| NE TE LAISSE
PAS VAINCRE PAR LE MAL MAIS SOIS VAINQUEUR DU MAL PAR LE BIEN
1. Au début de la nouvelle année, je viens m'adresser
de nouveau aux responsables des Nations et à tous les hommes
et à toutes les femmes de bonne volonté, qui perçoivent
combien il est nécessaire de construire la paix dans le monde.
J'ai choisi comme thème pour la Journée mondiale de
la Paix 2005 l'exhortation de saint Paul dans la Lettre aux Romains:
« Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur
du mal par le bien » (12,21). Le mal ne se vainc pas par le
mal: si l'on prend ce chemin, au lieu de vaincre le mal, on se fait
vaincre par lui.
La perspective définie par le grand Apôtre met en
évidence une vérité fondamentale: la paix est
le résultat d'une longue et exigeante bataille, qui est gagnée
quand le mal est vaincu par le bien. Face aux scénarios dramatiques
d'affrontements fratricides et violents qui se déroulent
en plusieurs parties du monde, face aux souffrances indicibles et
aux injustices qui en résultent, le seul choix vraiment constructif
est de fuir le mal avec horreur et de s'attacher au bien (cf.Rm
12,9), comme le suggère encore saint Paul.
La paix est un bien à promouvoir par le bien: elle est un
bien pour les personnes, pour les familles, pour les Nations de
la terre et pour l'humanité entière; elle est donc
un bien à garder et à entretenir par le choix du bien
et par des actions bonnes. On comprend alors la profonde vérité
d'une autre maxime de saint Paul: « Ne rendez à personne
le mal pour le mal » (Rm 12,17). La seule manière de
sortir du cercle vicieux du mal pour le mal, c'est d'accueillir
la parole de l'Apôtre: « Ne te laisse pas vaincre par
le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien » (Rm 12,21).
Le mal, le bien et l'amour
2. Depuis les origines, l'humanité a connu la tragique expérience
du mal, et elle a cherché à en trouver les racines
et à en expliquer les causes. Le mal n'est pas une force
anonyme qui agit dans le monde en vertu de mécanismes déterministes
et impersonnels. Le mal passe par la liberté humaine. C'est
justement cette faculté, qui distingue l'homme de tous les
autres êtres vivants sur terre, qui est au centre du drame
du mal et qui lui est constamment liée. Le mal a toujours
un visage et un nom: le visage et le nom des hommes et des femmes
qui le choisissent librement. L'Écriture sainte enseigne
que, aux commencements de l'histoire, Adam et Ève se révoltèrent
contre Dieu et qu'Abel fut tué par son frère Caïn
(cf. Gn 3-4). Ce furent les premiers choix erronés, suivis
d'innombrables autres au cours des siècles. Chacun d'eux
porte en lui une connotation morale essentielle, qui implique une
responsabilité précise de la part du sujet et qui
met en cause les relations fondamentales de la personne avec Dieu,
avec les autres et avec la création.
Si l'on en cherche les composantes profondes, le mal est, en définitive,
un renoncement tragique aux exigences de l'amour(1). À l'inverse,
le bien moral naît de l'amour, il se manifeste comme amour
et il est tourné vers l'amour. Ce propos est particulièrement
clair pour le chrétien, qui sait que la participation à
l'unique Corps mystique du Christ le situe dans un rapport particulier
non seulement avec le Seigneur, mais aussi avec ses frères.
Si l'on en tire toutes les conséquences, la logique de l'amour
chrétien, qui dans l'Évangile constitue le cœur
en action du bien moral, va jusqu'à l'amour des ennemis:
« Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger: s'il a
soif, donne-lui à boire » (Rm 12,20).
La « grammaire » de la loi morale universelle
3. Regardant la situation actuelle du monde, on ne peut que constater
un déferlement impressionnant de multiples manifestations
sociales et politiques du mal: du désordre social à
l'anarchie et à la guerre, de l'injustice à la violence
contre autrui et à sa suppression. Pour trouver son chemin
entre les appels opposés du bien et du mal, il est nécessaire
et urgent pour la famille humaine de mettre à profit le patrimoine
commun des valeurs morales, reçu comme un don de Dieu lui-même.
