L’agence Fides a recueilli le témoignage
de plusieurs Ordres religieux répandus dans le monde entier,
et qui travaillent actuellement dans la lutte contre la lèpre,
dans les soins donnés aux malades et dans leur réinsertion
sociale. Beaucoup de religieux et de religieuses avec lesquels nous
avons parlé, nous ont déclaré que, malheureusement,
les gouvernements n’autorisent pas toujours l’assistance
aux lépreux dans leurs pays, et qu’il est ainsi difficile
d’établir avec exactitude le nombre et la localisation
des léproseries ou des endroits où ils se rendent
pour continuer leur œuvre d’assistance.
Voici quelques témoignages :
LES CAMILLIENS
Fidèles au charisme de fondation transmis par Saint Camille,
les Camilliens travaillent depuis toujours à “témoigner
au monde l’amour toujours présent du Christ envers
les malades ” (Const. n°1).
La fidélité au charisme est le lien qui a tenu uni
l’Ordre dans les moments de grande difficulté. En particulier,
la fidélité au charisme s’est réalisée
dans la décision de vivre, jusqu’à ses conséquences
extrêmes, l’appel de saint Camille de Lellis à
donner tous les soins au malade, y compris au prix de sa propre
vie.
Avec le temps, le charisme a été réalisé
de différentes manières, en faisant attention aux
signes des temps et aux besoins des derniers, des plus petits. On
peut dire que les quatre siècles de l’histoire des
Camilliens ont été caractérisés par
l’assistance auprès des malades, la raison d’être
du choix de servir les plus faibles, ceux dont les maladies sont
causées par la pauvreté et, à leur tour, cause
de plus de misère encore; de l’engagement dans les
urgences sanitaires, là où la possibilité d’exercer
le quatrième voeu (servir les malades même au prix
de sa propre vie) est particulièrement élevée;
de l’attention aux signes des temps, garantie de l’évolution
des activités, en réponse à des problèmes
nouveaux et naissants.
Saint Camille fut appelé l’initiateur “d’une
nouvelle école de charité”. Sur ses pas se sont
engagés de nombreux disciples, dilatant aux quatre coins
de la terre et aux différents besoins du monde son inspiration.
Pour faire cela, les Camilliens continuent à maintenir unis
le zèle apostolique de l’évangélisation
et le soin du malade. Comme pour Jésus, la proclamation de
la Bonne Nouvelle passe à travers le témoignage d’actes
de guérison. Par la charité, les religieux Camilliens
témoignent de la présence des signes du Royaume dans
le monde et ils le font avec la compétence requise par le
respect dû à chaque personne.
Bien que la première mission extra-européenne des
Camilliens remonte au XVII° siècle, un développement
missionnaire notable n’eut lieu qu’après la deuxième
guerre mondiale. La diffusion dans le monde a été
telle que les Camilliens sont présents actuellement dans
trente-six pays.
Dans tous les pays, l’effort est double : témoigner
de la propre vocation spécifique, par des œuvres d’assistance
socio-sanitaire et de formation du personnel ; créer les
bases pour la continuité et le développement de la
présence sur place, par des religieux du lieu.
Les directions d’assistance sont fondées sur les conditions
présentes sur un territoire donné. On accorde la préférence
aux pathologies et aux malades refusés par tous, ou pour
lesquels il n’existe pas de structures spéciales.
Avec ces motivations, les lépreux ont eu la priorité
dans nombre de nos activités. Un grand nombre d’entre
elles se sont ensuite distinguées grâce au zèle
des religieux et par la qualité de l’assistance offerte,
au point d’être considérées comme un modèle
pour la nation tout entière dans laquelle elles se trouvent.
L’évolution de la médecine et la découverte
de soins médicaux pour vaincre le bacille ; l’amélioration
de l’œuvre de prévention ; une conscience plus
grande et une acceptation sociale plus large ont amené à
la réduction du nombre des malades de la lèpre dans
le monde. Même s’il y a encore des régions où
la lèpre s’est enracinée comme maladie endémique,
elle ne représente plus actuellement une urgence sanitaire.
