en sauver au moins quelques uns" (1 Co 9,22)
(32).
5. La conscience pastorale du prêtre. La fonction pastorale
exige des prêtres une conscience pastorale approfondie, qui
se fonde sur leur identité de "consacrés pour
prêcher l'Evangile, pour être les pasteurs des fidèles
et pour célébrer le culte divin" (33), participant
ainsi à la mission du Christ Bon Pasteur qui connaît,
nourrit et guide ses brebis, et va à la recherche de celles
qui sont perdues ou sont encore en dehors du bercail (cf. Jn 10,1ss;
Lc 15, 3-6).
Dans son expression plénière, la conscience pastorale
implique le sens d'une appartenance à l'Eglise universelle,
en communion d'amour et d'obéissance avec le Pontife Romain,
principe et fondement perpétuel et visible de l'unité
dans la foi et dans la communion de la charité (cf Mt 16,19;
Jn 21, 15-17); elle implique aussi dans le sens de la communion
et du partage entre les Eglises particulières, dans lesquelles
et à partir desquelles se construit l'Eglise universelle
(34). Une Eglise particulière devient stérile si elle
ne donne rien aux Eglises soeurs. Cela suppose que les prêtres
soient disposés à partir, envoyés par leur
Evêque, pour collaborer, dans la charité, avec les
Eglises plus pauvres, en particulier avec celles qui se trouvent
dans un contexte encore partiellement évangélisé
(35).
Dans son expression immédiate, la conscience pastorale implique
le sens de l'appartenance à une Eglise particulière,
en communion avec son Pasteur, avec les autres prêtres, les
diacres, et toute la communauté des fidèles.
La communion avec l'Evêque doit être tout à la
fois spirituelle et hiérarchique; elle comporte certaines
attitudes permanentes:
• reconnaître en lui l'autorité du Christ, Pasteur
Suprême;
• accepter avec estime et amour son rôle de père
de la communauté diocésaine;
• collaborer activement avec lui dans un esprit d'obéissance
apostolique.
Les Evêques, pour leur part, considéreront les prêtres
comme "des frères et des amis"; ils les connaîtront
personnellement; ils les visiteront régulièrement
et ils prendront à coeur leur bien matériel et spirituel
(36). Les rapports entre les Evêques et les prêtres
se fondent sur un esprit de foi; ils se développent et s'expriment
dans un climat de confiance réciproque, d'estime sincère
et de collaboration concrète, en respectant le rôle
propre à chacun.
La communion entre les prêtres se fonde sur le fait qu'ensemble
et autour de leur Evêque, ils forment un "seul presbyterium"
(37). Le sens de l'appartenance au presbyterium, en outre, fait
que chaque prêtre se sente uni à tous les autres par
"un lien particulier de charité apostolique, de ministère
et de fraternité" (38), réalisant ainsi l'unité
que le Christ a voulue pour les siens, de telle sorte qu'ils "soient
un" (cf. Jn 17,23). Au plan institutionnel, le rôle du
presbyterium se concrétise dans le Conseil presbytéral
à qui, selon le droit, il revient justement d'aider l'Evêque
dans le gouvernement du diocèse. Dans les Eglises de territoires
de missions, celui-ci exerce une fonction pastorale active de premier
ordre; il doit donc être institué et valorisé,
le plus largement possible, conformément aux normes canoniques
et en tenant compte de la situation concrète locale (39).
La communion avec les fidèles demande que les prêtres
se considèrent comme formant avec eux le Peuple de Dieu,
étant radicalement consacrés au service de la croissance
de la communauté, et animés par une authentique charité
pastorale: pris parmi les hommes, ils sont établis en leur
faveur pour ce qui concerne leur relation à Dieu (cf. He
5,1) (40). En conséquence, les prêtres prieront constamment
pour leurs fidèles, les recommandant de tout leur coeur à
l'amour du Père commun (cf. 2 Th 1,11); ils chercheront à
bien connaître leur situation réelle, comme le Pasteur
connaît ses brebis (cf. Jn 10,14); ils vivront au milieu d'eux
comme "des frères parmi leurs frères" (41);
ils progresseront ensemble sur le chemin de la foi, les précédant
et donnant l'exemple de la vie chrétienne (cf. Jn 13,15);
ils éviteront avec soin tout ce qui pourrait être cause
de scandale (cf. 2Co 6,3); ils donneront, en union avec la communauté,
un témoignage authentique de fidélité chrétienne
dont le sens n'échappera pas à ceux qui "sont
loin" et ne croient pas encore au Christ; ils veilleront à
ne pas se rendre étranger à leur peuple par un style
de vie qui, même sans le vouloir, les établirait à
un autre niveau social.
On doit louer les prêtres qui acceptent et accomplissent avec
conscience et dans la joie tout service confié par leurs
Evêques, qui font tout ce qui est possible pour rejoindre
les non chrétiens, qui ne se laissent pas prendre par des
activités extérieures étrangères au
sens apostolique de leur vocation.
6. La fraternité sacerdotale. Unis autour de leur Evêque,
les prêtres s'appliqueront à vivre la "fraternité
sacramentelle" (42), le fondement et la grarantie d'une aide
spirituelle réciproque et de l'accomplissement du ministère
dans une grande unité d'intention. Ils se souviendront de
la valeur évangélisatrice que possède en elle-même
leur attitude fraternelle: ils forment ainsi un corps dynamique
et crédible, conforme à la demande adressée
par le Christ à son Père dans la prière de
la dernière Cène ( cf. Jn 17, 20-21). L'évangélisation
n'est jamais un acte isolé et individuel, mais toujours une
action profondément ecclésiale, qui s'accomplit en
esprit de communion et suivant la méthode qu'inspire cet
esprit. Cela s'impose avec une particulière urgence dans
les territoires où il faut travailler à l'évangélisation
des non chrétiens (43).
Les prêtres chercheront à vivre une amitié sincère
avec leurs confrères; ils peuvent ainsi plus facilement s'aider
mutuellement dans le développement de leur vie spirituelle
et intellectuelle, se donner assistance dans les nécessités
matérielles, avoir une vie plus accomplie et plus équilibrée.
Cette amitié entre prêtres favorise, de plus, leur
union au Christ; elle est aussi une aide précieuse pour surmonter
le poids et les difficultés de la solitude (44).
Les prêtres qui ont charge d'âme, spécialement
les curés, considéreront comme confiés à
leur sollicitude d'une façon particulière les jeunes
prêtres que l'Evêque leur envoie comme collaborateurs;
ils les aideront fraternellement, de telle sorte qu'ils ne se sentent
pas abandonnés à eux-mêmes et qu'ils s'intègrent
positivement dans le presbyterium.
Parmi les moyens qui favorisent la communion et l'aide mutuelle
entre les prêtres, on peut citer les associations sacerdotales.
Doivent être envisagées positivement celles dont les
statuts ont été approuvés par l'autorité
compétente, qui ont pour but le développement de la
vie spirituelle, de la vie commune, des activités de formation
intellectuelle et pastorale, et qui favorisent l'unité des
prêtres entre eux et avec leur Evêque (45). On doit
éviter les associations qui manifestent un esprit étroitement
fermé, une mentalité exclusive, surtout celles qui
sont liées - ou même seulement favorisées par
eux - à des groupes de pression, ou des mouvements politiques
(46). De toute façon on doit insister, dans les jeunes Eglises,
sur l'unité de tout le presbyterium.