C'est pourquoi, à ceux qui sont déterminés
à vaincre le mal par le bien, saint Paul adresse l'invitation
à entretenir les attitudes nobles et désintéressées
de la générosité et de la paix (cf. Rm 12,17-21).
Il y a dix ans, en parlant devant l'Assemblée générale
des Nations unies de l'engagement commun au service de la paix,
j'avais fait référence à la « grammaire
» de la loi morale universelle(2), rappelée par l'Église
dans ses multiples enseignements sur ce sujet. Inspirant des valeurs
et des principes communs, cette loi unit les hommes entre eux, même
dans la diversité de leurs cultures, et elle est immuable:
« Elle subsiste sous le flux des idées et des mœurs
et en soutient le progrès. Même si l'on renie jusqu'à
ses principes, on ne peut pas la détruire ni l'enlever du
cœur de l'homme. Toujours elle resurgit dans la vie des individus
et des sociétés »(3).
4. Cette grammaire commune de la loi morale nous impose de nous
engager toujours et de manière responsable pour faire en
sorte que la vie des personnes et des peuples soit respectée
et promue. À sa lumière, on ne peut que stigmatiser
avec vigueur les maux de caractère social et politique qui
affligent le monde, surtout ceux qui sont provoqués par les
explosions de la violence. Dans ce contexte, comment ne pas penser
au cher Continent africain, où perdurent des conflits qui
ont fait et qui continuent de faire des millions de victimes? Comment
ne pas évoquer la dangereuse situation de la Palestine, la
Terre de Jésus, où l'on ne parvient pas à renouer,
dans la vérité et la justice, les fils de la compréhension
mutuelle, cassés par un conflit nourri chaque jour de manière
plus préoccupante par des attentats et des vengeances? Et
que dire du phénomène tragique de la violence terroriste,
qui semble pousser le monde entier vers un avenir de peur et d'angoisse?
Enfin, comment ne pas constater avec amertume que le drame irakien
se prolonge malheureusement dans des situations d'incertitude et
d'insécurité pour tous?
Afin de parvenir au bien de la paix, il faut affirmer, avec une
conscience lucide, que la violence est un mal inacceptable et qu'elle
ne résout jamais les problèmes. « La violence
est un mensonge, car elle va à l'encontre de la vérité
de notre foi, de la vérité de notre humanité.
La violence détruit ce qu'elle prétend défendre:
la dignité, la vie, la liberté des êtres humains
»(4). Il est donc indispensable de promouvoir une grande opération
d'éducation des consciences, qui enseigne le bien à
tous, surtout aux nouvelles générations, leur ouvrant
l'horizon de l'humanisme intégral et solidaire, que l'Église
indique et souhaite. Sur ces bases, il est possible de donner vie
à un ordre social, économique et politique qui tienne
compte de la dignité, de la liberté et des droits
fondamentaux de toute personne.
Le bien de la paix et le bien commun
5. Pour promouvoir la paix, en étant vainqueur du mal par
le bien, il faut s'attacher avec une particulière attention
au bien commun(5) et à ses manifestations sociales et politiques.
En effet, lorsque, à tous les niveaux, on cultive le bien
commun, on cultive la paix. La personne peut-elle donc se réaliser
pleinement en faisant abstraction de sa nature sociale, c'est-à-dire
de son être « avec » et « pour » les
autres? Le bien commun la concerne de près. Toutes les formes
d'expression de la vie humaine en société la concernent:
la famille, les groupes, les associations, les villes, les régions,
les États, les communautés de peuples et de Nations.
Tous, en quelque sorte, sont impliqués dans l'engagement
pour le bien commun, dans la recherche constante du bien d'autrui
comme s'il était le sien. Cette responsabilité revient
en particulier à l'autorité politique, à tous
les niveaux de son exercice, parce qu'elle est appelée à
créer un ensemble de conditions sociales qui permettent et
favorisent pour tout être humain le développement intégral
de sa personnalité(6).
Le bien commun exige donc le respect et la promotion de la personne
et de ses droits fondamentaux, de même que, dans une perspective
universelle, le respect et la promotion des droits des Nations.
