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Excellences,
Mesdames, Messieurs,
1. Heureuse tradition que cette rencontre du début d'année
qui me donne la joie de vous recevoir et d'embrasser en quelque
sorte tous les peuples que vous représentez ! En effet,
à travers vous et grâce à vous, me parviennent
leurs espérances et leurs aspirations, leurs réussites
et leurs échecs. Aujourd'hui, je désire former pour
vos pays des vux fervents de bonheur, de paix et de prospérité.
Au seuil de l'an nouveau, il m'est agréable aussi de vous
présenter à tous mes meilleurs souhaits, alors que
j'invoque sur vos personnes, sur vos familles et sur vos compatriotes
l'abondance des Bénédictions divines.
Avant de partager avec vous quelques réflexions inspirées
par l'actualité du monde et de l'Église, je me dois
de remercier votre Doyen, l'Ambassadeur Giovanni Galassi, pour
le discours qu'il vient de m'adresser, ainsi que pour les vux
qu'il a délicatement exprimés, en votre nom à
tous, pour ma personne et pour mon ministère. Veuillez
tous accepter ma vive gratitude !
Monsieur l'Ambassadeur, vous avez également évoqué
avec sobriété les légitimes attentes de nos
contemporains, hélas trop souvent contrariées par
des crises politiques, par la violence armée, par des conflits
sociaux, par la pauvreté ou par des catastrophes naturelles.
Jamais comme en ce début de millénaire l'homme n'a
senti combien le monde qu'il a façonné est précaire.
2. Je suis personnellement impressionné par le sentiment
de peur qui habite souvent le cur de nos contemporains.
Le terrorisme sournois qui peut frapper à tout instant
et partout; le problème non résolu du Moyen-Orient,
avec la Terre Sainte et l'Irak; les soubresauts qui perturbent
l'Amérique du Sud, particulièrement l'Argentine,
la Colombie et le Venezuela; les conflits qui empêchent
de nombreux pays africains de se consacrer à leur développement;
les maladies qui propagent la contagion et la mort; le grave problème
de la faim, tout spécialement en Afrique; les conduites
irresponsables qui contribuent à l'appauvrissement des
ressources de la planète: ce sont autant de fléaux
qui menacent la survie de l'humanité, la sérénité
des personnes et la sécurité des sociétés.
3. Mais tout peut changer. Cela dépend de chacun de nous.
Chacun peut développer en lui son potentiel de foi, de
probité, de respect d'autrui, de dévouement au service
des autres.
Cela dépend aussi, bien évidemment, des responsables
politiques, appelés à servir le bien commun. Vous
ne serez pas surpris que devant un parterre de diplomates j'énonce
à ce sujet quelques impératifs qu'il me semble nécessaire
de satisfaire si l'on veut éviter que des peuples entiers,
peut-être même l'humanité, ne sombrent dans
l'abîme.
D'abord, un "OUI À LA VIE" ! Respecter la vie
et les vies: tout commence là puisque le plus fondamental
des droits humains est bien le droit à la vie. L'avortement,
l'euthanasie ou le clonage humain, par exemple, risquent de réduire
la personne humaine à un simple objet: la vie et la mort
sur commande en quelque sorte ! Lorsqu'elles sont dépourvues
de tout critère moral, les recherches scientifiques touchant
aux sources de la vie sont une négation de l'être
et de la dignité de la personne. La guerre elle-même
attente à la vie humaine car elle porte avec elle la souffrance
et la mort. Le combat pour la paix est toujours un combat pour
la vie !
Ensuite le RESPECT DU DROIT. La vie en société -
en particulier la vie internationale - suppose des principes communs
intangibles dont le but est de garantir la sécurité
et la liberté des citoyens et des nations. Ces règles
de conduite sont la base de la stabilité nationale et internationale.
Aujourd'hui, les responsables politiques ont à leur disposition
des textes et des institutions d'une grande pertinence. Il suffit
de les mettre en pratique. Le monde serait totalement différent
si l'on commençait par appliquer sincèrement les
accords signés !
Enfin le DEVOIR DE SOLIDARITÉ. Dans un monde surabondamment
informé mais qui paradoxalement communique si difficilement
et où les conditions d'existence sont scandaleusement inégales,
il est important de ne rien négliger afin que tous se sentent
responsables de la croissance et du bonheur de tous. Il en va
de notre avenir. Un jeune sans travail, une personne handicapée
marginalisée, des personnes âgées abandonnées,
des pays prisonniers de la faim et de la misère, font trop
souvent que l'homme désespère et succombe à
la tentation de la fermeture sur soi ou à la violenze.