On doit accorder une importance particulière à la
fraternité entre les prêtres séculiers diocésains
et les missionnaires, en particulier ceux qui ont contribué
à fonder l'Eglise. La fraternité sacerdotale englobe,
de toute évidence, les prêtres qui appartiennent à
des Instituts de vie consacrée ou aux Sociétés
de vie apostolique. Elle s'étend aussi, en un certain sens,
aux laîcs qui suivent le Christ de plus près dans une
vie consacrée. Les prêtres seront préparés
et disposés à aider spirituellement les religieux
laîcs et les religieuses, en accord avec les directives de
l'Evêque; toutefois ils n'interviendront jamais dans les questions
disciplinaires et les problèmes d'organisation interne de
leur communauté.
7. Ministre de la Parole. Il appartient au prêtre comme éducateur
de la foi du Peuple de Dieu, participant à la mission prophétique
du Christ, et coopérateur de l'Evêque, d'annoncer la
Parole de salut et de rassembler, avec sa force surnaturelle, la
communauté des croyants ( cf. Rm 10,17) (47). Le devoir du
prédicateur de l'Evangile est de transmettre la Parole de
Dieu, dont il est l'humble serviteur et non une sagesse humaine
(cf 1 Cor 2,1ss) (48). Ce ministère de la Parole se réalise
sous des formes diverses, parmi lesquelles on peut retenir: la première
annonce de l'Evangile aux non chrétiens, la prédication
adressée aux fidèles, la catéchèse donnée
aux catéchumènes et aux baptisés, l'évangélisation
du monde scolaire et de la culture, le dialogue individuel.
• Evangélisateur infatigable: en priorité, le
prêtre a le devoir d'annoncer l'Evangile à ceux qui,
sur le territoire qui lui est confié, ne sont pas encore
baptisés. Cette première annonce relève de
la responsabilité fondamentale que l'Eglise a reçue
du Seigneur lui-même à travers les Apôtres: "Allez
dans le monde entier prêcher l'Evangile à toutes les
créatures" (Mc 16,15; cf. Mt 28,19). Tout prêtre,
en vertu de sa fonction prophétique, participant à
la responsabilité missionnaire de son Evêque, dans
une étroite collaboration avec lui, a le devoir imprescriptible
d'annoncer aux hommes "le Dieu vivant et celui qu'il a envoyé
pour le salut de tous, Jésus-Christ" (cf. 1 Tess 1,
9-10; 1 Cor 1, 18-21). C'est seulement ainsi que les non chrétiens,
"dont l'Esprit Saint ouvre le coeur (cf. At 16,14), se convertiront
librement en croyant au Seigneur" (49). Comme Pierre et Jean,
chaque prêtre manifeste ainsi sa volonté d'être
un messager infatigable de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ:
"Nous ne pouvons pas taire ce que nous avons vu et entendu"
(Ac 4,20). Il comprend comme adressée à lui-même
la parole du Seigneur à Paul: "N'aie pas peur, continue
à parler sans jamais te taire, car je suis avec toi"
(Ac 18, 9-10).
Dans l'organisation des activités apostoliques du diocèse
ou de la paroisse, on donnera une place de choix au travail spécifique
de l'annonce de l'Evangile aux non-chrétiens; les prêtres
et les diacres y seront engagés, au premier rang et personnellement,
avec la collaboration étroite des catéchistes et de
toute la communauté des fidèles.
• Au service de la prédication: c'est le devoir du
curé, avec ses collaborateurs, de programmer la prédication,
en s'assurant qu'elle est proposée avec régularité
et avec une fréquence suffisante, à tous les fidèles,
même aux groupes qui n'ont pas la possibilité de participer
à l'Eucharistie chaque dimanche.
Outre un sens élevé de la responsabilité pastorale,
la prédication implique des devoirs concrets pour les prêtres:
elle ne doit pas être improvisée, mais préparée
par un travail sérieux de réfléxion intériorisée
dans la prière; le contenu doit communiquer les richesses
permanentes de l'Ecriture, de la Tradition, de la Liturgie, du Magistère
et de la vie de l'Eglise (50); il est indispensable qu'il y ait
cohérence entre la prédication et la conduite du prêtre,
de telle manière que la parole soit corroborée par
le témoignage de la vie (cf. Mt 5, 16); la prédication
doit exposer les critères toujours valables pour la vie chrétienne
individuelle et communautaire (51).
Dans la prédication, l'homélie a une place éminente;
elle fait partie de la Liturgie; elle est réservée
au prêtre et au diacre. L'homélie, qui a une place
privilégiée, doit exposer les mystères de la
foi et les normes de la vie chrétienne, en partant des textes
sacrés et en suivant le cours de l'année liturgique
(52). Elle doit être reliée à la catéchèse;
elle applique aux formes concrètes de la vie, dans le contexte
culturel, les mystères proclamés.
Dans les zones de mission où le clergé est trop peu
nombreux, on mettra en oeuvre la possibilité de confier la
prédication à certains laîcs, conformémement
aux normes du Droit Canonique (53). Les prêtres choisiront,
parmi leurs fidèles, les plus capables, et ils les prépareront
à ce ministère délicat. Si ces derniers sont
officiellement mandatés par l'Evêque, les prêtres
sauront les inclure dans le programme des prédications paroissiales
et ils les assisteront fraternellement.
• Engagé dans la catéchèse: la catéchèse,
comprise comme enseignement systématique de la doctrine de
la foi, et comme initiation graduelle à la vie chrétienne,
est un devoir grave de la communauté ecclésiale, qui
incombe particulièrement aux pasteurs d'âme (54). Ainsi,
en vertu de leur charge, les curés sont tenus de s'assurer
que la catéchèse est réalisée de manière
ordonnée et avec régularité, en faveur de toutes
les catégories de fidèles et qu'elle atteint tous
les groupes d'âges (55). Dans les missions, la catéchèse
est un service de première nécessité: elle
a pour but d'accompagner la croissance religieuse des baptisés
vers la maturité de la vie chrétienne; dans le contexte
d'une Eglise jeune, elle demande une inculturation adaptée;
on tiendra compte des obstacles et des pressions contraires venant
d'une ambiance non évangélisée, et parfois
dues à l'influence du matérialisme moderne. Dans ce
domaine, la coopération de tous les chrétiens est
indispensable, particulièrement celle de plusieurs catégories
de fidèles.
Les parents: ils ont, avant tout autre, l'obligation de former chrétiennement
leurs enfants par la parole et par l'exemple (56). Les prêtres
prépareront à cette mission ceux qu'ils reçoivent
en vue du mariage; par des instructions appropriées et par
un soutien pratique, ils aideront les parents à honorer cette
importante responsabilité.
Personne ne peut ignorer l'importance du rôle des enseignants
pour faire grandir la foi dans les nouvelles générations
(57). L'enseignement de la religion dans les écoles est pour
beaucoup de jeunes le premier contact sérieux avec l'Evangile.
Les prêtres prendront à coeur la pastorale des écoles
catholiques et de celles de l'Etat: elles sont un lieu privilégié
de première évangélisation, et un milieu propice
à la formation religieuse des jeunes déjà baptisés;
il s'agit d'incarner le message évangélique dans les
valeurs de la culture transmise par l'école. Les modalités
de leurs interventions varieront selon la nature des institutions
scolaires, la formation chrétienne des enseignants ou les
lois de l'Etat. On doit ainsi prendre en charge avec conviction
le secteur scolaire, dans la pastorale, aussi bien au plan diocésain
qu'au plan paroissial (58).