Le Concile Vatican II déclare à ce sujet: «
De l'interdépendance toujours plus étroite qui peu
à peu s'étend au monde entier il résulte que
le bien commun [...] prend aujourd'hui une dimension de plus en
plus universelle et que, par conséquent, il comporte des
droits et des devoirs qui regardent tout le genre humain. Tout groupe
doit donc tenir compte des besoins et des légitimes aspirations
des autres groupes, bien mieux, du bien commun de toute la famille
humaine »(7). Le bien de l'humanité entière,
et cela vaut également pour les générations
futures, requiert une vraie coopération internationale, à
laquelle chaque Nation doit apporter son concours(8).
Toutefois, des visions résolument réductrices de
la réalité humaine transforment le bien commun en
un simple bien-être socio-économique, privé
de toute finalité transcendante, et le dépouillent
de sa plus profonde raison d'être. Le bien commun, au contraire,
revêt aussi une dimension transcendante, parce que Dieu est
la fin ultime de ses créatures(9). De plus, les chrétiens
savent que Jésus a mis en pleine lumière la réalisation
du vrai bien commun de l'humanité. Cette dernière
est en marche vers le Christ et c'est en Lui que culmine l'histoire:
grâce à Lui, par Lui et pour Lui, toute réalité
humaine peut être conduite à son plein accomplissement
en Dieu.
Le bien de la paix et l'usage des biens de la terre
6. Puisque le bien de la paix est étroitement lié
au développement de tous les peuples, il est nécessaire
de tenir compte des implications éthiques de l'usage des
biens de la terre. Le Concile Vatican II a opportunément
rappelé que « Dieu a destiné la terre et tout
ce qu'elle contient à l'usage de tous les hommes et de tous
les peuples, en sorte que les biens créés doivent
être mis en abondance à la disposition de tous, de
façon équitable, sous la conduite de la justice, dont
la charité est la compagne »(10).
L'appartenance à la famille humaine confère à
toute personne une sorte de citoyenneté mondiale, lui donnant
des droits et des devoirs, les hommes étant unis par une
communauté d'origine et de destinée suprême.
Il suffit qu'un enfant soit conçu pour qu'il soit titulaire
de droits, qu'il mérite attention et soins, et que chacun
ait le devoir d'y veiller. La condamnation du racisme, la protection
des minorités, l'assistance aux réfugiés, la
mobilisation de la solidarité internationale envers les plus
nécessiteux, ne sont que des applications cohérentes
du principe de la citoyenneté mondiale.
7. De nos jours, le bien de la paix doit être envisagé
en étroite relation avec les nouveaux biens provenant de
la connaissance scientifique et du progrès technique. Et
ceux-ci, en application du principe de la destination universelle
des biens de la terre, doivent être mis au service des besoins
primordiaux de l'homme. Des initiatives opportunes au niveau international
peuvent permettre de mettre pleinement en œuvre le principe
de la destination universelle des biens, garantissant à tous
—individus et nations— les conditions fondamentales
pour participer au développement. Cela devient possible si
l'on abat les barrières et les monopoles qui maintiennent
de nombreux peuples en marge du développement(11).
Le bien de la paix sera mieux garanti si la communauté internationale
prend soin, avec un plus grand sens de sa responsabilité,
des biens que l'on reconnaît communément comme des
biens publics. Il s'agit des biens dont jouissent automatiquement
tous les citoyens, sans avoir opéré de choix précis
en la matière. C'est par exemple le cas, au niveau national,
pour des biens tels que le système judiciaire, le système
de défense, le réseau autoroutier ou ferroviaire.
Dans le monde, totalement pris aujourd'hui par le phénomène
de la mondialisation, les biens publics sont toujours plus nombreux
à revêtir un caractère global et, par conséquent,
ils augmentent aussi de jour en jour les intérêts communs.
Qu'il suffise de penser à la lutte contre la pauvreté,
à la recherche de la paix et de la sécurité,
à la préoccupation concernant les changements climatiques,
au contrôle de la diffusion des maladies. La communauté
internationale doit répondre à de tels intérêts
par un réseau toujours plus élargi d'accords juridiques,
capable de réglementer la jouissance des biens publics, s'inspirant
des principes universels de l'équité et de la solidarité.