4. Voilà pourquoi des choix s'imposent pour que l'homme
ait encore un avenir. Pour cela, les peuples de la terre et leurs
dirigeants doivent avoir parfois le courage de dire "non".
"NON À LA MORT" ! C'est-à-dire non à
tout ce qui attente à l'incomparable dignité de
tous les êtres humains, à commencer par celle des
enfants à naître. Si la vie est vraiment un trésor,
il faut savoir le conserver et le faire fructifier sans le dénaturer.
Non à tout ce qui affaiblit la famille, cellule fondamentale
de la société. Non à tout ce qui détruit
chez l'enfant le sens de l'effort, le respect de soi et de l'autre,
le sens du service.
"NON À L'ÉGOÏSME" ! C'est-à-dire
à tout ce qui pousse l'homme à se protéger
dans le cocon d'une classe sociale privilégiée ou
d'un confort culturel qui exclut autrui. La façon de vivre
de ceux qui jouissent du bien-être, leur manière
de consommer, doivent être revues à la lumière
des répercussions sur les autres pays. Que l'on songe,
par exemple, au problème de l'eau que l'Organisation des
Nations unies propose à la réflexion de tous durant
cette année 2003. L'égoïsme, c'est aussi l'indifférence
des nations nanties par rapport aux pays laissés-pour-compte.
Tous les peuples ont le droit de recevoir une part équitable
des biens de ce monde et du savoir-faire des pays les plus capables.
Comment ne pas penser ici, par exemple, à l'accès
de tous aux médicaments génériques, nécessaire
pour soutenir la lutte contre les pandémies actuelles ?
Cet accès est souvent entravé hélas par des
considérations économiques à court terme.
"NON À LA GUERRE" ! Elle n'est jamais une fatalité.
Elle est toujours une défaite de l'humanité. Le
droit international, le dialogue loyal, la solidarité entre
États, l'exercice si noble de la diplomatie, sont les moyens
dignes de l'homme et des nations pour résoudre leurs différends.
Je dis cela en pensant à ceux qui mettent encore leur confiance
dans l'arme nucléaire et aux trop nombreux conflits qui
tiennent encore en otage des frères en humanité.
À Noël, Bethléem nous a rappelé la crise
non résolue du Moyen-Orient où deux peuples, l'israélien
et le palestinien, sont appelés à vivre côte
à côte, également libres et souverains, respectueux
l'un de l'autre. Sans avoir à répéter ce
que je vous disais l'an passé en pareille circonstance,
je me contenterai d'ajouter aujourd'hui, devant l'aggravation
constante de la crise moyen-orientale, que sa solution ne pourra
jamais être imposée en recourant au terrorisme ou
aux conflits armés, pensant que des victoires militaires
peuvent être la solution. Et que dire des menaces d'une
guerre qui pourrait s'abattre sur les populations d'Irak, terre
des prophètes, populations déjà exténuées
par plus de douze années d'embargo ? La guerre n'est jamais
un moyen comme un autre que l'on peut choisir d'utiliser pour
régler des différends entre nations. Comme le rappellent
la Charte de l'Organisation des Nations unies et le Droit international,
on ne peut s'y résoudre, même s'il s'agit d'assurer
le bien commun, qu'à la dernière extrémité
et selon des conditions très strictes, sans négliger
les conséquences pour les populations civiles durant et
après les opérations.
5. Il est donc possible de changer le cours des événements
dès lors que prévalent la bonne volonté,
la confiance en l'autre, la mise en uvre des engagements
pris et la coopération entre partenaires responsables.
J'en donnerai deux exemples.
L'Europe d'aujourd'hui, à la fois unie et élargie.
Elle a su abattre les murs qui la défiguraient. Elle s'est
engagée dans l'élaboration et la construction d'une
réalité capable de conjuguer unité et diversité,
souveraineté nationale et action commune, progrès
économique et justice sociale. Cette Europe nouvelle porte
en elle les valeurs qui ont fécondé, deux millénaires
durant, un art de penser et de vivre dont le monde entier a bénéficié.