Les catéchistes ont, dans les Eglises de mission, la charge
d'enseigner la doctrine de la foi et d'organiser, en collaboration
avec les prêtres, les activités liturgiques et les
oeuvres de charité (59). Dans certains cas, on leur confie
le soin spirituel d'une petite communauté où le prêtre
ne peut se rendre que rarement. Avec le développement de
l'Eglise, la figure du catéchiste bon à tout faire
tend à faire place à une fonction spécifique:
il est seulement chargé de la catéchèse dans
le cadre de la paroisse. Les prêtres s'entendront à
ce sujet avec les catéchistes; ils doivent savoir valoriser
leur service, leur assurer une juste rétribution et, en utilisant
les centres qui conviennent, prendre soin de leur formation spirituelle
et intellectuelle, en conformité avec les normes diocésaines
(60).
L'instruction et l'accompagnement des catéchumènes
sont parmi les tâches les plus importantes des catéchistes.
L'expérience montre que l'on doit à la générosité
des catéchistes dans ce service le développement de
la première évangélisation, en particulier
dans les régions où les non chrétiens sont
nombreux. Dans ce contexte, il faut souligner le rôle du catéchuménat
dans les missions: à travers l'instruction et l'entraînement
à la vie chrétienne, il initie les catéchumènes
au mystère du salut et leur apprend à vivre la foi,
la charité et l'apostolat. Il revient aux Conférences
épiscopales d'établir des statuts en vue de l'organisation
du catéchuménat, sur la base de l' Ordo Initiationis
Christianae, ainsi seront précisés les devoirs et
les prérogatives des catéchumènes, ainsi que
les programmes à suivre (61). Il est demandé aux prêtres
de poursuivre généreusement leur effort pour valoriser
le catéchuménat; ils seront convaincus qu'il constitue
un moyen privilégié pour la croissance de la communauté,
par l'accueil de nouveaux membres, et pour la progression de celle-ci,
vers sa maturité ecclésiale.
Pour favoriser l'instruction catéchétique et, en général,
l'annonce de la Parole, il importe que les prêtres soient
formés a l'utilisation des moyens de communication sociale.
Il ne s'agit pas seulement d'une ouverture d'esprit, mais aussi
d'une aptitude à susciter et organiser la collaboration des
laïcs, en prenant appui sur des institutions spécifiques
bien adaptées (62).
Le dialogue interpersonnel: toutes les formes de la communication
de la foi doivent prendre appui sur la transmission qui s'effectue
efficacement de personne à personne. Le Seigneur lui-même
l'a pratiquée, comme l'attestent les entretiens avec Nicodème
(cf. Jn 3, 1ss), la Samaritaine (cf. Jn 4, 1ss), Simon le pharisien
(cf. Lc 7,1ss) et avec d'autres. Il faut encourager le contact personnel
de celui qui transmet la foi et de celui qui la reçoit. Les
prêtres, en particulier, sauront valoriser le sacrement de
la Pénitence et la direction spirituelle comme moyens de
formation personnalisée; à travers ces contacts et
ces dialogues fraternels, ils pourront donner les réponses
les mieux adaptées aux problèmes toujours différents
d'une personne à l'autre (63).
8. Président des célébrations liturgiques et
ministre des sacrements. Les prêtres, participant d'une manière
spéciale au sacerdoce du Christ, agissant comme ses ministres,
sous l'autorité de l'Evêque, exercent leur fonction
sacerdotale par-dessus tout dans l'action liturgique et en administrant
les sacrements (64). Ils s'efforceront donc d'acquérir un
sens liturgique profond et ils seront des animateurs convaincus
de la vie liturgique dans leurs communautés (65).
• La Pastorale sacramentelle: En ce qui regarde le ministère
des sacrements, le premier devoir des prêtres est de procurer,
à leur sujet, une connaissance de foi véritable, particulièrement
par le moyen de la catéchèse: il faut ainsi donner
le sens de leur caractère ecclésial, de leur orientation
intrinsèque vers l'Eucharistie, de l'aptitude radicale des
fidèles à les recevoir et à vivre leur grâce
propre en vertu du sacerdoce commun des chrétiens (66). Ainsi
sera écartée l'idée fausse qui fait considérer
les sacrements comme agissant par eux-mêmes, par un effet
en quelque sorte magique, indépendamment de la vie chrétienne.
Etant entendu que les fidèles bien disposés ont le
droit de recevoir les sacrements (67), les pasteurs veilleront à
leur procurer la préparation convenable (68). Il est bon
de préciser ici que la pastorale sacramentelle ne se limite
pas au temps qui précède la célébration,
mais continue ensuite, pour accompagner et conduire à la
maturité chrétienne, ceux qui les ont reçus,
en accordant une attention particulière aux néophytes
(69). La communauté a le devoir de créer une ambiance
fraternelle pour accueillir ceux qui reçoivent les sacrements
pour la première fois.
Pour faire croître l'Eglise, il importe de mettre en valeur
le caractère central de l'Eucharistie: c'est par son action
et autour d'elle que la communauté se forme, vit et atteint
sa maturité. Offrant le Saint Sacrifice, "dans une identification
spécifique, sacramentelle, avec le Prêtre Souverain
et Eternel" (70), les prêtres placeront de manière
effective le Mystère Eucharistique au centre de leur propre
vie et de celle de leur communauté. Ils n'oublieront pas
que c'est seulement à partir de ce centre vital qu'est l'Eucharistie
qu'ils peuvent annoncer la Parole avec fruit et rassembler la communauté
qui leur est confiée. Ils s'efforceront d'engager les fidèles
à prendre part activement à la Sainte Messe, en offrant
la divine victime à Dieu le Père et en unissant à
cette offrande celle de leur propre existence (71); ils les inviteront
à recevoir fréquemment le Pain de vie, à vénérer
et adorer le Christ vivant dans le Tabernacle (72). Quand, du fait
du manque de prêtre, il n'est pas possible d'assurer la célébration
de la S.Messe chaque dimanche dans toutes les communautés,
les pasteurs veilleront à établir un calendrier des
célébrations tantôt dans une communauté,
tantôt dans une autre, de telle sorte que les fidèles
aient une garantie suffisante de pouvoir en bénéficier
au moment prévu: il s'agit en effet d'un domaine essentiel
pour leur vie chrétienne.
Dans la situation actuelle, il convient aussi de recommander aux
prêtres "l'exercice diligent, régulier, patient
et fervent du ministère sacré de la Pénitence"
(73). Cette pastorale exige une grande disponibilité et un
esprit de sacrifice, mais elle constitue l'expression la plus élevée
de la miséricorde de Dieu en Jésus-Christ, à
travers le ministère de l'Eglise. Les prêtres s'efforceront
de présenter ce sacrement comme contribuant à la solution
des conflits qui existent dans le monde actuel, dans la mesure où
le péché individuel se répercute toujours dans
la vie sociale, avec ses conséquences dommageables pour la
dignité intégrale de l'homme (74).
Dans les Eglises de mission, grâce à une catéchèse
fidèle à la doctrine de la foi et à la générosité
des pasteurs, la pratique du sacrement de la Pénitence reste
fréquente. Il faut surmonter les difficultés qui se
rencontrent quant à l'organisation de ce ministère,
en particulier du fait du petit nombre des ministres, de telle sorte
que cette pratique soit maintenue et même intensifiée.