8. Le principe de la destination universelle des biens permet,
en outre, d'affronter de manière appropriée le défi
de la pauvreté, tenant compte par-dessus tout des conditions
de misère dans lesquelles vivent encore un milliard d'êtres
humains. Au début du nouveau millénaire, la communauté
internationale s'est fixée comme objectif prioritaire de
diviser ce nombre par deux avant 2015. L'Église soutient
et encourage un tel engagement, et elle invite ceux qui croient
au Christ à manifester, de manière concrète
et en tout lieu, un amour préférentiel pour les pauvres(12).
Le drame de la pauvreté apparaît encore étroitement
lié à la question de la dette extérieure des
pays pauvres. En dépit des progrès significatifs jusqu'alors
accomplis, la question n'a toujours pas trouvé de solution
appropriée. Quinze années se sont écoulées
depuis que j'ai rappelé l'attention de l'opinion publique
sur le fait que la dette extérieure des pays pauvres était
« intimement liée à un ensemble d'autres problèmes,
parmi lesquels l'investissement étranger, le fonctionnement
équitable des plus grandes organisations internationales,
le prix des matières premières, etc. »(13).
Les récents mécanismes pour la réduction des
dettes, davantage centrés sur les exigences des pauvres,
ont sans aucun doute amélioré la qualité de
la croissance économique. Cependant, en raison d'une série
de facteurs, cette dernière se révèle quantitativement
encore insuffisante, en particulier en vue de rejoindre les objectifs
établis au début du millénaire. Les pays pauvres
restent prisonniers d'un cercle vicieux: les bas revenus et la croissance
lente limitent l'épargne, et, de ce fait, la faiblesse des
investissements et l'emploi inefficace de l'épargne ne favorisent
pas la croissance.
9. Comme l'a affirmé le Pape Paul VI et comme je l'ai moi-même
rappelé, l'unique remède vraiment efficace pour permettre
aux États d'affronter la dramatique question de la pauvreté
est de leur fournir les ressources nécessaires, moyennant
des financements extérieurs —publics et privés—
consentis à des conditions accessibles, dans le cadre de
rapports commerciaux internationaux basés sur le principe
de l'équité(14). Une mobilisation morale et économique
est rendue particulièrement nécessaire, mobilisation
d'une part respectueuse des accords pris en faveur des pays pauvres,
mais d'autre part disposée à revoir les accords que
l'expérience aurait fait apparaître trop onéreux
pour certains pays. Dans cette perspective, il paraît souhaitable
et nécessaire de donner un nouvel élan à l'aide
publique au développement, et d'explorer, malgré les
difficultés que ce parcours peut présenter, les propositions
de nouvelles formes de financement au développement(15).
Certains gouvernements sont déjà sur le point d'évaluer
attentivement les mécanismes prometteurs allant dans cette
direction, initiatives significatives à promouvoir de manière
authentiquement concertée et dans le respect du principe
de subsidiarité. Il faut contrôler que la gestion des
ressources économiques destinées au développement
des pays pauvres répond aux critères rigoureux d'une
bonne administration, tant de la part des donateurs que des destinataires.
L'Église encourage et apporte son soutien à ces efforts.
Qu'il suffise de citer, par exemple, la précieuse contribution
effectuée grâce aux nombreuses agences catholiques
d'aide et de développement.
10. À la fin du Grand Jubilé de l'An 2000, dans la
Lettre apostolique Novo millennio ineunte, j'ai évoqué
l'urgence d'une nouvelle imagination de la charité(16) pour
répandre dans le monde l'Évangile de l'espérance.
Cela est particulièrement vrai lorsque nous nous approchons
des nombreux et délicats problèmes qui entravent le
développement du continent africain : pensons aux nombreux
conflits armés, aux pandémies rendues plus dangereuses
par les conditions de misère, à l'instabilité
politique à laquelle est associée une insécurité
sociale diffuse. Ce sont des réalités tragiques qui
réclament un chemin radicalement nouveau pour l'Afrique:
il est nécessaire de faire naître de nouvelles formes
de solidarité, au niveau bilatéral et multilatéral,
avec un engagement plus déterminé de tous, dans la
pleine conscience que le bien des peuples africains représente
une condition indispensable pour la réalisation du bien commun
universel.