Parmi ces valeurs, le christianisme occupe une place de choix
dans la mesure où il a donné naissance à
un humanisme qui a imprégné son histoire et ses
institutions. Se souvenant de ce patrimoine, le Saint-Siège
et l'ensemble des Églises chrétiennes ont insisté
auprès des rédacteurs du futur Traité constitutionnel
de l'Union européenne afin qu'y figure une référence
aux Églises et institutions religieuses. Il nous paraît
en effet souhaitable que, dans le plein respect de la laïcité,
trois éléments complémentaires soient reconnus
: la liberté religieuse dans sa dimension non seulement
individuelle et cultuelle mais également sociale et corporative;
l'opportunité d'un dialogue et d'une consultation structurés
entre les Gouvernants et les communautés de croyants; le
respect du statut juridique dont les Églises et les institutions
religieuses jouissent déjà dans les États
membres de l'Union. Une Europe qui désavouerait son passé,
qui nierait le fait religieux et qui n'aurait aucune dimension
spirituelle serait bien démunie face à l'ambitieux
projet qui mobilise ses énergies : construire l'Europe
de tous !
L'Afrique, elle aussi, nous donne aujourd'hui l'occasion de nous
réjouir : l'Angola a commencé sa reconstruction;
le Burundi a pris le chemin qui pourrait conduire à la
paix et attend de la communauté internationale compréhension
et aide financière; la République démocratique
du Congo s'est engagée sérieusement dans un dialogue
national qui devrait conduire à la démocratie. Le
Soudan a également fait preuve de bonne volonté,
même si le chemin vers la paix est long et ardu. On doit
se féliciter sans aucun doute de tels progrès et
encourager les responsables politiques à n'épargner
aucun effort pour que, petit à petit, les peuples d'Afrique
connaissent un début de pacification et donc de prospérité,
à l'abri des luttes ethniques, de l'arbitraire et de la
corruption. C'est pourquoi nous ne pouvons que déplorer
les graves événements qui secouent la Côte-d'Ivoire
et la République Centrafricaine, tout en invitant leurs
habitants à déposer les armes, à respecter
leur Constitution respective et à jeter les bases d'un
dialogue national. Il sera alors aisé d'impliquer toutes
les composantes de la communauté nationale dans l'élaboration
d'un projet de société où tous se retrouvent.
En outre, il est bon de constater que, de plus en plus, les Africains
tentent de trouver les solutions les plus adaptées à
leurs problèmes, grâce à l'action de l'Union
africaine et à des médiations régionales
efficace.
6. Excellences, Mesdames et Messieurs, une constatation s'impose
: l'indépendance des États ne peut se concevoir
désormais que dans l'interdépendance. Tous sont
liés dans le bien comme dans le mal. Pour cela, justement,
il convient de savoir distinguer le bien du mal et de les appeler
par leur nom. À leur sujet, quand le doute ou la confusion
s'installent, les plus grands maux sont à redouter, comme
l'histoire nous l'a maintes fois enseigné.
Pour éviter de tomber dans le chaos deux exigences me semblent
s'imposer. D'abord retrouver au sein des États et entre
les États la valeur primordiale de la loi naturelle, qui
a inspiré jadis le droit des gens et les premiers penseurs
du droit international. Même si certains remettent aujourd'hui
en question sa validité, je suis convaincu que ses principes
généraux et universels sont toujours capables de
faire mieux percevoir l'unité du genre humain et de favoriser
le perfectionnement de la conscience des gouvernants comme des
gouvernés. Ensuite l'action persévérante
d'hommes d'États probes et désintéressés.
En effet, l'indispensable compétence professionnelle des
responsables politiques ne peut être légitimée
que par l'attachement à de fortes convictions éthiques.
Comment pourrait-on prétendre traiter des affaires du monde
sans référence à cet ensemble de principes
qui sont à la base de ce "bien commun universel"
dont l'encyclique Pacem in terris du pape Jean XXIII a si bien
parlé ? Il sera toujours possible à un dirigeant
logique avec ses convictions de se refuser à des situations
d'injustice ou à des déviances institutionnelles,
ou d'y mettre fin. Nous retrouvons là, je crois, ce que
l'on appelle couramment aujourd'hui la "bonne gouvernance".
Le bien-être matériel et spirituel de l'humanité,
la tutelle des libertés et des droits de la personne humaine,
le service public désintéressé, la proximité
avec les situations concrètes, passent avant tout programme
politique et constituent une exigence éthique qui est le
mieux à même d'assurer la paix intérieure
des nations et la paix entre les États.
