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HISTOIRE
DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE AU VIETNAM |
Le Card. Crescenzio Sepe, Préfet de la Congrégation
pour l’Évangélisation des Peuples, se rendra
au Vietnam du 28 novembre au 6 décembre, répondant
à l’invitation de la Conférence épiscopale
de ce pays. Au cours de sa visite, de nature pastorale, le Cardinal
Sepe visitera les trois régions ecclésiastiques du
pays, présidera à l’inauguration d’un
nouveau diocèse et célébrera l’ordination
sacerdotale de 57 diacres.
À cette occasion, l’Agence Fides publie un dossier
qui présente un aperçu général sur ce
pays et sur l’Église au Vietnam.
Il y a encore quelques années, le nom « Vietnam »
étaient associé surtout au souvenir de la guerre.
Mais ces derniers temps, grâce à une plus grande ouverture
du gouvernement vietnamien et au développement du tourisme,
il a été possible de présenter à l’Occident
une autre image de ce pays. Toutefois, l’histoire du Vietnam
ne se limite pas à ces dernières années : c’est
au contraire une histoire pluriséculaire. Ce pays a en effet
une civilisation extraordinaire et une population instruite et civilisée,
qui vit dans une région réputée pour la beauté
de ses paysages : le delta du Fleuve Rouge au nord, le delta du
Mékong au sud, et toute la région côtière,
parsemée de rizières verdoyantes.
SOMMAIRE
1ère PARTIE
- Aperçu géographique
- Aperçu historique
- Société, économie, culture
- Langue
- Art
- Fêtes et événements
- Les principales villes
- Fiche-pays
- Les religions
- La question des « montagnards »
2ème PARTIE
- L’Église catholique
- L’Église aujourd’hui : structure
- Données statistiques sur l’Église
- Les visites ad limina des Évêques vietnamiens
- Visites des Délégations du Saint-Siège au
Vietnam
- Vie de l’Église au Vietnam
- Les nouvelles ordinations sacerdotales
- La croissance des Ordres religieux
- Un nouveau diocèse
- L’évangélisation aujourd’hui
- L’Église au Vietnam fécondée par le
sang des martyrs
- Le Cardinal Nguyen Van Thuân, un témoin de notre
temps
- Le Sanctuaire de La Vang : La Vierge Marie, Patronne des catholiques
vietnamiens
***°°°***
1ère PARTIE
Aperçu géographique
Le Vietnam, qui confine avec le Cambodge, le Laos et la Chine,
s’étend sur 1600 km le long de la côte orientale
de la péninsule indochinoise. Les principales régions
agricoles du pays sont le delta du Fleuve Rouge (15.000 km2) au
nord et le delta du Mékong (60.000 km2) au sud. Les trois-quarts
du territoire vietnamien consiste en zones montagneuses et collinaires
; le sommet le plus élevé est le Fansipan (3143 m),
au nord-ouest du pays.
Dans ce pays, on trouve à la fois des plaines au climat équatorial,
des hauts plateaux au climat tempéré et des sommets
alpins. Les forêts couvrent moins de 30% du territoire, et
ce pourcentage est destiné à diminuer en raison des
pratiques agricoles qui privilégient le déboisement
et l’exploitation du sol. Le Vietnam compte cinq parcs nationaux
: le Cat Ba, le Lac de Ba Be et le Cuc Phuong au nord, le Bach Ma
au centre et le Nam Cat Tien au sud. Afin d’éviter
une catastrophe écologique et hydro-géologique, le
gouvernement a décidé de protéger des dizaines
de milliers de kilomètres carrés de forêts et
de créer 87 zones protégées, sous forme de
parcs nationaux ou de réserves naturelles.
Bien que le Vietnam se trouve en zone tropicale, son climat est
très diversifié.
Aperçu historique
Les premiers établissements humains remontent à l’époque
paléolithique : cette époque fut caractérisée
par une expansion progressive vers le sud et vers l’intérieur
de populations qui représentent aujourd’hui la majorité
du pays, provenant du sud de la Chine ; simultanément, les
populations originaires, appartenant à d’autres souches
ethniques (parmi lesquelles les malais), se retirèrent dans
les montagnes et dans les forêts.
Pendant de nombreux siècles, le Vietnam fut dominé
par les Chinois : c’était une province de la Chine,
dont l’hégémonie prit fin au Xe siècle.
À l’époque de l’occupation chinoise du
nord du Vietnam, cette région était au centre d’un
important processus politique et culturel, dans lequel se mêlaient
l’influence de la civilisation chinoise et celle de la civilisation
indienne.
La fin de la domination chinoise ne marqua cependant pas la fin
des institutions et des structures sociales importées de
Chine, ni celle des contradictions, fréquentes dans les sociétés
orientales, entre la nécessité d’un État
bureaucratique centralisé et efficace et le particularisme
féodal des grands propriétaires terriens.