Puissent les peuples africains devenir les protagonistes de leur
destinée et de leur développement culturel, civil,
social et économique! Que l'Afrique cesse d'être seulement
objet d'assistance, pour devenir sujet responsable d'échanges
convaincus et productifs! Pour atteindre de tels objectifs, une
nouvelle culture politique est rendue nécessaire, spécialement
dans le domaine de la coopération internationale. Encore
une fois, je voudrais rappeler que le non-respect des promesses
réitérées concernant l'aide publique au développement,
ainsi que la question encore pendante du poids de la dette internationale
des pays africains et l'absence d'une considération particulière
de ces pays dans les rapports commerciaux internationaux, constituent
de graves obstacles à la paix; ces questions doivent donc
être affrontées et résolues de manière
urgente. Pour parvenir à la paix dans le monde, aujourd'hui
plus que jamais, il faut considérer comme déterminante
et décisive la conscience de l'interdépendance entre
pays riches et pays pauvres, pour lesquels « ou bien le développement
devient commun à toutes les parties du monde, ou bien il
subit un processus de régression même dans les régions
marquées par un progrès constant »(17).
Universalité du mal et espérance chrétienne
11. Face aux nombreux drames qui affligent le monde, les chrétiens
confessent avec une humble confiance que seul Dieu rend l'homme
et les peuples capables de dépasser le mal pour parvenir
au bien. Par sa mort et sa résurrection, le Christ nous a
obtenu la Rédemption et il a « payé le prix
de notre rachat » (1 Co 6,20; 7,23), obtenant le salut pour
la multitude. Avec son aide, il est donc possible à tous
de vaincre le mal par le bien.
S'appuyant sur la certitude que le mal ne prévaudra pas,
le chrétien nourrit une invincible espérance, qui
le soutient dans la promotion de la justice et de la paix. Malgré
les péchés personnels et sociaux qui marquent l'agir
humain, l'espérance permet un élan sans cesse renouvelé
de l'engagement pour la justice et pour la paix, avec une ferme
confiance dans la possibilité de bâtir un monde meilleur.
Même si le « mystère de l'impiété
» est présent et est à l'œuvre dans le
monde (cf. 2 Th 2,7), il ne faut pas oublier que l'homme racheté
a en lui suffisamment d'énergies pour s'y opposer. Créé
à l'image de Dieu et racheté par le Christ qui «
s'est en quelque sorte uni à tout homme »(18), ce dernier
peut coopérer activement au triomphe du bien. L'action de
« l'Esprit du Seigneur remplit le monde » (Sg 1,7).
Que les chrétiens, spécialement les laïcs, «
ne cachent pas cette espérance au fond d'eux-mêmes,
mais que, par une continuelle conversion et par la lutte ‘‘contre
les maîtres de ce monde de ténèbres, contre
les esprits du mal'' (Ep 6,12), ils l'expriment aussi à travers
les structures de la vie séculière »(19).
12. Aucun homme ni aucune femme de bonne volonté ne peut
se soustraire à l'engagement de lutter pour vaincre le mal
par le bien. C'est un combat qui ne se mène valablement qu'avec
les armes de l'amour. Quand le bien l'emporte sur le mal, l'amour
règne; et, où règne l'amour, règne aussi
la paix. Tel est l'enseignement de l'Évangile, rappelé
par le Concile Vatican II: « La loi fondamentale de la perfection
humaine, et par conséquent de la transformation du monde,
est le commandement nouveau de la charité »(20).
Cela est vrai aussi dans le domaine social et politique. À
ce propos, le Pape LéonXIII écrivait que tous ceux
qui ont le devoir de pourvoir au bien de la paix dans les relations
entre les peuples doivent nourrir en eux et allumer chez les autres
« la charité, reine et maîtresse de toutes les
vertus ».(21) Que les chrétiens soient les témoins
convaincus de cette vérité! Qu'ils sachent manifester
par leur vie que l'amour est l'unique force capable de conduire
à la perfection personnelle et sociale, l'unique dynamisme
en mesure de faire avancer l'histoire vers le bien et vers la paix!