Cela a déterminé la conversion de plusieurs de nos
activités, destinées à ces formes pathologiques
plus virulentes et aiguës. D’une manière particulière,
dans de nombreuses régions du globe, notre attention s’est
déplacée sur le phénomène du SIDA.
Cela n’empêche pas que plusieurs Centres Camilliens
continuent à porter assistance et soins aux lépreux,
là surtout où ils ne reçoivent pas l’assistance
sanitaire et sont objets de discrimination.
Bénin
Les Camilliens sont présents dans le pays avec quatre communautés.
Les religieux français, le Père Moegle et le Père
Stenou, dirigent le Centre de Traitement Anti-lèpre et Dispensaire
St. Camille di Davougon, à Abomey. Ils sont aidés
par deux volontaires laïques : Célinou et Célina.
La présence de volontaires étrangers est importante:
ils restent pour des périodes dont la durée est variable,
pour aider les activités du centre. Enfin, les religieux
profitent de la collaboration de personnel local, embauché
pour les services dont le Centre a besoin.
Le Centre de Traitement Anti-lèpre et Dispensaire St. Camille
offrent l’assistance constante à trente malades de
la lèpre.
Le Centre de Traitement Anti-lèpre et Dispensaire St. Camille,
en plus des soins de la lèpre, offrent plusieurs services
socio-sanitaires: hospitalisation aux malades du SIDA, de la tuberculose,
ulcères du Buruli, et d’autres maladies graves, et
école féminine d’artisanat qui prépare
à un travail les jeunes filles sans moyens (coupe couture,
économie domestique etc.).
Pendant l’année écoulée, il y a eu des
contrôles de diagnostics sur 752 cas, 230 lépreux ont
été hospitalisés, dont 32 nouveaux cas (17
présentant une infection élevée), alors que
les autres étaient des lépreux d’infection ancienne.
Inde
La Délégation Camillienne de l’Inde exerce ses
activités surtout dans le domaine du SIDA. Dans l’Etat
d’Andhra Pradesh où vit un nombre élevé
de lépreux, la Délégation s’est chargée
de la gestion d’un petit centre de résidence pour les
lépreux.
Dans ce Centre vivent des lépreux devenus « négatifs
» mais qui portent les signes irrémédiables
des lésions de la maladie : difformités, moignons,
amputations ; ils sont normalement incapables de pourvoir à
eux-mêmes à cause de l’âge et des infirmités.
On leur assure l’hospitalité et les soins des récidives.
On a accordé la préférence aux noyaux familiaux,
logés dans des locaux indépendants. Chaque petite
maison a son petit jardin qui sert de thérapie de rééducation.
Le petit Centre, près du petit sémianire, accueille
une vingtaine de malades, pris en charge par un religieux.
Chine
Les Camilliens n’ont pas une présence stable en Chine,
d’où ils ont été expulsés en 1952.
Toutefois, la ténacité de plusieurs religieux et le
changement d’orientation politique des dirigeants ont permis
leur retour partiel, pour la réalisation d’œuvres
socio-sanitaires.
Les Camilliens s’occupent de deux léproseries à
Zhaotong et à Qiaojia, dans la Province du Yunnan
Dans le seul Yunnan, il y a 25.000 lépreux; le taux annuel
de progression de l’infection dans la Province est d’environ
500 nouveaux cas. Dans la région de Qiaojia, il y a plus
de mille lépreux. La vieille léproserie de trouve
à 45 kilomètres de la ville, sur un flanc de montagne
à 2.450 mètres.
Les Camilliens apportent leur aide et les soins à un millier
de malades, hospitalisés, ou à domicile.
Brésil
Les Camilliens se sont installés à Macapá parce
que Marcello Candia, qui ne pouvait pas et ne voulait pas diriger
tout seul une institution appelée à se “brésilianiser”
(selon aussi ce que lui avait dit Paul VI qui le considérait
comme un ami), leur avait donné l’hôpital.