Une programmation précise permettra d'unir les forces disponibles:
en particulier, à l'occasion des grandes fêtes, les
prêtres voisins pourront s'entraider. On doit se souvenir
que la confession individuelle est l'unique forme ordinaire du sacrement
pour la réconciliation des fidèles conscients d'un
péché grave, avec Dieu et avec l'Eglise. Quant à
ce qui concer-ne l'absolution collective des pénitents, sans
confession individuelle la précédant, on se souviendra
qu'elle ne peut être donnée que dans des cas précis
de péril de mort imminente ou de grave nécessité;
ceci se vérifie quand, étant donné le nombre
des pénitents, on ne dispose pas de confesseurs suffisants
pour entendre, comme il le faut, la confession de chacun dans un
temps convenable, de sorte que les pénitents, sans qu'il
y ait faute de leur part, seraient forcément privés
pendant longtemps de la grâce sacramentelle ou de la sainte
communion. Il appartient à l'Evêque diocésain
de juger si les conditions requises par les normes canoniques sont
remplies; en tenant compte des critères établis d'un
commun accord avec les autres membres de la Conférence épiscopale,
il peut déterminer les cas où se rencontre cette nécessité
(75). On ne négligera pas les célébrations
pénitentielles communautaires, en particulier aux temps forts
de l'année liturgique; on formera ainsi les fidèles
à comprendre le sens profondément ecclésial
de cette démarche pénitentielle, même lorsqu'elle
ne prend pas une forme sacramentelle.
Tout particulièrement - mais non exclusivement - dans les
territoires où se réalise une première évangélisation
des non chrétiens, les sacrements du baptême et de
la confirmation demandent aussi une attention particulière
de la part des prêtres.
A propos du baptême, on doit mettre en évidence les
effets suivants: le pardon des péchés, la filiation
divine, la configuration au Christ et l'incorporation à l'Eglise
(76). Au cours de la préparation, la pastorale devra s'adresser
aux parents et aux parrains quand il s'agit du baptême des
enfants, et aux candidats quand ce sont des adultes(77). On devra
valoriser la connexion naturelle entre catéchuménat
et baptême(78). On ne doit pas négliger la pastorale
post-baptismale, car les néophytes ont spécialement
besoin d'être aidés à accomplir fidèlement
les devoirs de la vie chrétienne et à s'intégrer
dans la communauté ecclésiale qui les a accueillis
(79).
Au sujet de la confirmation, il importe également d'insister
sur ses effets. Elle fait progresser sur le chemin de l'initiation
chrétienne, elle enrichit des dons de l'Esprit Saint, elle
crée un lien plus étroit avec l'Eglise, elle oblige
à s'engager davantage dans l'apostolat à l'intérieur
et au dehors de la communauté ecclésiale (80). La
pastorale devra veiller à la préparation des confirmands
et, ensuite, les accompagner pour que leur vie chrétienne
atteigne sa maturité et pour que leur engagement apostolique,
à l'égard même des non chrétiens, progresse
en générosité. La célébration
de la confirmation sera une occasion favorable d'établir
un lien personnel concret entre chacun des candidats et l'Evêque.
• Quelques priorités dans la pastorale liturgique:
dans les Eglises qui progressent vers leur pleine maturité,
la pastorale liturgique présente quelques aspects prioritaires:
c'est avant tout le sens communautaire de la célébration,
comme action du Christ et de l'Eglise (81), à laquelle chaque
chrétien est en mesure de participer,dans la diversité
des ordres et des fonctions (82); c'est, en outre, la nécessité
d'une participation active qui suppose aussi bien une préparation
préalable que la conscience de la signification et de la
valeur de l'action liturgique (83). La pastorale liturgique exige,
de plus, que soit assurée une harmonie entre la célébration
et la vie, de telle manière que les fidèles soient
capables d'exprimer dans leurs activités les multiples richesses
du mystère du Christ connu dans la foi (84). Ce type de pastorale
exige un notable effort d'inculturation, pour que les célébrations
soient plus facilement comprises et qu'elles correspondent à
la sensibilité des personnes, dans leur contexte culturel,
sans aucunement réduire le sens imprescriptible du Mystère
(85). Les études et les initiatives dans le domaine de l'inculturation
sont à entreprendre au niveau des Conférences Episcopales,
en conformité et en harmonie avec la tradition et les normes
de l'Eglise universelle. Il appartient aux prêtres ayant charge
d'âme de les soutenir avec conviction et de mettre en oeuvre
avec courage les orientations adoptées, en suivant le programme
commun établi dans le diocèse (86). Enfin, ils prendront
sérieusement en considération les célébrations
dominicales en l'absence du prêtre. Etant bien maintenu que
la célébration de l'Eucharistie est le centre et le
sommet de la vie chrétienne, reste du moins indispensable
aux communautés éloignées une réunion
de prière chaque dimanche, lorsque par manque du prêtre
la Messe ne peut être célébrée (87).
Les Conférences Episcopales et chaque Evêque intéressé
ont le devoir de régler ces célébrations sur
la base des normes de l'Eglise (88), pour ce qui concerne leur contenu,
leur lien avec l'année liturgique, la personne qui doit les
présider, leur déroulement et la nécessité
de ne pas les confondre avec la célébration eucharistique.
Il revient aux prêtres de préparer la communauté
intéressée et ses animateurs, de telle manière
que ces célébrations, qui comportent la proclamation
de la Parole de Dieu et, si possible, la distribution de l'Eucharistie,
soient d'authentiques expressions de la prière de l'Eglise,
capables d'aider les fidèles à sanctifier le dimanche
et à faire grandir en eux le désir de participer à
la Sainte Messe.
Les attitudes du prêtre qui préside doivent être
inspirées par une intelligence exacte de la Liturgie (89),
mais aussi par un vrai sens de la dignité qui convient. Cette
dignité de la liturgie s'accorde avec la simplicité
et la pauvreté des édifices et des vêtements,
si les célébrations sont accomplies avec une piété
à la fois intérieure et extérieure, en évitant
toute précipitation ou négligence. Ainsi, le président
de l'action liturgique s'applique à l'animer activement,
en intervenant lui-même par les exhortations appropriées
prévues par les rubriques, et en s'assurant qu'interviennent
comme il convient les autres acteurs de la Liturgie, pour les lectures,
les chants, les gestes et les moments de silence. La présidence
de l'action liturgique et son animation active exigent une richesse
de vie intérieure, une bonne connaissance doctrinale, la
capacité d'engager les autres dans cette action commune et
le soin de se préparer chaque fois.
L'observance fidèle des normes liturgiques, pour ce qui regarde
les gestes, les paroles, les vêtements, doit être pour
tout prêtre l'occasion de mettre en valeur le sens du sacré,
lié au culte, et de mettre en oeuvre un vrai sens pédagogique.
L'Eglise a précisé divers points à ce propos
et tous les prêtres doivent les observer (90). Cette fidélité
aux normes de la célébration, jointe à l'animation
assurée par le président, sera exemplaire pour la
communauté. Les fidèles pourront prendre conscience
de la grandeur des mystères célébrés,
en découvrant la ferveur intérieure des prêtres
et en observant la dignité de leur comportement. Les prêtres
doivent se rendre compte qu'ils manquent à leur rôle
de guides du Peuple de Dieu et qu'ils peuvent désorienter
les fidèles quand ils se permettent avec légèreté
de modifier le déroulement de l'action sacrée en y
ajoutant ou retranchant de manière indue, ou de célébrer
sans les vêtements liturgiques, en n'utilisant pas les vases
sacrés ou en dehors des lieux et places prescrits. Tout en
reconnaissant les situations de nécessité et en admettant
des exceptions légitimes, les prêtres seront chaleureusement
invités à offrir aux jeunes communautés de
mission des célébrations liturgiques aussi dignes
et ordonnées qu'il est possible. Ils se souviendront enfin
que les célébrations accomplies avec la dignité
qui convient constituent un message et un appel significatifs pour
ceux qui s'intéressent à la foi chrétienne
et s'y acheminent.
