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UDIENZA AL CORPO DIPLOMATICO ACCREDITATO PRESSO LA SANTA SEDE, 13.01.2003
 

Excellences,
Mesdames, Messieurs,
1. Heureuse tradition que cette rencontre du début d'année qui me donne la joie de vous recevoir et d'embrasser en quelque sorte tous les peuples que vous représentez ! En effet, à travers vous et grâce à vous, me parviennent leurs espérances et leurs aspirations, leurs réussites et leurs échecs. Aujourd'hui, je désire former pour vos pays des vœux fervents de bonheur, de paix et de prospérité.
Au seuil de l'an nouveau, il m'est agréable aussi de vous présenter à tous mes meilleurs souhaits, alors que j'invoque sur vos personnes, sur vos familles et sur vos compatriotes l'abondance des Bénédictions divines.
Avant de partager avec vous quelques réflexions inspirées par l'actualité du monde et de l'Église, je me dois de remercier votre Doyen, l'Ambassadeur Giovanni Galassi, pour le discours qu'il vient de m'adresser, ainsi que pour les vœux qu'il a délicatement exprimés, en votre nom à tous, pour ma personne et pour mon ministère. Veuillez tous accepter ma vive gratitude !
Monsieur l'Ambassadeur, vous avez également évoqué avec sobriété les légitimes attentes de nos contemporains, hélas trop souvent contrariées par des crises politiques, par la violence armée, par des conflits sociaux, par la pauvreté ou par des catastrophes naturelles. Jamais comme en ce début de millénaire l'homme n'a senti combien le monde qu'il a façonné est précaire.
2. Je suis personnellement impressionné par le sentiment de peur qui habite souvent le cœur de nos contemporains. Le terrorisme sournois qui peut frapper à tout instant et partout; le problème non résolu du Moyen-Orient, avec la Terre Sainte et l'Irak; les soubresauts qui perturbent l'Amérique du Sud, particulièrement l'Argentine, la Colombie et le Venezuela; les conflits qui empêchent de nombreux pays africains de se consacrer à leur développement; les maladies qui propagent la contagion et la mort; le grave problème de la faim, tout spécialement en Afrique; les conduites irresponsables qui contribuent à l'appauvrissement des ressources de la planète: ce sont autant de fléaux qui menacent la survie de l'humanité, la sérénité des personnes et la sécurité des sociétés.
3. Mais tout peut changer. Cela dépend de chacun de nous. Chacun peut développer en lui son potentiel de foi, de probité, de respect d'autrui, de dévouement au service des autres.
Cela dépend aussi, bien évidemment, des responsables politiques, appelés à servir le bien commun. Vous ne serez pas surpris que devant un parterre de diplomates j'énonce à ce sujet quelques impératifs qu'il me semble nécessaire de satisfaire si l'on veut éviter que des peuples entiers, peut-être même l'humanité, ne sombrent dans l'abîme.
D'abord, un "OUI À LA VIE" ! Respecter la vie et les vies: tout commence là puisque le plus fondamental des droits humains est bien le droit à la vie. L'avortement, l'euthanasie ou le clonage humain, par exemple, risquent de réduire la personne humaine à un simple objet: la vie et la mort sur commande en quelque sorte ! Lorsqu'elles sont dépourvues de tout critère moral, les recherches scientifiques touchant aux sources de la vie sont une négation de l'être et de la dignité de la personne. La guerre elle-même attente à la vie humaine car elle porte avec elle la souffrance et la mort. Le combat pour la paix est toujours un combat pour la vie !
Ensuite le RESPECT DU DROIT. La vie en société - en particulier la vie internationale - suppose des principes communs intangibles dont le but est de garantir la sécurité et la liberté des citoyens et des nations. Ces règles de conduite sont la base de la stabilité nationale et internationale. Aujourd'hui, les responsables politiques ont à leur disposition des textes et des institutions d'une grande pertinence. Il suffit de les mettre en pratique. Le monde serait totalement différent si l'on commençait par appliquer sincèrement les accords signés !
Enfin le DEVOIR DE SOLIDARITÉ. Dans un monde surabondamment informé mais qui paradoxalement communique si difficilement et où les conditions d'existence sont scandaleusement inégales, il est important de ne rien négliger afin que tous se sentent responsables de la croissance et du bonheur de tous. Il en va de notre avenir. Un jeune sans travail, une personne handicapée marginalisée, des personnes âgées abandonnées, des pays prisonniers de la faim et de la misère, font trop souvent que l'homme désespère et succombe à la tentation de la fermeture sur soi ou à la violenze.