La Communauté des Camilliens de Macapá est réduite
en nombre, mais très active, dans la gestion de l’hôpital
local, et à domicile. Elle offre une grande variété
de services. Dans le domaine de l’assistance aux lépreux,
Raul Matte, prêtre et médecin, étend son œuvre
aux habitants des villages qui peuplent les petites îles autour
de l’Ilha do Marajò, dans laquelle il se rend périodiquement
en barque (petit bateau à moteur), équipée
en laboratoire.
Thaïlande
Dès le début de la fondation les missionnaires Camilliens
se sont engagés dans l’assistance aux malades de la
lèpre: ce fut là le choix préférentiel
de la Délégation, récemment constituée
en Vice-province. Les lépreux, dispersés et cachés
dans les campagnes et dans les forêts, vivaient marginalisés,
résolument oubliés par la société tout
entière. Il était difficile de les dénicher
et de les trouver pour des visites et des soins. L’idée
naquit alors d’un « Village » spécial,
qui pourrait les accueillir et les aider, et qui leur permettrait
d’avoir une vie sociale, de se consacrer à un travail
selon leurs possibilités, de pourvoir d’une certaine
manière aux besoins de leur famille. Le Père Turcato
et le regretté Père Carli, s’occupèrent
de la mise en route difficile de ce projet, dans la région
de Khokwat Prachimburi, en déboisant une forêt et en
montant ensuite les structures du Centre. Le « Village Saint
Camille » s’est toujours agrandi et embelli comme un
jardin, en se dotant de différentes activités : culture
des fruits et des légumes, élevage du bétail,
travaux artisanaux du bois et de tissage, instruction des enfants.
Actuellement, le Village Saint Camille est un symbole de la Mission
thaïlandaise, et une invitation pour la société
du Pays à prendre à coeur cette catégorie de
malades.
De ce Centre dépend le Village de Precaiang, construit pour
une dizaine de familles de lépreux qui étudient dans
des écoles disposées à les accepter.
Avoir vaincu la lèpre n’empêche pas au Centre
Saint Camille de continuer à réaliser une importante
mission d’accueil pour les malades chroniques et pour les
rares nouveaux cas d’infection. Il y a actuellement une centaine
de lépreux qui vivent au Centre Saint Camille.
Madagascar
La Délégation Camillienne à Madagascar offre
un service d’assistance aux lépreux. L’activité
est de type “résidentiel”, réalisée
à la léproserie de Ilena, et “à domicile”,
par les visites dans les maisons où vivent les malades.
La léproserie comprend 47 petites maisons où sont
accueillis les lépreux et leur famille.
L’assistance est assurée par une équipe formée
de personnel sanitaire laïc et par un religieux Camillien.
On assure aussi des services de prévention dans les villages,
des soins des formes aiguës, et de la rééducation
des cas chroniques. Le Centre offre aussi un service de pédiatrie.
Le Centre est aidé par la contribution de l’ONG de
l’Ordre, Santé et Développement. Il y a aussi
d’autres formes de financement.
Burkina Faso
Au Burkina, les Camilliens s’occupent des soins destinés
aux lépreux, par l’hospitalisation dans un centre résidentiel,
et par les soins à domicile ou dans un dispensaire.
Le centre résidentiel se trouve dans les faubourgs de la
Capitale, à Ouaga-Paspanga.
Le nombre total des personnes soignées qui ont des contacts
avec les religieux Camilliens est de 600 personnes environ.
L’activité est coordonnée par un religieux frère;
en plus du personnel embauché, Frère Vincent peut
compter sur la collaboration d’une cinquantaine d’étudiants
universitaires qui offrent un service volontaire.
Il y a aussi des services de prévention, de soins et de rééducation.
Les malades sont aidés aussi pour se suffire à eux-mêmes,
en aidant leurs petites activités agricoles et d’élevage.
Dans ce but, il y a aussi une coopérative.
Toute l’activité est financée grâce aux
dons de bienfaiteurs.
Autriche
La province d’Autriche se distingue de manière particulière
par son attention au soutien d’initiatives missionnaires dans
le domaine de la lèpre.