9. Libération, promotion humaine et choix préférentiel
des pauvres. La promotion humaine est liée à l'évangélisation:
il s'agit, en effet, de l'unique mission de l'Eglise, qui se sent
engagée, de par la volonté du Christ (cf. Mt 25, 41-45;
Lc 16, 19-31), à servir l'authentique développement
intégral de l'homme envisagé individuellement et dans
sa dimension sociale; par conséquent, elle est tenue de dénoncer,
quand il y a lieu, les maux et les injustices sociales qui l'oppriment
(91). On doit également se souvenir que la mission spécifique
de l'Eglise "n'est pas d'ordre politique, économique
ou social, mais d'ordre religieux" (92): elle offre en effet
"sa pre-mière contribution à la solution des
problèmes urgents du développement, quand elle proclame
la vérité sur le Christ, sur elle-même et sur
l'homme" (93).
C'est dans cette même ligne que l'on peut placer la question
de la libération, ressentie comme plus ou moins urgente,
avec ses implications pratiques, dans les divers secteurs de l'Eglise.
Dans le dessein éternel d'amour du Père, tout homme
est appelé à être en communion avec Dieu, avec
le genre humain, et même avec le monde tout entier, lequel
est intimement lié avec l'homme et par le moyen duquel il
arrive a sa fin. Cette communion a été brisée
par le péché; elle a été restaurée
par le Christ, selon la promesse du salut que Dieu a annoncé
d'avance dès les origines de l'humanité (cf. Gn 3,15;
Rm 5, 20-21). Par sa mort et sa résurrection, le Christ a
libéré l'homme du péché et de ses conséquences,
l'oppression, l'égoïsme et l'injustice, au plan individuel
et au plan social; il a restauré la communion, et il offre
à tous le salut. A l'exemple du Christ, l'Eglise proclame
cette même libération et elle s'efforce d'aider l'homme
à la conquérir dans tous les domaines de son existence.
Il est nécessaire que, dans les territoires de mission, les
prêtres aient une conscience claire et précise de cette
question et qu'ils connaissent exactement les éléments
essentiels d'une théologie de la libération conforme
à l'enseignement du magistère de l'Eglise (94): ils
pourront ainsi apporter une contribution valable au niveau de la
pensée et de l'action, sans tomber dans une idéologie
partisane.
Porter les valeurs de l'Evangile et du Royaume dans le champ économique,
social et politique est le devoir spécifique des laïcs
(95). Le devoir des prêtres est de les préparer à
ces engagements et de les assister, mais aussi de les encourager
et de les stimuler à assumer les responsabilités qui
leur sont propres dans le domaine des réalités temporelles
(96). Les prêtres manifesteront courage et équilibre
dans ce secteur de leur apostolat.
Pour exercer une pastorale efficace de la libération, de
la promo-tion humaine et de la justice, les prêtres s'efforceront
d'acquérir une connaissance complète de la doctrine
sociale, des directives et des choix pastoraux de l'Eglise. Ils
sauront être proches de leur peuple quand il est oprrimé
par ceux qui détiennent la richesse et le pouvoir; ils garderont
à son égard une attitude de solidarité et d'accueil,
et favoriseront une conscientisation, de telle sorte que les situations
d'injustice sociale ne soient pas subies passivement. Les pasteurs
ne resteront pas inactifs devant les difficultés inévitablement
liées à cette pastorale.
Il faut aussi se souvenir du problème grave des réfugiés
à cause de la guerre ou des calamités naturelles.
Les épreuves résultant de l'exil, de la désagrégation
des familles, de l'isolement, ou même l'extrême misère
entraînent fréquemment l'écroulement des idéaux,
la perte de toute confiance et le désespoir. La foi religieuse
est un précieux soutien pour reconstruire une vie. Le prêtre
est souvent le premier à subir l'impact de ces situations,
avec les difficultés qui leur sont liées, telles que
la concentration d'une population, la promiscuité dans les
camps de regroupement, tandis que les jeunes vont à la dérive.
Dans ces cas, les prêtres doivent faire preuve d'une particulière
sensibilité; ils doivent être préparés
en vue d'un service pastoral adapté.
Quand ils devront prendre des initiatives en vue du développement,
en particulier lorsqu'il s'agit de dénoncer publiquement
des injustices, les prêtres agiront ensemble et non individuellement
et isolément; ils suivront le programme élaboré
au plan du diocèse et approuvé par l'Evêque.
Ils ne perdront pas de vue que certaines interventions disproportionnées
faites à titre personnel, en particulier dans le domaine
socio-politique, risquent d'écarter le prêtre du plan
qui lui est propre, celui de la charité pastorale, de compromettre
la crédibilité de sa mission, de désorienter
les fidèles, et de porter préjudice à son apostolat.
Les demandes d'aide matérielle adressées aux autres
Eglises ou aux pouvoirs publics seront toujours faites avec l'approbation
de l'Ordinaire et selon un programme établi au plan du diocèse,
afin de garantir une saine péréquation entre les communautés
paroissiales.
Parmi les exigences évangéliques prend place avant
tout la charité à l'égard de tous, exigeant
une attention particulière aux pauvres. L'Eglise réaffirme
son choix - et son amour - préférentiel des pauvres;
elle demande aux prêtres d'agir en accord avec ce choix. Il
ne s'agit pas d'un choix exclusif, mais d'une expression particulière
du primat de la charité. Il faut comprende aujourd'hui parmi
les pauvres non seulement ceux qui n'ont rien, mais aussi certaines
catégories, en réalité nombreuses, de marginalisés
ou de personnes en grave difficulté, comme les handicapés,
les gens sans emploi, les émigrants, les réfugiés,
les drogués, etc. (97). Que les prêtres se montrent
proches de ces frères, prenant sincèrement part à
leurs difficultés et à leurs épreuves, voyant
en eux le visage souffrant du Christ (cf. Mt 25,40).
En réalisant une oeuvre de développement social, les
prêtres resteront convaincus que l'évangélisation
s'accomplit par le rayonnement des valeurs de l'Evangile, et non
pas par la puissance des moyens économiques. En sauvegardant
la mission de l'Eglise ils éviteront d'éveiller des
intérêts trop terrestres chez les fidèles et
chez ceux qui s'orientent vers le christianisme.
10. Artisan de la collaboration. Le service pastoral est une action
de l'Eglise, communautaire, organisée hiérarchiquement
à des niveaux divers de compétence (98).
Les prêtres ont le devoir de remplir leur service pastoral
dans un esprit d'Eglise, profondément insérés
dans la communauté, en union avec l'Evêque et dans
l'obéissance à son égard, et en étroite
collaboration avec les autres agents de la pastorale; ils éviteront
ainsi d'agir d'une manière autonome et individualiste; ils
sauront guider et accompagner la communauté dans la réalisation
d'un plan d'action, avec patience et souplesse.