Avec l’indépendance commença à se former
une conscience commune qui, bien que ne pouvant pas encore être
qualifiée de « conscience nationale », se démarquait
nettement de l’universalisme confucéen de Chine, et
constituait l’ébauche d’un sentiment précis
d’identité ethnique et territoriale chez les Vietnamiens,
par opposition tant aux populations des montagnes qu’aux habitants
du Sud et au grand Empire chinois.
Après divers renversement d’alliances, luttes intestines
et tentatives d’invasion, y compris de la part des Mongols
(XIIIe siècle), l’aristocratie vietnamienne devint
de plus en plus forte.
La Chine chercha encore à s’emparer du pays (XVe siècle),
mais après l’échec de cette tentative dû
à la résistance anti-chinoise, deux grandes familles
aristocratiques émergèrent (XVIIe siècle) :
les Trinh au Nord et les Nguyen au Sud, qui dirigeaient la vie économique
et politique du pays. Au XVIIIe siècle, eut lieu la réunification
du Vietnam réalisée par Tay Son, et en 1802 Nguyen
Anh monta sur le trône sous le nom de Gialong et proclama
« l’empire du Vietnam ».
C’est dans ce contexte que s’inscrivent les processus
de colonisation des puissances étrangères (milieu
du XIXe siècle) : Hollande au Nord, France et Portugal au
Sud, mêlant étroitement les activités commerciales
et missionnaires.
Entre-temps d’autres révoltes éclatèrent,
alors que commençait à se former une conscience nationale
forte.
Au XIXe siècle en France, alors que le capitalisme moderne
se répandait rapidement, des sociétés commerciales
et minières furent créées pour exploiter les
richesses de la terre et du sous-sol du Vietnam. Ainsi se formèrent
des groupes et des mouvements, mais les nouvelles forces politiques
liées au prolétariat furent réprimées
impitoyablement par les Français.
Au début du XXe siècle commença à se
former le parti communiste, sous la conduite d’un intellectuel
éduqué en France, qui deviendra célèbre
sous le nom d’Ho Chi Minh. La révolte anti-coloniale
grondait, mais elle fut encore une fois réprimée.
À côté des forces anti-françaises de
gauche, commencèrent à apparaître aussi des
sectes mystico-religieuses liées aux survivances féodales
et pratiquant des cultes spirites (« caodaïstes »),
en rapports politiques étroits avec les intérêts
nippons, de plus en plus présents dans toute l’Asie
de l’Est.
Avec le début de la seconde guerre mondiale, alors que la
France était aux prises avec l’occupation allemande,
Ho Chi Minh fonda l’« Association pour l’Indépendance
du Vietnam », qui s’opposait aussi bien au colonialisme
français qu’à l’impérialisme japonais.
Le Japon occupa le Vietnam en 1940 ; en 1941 fut fondé le
Parti communiste Vietminh, et en 1945 Ho Chi Minh proclama l’indépendance
du Vietnam.
En 1946 éclata la première guerre indochinoise : le
Vietnam fut divisé. Le Nord était dirigé par
le philo-communiste Ho Chi Minh, le Sud par le philo-américain
Ngo Dinh Diem, ce qui conduisit en 1954 à la reconnaissance
internationale de la partition du Vietnam en deux États indépendants.
Pour consolider ses forces, le Nord s’adressa à l’Union
soviétique et le Sud aux États-Unis.
Le gouvernement du Nord lança immédiatement une guérilla
contre le gouvernement du Sud. Cette guérilla se transforma
vite en une guerre offensive qui, après de longues années
– et après l’intervention des troupes américaines
(1961-1973) – déboucha sur l’occupation totale
du Sud : en 1975, les troupes nord-vietnamiennes entrèrent
à Saigon, et en 1976 se tinrent des élections en vue
de la réunification.
Après 1975, à la suite de la chute du Vietnam du Sud
aux mains des forces communistes nord-vietnamiennes, le pays vécut
dans un isolement douloureux au niveau international.
Toutefois, depuis la fin des années 1980, avec le dégel
entre l’Est et l’Ouest, le gouvernement de Hanoi a commencé
à sortir de cet isolement international en nouant des contacts
diplomatiques et en ouvrant les portes du pays aux visiteurs étrangers.
Après l’effondrement du bloc communiste des pays d’Europe
de l’Est, le Vietnam a commencé à intervenir
sur la scène politique internationale. En 1993, après
l’élection de Bill Clinton à la présidence
des Etats-Unis, l’embargo économique a été
révoqué, et en 1995 les relations diplomatiques entre
Etats-Unis et Vietnam ont été rétablies. Le
pays a ainsi pu renouer des relations commerciales avec les États-Unis
et les autres nations occidentales.
Aujourd’hui le Vietnam, qui fait partie de l’ASEAN,
l’Association des pays du Sud-Est asiatique, est engagé
dans la reconstruction du pays selon le système de l’économie
de marché, tout en maintenant les structures du parti unique
communiste marxiste pour sauvegarder le pouvoir du gouvernement.