Non seulement elle a un missionnaire qui travaille activement à
Madagascar et dirige un Centre d’accueil pour les malades
de la lèpre, mais elle offre aussi une assistance financière
à plusieurs centres dans le monde. A juste titre, l’activité
de la Province peut être inclue dans le domaine de l’assistance
aux lépreux.
La Province d’Autriche soutient financièrement
de nombreux projets, qui ne sont pas toujours dirigés par
les Camilliens, dans les pays suivants:
| -Thaïlande: |
|
Sri Vichien, Khokwat, Chombung. |
| -Laos: |
|
Khud Sambad. |
| -Corée du Sud: |
|
Sorokdo. |
| -Chine: |
|
Leproseries in the Yunnan-Province. |
| -Inde: |
|
Eluru (Andrha Pradesh) |
| -Bénin: |
|
Abomey. |
| -Madagascar: |
|
Ilena, Isifotra. |
| -Brésil: |
|
Macapa. |
Conclusion
La diminution de l’incidence de la pathologie de la lèpre
a réduit l’engagement des religieux Camilliens dans
cette activité. De nouvelles formes de lèpre (SIDA)
ont redéfini les priorités du ministère des
Camilliens.
Toutefois, notre présence continue dans ce domaine, surtout
là où la maladie reste un signe de la pauvreté
et de la marginalisation. On donne aux lépreux un soin «
holistique » qui vise non seulement à réduire
la maladie, mais aussi à promouvoir la dignité des
personnes. (Fr. Luca Perletti, Secrétaire général)
LES RELIGIEUX MISSIONNAIRES DE LA CONSOLATA
Dès les premiers moments de leur entrée en Afrique,
le problème de la lèpre se présente comme une
des maladies faciles à distinguer, moins faciles à
diagnostiquer et à soigner; il n’était pas rare
de voir des personnes malades habiter en dehors de leurs villages
et on leur apportait là un bol de nourriture. Les Missions
les accueillaient, les soignaient dans leurs dispensaires, mais
ne connaissaient pas les thérapies pour les guérir.
Cette situation dura pendant des années. Avec la construction
des hôpitaux, on accorda une attention particulière
aux malades de la lèpre, en leur attribuant des services
spéciaux, et en leur réservant des heures déterminées
dans les dispensaires.
La lèpre, par sa nature est telle qu’elle ne permet
pas de se hasarder à faire des statistiques. Les données
provenant des hôpitaux sont indicatives set approximatives.
L’hôpital de Gambo, créé en 1973 dans
la Mission de Gambo, dans le Vicariat Apostolique de Meki, dans
la Province de Arsi en Ethiopie; est le point de référence
pour le contrôle et la thérapie hospitalière
de la lèpre et de l’hospitalisation. L’hôpital
compte 46 lits. En 1992 et en 1993, les hospitalisations ont été
respectivement de 120 et de 117; la durée moyenne de l’hospitalisation
a été de 82 jours en 1993 et de 92 en 1994.
Les cas de mort à l’hôpital ont été
au nombre de deux en 1992 et de 2 en 1993. Dans les années
plus récentes, l’hospitalisation a diminué,
mais le nombre des visites à domicile a augmenté,
de la part du personnel hospitalier.
Un autre hôpital dans lequel travaillent les religieux missionnaires
de la Consolata se trouve à Inonda dans le Diocèse
de Njombe. Il a été construit en 1965. Dans la région,
on ne dirait pas que la lèpre est répandue en raison
du manque de cas évidents, mais on sait qu’elle est
couverte par la discrétion. Elle est toutefois une des causes
responsables des autres hospitalisations. Les registres de l’hôpital
ne contiennent pas de données significatives, mais on sait
que la lèpre existe dans le Pays.
Une petite colonie de lépreux, est née avec la Mission
Nova Esperanca dans le diocèse de Vichinga dans le nord du
Mozambique vers la moitié des années 1960, confiée
aux Père Salvatore Forner, missionnaire de la Consolata,
est passée depuis quelque temps à l’Eglise locale.
