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Cotonou (Agence Fides) - " Je me suis rendu en Côte-d'Ivoire
poussé par un fort sentiment de solidarité envers
ces populations qui souffrent depuis plus de cinq mois ".
C'est ce qu'a déclaré au téléphone
à l'agence Fides le Cardinal Gantin, parlant de Cotonou,
Capitale du Bénin, qui expliquait les raisons de sa visite
en Côte-d'Ivoire. Malgré les accords signés
en France à la fin du mois de janvier, qui prévoyaient
la formation d'un gouvernement d'unité nationale, la situation
n'est pas encore stabilisée, et la guerre peut se rallumer
d'un moment à l'autre. Tous les jours, des avions français,
italiens et de nombreux autres Pays rapatrient leurs concitoyens
; mais les missionnaires veulent rester sur place.
Le Cardinal Gantin a effectué une visite en Côte-d'Ivoire
du 18 au 21 février, et il a bien voulu répondre
aux questions de l'agence Fides à propose ce cette visite.
Dans quel esprit vous êtes-vous rendu en Côte-d'Ivoire
?
Avec l'esprit de celui qui aime son prochain, comme le commande
Notre Seigneur. Cela veut dire aimer ceux qui te sont proches,
et qui sont dans la souffrance. Avec la Côte-d'Ivoire, il
y a des liens très profonds : historiques, culturels, économiques
et spirituels. Ces derniers en particulier viennent aussi du fait
que les prêtres du Bénin et de la Côte-d'Ivoire
fréquentaient le même séminaire d'Aniana,
à 30 km d'Abidjan, que j'ai eu le plaisir de visiter durant
mon séjour en Côte-d'Ivoire.
Par ma visite, j'ai ainsi voulu offrir un témoignage humble
et en même temps concret à nos frères Ivoiriens.
Les paroles ne suffisent pas à elles seules : être
à côté de ceux qui souffrent, même quand
on se sent impuissant devant l'énormité du mal,
est un devoir que nous, chrétiens, nous sommes appelés
à remplir. L'important est d'y être. Le Seigneur
nous demandera : " où étais-tu quand je souffrais
? ".
Comment votre visite a-t-elle été accueillie
?
J'ai reçu un accueil très chaleureux de la part
de mes frères Ivoiriens. Comme je l'ai déjà
souligné, j'ai de nombreux amis prêtres avec lesquels
nous avons suivi notre formation au grand séminaire de
Aniana. Ces liens profonds sont devenus plus forts face à
cette guerre. Les gens ont participé avec une vive émotion
à la Messe célébrée, dans la cathédrale
d'Abidjan, avec le Cardinal Bernard Agré, Archevêque
d'Abidjan. Pendant la Messe, je me suis inspiré du Pape
qui aime beaucoup l'Afrique et j'ai voulu transmettre ce puissant
élan de compassion qui provient du Saint-Père, pour
dire aux Ivoiriens : nous n'êtes pas seuls, toute l'Eglise
universelle prie pour que la paix revienne enfin dans votre merveilleux
pays. C'est pourquoi, dans mon homélie, j'ai rappelé
les missionnaires qui continuent à rendre témoignage
de l'Evangile en restant en Côte-d'Ivoire, tout en ayant
la possibilité de s'en aller. Il ne se passe pas de jours
où des avions français, italiens et de nombreux
autres pays viennent pour rapatrier leurs concitoyens ; mais les
missionnaires ne partent pas. Nous devons tous être reconnaissants
envers ces personnes qui servent l'Eglise dans le silence, avec
humilité, mais avec la ferveur d'une foi profonde.
Pourquoi ne cessent d'arriver d'Afrique de mauvaises nouvelles
?
Quelle peut être l'espérance ?
Ici, plus que dans d'autres contextes, la soif d'argent et de
pouvoir des hommes politiques, et d'hommes d'affaires sans scrupules,
ont la voie libre, parce que les structures de l'Etat, laissées
par les colonisateurs, sont extrêmement faibles. Il n'y
a pas de règles assurées pour punir ceux qui font
recours à la violence pour dominer sur les plus faibles,
et quand il y en a, l'Etat n'est pas en mesure de les faire respecter.
L'espérance vient de ce que l'on sème aujourd'hui.
En visitant le grand séminaire, et en voyant tous ces jeunes
qui se préparent pour servir le prochain, je faisais ces
considérations : combien de biens spirituels pour l'Afrique
peuvent naître d'endroits comme celui-ci ! Là, j'ai
pu toucher du doigt la fraternité extraordinaire qui existe
dans l'Eglise, et qui devrait servir d'exemple même pour
d'autres institutions. (L.M.)
(Agence Fides, 25 février 2003, 51 lignes, 693 mots)
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