En cette année consacrée à l'Eucharistie,
les fils de l'Église trouveront dans le Saint-Sacrement de
l'amour la source de toute communion: de la communion avec Jésus
Rédempteur et, en lui, avec tout être humain. C'est
en vertu de la mort et de la résurrection du Christ, rendues
sacramentellement présentes en toute célébration
eucharistique, que nous sommes sauvés du mal et rendus capables
de faire le bien. C'est en vertu de la vie nouvelle dont il nous
a fait le don, que nous pouvons nous reconnaître frères,
au-delà de toute différence de langue, de nationalité,
de culture. En un mot, c'est en vertu de la participation au même
Pain et à la même Coupe que nous pouvons nous reconnaître
« famille de Dieu » et apporter ensemble une contribution
spécifique et efficace à l'édification d'un
monde fondé sur les valeurs de la justice, de la liberté
et de la paix.
Du Vatican, le 8 décembre 2004.
JEAN-PAUL II
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(1)À ce propos, saint Augustin affirme: « Deux amours
ont donc bâti deux cités: celle de la terre par l'amour
de soi jusqu'au mépris de Dieu, celle du ciel par l'amour
de Dieu jusqu'au mépris de soi » (De la Cité
de Dieu, XIV, 28).
(2)Cf. Discours à l'Assemblée générale
des Nations unies, New York, 5octobre 1995, n.3: Insegnamenti, XVIII,
2 (1995), p.732; La Documentation catholique 92 (1995), p.918.
(3)Catéchisme de l'Église catholique, n.1958.
(4)Jean-Paul II, Homélie de Drogheda, Irlande, 29 septembre
1979, n.9: AAS 71 (1979), p.1081; La Documentation catholique 76
(1979), p.854.
(5)Selon une large acception, on entend par bien commun «
l'ensemble des conditions de la vie sociale qui permettent aussi
bien aux groupes qu'à chacun de leurs membres d'atteindre
leur perfection d'une façon plus plénière et
plus aisée »: Conc. œcum. Vat. II, Const. past.
sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n.26.
(6)Cf. Jean XXIII, Encycl. Mater et magistra : AAS 53 (1961), p.417;
La Documentation catholique 58 (1961), col. 956.
(7)Const. past. Gaudium et spes, n.26.
(8)Cf. Jean XXIII, Encycl. Mater et magistra: AAS 53 (1961), p.421;
La Documentation catholique 58 (1961), col. 959.
(9)Cf. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, n.41: AAS 83 (1991),
pp.843-845; La Documentation catholique 88 (1991), pp.538-539.
(10)Const. past. Gaudium et spes, n.69.
(11)Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, n.35: AAS 83 (1991),
pp.836-838; La Documentation catholique 88 (1991), pp.535-536.
(12)Cf. Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, n.42; AAS
80 (1988), pp.572-574; La Documentation catholique 85 (1988), p.252.
(13)Discours aux participants à la Semaine d'études
de l'Académie pontificale des Sciences 27 octobre 1989),
n.6: Insegnamenti XII/2 (1989), p.1050.
(14)Paul VI, Encycl. Populorum progressio, nn.56-61: AAS 59 (1967),
pp.285-287; La Documentation catholique 64 (1967), col. 693-695;
Jean- Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, nn.33-34: AAS 80
(1988), pp.557- 560; La Documentation catholique 85 (1988), pp.247-248.
(15)Cf. Jean-Paul II, Message au Président du Conseil pontifical
“Justice et Paix”: L'Osservatore Romano (10 juillet
2004), p.5.
(16)Cf n. 50: AAS 93 (2001), p.303; La Documentation catholique
98 (2001), p.86.
(17)Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, n.17; AAS 80
(1988), p.532; La Documentation catholique 85 (1988), p.239.
(18)Conc. œcum. Vat. II Const. past. Gaudium et spes, n.22.
(19)Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. sur l'Église
Lumen gentium, n.35.
(20)Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n.38.
(21)Encycl. Rerum novarum: Acta Leonis XIII, XI (1892), p.143;
A.F.Utz, La doctrine sociale de l'Église à travers
les siècles, T. I (1970), p.567; cf. Benoît XV, Encycl.
Pacem Dei: AAS 12 (1920), p.215; A.F. Utz, La doctrine sociale de
l'Église à travers les siècles, T. IV (1970),
p.2723.
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