Elle comprend de petites maisons qui peuvent abriter une famille,
construites pour les lépreux, est équipée de
ce qui nécessaire pour vivre, des écoles élémentaires
notamment pour les enfants, et un dispensaire.
L’œuvre accomplie par le Père Ludovico Crimella,
missionnaire de la Consolata, originaire de Côme, est importante
et singulière: il a changé la léproserie de
Onze de Maio, en Amazonie, en une Communauté, en commençant
à rassembler quelques dizaines de personnes. Actuellement,
la communauté comporte 40.000 personnes, dont une partie
comprend d’anciens lépreux, et d’autres des personnes
qui ont besoin de prévention ou de rééducation
sociale. (P. Giovanni Tebaldi, IMC)
LES RELIGIEUSES MISSIONNAIRES DE LA CONSOLATA
De nos jours, si l’on intervient à temps en suivant
rigoureusement un cycle thérapeutique qui dure de nombreux
mois, la lèpre peut être guérie. Si, en revanche,
la maladie de Hansen, comme on appelle cette pathologie, est négligée,
ont a des conséquences invalidantes irréversibles
: la perte de sensibilité des membres, la cécité,
des lésions graves aux mains, aux pieds et à la peau.
Pour cette raison, au “Ganta Leprosy Rehabilitation Center”
(Ganta Rehab), où je travaille depuis des années,
nombre des 320 malades sont handicapés. Plusieurs d’entre
eux ont subi l’amputation des membres inférieurs, et
ne se déplacent qu’en voiture d’infirme; d’autres
marchent avec le pas mal assuré de l’aveugle ou de
la personne qui a perdu l’intégrité des membres
inférieurs; très nombreux sont ceux qui ont les mains
rabougries, ou qui ont des moignons à la place des bras;
certains ont continuellement une partie du corps recouverte de bandes,
tous en raison de la perte de la sensibilité, qui altère
la perception du contact physique avec la matière, et ont
de grandes difficultés à exercer un travail.
Et pourtant, les lépreux de Ganta, même s’ils
se trouvent dans des conditions difficiles, sont des personnes sereines
et laborieuses, et, si on leur demande comment elles vont, elles
répondent en souriant: «Well… I thank God»
(Bien… J’en remercie Dieu).
Tous ceux qui vivent au Ganta Rehab, qui ont un minimum d’autonomie
pour se servir de leurs membres, exercent avec enthousiasme un travail
rétribué qui les fait se sentir utiles, capables,
appréciés de la collectivité, et qui leur offre
la possibilité de disposer de tout ce qu’ils gagnent
pour pourvoir à leurs petites dépenses personnelles
et à celles de leur famille.
Les activités faites par les lépreux sont variées,
et vont de l’artisanat, au nettoyage des lieux, aux travaux
agricoles, au volontariat pour aider ceux qui ne peuvent plus se
déplacer dans leur chambre.
Parmi les artisans, on trouve des graveurs sur bois, des tisseurs
de raphia des ouvriers du cuir, des spécialistes de la couture
… A Ganta, pour dépasser les limites imposées
par les handicaps, on travaille comme dans une chaîne de montage.
Par exemple « l’équipe » des graveurs sur
bois comprend le bûcheron qui fournit la matière première
prise dans la forêt, les artistes qui dessinent les motifs
décoratifs sur les objets à travailler, les artisans
qui gravent, les aides qui polissent et font briller les pièces,
ceux qui s’occupent de la vente, de la comptabilité
… Les premiers ont les jambes et les bras en bon état,
les autres ont un taux croissant de handicaps, mais, ensemble, le
groupe produit des objets artistiques très beaux qui se distinguent
sur certains marchés de Monrovia qui sont solidaires avec
les lépreux de Ganta.
Les tisseurs de raphia sont nombreux et produisent – toujours
avec le système de travail à la chaîne qui met
en valeur habilité et possibilité – des paniers,
des bourses des vases de forme et de grandeur différentes,
de très beaux éventails très appréciés
et utiles au Libéria où il fait très chaud.