7. Il est évident que, pour un croyant, s'ajoutent à
ces motivations celles que lui donne la foi en un Dieu créateur
et père de tous les hommes, qui lui confie la gestion de
la terre et le devoir de l'amour fraternel. C'est dire combien
l'État a tout intérêt à veiller à
ce que la liberté religieuse, droit naturel - c'est-à-dire
à la fois individuel et social -, soit effectivement garantie
à tous. Comme j'ai eu l'occasion de le dire, des croyants
qui se sentent respectés dans leur foi, qui voient leurs
communautés juridiquement reconnues, collaboreront avec
d'autant plus de conviction au projet commun de la société
civile dont ils sont membres. Vous comprendrez alors que je me
fasse le porte-parole de tous les chrétiens qui, de l'Asie
à l'Europe, sont encore victimes de violence et d'intolérance,
comme cela s'est produit tout récemment à l'occasion
de la célébration de Noël. Le dialogue cuménique
entre chrétiens et les contacts respectueux avec les autres
religions, en particulier avec l'Islam, sont le meilleur antidote
aux dérives sectaires, au fanatisme ou au terrorisme religieux.
En ce qui concerne l'Église catholique, je ne mentionnerai
qu'une situation, qui est pour moi cause de grande souffrance
: le sort réservé à des communautés
catholiques dans la Fédération de Russie qui, depuis
des mois, voient certains de leurs pasteurs empêchés
de les rejoindre pour des raisons administratives. Le Saint-Siège
attend des autorités gouvernementales des décisions
concrètes qui mettent un terme à cette crise et
qui soient conformes aux engagements internationaux souscrits
par la Russie moderne et démocratique. Les catholiques
russes veulent vivre comme leurs frères du reste du monde,
avec la même liberté et la même dignità.
8. Excellences, Mesdames et Messieurs, nous qui sommes réunis
en ce lieu, symbole de spiritualité, de dialogue et de
paix, puissions-nous contribuer par notre action quotidienne à
ce que tous les peuples de la terre avancent, dans la justice
et la concorde, vers des situations plus heureuses et plus justes,
loin de la pauvreté, de la violence et des menaces de guerre
! Veuille Dieu combler vos personnes ainsi que tous ceux que vous
représentez d'abondantes bénédictions! Bonne
et heureuse Année pour tous!
[Texte original: Français]
INDIRIZZO DI OMAGGIO DEL DECANO DEL CORPO DIPLOMATICO
Très Saint Père,
En cette année 2003, il m'est particulièrement agréable
de vous présenter les vux de nouvel An au nom du
Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège,
alors que vous célébrez vous-même la vingt-cinquième
année de votre Pontificat.
Un Pontificat exceptionnel, qui, fondé dès le début
sur une foi clairement affirmée en la place centrale de
la Croix, mystère d'amour et de sacrifice, et sur la confiance
totale en la Vierge Marie, s'est manifesté par une sollicitude
continuelle envers l'homme, créé à l'image
et à la ressemblance de Dieu.
En une période de l'histoire qui est empreinte de tant
d'inquiétudes et qui se relève peu à peu
de l'écroulement d'idéologies totalitaires, votre
voix s'est élevée continuellement et avec force
pour défendre la dignité de l'homme, ses besoins
primordiaux et la nécessité de garantir l'intégrité
de la création. Au cours des années, vous êtes
devenu, Très Saint Père, un point de référence
indispensable pour les divers peuples de la terre, tous reconnaissant
dans votre enseignement les éléments fondamentaux
d'un nouveau et fraternel système de convivialité
humaine basé sur la liberté, sur la justice, sur
la solidarité et sur la paix, qui seules peuvent permettre
un développement harmonieux de la terre.
Le récent grand Jubilé, pièce maîtresse
de toute votre action pastorale, s'est présenté
comme le levain d'une aventure culturelle et morale vraiment digne
de l'homme et porteuse de nouveaux développements dans
les années à venir. De même, vos nombreux
pèlerinages dans toutes les parties du monde ont apporté
des certitudes aux chrétiens et des espérances concrètes
à chacun sur l'avenir de l'humanité, aujourd'hui
encore à la recherche de valeurs universelles qui pourraient
orienter son existence.
Au cours de l'année écoulée, en Azerbaïdjan,
vous avez exhorté à refuser toute forme de fondamentalisme
et d'impérialisme pour laisser la place au dialogue et
au respect mutuel.
En Bulgarie, vous avez de nouveau rappelé la nécessité
de rétablir l'unité des chrétiens entre catholiques
et orthodoxes, et, dans ce sens, votre prière au Monastère
de Rila, perle du patrimoine culturel mondial, s'est révélée
fort significative. À cette même fin ont contribué,
au cours de l'année, les Déclarations communes que
vous avez signées avec le Patriarche cuménique
Bartholomaios Ier et avec le Patriarche Théoctist.