4. Voilà pourquoi des choix s'imposent pour que l'homme ait encore un avenir. Pour cela, les peuples de la terre et leurs dirigeants doivent avoir parfois le courage de dire "non".
"NON À LA MORT" ! C'est-à-dire non à tout ce qui attente à l'incomparable dignité de tous les êtres humains, à commencer par celle des enfants à naître. Si la vie est vraiment un trésor, il faut savoir le conserver et le faire fructifier sans le dénaturer. Non à tout ce qui affaiblit la famille, cellule fondamentale de la société. Non à tout ce qui détruit chez l'enfant le sens de l'effort, le respect de soi et de l'autre, le sens du service.
"NON À L'ÉGOÏSME" ! C'est-à-dire à tout ce qui pousse l'homme à se protéger dans le cocon d'une classe sociale privilégiée ou d'un confort culturel qui exclut autrui. La façon de vivre de ceux qui jouissent du bien-être, leur manière de consommer, doivent être revues à la lumière des répercussions sur les autres pays. Que l'on songe, par exemple, au problème de l'eau que l'Organisation des Nations unies propose à la réflexion de tous durant cette année 2003. L'égoïsme, c'est aussi l'indifférence des nations nanties par rapport aux pays laissés-pour-compte. Tous les peuples ont le droit de recevoir une part équitable des biens de ce monde et du savoir-faire des pays les plus capables. Comment ne pas penser ici, par exemple, à l'accès de tous aux médicaments génériques, nécessaire pour soutenir la lutte contre les pandémies actuelles ? Cet accès est souvent entravé hélas par des considérations économiques à court terme.
"NON À LA GUERRE" ! Elle n'est jamais une fatalité. Elle est toujours une défaite de l'humanité. Le droit international, le dialogue loyal, la solidarité entre États, l'exercice si noble de la diplomatie, sont les moyens dignes de l'homme et des nations pour résoudre leurs différends. Je dis cela en pensant à ceux qui mettent encore leur confiance dans l'arme nucléaire et aux trop nombreux conflits qui tiennent encore en otage des frères en humanité. À Noël, Bethléem nous a rappelé la crise non résolue du Moyen-Orient où deux peuples, l'israélien et le palestinien, sont appelés à vivre côte à côte, également libres et souverains, respectueux l'un de l'autre. Sans avoir à répéter ce que je vous disais l'an passé en pareille circonstance, je me contenterai d'ajouter aujourd'hui, devant l'aggravation constante de la crise moyen-orientale, que sa solution ne pourra jamais être imposée en recourant au terrorisme ou aux conflits armés, pensant que des victoires militaires peuvent être la solution. Et que dire des menaces d'une guerre qui pourrait s'abattre sur les populations d'Irak, terre des prophètes, populations déjà exténuées par plus de douze années d'embargo ? La guerre n'est jamais un moyen comme un autre que l'on peut choisir d'utiliser pour régler des différends entre nations. Comme le rappellent la Charte de l'Organisation des Nations unies et le Droit international, on ne peut s'y résoudre, même s'il s'agit d'assurer le bien commun, qu'à la dernière extrémité et selon des conditions très strictes, sans négliger les conséquences pour les populations civiles durant et après les opérations.
5. Il est donc possible de changer le cours des événements dès lors que prévalent la bonne volonté, la confiance en l'autre, la mise en œuvre des engagements pris et la coopération entre partenaires responsables. J'en donnerai deux exemples.