Les travailleurs du cuir sont des cordonniers spécialisés
capables de confectionner des sandales, des chaussures orthopédiques
qui s’adaptent aux pieds déformés de leurs clients.
Les tailleurs sont non seulement habiles pour confectionner des
vêtements pour petits et grands, des vêtements pour
médecins et infirmiers, le linge pour l’hôpital,
mais ils font aussi des bourses et des sacoches qu’ils vendent
dans les petits marchés.
A Ganta, les forgerons savent travailler n’importe quel morceau
de fer ou de tube pour en faire des objets utiles pour la maison
ou pour l’hôpital, ou pour réparer des ustensiles.
Le problème des artisans est de trouver le système
pour vendre les produits ; c’est pourquoi Sœur Eugenia
Paola Rappui, missionnaire de la Consolata, n’est pas seulement
professeur d’artisanat, mais cherche aussi des magasins qui
acceptent d’exposer et de revendre les objets confectionnés
à Ganta Rehab. En plus des artistes lépreux, il y
a aussi les employés au nettoyage de l’hôpital
et aux travaux agricoles: une petite armée de handicapés,
un petit salaire fixe attendu chaque mois comme la manne du ciel.
L’équipe de nettoyage est très fière
de l’ordre qu’elle laisse dans les différents
milieux, à commencer par la chambre ou par la petite maison
des handicapés: ils refont les lits, lavent les vitres, les
sols, et enlèvent la poussière.
Certains font les poussières dans une voiture d’infirme,
ou en prenant le balai entre leurs deux moignons, ou encore en attachant
le torchon de poussière à un bras …
Les lépreux plus valides se consacrent à l’agriculture.
Ils cultivent le jardin et les champs pour produire salades, fruits,
légumes et céréales. Ils sont aidés
par les moins robustes pour l’élevage des porcs, des
lapins des poissons. Les agriculteurs permettent à la communauté
du Ganta Rehab de se suffire à elle-même au plan alimentaire,
qui compte plus de 700 personnes, malades, membres de la famille,
et personnel.
Les volontaires ont plusieurs champs d’action: le service
pour les malades graves, l’éducation sanitaire, et
l’enseignent des techniques de travail.
Les personnes les plus sensibles se consacrent aux malades graves,
et elles cherchent à soulager les handicaps de leurs compagnons
les plus touchés et qui ne peuvent plus se suffire à
eux-mêmes. Une activité quotidienne prenante consiste
à donner à manger, et à aider, avec délicatesse,
ceux qui n’ont plus de bras.
Les éducateurs sanitaires ont pour tâche d’enseigner
à tous les moyens utiles et nécessaires pour ne pas
aggraver la situation de handicap et pour la prévenir.
Un volontariat pratiqué par les artisans et par les «
agronomes » est de préparer les nouveaux arrivés
et de les mettre en mesure de continuer leur travail. Il est intéressant
de voir comment tous acueillent bien les nouveaux malades en les
aidant à surmonter le traumatisme du fait d’être
lépreux, en se montrant disponibles à enseigner un
métier qui permettra au malade d’aborder l’avenir
avec dignité.
Le cycle thérapeutique pour les soins des lépreux
qui n’ont pas d’autres complications, dure environ 18
mois, un temps suffisant pour apprendre un métier. Les malades
qui sortent reçoivent de la communauté un financement
qui leur permet de commencer leur propre activité. Cela aide
la réinsertion dans le clan de la famille, et donne courage
aux anciens lépreux qui peuvent pourvoir normalement aux
besoins de leur propre famille.
Ceux qui, après avoir retrouvé la santé, quittent
l’hôpital remercient le Seigneur qui, en accomplissant
des merveilles, les a libérés de cette terrible maladie,
et ils prient pour leurs amis et pour les Religieuses Missionnaires
qui continuent à être aux côtés de ceux
qui, malgré la souffrance, vivent sereinement et fraternellement
au Ganta Rehab. (Sœur Gaudenzina Aricocchi)
LES RELIGIEUSES MISSIONNAIRES COMBONIENNES
D’après les données recueillies par les Religieuses
Missionnaires Comboniennes, plusieurs de leurs religieuses, dans
le monde entier, travaillent dans les soins et dans le traitement
des lépreux. Même si elles ne travaillent pas dans
de véritables léproseries, elles aident les lépreux
dans différents Instituts des Comboniens, ou dans des hôpitaux
dans lesquels elles apportent leurs services.