Cet engagement des prêtres au plan diocésain se manifeste
aussi à travers leur insertion dans les divers conseils et
organismes. Ils vivront cette participation en s'impliquant généreusement
en vue de la croissance de toute la famille diocésaine.
Dans le cadre de la paroisse, il revient au curé d'organiser
la coopération entre tous les agents de la pastorale: les
prêtres, les diacres, les religieux et les laïcs (99).
Il faut encourager l'effort poursuivi en vue de promouvoir l'unité
entre tous ceux qui sont engagés à temps plein, grâce
à des rencontres fréquentes et régulières
d'information, de programmation, de vérification et de recherche
des meilleurs moyens d'action.
Il faut encore, dans un climat de confiance, promouvoir dans la
paroisse les organismes de participation qui sont prévus
par le droit canonique tels que le Conseil pastoral (100) et celui
des affaires économiques (101), ainsi que d'autres initiatives
d'ordre communautaire, comme les petites communautés ecclésiales,
les associations et les mouvements. Il se trouve que dans certaines
cultures, la petite communauté est à la base de la
structure sociale et peut constituer un cadre idéal pour
la vie chrétienne elle-même. Ces communautés
de base seront vraiment ecclésiales si elles réalisent
une communion et une coopération avec l'Eglise et ses pasteurs,
au plan de la doctrine, de l'organisation et des initiatives apostoliques
(102). La sagesse du prêtre le portera à favoriser
la coopération pratique des divers groupes, en esprit d'unité,
mais aussi dans le respect des caractéristiques propres à
chacun et de sa juste autono-mie.
Au niveau diocésain tout comme paroissial, mérite
une considération spéciale la collaboration entre
le clergé local et les missionnaires venus d'autres nations,
dont un grand nombre sont religieux. Ceux-ci exercent leur action
en vertu d'un mandat universel de l'Eglise, confié par l'Autorité
Suprême, et d'une convention particulière avec l'Ordinaire
du lieu. Leur présence est un don précieux pour l'Eglise
missionnaire, et réalise un échange de charité
entre les Eglises particulières. Ces missionnaires sauront
s'intégrer dans la société et s'insérer
dans l'Eglise où ils sont situés: ils font partie
de celle-ci de plein droit et, s'ils sont prêtres, ils sont
membres du presbyterium. Ils dépendent entièrement
du pasteur de cette Eglise en ce qui regarde l'activité pastorale,
tout en vivant et en travaillant conformémement au charisme
spécifique exprimé dans leurs constitutions (103).
Les prêtres qui appartiennent à l'Eglise locale, surmontant
tout esprit de faux nationalisme, vivront en communion avec eux
et ils sauront valoriser leur coopération apostolique, qui,dans
certains cas est non seulement utile et répond à des
besoins manifestes, mais est proprement indispensable. Les missionnaires,
de leur côté, favoriseront le développement
des ressources apostoliques locales. Entre ces Instituts et le Clergé
local se développera une coordination bien réglée
de l'action pastorale, sous la direction de l'Evêque; tous
y garderont le sens de l'unité nécessaire entre les
divers groupes dans le respect de leurs caractéristiques
et de leurs finalités propres (104).
Pour promouvoir la pastorale d'ensemble, qui est d'une importance
capitale dans l'activité missionnaire, les prêtres
doivent travailler sur la base d'une sage planification, au moins
au niveau du diocèse et de la paroisse. Cela suppose la mise
en oeuvre d'une méthode éprouvée: connaître
la réalité pastorale et déterminer des objectifs
généraux et spécifiques, des critères
d'évaluations, une stratégie, et des modes pratiques
d'action. Pour que la planification ne reste pas théorique,
ils préciseront le but à atteindre, les initiatives
à prendre, les responsabilités à déterminer,
les moyens à employer, les lieux et moments pour agir, etc.
Ces programmes seront soumis à une révision régulière.
11. Le Pasteur travaillant à l'évangélisation
de la culture. L'Evangile transcende toutes les cultures et ne s'identifie
à aucune d'elles (cf. Jn 18,36). Cependant, le Royaume qu'annonce
l'Evangile est vécu par des hommes profondémment liés
à une culture, et la construction du Royaume ne peut se faire
en laissant de côté les éléments culturels.
Ce secteur important a une profonde signification dans l'évangélisation
missionnaire, qui se situe en effet dans la ligne de l'Incarnation
du Verbe. L'Eglise a le devoir non seulement d'évangéliser
les cultures, mais aussi de favoriser et d'accueillir toutes les
ressources, les richesses humaines et religieuses, les coutumes
des peuples, dans la mesure où elles sont bonnes; elle doit
porter la Bonne Nouvelle à tous les niveaux de l'humain,
pour les transformer du dedans, les purifier des éléments
négatifs, anciens et nouveaux, de telle sorte que le message
évangélique puisse s'exprimer à travers des
expressions intelligibles et valables.
L'inculturation est d'abord le fait des Eglises particulières,
comprises comme communautés vivant une expérience
quotidienne de foi et d'amour. Les spécialistes peuvent la
stimuler et la guider; ils n'en sont pas les acteurs principaux.
De plus, l'inculturation ne peut être réalisée
par une seule communauté: elle ne peut être effectuée
que par un ensemble d'Eglises vivant dans une aire culturelle déterminée.
L'inculturation, enfin, n'est pas une action accomplie une fois
pour toutes: c'est l'intégration permanente de l'expérience
chrétienne dans une culture, qui n'est elle-même ni
stable ni achevée.
Il faut se souvenir que l'Evangile, durant des siècles, a
pénétré tant de cultures différentes,
assumant leurs valeurs, qui sont devenues des valeurs humaines universelles,
éléments capables de répondre aux requêtes
de toute culture. Cette conviction stimule et guide l'inculturation
du message évangélique en toute culture particulière.
Il faut tenir compte de ce fait, dans le discernement des éléments
d'une culture, pour ne pas aboutir à une oeuvre de démolition
et priver ainsi un groupe humain d'un héritage culturel qui
appartient au patrimoine de toute l'Eglise.
Les prêtres s'engageront avec confiance dans ce domaine très
exigeant de leur apostolat; ils apprendront à porter sur
leur propre culture un jugement équitable, c'est à
dire à distinguer les valeurs, les déficiences ou
les erreurs, et à discerner les conséquences du péché,
de telle sorte qu'ils ne prennent pas pour une véritable
valeur n'importe quelle expression culturelle.
Ils garderont présent à l'esprit que l'inculturation
ne doit pas compromettre l'unité de l'Eglise, mais qu'elle
doit toujours partir, comme de sa base, de la Sainte Ecriture et
se développer en demeurant attachée à la Tradition,
en accord avec les orientations et les directives du Magistère
vivant (105). Pour que l'inculturation atteigne son but et que les
fidèles ne soient pas désorientés, les prêtres
agiront en union avec l'Evêque et avec les autres prêtres,
suivant un programme commun, établi au niveau de la Conférence
Episcopale (106).
Dans ce contexte on ne peut ignorer le rôle de la religiosité
populaire catholique présente dans le pays. Considérée
comme un ensemble de valeurs, de croyances, d'attitudes appartenant
à la religion catholique, la religiosité populaire
est un milieu privilégié de dialogue entre l'Evangile
et la culture. Elle exprime la sagesse d'un peuple. Par conséquent,
pour évangéliser à fond une culture, il importe
d'accorder une réelle importance à cette religiosité.
Les prêtres veilleront avec soin à ce que la religiosité
populaire se nourrisse d'une connaissance authentique du message
chrétien et ne tombe pas dans la magie, la superstition,
le fatalisme ou une autre forme déviée de religiosité
(107).