L'Europe d'aujourd'hui, à la fois unie et élargie. Elle a su abattre les murs qui la défiguraient. Elle s'est engagée dans l'élaboration et la construction d'une réalité capable de conjuguer unité et diversité, souveraineté nationale et action commune, progrès économique et justice sociale. Cette Europe nouvelle porte en elle les valeurs qui ont fécondé, deux millénaires durant, un art de penser et de vivre dont le monde entier a bénéficié. Parmi ces valeurs, le christianisme occupe une place de choix dans la mesure où il a donné naissance à un humanisme qui a imprégné son histoire et ses institutions. Se souvenant de ce patrimoine, le Saint-Siège et l'ensemble des Églises chrétiennes ont insisté auprès des rédacteurs du futur Traité constitutionnel de l'Union européenne afin qu'y figure une référence aux Églises et institutions religieuses. Il nous paraît en effet souhaitable que, dans le plein respect de la laïcité, trois éléments complémentaires soient reconnus : la liberté religieuse dans sa dimension non seulement individuelle et cultuelle mais également sociale et corporative; l'opportunité d'un dialogue et d'une consultation structurés entre les Gouvernants et les communautés de croyants; le respect du statut juridique dont les Églises et les institutions religieuses jouissent déjà dans les États membres de l'Union. Une Europe qui désavouerait son passé, qui nierait le fait religieux et qui n'aurait aucune dimension spirituelle serait bien démunie face à l'ambitieux projet qui mobilise ses énergies : construire l'Europe de tous !
L'Afrique, elle aussi, nous donne aujourd'hui l'occasion de nous réjouir : l'Angola a commencé sa reconstruction; le Burundi a pris le chemin qui pourrait conduire à la paix et attend de la communauté internationale compréhension et aide financière; la République démocratique du Congo s'est engagée sérieusement dans un dialogue national qui devrait conduire à la démocratie. Le Soudan a également fait preuve de bonne volonté, même si le chemin vers la paix est long et ardu. On doit se féliciter sans aucun doute de tels progrès et encourager les responsables politiques à n'épargner aucun effort pour que, petit à petit, les peuples d'Afrique connaissent un début de pacification et donc de prospérité, à l'abri des luttes ethniques, de l'arbitraire et de la corruption. C'est pourquoi nous ne pouvons que déplorer les graves événements qui secouent la Côte-d'Ivoire et la République Centrafricaine, tout en invitant leurs habitants à déposer les armes, à respecter leur Constitution respective et à jeter les bases d'un dialogue national. Il sera alors aisé d'impliquer toutes les composantes de la communauté nationale dans l'élaboration d'un projet de société où tous se retrouvent. En outre, il est bon de constater que, de plus en plus, les Africains tentent de trouver les solutions les plus adaptées à leurs problèmes, grâce à l'action de l'Union africaine et à des médiations régionales efficace.
6. Excellences, Mesdames et Messieurs, une constatation s'impose : l'indépendance des États ne peut se concevoir désormais que dans l'interdépendance. Tous sont liés dans le bien comme dans le mal. Pour cela, justement, il convient de savoir distinguer le bien du mal et de les appeler par leur nom. À leur sujet, quand le doute ou la confusion s'installent, les plus grands maux sont à redouter, comme l'histoire nous l'a maintes fois enseigné.
Pour éviter de tomber dans le chaos deux exigences me semblent s'imposer. D'abord retrouver au sein des États et entre les États la valeur primordiale de la loi naturelle, qui a inspiré jadis le droit des gens et les premiers penseurs du droit international. Même si certains remettent aujourd'hui en question sa validité, je suis convaincu que ses principes généraux et universels sont toujours capables de faire mieux percevoir l'unité du genre humain et de favoriser le perfectionnement de la conscience des gouvernants comme des gouvernés. Ensuite l'action persévérante d'hommes d'États probes et désintéressés. En effet, l'indispensable compétence professionnelle des responsables politiques ne peut être légitimée que par l'attachement à de fortes convictions éthiques. Comment pourrait-on prétendre traiter des affaires du monde sans référence à cet ensemble de principes qui sont à la base de ce "bien commun universel" dont l'encyclique Pacem in terris du pape Jean XXIII a si bien parlé ? Il sera toujours possible à un dirigeant logique avec ses convictions de se refuser à des situations d'injustice ou à des déviances institutionnelles, ou d'y mettre fin. Nous retrouvons là, je crois, ce que l'on appelle couramment aujourd'hui la "bonne gouvernance". Le bien-être matériel et spirituel de l'humanité, la tutelle des libertés et des droits de la personne humaine, le service public désintéressé, la proximité avec les situations concrètes, passent avant tout programme politique et constituent une exigence éthique qui est le mieux à même d'assurer la paix intérieure des nations et la paix entre les États.