Un de leurs Instituts se trouve à Héliopolis au Caire
en Egypte, et s’occupe de 750 lépreux, dont 95% de
musulmans. En Centrafrique, elles travaillent à soigner les
lépreux dans les Diocèses de Kaga-Bandoro, Bangassou
et N’Baiki. En Ouganda, elles travaillent avec les Diocèses
de Gulu, Lira, Kotido, Moroto ; au Congo, dans les communautés
de Mungberè, Nangasisi, Isiro. Au Mozambique, dans le Diocèse
de Nacala, elles suivent 17 nouveaux cas à Namahaca, 23 à
Carapira, 38 nouveaux cas à Alua, 30 cas à Lurio en
plus des 253 déjà soignés, 40 cas à
Anchilo 28 autres nouveaux cas.
LES RELIGIEUX MISSIONNAIRES COMBONIENS
Même si les Missionnaires Comboniens n’ont pas actuellement
d’activités directes organisées dans le soin
et le prévention de la lèpre, nombre d’entre
eux assurent leur ministères comme prêtres dans plusieurs
léproseries. C’est ce dont nous parle le Directeur
de la Maison d’édition « Editrice Missionnaria
Italiana » (EMI), le Père Ottavio Raimondo, Missionnaire
Combonien.
Les Missionnaires Comboniens en Italie, déclare le Père
Raimondo, ont aidé à la diffusion de l’Association
AIFO (Amis de Raoul Follereau) et partagent en conséquence
les perspectives de cette Association pour ce qui concerne les méthodes
de soins et de réinsertion du lépreux dans la société.
Ils sont convaincus que la lèpre, qui était dans le
passé plus qu’à présent liée à
des préjugés, ne peut être vaincue simplement
avec des médicaments, parce qu’elle est intimement
liée à l’appauvrissement progressif des peules
du Sud du monde.
Dans le passé, poursuit le missionnaire, il y a eu des léproseries,
comme par exemple celle de Alito en Ouganda où vivait le
Père Luigi Molinaro, Combonien mort à Aber, toujours
en Ouganda, en 1985. Un autre frère Combonien (missionnaire
Combonien, non prêtre) est mort le 4 décembre 1932
à Wau dans le sud du Soudan. C’était l’époque
om la lèpre était encore considérée
comme contagieuse. Le frère vécut pendant plusieurs
années dans une cabane, isolé de la communauté
religieuse qui le visitait régulièrement. D’autres
confrères Comboniens ont travaillé ou travaillent
encore au Brésil, mais aussi dans une petite léproserie
à Guadalajara au Mexique, conclut le Père Raimondo.
LES FRANCISCAINES MISSIONNAIRES DE MARIE
Il y a 7.712 Franciscaines Missionnaires de Marie, appartenant
à 70 nationalités ; elles travaillent dans 74 pays.
Leur Institut spécifiquement missionnaire a été
fondé le 6 janvier 1877 par Marie de la Passion. Le zèle
missionnaire de la fondatrice ne connaît pas de limites pour
répondre aux appels des pauvres et des abandonnés,
et assure aussi la promotion de la femme et la question sociale.
Le 5 mars 2002, on a reconnu la guérison d’une religieuse
affectée de « tuberculose pulmonaire-vertébrale
» le « Mal de Pott », miracle obtenu de Dieu par
l’intercession de la Vénérable que le Pape Jean
Paul II a béatifiée le 20 octobre 2002.