À Toronto, au Canada, à l'occasion des XVIIes Journées
mondiales de la Jeunesse, nous nous sommes tous réjouis
de voir un Pape, âgé de quatre-vingt-deux ans mais
rempli d'enthousiasme, se fondre dans l'imposante multitude des
garçons et filles de toutes nations, auxquels vous avez
proposé une fois de plus, avec exigence, le Chemin des
Béatitudes, en contradiction ouverte avec les séductions
de l'argent, du succès, du pouvoir et de l'éphémère
consumérisme dominant, afin de devenir réellement
les bâtisseurs d'une nouvelle civilisation visant à
empêcher trop de vies de commencer et de se terminer sans
joie et sans espérance.
Au Guatemala et au Mexique, en accord avec vos appels à
mettre à profit les cultures locales, vous avez eu la joie
d'élever aux honneurs des autels le bienheureux Juan Diego
Cuauhtlatoatzin, figure significative du continent latino-américain.
Lors de votre plus récent retour dans votre patrie, vous
avez redit à vos compatriotes la valeur du pardon et de
la miséricorde comme unique chemin vers la paix, ainsi
que la nécessité de s'opposer à la désolation
spirituelle, qui s'accompagne souvent de la prétention
absurde d'intervenir, comme des apprentis-sorciers, dans le mystère
même de la vie, à commencer par les manipulations
génétiques jusqu'à la folie du clonage humain.
Mais on trouve le moment le plus exaltant et le plus impressionnant
de votre engagement en faveur de l'homme dans la Journée
de la Paix à Assise, le 24 janvier dernier, où des
Représentants des religions les plus diverses se sont réunis
en prière afin d'implorer pour l'humanité entière
un progrès réel fondé sur la paix, inséparable
de la justice, toutes deux couronnées par le pardon. Votre
cri passionné "Jamais plus la guerre!" a trouvé
un large écho dans le Décalogue d'Assise pour la
Paix, publié en conclusion de cette rencontre historique,
et que vous avez fait parvenir à tous les Chefs d'État
et de Gouvernement.
Malheureusement, la situation internationale actuelle s'avère
toujours plus complexe et plus ambiguë, et menacée
par de sombres nuages.
La lutte contre l'expansion planétaire du terrorisme aveugle
et barbare, qui continue à frapper sans discrimination
des victimes innocentes, est devenue une priorité mondiale.
Tous les États doivent se solidariser pour s'y opposer
avec détermination et efficacité par une action
commune qui non seulement conduise à poursuivre les auteurs
de telles atrocités mais qui affronte aussi, de façon
lucide et rationnelle, les causes de ces haines extrêmes,
souvent exacerbées par des situations de pauvreté,
d'inégalité et d'injustice.
La situation en Terre Sainte, où les armes ont parlé
jusque dans les églises, semble encore bien loin d'une
solution concrète capable de faire face à la tragique
spirale de la haine et de la vengeance, qui a provoqué
un nombre élevé de victimes innocentes. On ne peut
plus différer, comme vous l'avez maintes fois affirmé
vous-même, un réveil universel des consciences qui
prenne en considération la valeur de la vie de tout être
humain, avec un engagement réel qui implique croyants et
non-croyants au-delà des confessions et des ethnies.
De la même façon, ce qui s'est passé et ce
qui pourrait se passer dans d'autres pays du Moyen-Orient est
pour tous un motif de profonde préoccupation en ce qui
concerne la stabilité de la planète. Une grande
partie de la Communauté internationale pense toutefois
qu'une action militaire ne doit être entreprise que comme
une solution extrême, lorsque des tentatives répétées
de dialogue constructif et loyal se sont avérées
vaines, et en plein accord avec les décisions de l'Organisation
des Nations unies, laquelle, depuis sa fondation, est appelée
à résoudre pacifiquement et avec pondération
les différends entre pays. Malgré la gravité
de la situation, il demeure à notre portée de tout
faire pour éviter cette option du dernier recours, dont
les conséquences pourraient être lourdes.
Chaque Nation est du reste tenue, comme Votre Sainteté
l'a rappelé dans son récent discours au Parlement
italien, de faire preuve d'un grand sens du bien commun et d'agir
envers ses citoyens avec un authentique esprit de service, en
référence constante aux valeurs éthiques
fondamentales inscrites dans la nature même de l'homme.