7. Il est évident que, pour un croyant, s'ajoutent à ces motivations celles que lui donne la foi en un Dieu créateur et père de tous les hommes, qui lui confie la gestion de la terre et le devoir de l'amour fraternel. C'est dire combien l'État a tout intérêt à veiller à ce que la liberté religieuse, droit naturel - c'est-à-dire à la fois individuel et social -, soit effectivement garantie à tous. Comme j'ai eu l'occasion de le dire, des croyants qui se sentent respectés dans leur foi, qui voient leurs communautés juridiquement reconnues, collaboreront avec d'autant plus de conviction au projet commun de la société civile dont ils sont membres. Vous comprendrez alors que je me fasse le porte-parole de tous les chrétiens qui, de l'Asie à l'Europe, sont encore victimes de violence et d'intolérance, comme cela s'est produit tout récemment à l'occasion de la célébration de Noël. Le dialogue œcuménique entre chrétiens et les contacts respectueux avec les autres religions, en particulier avec l'Islam, sont le meilleur antidote aux dérives sectaires, au fanatisme ou au terrorisme religieux. En ce qui concerne l'Église catholique, je ne mentionnerai qu'une situation, qui est pour moi cause de grande souffrance : le sort réservé à des communautés catholiques dans la Fédération de Russie qui, depuis des mois, voient certains de leurs pasteurs empêchés de les rejoindre pour des raisons administratives. Le Saint-Siège attend des autorités gouvernementales des décisions concrètes qui mettent un terme à cette crise et qui soient conformes aux engagements internationaux souscrits par la Russie moderne et démocratique. Les catholiques russes veulent vivre comme leurs frères du reste du monde, avec la même liberté et la même dignità.
8. Excellences, Mesdames et Messieurs, nous qui sommes réunis en ce lieu, symbole de spiritualité, de dialogue et de paix, puissions-nous contribuer par notre action quotidienne à ce que tous les peuples de la terre avancent, dans la justice et la concorde, vers des situations plus heureuses et plus justes, loin de la pauvreté, de la violence et des menaces de guerre ! Veuille Dieu combler vos personnes ainsi que tous ceux que vous représentez d'abondantes bénédictions! Bonne et heureuse Année pour tous!
[Texte original: Français]

INDIRIZZO DI OMAGGIO DEL DECANO DEL CORPO DIPLOMATICO
Très Saint Père,
En cette année 2003, il m'est particulièrement agréable de vous présenter les vœux de nouvel An au nom du Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, alors que vous célébrez vous-même la vingt-cinquième année de votre Pontificat.
Un Pontificat exceptionnel, qui, fondé dès le début sur une foi clairement affirmée en la place centrale de la Croix, mystère d'amour et de sacrifice, et sur la confiance totale en la Vierge Marie, s'est manifesté par une sollicitude continuelle envers l'homme, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu.
En une période de l'histoire qui est empreinte de tant d'inquiétudes et qui se relève peu à peu de l'écroulement d'idéologies totalitaires, votre voix s'est élevée continuellement et avec force pour défendre la dignité de l'homme, ses besoins primordiaux et la nécessité de garantir l'intégrité de la création. Au cours des années, vous êtes devenu, Très Saint Père, un point de référence indispensable pour les divers peuples de la terre, tous reconnaissant dans votre enseignement les éléments fondamentaux d'un nouveau et fraternel système de convivialité humaine basé sur la liberté, sur la justice, sur la solidarité et sur la paix, qui seules peuvent permettre un développement harmonieux de la terre.
Le récent grand Jubilé, pièce maîtresse de toute votre action pastorale, s'est présenté comme le levain d'une aventure culturelle et morale vraiment digne de l'homme et porteuse de nouveaux développements dans les années à venir. De même, vos nombreux pèlerinages dans toutes les parties du monde ont apporté des certitudes aux chrétiens et des espérances concrètes à chacun sur l'avenir de l'humanité, aujourd'hui encore à la recherche de valeurs universelles qui pourraient orienter son existence.
Au cours de l'année écoulée, en Azerbaïdjan, vous avez exhorté à refuser toute forme de fondamentalisme et d'impérialisme pour laisser la place au dialogue et au respect mutuel.
En Bulgarie, vous avez de nouveau rappelé la nécessité de rétablir l'unité des chrétiens entre catholiques et orthodoxes, et, dans ce sens, votre prière au Monastère de Rila, perle du patrimoine culturel mondial, s'est révélée fort significative. À cette même fin ont contribué, au cours de l'année, les Déclarations communes que vous avez signées avec le Patriarche œcuménique Bartholomaios Ier et avec le Patriarche Théoctist.