Les Franciscaines soignent les lépreux dans de nombreux dispensaires
et dans le monde entier ; le traitement ne consiste pas seulement
dans les thérapies médicales, mais aussi dans la rééducation
et dans la réinsertion sociale. Voici les léproseries
dans lesquelles travaillent les Franciscaines Missionnaires de Marie:
| Ghana |
Jirapa |
| Argentine |
General Rodriguez |
| Corée |
San Cheong Kun |
| Inde |
Tuticorin |
| Japon |
Kumamoto |
| Vietnam |
Qui Nhon |
| Espagne |
Trillo |
Au Vietnam, le gouvernement communiste lui-même leur a demandé
de rester sur place pour continuer à soigner les lépreux.
LES MISSIONNAIRES DU PIME
En Inde, ce sont les Sœurs du PIME qui se sont intéressées
les premières aux lépreux. Dans les années
1950, sœur Luigina Marchesi a ouvert une léproserie
à Vegavaram, près de Eluru, dans le Diocèse
de Vijayawada, dans l’Etat d’Andhra Pradesh. Parmi les
Pères du PIME, le Père Luigi Pezzoni, depuis 1965
travaille chez les lépreux à Nalgonda, où il
a fondé le « Leprosy Health Centre ».
A Mumbai (Bombay) le Père Carlos Torriano a commencé
en 1976 un projet de contrôle de la lèpre, intitulé
“Lok Seva Sangam » (LSS). A cette époque, Mumbai
était considérée comme la capitale de la lèpre
parce qu’elle avait un pourcentage de 11 pour 1.000, alors
que, en Inde, le pourcentage était de 5 pour 1.000. La municipalité
a confié au LSS deux quartiers de Mumbai, Chembur e Kurla,
avec une population de un million et demi d’habitants. En
passant au crible systématiquement tous les taudis, dans
les années 1980, on avait enregistré 4.000 lépreux.
Les soins leur étaient administrés mensuellement en
des endroits précis que nous appelions dispensaires. On utilisait
alors le solfone. Quand on commença à utiliser une
combinaison de trois médicaments (solfone, rifampicine et
clofazimine) le temps de soins s’est raccourci passant de
deux ans à six mois. A présent nous avons seulement
500 lépreux. Malheureusement, la bataille ne s’est
pas terminée, parce que, chaque année, nous découvrons
encore mille autres nouveaux malades. Nous espérons que,
en les diagnostiquant tous dans la phase initiale, on pourra éviter
les difformités de manière à faire disparaître
l’idée populaire de la lèpre liée à
la difformité des membres et du visage. Le LSS continue le
travail de contrôle de la lèpre, et je vis avec une
trentaine de lépreux soignés un Ashram (lieur de retraite
et de prière) Swarga Dwar (Porte du Ciel), à Taloja,
40 km en dehors de Mumbai. Tout le riz que nous mangeons, nous le
cultivons nous-mêmes. Tout le lait vient de nos bufflonnes
et nous en avons même à vendre.
En vivant avec eux depuis 34 ans, j’ai appris d’eux
à regarder la mort en face sans crainte, pare qu’ils
m’ont enseigné que la mort était la Porte du
Ciel, le nom de notre Ashram. Et, comme missionnaire, en lisant
l’Evangile avec eux, j’ai redécouvert et j’ai
mieux compris une phrase fondamentale de l’Evangile : «
La pierre écartée par les bâtisseurs est devenue
une pierre d’angle. C’est là l’œuvre
du Seigneur, œuvre merveilleuse à voir ! ». Pour
eux, écartés par toutes les sociétés,
cette phrase représente une grande espérance.
Pour notre société en revanche, c’est un avertissement
à ne pas écarter, à ne pas marginaliser, à
ne pas refuser quelqu’un, parce qu’il y a place pour
tout le monde dans le Royaume de Dieu.
Comme missionnaire, j’avais toujours lu et rappelé
seulement la phrase qui suit : « Il n’y a pas de salut
si ce n’est dans le nom de Jésus-Christ ». Mais
cette phrase est la conséquence de la première.
En Jésus-Christ, nous avons appris que Dieu sauvait en commençant
par les derniers. Et si Dieu commence par les derniers, il y a le
salut pour tous. (Père Carlo Torriani, PIME) |