12. Ami et guide des jeunes. Les jeunes sont une part vivante et
active de l'Eglise; ils sont au centre de ses préoccupations
et de son amour; ils sont son espérance (108). Convaincue
que la jeunesse est elle-même une richesse (109) et que les
jeunes influent de manière décisive sur la construction
de la société (110), l'Eglise les confie de manière
préférentielle à l'attention pastorale des
prêtres (111), afin que soient formés des hommes et
des femmes d'une forte personnalité humaine et chrétienne
(112). Dans les jeunes communautés ecclésiales, situées
pour la plupart dans un contexte humain comportant une forte proportion
de jeunes, cette pastorale doit être considérée
comme prioritaire et n'être négligée à
aucun prix pour le présent et pour l'avenir de l'Eglise (113).
Les prêtres prépareront les jeunes à travailler
à l'oeuvre de l'évangélisation. On peut parler
avec raison d'apostolat de l'espérance quand les jeunes sont
évangélisés et deviennent eux-mêmes des
protagonistes de l'évangélisation de leurs contemporains
non chrétiens (114).
Les attitudes de prêtres en relation avec les jeunes doivent
être bien adaptées à cette pastorale; elles
seront caractérisées par un amour sincère et
une grande disponibilité: il faut tout d'abord accepter,
même si cela nous dérange, de sympathiser avec leurs
aspirations et de partager leur idéal, leurs points de vue
valables, leurs problèmes et leurs activités. Mais
les prêtres doivent aussi être capables de stimuler
et de guider les jeunes pour qu'ils soient capables d'un jugement
critique; ils pourront ainsi affronter des situations difficiles,
comme, par exemple, la rencontre d'une culture sécularisée
et souvent athée en relation avec une idéologie aliénante,
les tensions provoquées par les injustices sociales, la diffusion
de la drogue et la permissivité sexuelle, le chômage
et autres situations semblables. Les prêtres resteront proches
des jeunes pour les éclairer et les guider au milieu de ces
écueils; ils les aideront à se former dans un climat
de confiance, à surmonter les contradictions qu'ils portent
en eux-mêmes, à former des projets de vie positifs
et à s'y engager de manière cohérente. Ils
devront donc se mettre à la portée des jeunes, leur
consacrer beaucoup de temps, leur montrer beaucoup d'intérêt,
leur offrir une relation d'amitié. Ils leur proposeront la
pratique de la direction spirituelle, qui exerce une influence profonde
durant les années de jeunesse. Les prêtres garderont
présente à la pensée la conviction que l'Eglise
a beaucoup de choses à dire aux jeunes, et que les jeunes
ont aussi beaucoup à dire à l'Eglise (115)
Il est nécessaire de réunir les jeunes en groupes
masculins, féminins ou mixtes, en valorisant les structures
scolaires, les associations et les mouvements, ou en provoquant
la formation de groupes spontanés. Les prêtres n'oublieront
pas que les jeunes ont besoin, pour grandir ensemble, de partager
entre eux, de se soutenir mutuellement et de réaliser quelque
chose de valable. Aussi les prêtres devront-ils acquérir
une bonne connaissance de la dynamique des groupes; ils prendront
soin, en particulier, de la formation des dirigeants des groupes
des jeunes.
Au niveau diocésain, on se préoccupera de constituer
une organisation capable de promouvoir la pastorale des jeunes,
avec des prêtres soigneusement préparés, chargés
de ce ministère, qui seront disponibles pour intervenir dans
les paroisses ou les groupes avec un apport de qualité.
Les prêtres seront attentifs à un phénomène
actuel particulier, qui influe sur la transmission du message: un
grand nombre de jeunes, d'une part, demandent à être
considérés comme s'ils étaient dèjà
parvenus à l'âge adulte, et, d'un autre côté,
ils se réfèrent à des critères étrangers
à toute maturité, qu'ils affirment ceux de la jeunesse,
pour juger la vie. Ainsi se présente un problème de
déséquilibre qui, là où il existe, doit
être pris en considération, pour en éviter les
conséquences et aider à le surmonter.
La pastorale de la jeunesse ne se limite pas aux jeunes: elle concerne
toute la communauté chrétienne. Il s'agit de former
la communauté chrétienne et de l'aider pour qu'elle
comprenne les attentes des jeunes et qu'elle en tienne compte, pour
qu'elle donne aussi elle-même un témoignage d'honnêteté
au plan humain et de cohérence dans la foi, pour qu'elle
intègre les jeunes dans sa vie, en un mot, pour qu'elle se
considère comme n'étant pleinement une communauté
humaine et chrétienne qu'avec la présence vivante
et l'apport dynamique de la jeunesse. Les adultes et les jeunes,
étroitement unis et capables d'un échange réciproque
de valeurs diverses, forment la communauté chrétienne
réelle et complète.
13. Promoteur des vocations. Les prêtres ont un rôle
unique et inaliénable au plan de la pastorale des vocations.
Convaincus que l'Esprit Saint continue de distribuer avec grande
libéralité le charisme des vocations particulières,
et que le Christ continue à appeler les jeunes parce qu'il
les aime (cf. Mc 10,2) (116), les prêtres prendront volontiers
à coeur l'accompagnement des jeunes pendant la période
délicate et décisive d'une recherche vocationnelle.
La pastorale des vocations commence dans la communauté chrétienne
avec l'invitation à la prière et le témoignage
de vie chrétienne. La communauté, dans la diversité
des services, des fonctions et des charismes joue un rôle
important, en esprit de coresponsabilité, pour la naissance
des vocations. Cette pastorale engage les familles et les écoles,
dans la mesure où les parents et les enseignants sont des
éducateurs dans la sphère du choix de vie (117). Mais
les principaux interlocuteurs dans le dialogue vocationnel sont
les enfants et les jeunes eux-mêmes: les prêtres doivent
d'une manière particulière leur adresser un appel
et les aider à trouver la lumière dans tout l'éventail
des vocations.
Ainsi, quand un jeune manifeste une réelle maturité
dans sa vie chrétienne et se montre sensible à la
possibilité d'une vocation au sacerdoce, à la vie
consacrée ou à l'engagement missionnaire, le prêtre
s'adressera à lui avec délicatesse et l'accompagnera
individuellement au plan d'une direction spirituelle attentive.
A l'exemple de Jésus, il ne craindra pas de l'interpeller,
en lui faisant la proposition explicite d'un choix de vie totalement
consacrée à Dieu pour un service apostolique (cf.
Mt 4, 19-20; 19,21; Jn 1,39, 42-43). Il gardera cependant présent
à l'esprit que la meilleure proposition émane de sa
propre vie cohérente et heureuse. De plus, il évitera
de mettre en avant, parmi les motivations vocationnelles, l'aide
apportée aux pauvres, sans souligner ce point essentiel et
décisif pour toute vocation sacrée: la personne même
de Jésus-Christ à aimer et à suivre pour coopérer
au salut des hommes. Les prêtres n'oublieront pas que les
vocations à une vie consacrée naissent et se développent
seulement dans un climat de vie chrétienne intense.
Un point important dans la pastorale des vocations consiste à
aider le jeune à évaluer ses propres motivations vocationnelles.