C'est dans cette noble perspective que les multiples conflits
locaux pourront trouver une solution adéquate, ainsi que
les efforts de réconciliation ou de collaboration plus
intense entre États, déjà entrepris depuis
longtemps dans les divers Continents.
Des signes positifs sont donnés dans ce sens par l'élargissement
de l'Union européenne à l'Est, décidé
à Copenhague : la nouvelle Europe, forte de ses valeurs
humanitaires, de ses traditions démocratiques, de son patrimoine
culturel et spirituel qui ne peut être séparé
de ses racines chrétiennes, pourra contribuer à
une coopération concrète entre tous les États
en faveur de la paix régionale et mondiale, à la
prospérité des peuples et à la promotion
des droits de l'homme.
Le récent sommet de Johannesburg sur le développement
durable a réaffirmé les principes déjà
exprimés à Rio de Janeiro, définissant mieux
certaines priorités essentielles, même si les objectifs
et les échéances prennent corps avec une lenteur
notable. D'autre part, pour éviter que le fossé
entre pays riches et pays en voie de développement ne devienne
infranchissable, il serait nécessaire que la Communauté
internationale soutienne plus fortement les pays émergents
ou ceux qui sont en difficulté, réduisant la dette
extérieure qu'ils ont contractée, éliminant
des mesures d'embargo imposées depuis longtemps, mais considérées
par la majorité des pays membres de l'O.N.U. comme injustes
et inefficaces, et collaborant à des plans de développement
inventifs, comme le tout récent "nouveau partenariat
pour le développement de l'Afrique" (NEPAD), qui vise
à réduire la marginalisation de ce Continent et
à améliorer effectivement la stabilité mondiale.
Dans cette perspective, il importe de répondre dès
à présent, par des actions de solidarité,
à l'urgence de la crise alimentaire qui provoque une large
famine.
En même temps, on s'aperçoit qu'il est de plus en
plus nécessaire que les pays économiquement les
plus forts, alors qu'ils demandent aux pays en voie de développement
de s'ouvrir aux nouvelles technologies, permettent à ces
derniers d'exporter librement leurs produits grâce auxquels
ils pourraient trouver des avantages appréciables, de manière
à apporter leur contribution à l'édification
de la Maison commune, dans un souci d'équité et
de justice.
Il faut en outre parvenir à une vigilance globale effective
du marché international, qui humilie souvent les pays économiquement
les plus faibles, avec de graves répercussions sociales,
et qui provoque de plus en plus souvent des dommages irréparables
à l'environnement dans lequel nous vivons, comme cela est
survenu récemment avec le naufrage d'un pétrolier
qui a causé un désastre écologique durable
sur les côtes de l'Espagne et de la France.
De même, sur le plan éthique, il est impératif
d'appliquer la justice internationale, de manière déterminée
et commune, pour mettre un terme aux nombreux trafics illégaux
et au commerce barbare d'êtres humains, hommes et femmes
de tous âges, qui sont utilisés dans leur pays ou
qui sont obligés d'émigrer clandestinement dans
la perspective illusoire d'une vie meilleure.
On ne peut différer de reconsidérer à frais
nouveaux la question de la mondialisation économique, afin
que les finalités de la réussite et du gain à
tout prix soient remplacées par des objectifs plus humains
et moralement plus valables, visant à augmenter - et cela
serait possible avec les nouvelles technologies - le niveau de
vie de nombreux peuples qui sont encore dépourvus des biens
essentiels.
Vous avez plusieurs fois affirmé, Très Saint Père,
que l'homme compte COMME HOMME pour ce qu'il est plus que pour
ce qu'il a, et que la valeur humaine de la personne est en relation
directe et étroite avec l'être et non avec l'avoir.
C'est pourquoi, Sainteté, nous nous en remettons à
votre Magistère qui, loin des intérêts partisans
et des tactiques découlant de rapports de force, peut longtemps
encore stimuler, avec clarté et lucidité, les Responsables
du bien commun à agir avec courage et avec une solidarité
sincère au bénéfice de tous les peuples.
Dans votre récent pèlerinage à Ischia, en
Italie, vous avez indiqué trois mots pour prendre le large
après le grand Jubilé: ASCOLTA, ACCOGLI, AMA, (écoute,
accueille, aime); habité par tout cela, je vous assure,
Très Saint Père, de notre "engagement permanent"
en vue de la construction pacifique d'une société
meilleure, en vous renouvelant nos vux les plus sincères
pour cette Année nouvelle, qui marque votre vingt-cinquième
anniversaire de Pontificat.
[Texte original: Français]
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