À Toronto, au Canada, à l'occasion des XVIIes Journées mondiales de la Jeunesse, nous nous sommes tous réjouis de voir un Pape, âgé de quatre-vingt-deux ans mais rempli d'enthousiasme, se fondre dans l'imposante multitude des garçons et filles de toutes nations, auxquels vous avez proposé une fois de plus, avec exigence, le Chemin des Béatitudes, en contradiction ouverte avec les séductions de l'argent, du succès, du pouvoir et de l'éphémère consumérisme dominant, afin de devenir réellement les bâtisseurs d'une nouvelle civilisation visant à empêcher trop de vies de commencer et de se terminer sans joie et sans espérance.
Au Guatemala et au Mexique, en accord avec vos appels à mettre à profit les cultures locales, vous avez eu la joie d'élever aux honneurs des autels le bienheureux Juan Diego Cuauhtlatoatzin, figure significative du continent latino-américain.
Lors de votre plus récent retour dans votre patrie, vous avez redit à vos compatriotes la valeur du pardon et de la miséricorde comme unique chemin vers la paix, ainsi que la nécessité de s'opposer à la désolation spirituelle, qui s'accompagne souvent de la prétention absurde d'intervenir, comme des apprentis-sorciers, dans le mystère même de la vie, à commencer par les manipulations génétiques jusqu'à la folie du clonage humain.
Mais on trouve le moment le plus exaltant et le plus impressionnant de votre engagement en faveur de l'homme dans la Journée de la Paix à Assise, le 24 janvier dernier, où des Représentants des religions les plus diverses se sont réunis en prière afin d'implorer pour l'humanité entière un progrès réel fondé sur la paix, inséparable de la justice, toutes deux couronnées par le pardon. Votre cri passionné "Jamais plus la guerre!" a trouvé un large écho dans le Décalogue d'Assise pour la Paix, publié en conclusion de cette rencontre historique, et que vous avez fait parvenir à tous les Chefs d'État et de Gouvernement.
Malheureusement, la situation internationale actuelle s'avère toujours plus complexe et plus ambiguë, et menacée par de sombres nuages.
La lutte contre l'expansion planétaire du terrorisme aveugle et barbare, qui continue à frapper sans discrimination des victimes innocentes, est devenue une priorité mondiale. Tous les États doivent se solidariser pour s'y opposer avec détermination et efficacité par une action commune qui non seulement conduise à poursuivre les auteurs de telles atrocités mais qui affronte aussi, de façon lucide et rationnelle, les causes de ces haines extrêmes, souvent exacerbées par des situations de pauvreté, d'inégalité et d'injustice.
La situation en Terre Sainte, où les armes ont parlé jusque dans les églises, semble encore bien loin d'une solution concrète capable de faire face à la tragique spirale de la haine et de la vengeance, qui a provoqué un nombre élevé de victimes innocentes. On ne peut plus différer, comme vous l'avez maintes fois affirmé vous-même, un réveil universel des consciences qui prenne en considération la valeur de la vie de tout être humain, avec un engagement réel qui implique croyants et non-croyants au-delà des confessions et des ethnies.
De la même façon, ce qui s'est passé et ce qui pourrait se passer dans d'autres pays du Moyen-Orient est pour tous un motif de profonde préoccupation en ce qui concerne la stabilité de la planète. Une grande partie de la Communauté internationale pense toutefois qu'une action militaire ne doit être entreprise que comme une solution extrême, lorsque des tentatives répétées de dialogue constructif et loyal se sont avérées vaines, et en plein accord avec les décisions de l'Organisation des Nations unies, laquelle, depuis sa fondation, est appelée à résoudre pacifiquement et avec pondération les différends entre pays. Malgré la gravité de la situation, il demeure à notre portée de tout faire pour éviter cette option du dernier recours, dont les conséquences pourraient être lourdes.
Chaque Nation est du reste tenue, comme Votre Sainteté l'a rappelé dans son récent discours au Parlement italien, de faire preuve d'un grand sens du bien commun et d'agir envers ses citoyens avec un authentique esprit de service, en référence constante aux valeurs éthiques fondamentales inscrites dans la nature même de l'homme. C'est dans cette noble perspective que les multiples conflits locaux pourront trouver une solution adéquate, ainsi que les efforts de réconciliation ou de collaboration plus intense entre États, déjà entrepris depuis longtemps dans les divers Continents.