Il faut veiller à la qualité des candidats et éviter
que les maisons de formation se remplissent de jeunes dont la vocation
est insuffisamment éprouvée. Chaque Evêque a
la responsabilité de déterminer des critères
en vue du discernement des vocations, en tenant compte de la maturité
humaine et spirituelle, de la capacité intellectuelle et
des dispositions concernant l'esprit de service et l'engagement
social. Parmi les critères de discernement de la vocation
au presbytérat, il faut inclure, comme disposition essentielle,
le sens missionnaire et la disponibilité pour l'annonce de
l'Evangile aux non chrétiens. Il sera utile d'autre part,
de s'insérer dans un programme vocationnel diocésain
et national, en recourant aux organismes et aux formes d'aide adaptées,
et en participant à des initiatives communes.
Font partie de la pastorale des vocations l'accueil et le soutien
des séminaristes durant les vacances en famille ou pendant
des périodes qui s'inscrivent dans un programme d'expérience
pastorale. Les prêtres, tout particulièrement les Curés,
sauront être proches d'eux et les accompagner dans leur vie
de prière et dans leurs expériences apostoliques,
en accord avec les orientations éducatives du séminaire.
Les prêtres manifesteront spécialement cette disponibilité
et apporteront cette aide à l'égard des diacres durant
l'année de pasto-rale, qui constitue un temps fort de formation
et d'initiation au ministère.
14. Attentifs à la vocation spécifique des laïcs.
Le souci des laïcs est au coeur de l'Eglise, qui souligne avec
insistance leur vocation à la sainteté et la triple
fonction prophétique, sacerdotale et royale des baptisés
et confirmés (118).
Les prêtres auront une attitude d'ouverture et d'attention
à l'égard des laïcs et se considéreront
comme eux disciples du Seigneur. Dans l'accomplissement de leur
ministère, ils n'oublieront pas que, chargés de fonctions
différentes, ils sont ensemble, avec les laïcs, membres
du même et unique Corps du Christ, dont l'édification
est la tâche de tous (cf. Rom 12, 4-10) (119).
La pastorale en faveur des laïcs tient compte avant tout de
leur caractère séculier. Par vocation ils cherchent
le Règne de Dieu en s'occupant des choses temporelles. Ils
vivent dans le siècle, engagés dans la condition ordinaire
de la vie familiale et sociale, mais ils sont appelés par
Dieu, étant à l'intérieur du monde et agissant
comme un ferment, à la sanctification de ce monde, guidés
par l'esprit évangélique (120). Dans les Eglises situées
dans des ensembles humains où les chrétiens sont en
minorité, la présence des laïcs baptisés
revêt une signification particulière: ils peuvent donner
un témoignage plus facilement perceptible de la force et
de l'actualité du message évangélique (121).
L'action des laïcs se révèle aujourd'hui particulièrement
précieuse et nécessaire pour que le service missionnaire
de l'Eglise se développe toujours plus largement et engage
solidairement tous les baptisés. Dans cette perspective,
la formation d'un laïcat adulte et bien engagé se présente
comme un élément fondateur essentiel et irremplaçable
pour l'implantation et le développement de l'Eglise (122).
Les prêtres s'efforceront de garder vivant, dans la conscience
de leurs fidèles, le grave devoir d'être des messagers
de l'Evangile et les animateurs de l'ordre temporel, solidaires
de leurs concitoyens, dans un esprit de charité et avec la
force de l'Evangile (123).
Au plan de l'apostolat des laïcs, les prêtres se feront
les promoteurs convaincus du laïcat, formant les laïcs
de manière adaptée, les animant pour qu'ils s'engagent
avec ardeur, poussés par un esprit vraiment chrétien
(124). Ils les insèreront dans les conseils et les autres
organismes, ils leurs confieront des charges dans la communauté,
conformémement à leur vocation propre et leurs dons
particuliers (125). Ils ne se substitueront pas aux laïcs;ils
les encourageront dans leurs activités, étant convaincus
que la croissance de l'Eglise, spécialement en mission, passe
par la présence dynamique d'un laïcat toujours mieux
préparé et vraiment responsable.
La présence des femmes dans la pastorale mérite une
attention spéciale. En vertu des valeurs propres à
la féminité (126), la femme intervient avec plus de
pertinence dans certains domaines, où sa présence
doit être mise en valeur, comme la vie familiale, l'éducation
des jeunes, les oeuvres d'assistance et de charité, etc.
ou des domaines dans lesquels il n'est pas souhaitable qu'un homme,
plus particulièrement un prêtre, intervienne. La collaboration
pastorale avec les femmes exige des prêtres beaucoup de maturité
et de réserve. La direction immédiate des activités
regroupant des femmes sera confiée de préférence
à l'une d'entre elles.
15. Apôtre de la famille. La famille chrétienne a le
privilège d'être image de Dieu-Amour. Cet amour qui
engage la personne en tant que corps et esprit, unit l'homme et
la femme dans le couple et devient ainsi principe de fécondité
(cf. Ep 5,25-32). La famille est "la première cellule
vivante de la société" et "le sanctuaire
domestique de l'Eglise" (127), elle a été défendue
par Jésus pour ses valeurs originaires et immuables (cf.
Mt 19, 4-8). Partout, la famille se trouve dans une situation complexe,
comportant tout ensemble une part de lumière et une part
d'ombre; dans les pays de mission, elle doit faire face à
des problèmes particuliers posés par les conditions
sociales, les influences culturelles, et aussi les convictions religieuses.
L' Eglise est consciente des grands défis qu'affronte la
famille chrétienne en notre temps (128); elle réaffirme
sa prédilection pour elle, la confiant aux soins des pasteurs
comme une de leurs obligations prioritaires (129).
La sollicitude pour les familles est un des principaux devoirs du
curé; doivent collaborer avec lui dans cette tâche
les autres prêtres, les diacres, les religieux et des laïcs
bien préparés (130). Le lieu privilégié
où s'exerce immédiatement la pastorale familiale est
la communauté paroissiale, avec sa force de communion, et,
plus spécifiquement, la famille chrétienne, en raison
de la grâce reçue dans le sacrement (131).
La pastorale familiale commence avec la pastorale des fiancés,
dans ses expressions plus éloignées ou plus proches
du mariage. La préparation éloignée commence
déjà avec la catéchèse des jeunes. La
préparation plus proche relève des pasteurs, avec
la collaboration de personnes qualifiées. La pastorale de
la préparation immédiate relève expressément
de la charge des prêtres, car elle se réfère
de près au sacrement. Les prêtres assureront cette
préparation au mariage par des rencontres où ils s'adressent
personnellement aux fiancés, soit à chacun individuellement,
soit en groupe (132). Ils éveilleront tout particulièrement
leur attention, sur la signification du sacrement, sur l' appel
des époux à la sainteté et sur les devoirs
de leur état. Dans certaines cultures, qui doivent être
protégées, les familles transmettent elles-mêmes
aux jeunes les valeurs humaines et chrétiennes de la vie
matrimoniale et familiale.
Dans la célébration liturgique du mariage, les époux
signifient le mystère, auquel ils participent, de l'union
et de l'amour fécond entre le Christ et l'Eglise (Eph 5,32)
(133). Il est opportun, dans la mesure du possible, que cette célébration
sacramentelle revête une forme solennelle, étant située
de préférence un jour de fête, ou suivant un
calendrier diocésain, en présence de la communauté
et avec sa participation active et responsable. Ce service pastoral
s'exercera encore en mettant en valeur la Liturgie de la Parole,
en vue de l'éducation de la foi des participants (134).
La pastorale post-matrimoniale sera le fait de toutes le |