Des signes positifs sont donnés dans ce sens par l'élargissement de l'Union européenne à l'Est, décidé à Copenhague : la nouvelle Europe, forte de ses valeurs humanitaires, de ses traditions démocratiques, de son patrimoine culturel et spirituel qui ne peut être séparé de ses racines chrétiennes, pourra contribuer à une coopération concrète entre tous les États en faveur de la paix régionale et mondiale, à la prospérité des peuples et à la promotion des droits de l'homme.
Le récent sommet de Johannesburg sur le développement durable a réaffirmé les principes déjà exprimés à Rio de Janeiro, définissant mieux certaines priorités essentielles, même si les objectifs et les échéances prennent corps avec une lenteur notable. D'autre part, pour éviter que le fossé entre pays riches et pays en voie de développement ne devienne infranchissable, il serait nécessaire que la Communauté internationale soutienne plus fortement les pays émergents ou ceux qui sont en difficulté, réduisant la dette extérieure qu'ils ont contractée, éliminant des mesures d'embargo imposées depuis longtemps, mais considérées par la majorité des pays membres de l'O.N.U. comme injustes et inefficaces, et collaborant à des plans de développement inventifs, comme le tout récent "nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique" (NEPAD), qui vise à réduire la marginalisation de ce Continent et à améliorer effectivement la stabilité mondiale. Dans cette perspective, il importe de répondre dès à présent, par des actions de solidarité, à l'urgence de la crise alimentaire qui provoque une large famine.
En même temps, on s'aperçoit qu'il est de plus en plus nécessaire que les pays économiquement les plus forts, alors qu'ils demandent aux pays en voie de développement de s'ouvrir aux nouvelles technologies, permettent à ces derniers d'exporter librement leurs produits grâce auxquels ils pourraient trouver des avantages appréciables, de manière à apporter leur contribution à l'édification de la Maison commune, dans un souci d'équité et de justice.
Il faut en outre parvenir à une vigilance globale effective du marché international, qui humilie souvent les pays économiquement les plus faibles, avec de graves répercussions sociales, et qui provoque de plus en plus souvent des dommages irréparables à l'environnement dans lequel nous vivons, comme cela est survenu récemment avec le naufrage d'un pétrolier qui a causé un désastre écologique durable sur les côtes de l'Espagne et de la France.
De même, sur le plan éthique, il est impératif d'appliquer la justice internationale, de manière déterminée et commune, pour mettre un terme aux nombreux trafics illégaux et au commerce barbare d'êtres humains, hommes et femmes de tous âges, qui sont utilisés dans leur pays ou qui sont obligés d'émigrer clandestinement dans la perspective illusoire d'une vie meilleure.
On ne peut différer de reconsidérer à frais nouveaux la question de la mondialisation économique, afin que les finalités de la réussite et du gain à tout prix soient remplacées par des objectifs plus humains et moralement plus valables, visant à augmenter - et cela serait possible avec les nouvelles technologies - le niveau de vie de nombreux peuples qui sont encore dépourvus des biens essentiels.
Vous avez plusieurs fois affirmé, Très Saint Père, que l'homme compte COMME HOMME pour ce qu'il est plus que pour ce qu'il a, et que la valeur humaine de la personne est en relation directe et étroite avec l'être et non avec l'avoir.
C'est pourquoi, Sainteté, nous nous en remettons à votre Magistère qui, loin des intérêts partisans et des tactiques découlant de rapports de force, peut longtemps encore stimuler, avec clarté et lucidité, les Responsables du bien commun à agir avec courage et avec une solidarité sincère au bénéfice de tous les peuples.
Dans votre récent pèlerinage à Ischia, en Italie, vous avez indiqué trois mots pour prendre le large après le grand Jubilé: ASCOLTA, ACCOGLI, AMA, (écoute, accueille, aime); habité par tout cela, je vous assure, Très Saint Père, de notre "engagement permanent" en vue de la construction pacifique d'une société meilleure, en vous renouvelant nos vœux les plus sincères pour cette Année nouvelle, qui marque votre vingt-cinquième anniversaire de Pontificat.
[Texte original: Français]

 
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