Le Vietnam reste encore aujourd’hui l’un des pays les
plus pauvres du monde : plus de la moitié de sa population
vit sous le seuil de la pauvreté.
Société, économie, culture
Le Vietnam a une population d’environ 83 millions d’habitants,
répartie sur un territoire national de 331.689 km2. 84% de
la population est vietnamienne, 2% chinoise et le reste appartient
à des groupes ethniques minoritaires comme les Khmers, les
Chams et les montagnards tribaux (Muong, Thaïs, Nung, Meo).
La République socialiste du Vietnam, proclamée en
juillet 1976, est un État unitaire né de l’unification
par la force de la République Démocratique du Vietnam
(Vietnam du Nord) et de la République du Vietnam (Vietnam
du Sud).
L’Assemblée nationale constituante, élue en
1976, a promulgué la Constitution qui reconnaît le
principe de la dictature du prolétariat et la valeur fondamentale
du marxisme-léninisme. Ses institutions politiques s’inspirent
fortement des modèles soviétique et chinois. Le système
politique est contrôlé par le Parti communiste, qui
compte 1.800.000 inscrits et dont l’influence se fait sentir
à tous les niveaux de la vie politique et sociale du pays.
Le Vietnam est divisé en 50 provinces (tinh) qui jouissent
d’une assez grande autonomie. Pour cette raison, leur attitude
vis-à-vis des investissements étrangers, du développement
économique et des religions est assez diversifiée.
Près de 70% de la population vit de l’agriculture.
Par rapport à d’autres pays qui vivent dans des conditions
de grande pauvreté, la population vietnamienne jouit d’un
bon niveau d’instruction. Le taux d’alphabétisation
est estimé à près de 82%, même si les
chiffres officiels indiquent un pourcentage supérieur (95%).
En réalité, avec la pauvreté l’analphabétisme
tend à gagner du terrain.
Il faut noter que ce bon niveau d’instruction est dû
en grande partie à l’intervention d’un missionnaire
jésuite français, le P. Alexandre de Rhodes qui, au
milieu du XVIIe siècle, a transcrit le vietnamien en caractères
latins. Au début, les communistes niaient ses grands mérites,
reconnus depuis toujours par le peuple vietnamien, mais en décembre
1995, lors d’un colloque officiel, le Vice Premier Ministre
Nguyen Khanh a fait l’éloge de l’écriture
nationale, reconnaissant enfin que le P. Alexandre de Rhodes a été
le principal artisan et inventeur de l’écriture nationale
vietnamienne.
Langue
La langue vietnamienne (kinh) est un hybride d’idiomes mon-khmers,
thaïs et chinois. C’est précisément dans
les langues monotoniques mon-khmers que les Vietnamiens ont puisé
une grande partie des termes de base de leur langue. Les langues
étrangères les plus parlées sont le chinois
(cantonais et mandarin), l’anglais, le français et
le russe.
Art
Parmi les formes d’art populaire vietnamien méritant
d’être signalées, on peut citer les peintures
traditionnelles sur soie montées sur cadres, différents
types de théâtre, des sculptures représentant
des sujets religieux et des objets en laque. La cuisine vietnamienne
est particulièrement variée : on dit qu’il existe
au moins 500 plats traditionnels. Le plat classique vietnamien est
composé de riz blanc, légumes, viande ou poisson,
et épices.
Fêtes et événements
La plupart des fêtes religieuses suivent le calendrier lunaire
: selon les traditions vietnamiennes, la fête du Tet (fin
janvier - début février) est la plus importante, marquant
le début de la nouvelle année lunaire et le début
du printemps ; la « fête des âmes perdues »
(août), la deuxième par ordre d’importance, célèbre
le moment où l’on offre de la nourriture et des présents
aux âmes des morts qui ne trouvent pas la paix ; pendant le
Doan Ngu (juin) sont brûlées les effigies de ceux qui
deviendront des soldats de l’armée du dieu de la mort
; il y a enfin la fête des morts (avril), où l’on
se souvient des parents décédés.
Les principales villes
Ho Chi Minh (Saigon)
Ho Chi Minh représente le cœur et l’âme
du Vietnam. Chaotique, dynamique et industrieuse, c’est la
plus grande ville du pays, la capitale économique et la promotrice
des nouvelles tendances culturelles. Dans ses rues, où se
déroule une grande partie de la vie ses habitants, on trouve
une myriade de petites boutiques et d’étals. La ville
est perpétuellement en activité. Malgré cela,
dans cette métropole moderne, subsistent les traditions séculaires,
ainsi que le souvenir de la beauté de l’ancienne culture.
Parmi les principales attractions culturelles et religieuses, on
peut citer la Pagode de Giac Lam, la Cathédrale Notre Dame
en style néo-roman, le Palais de la Réunification
et le marché de Colon.
Hanoi
Plus petite, plus calme, plus verte et plus austère qu’Ho
Chi Minh, la capitale du pays rappelle un peu une petite ville de
province de France. Cette caractéristique est toutefois en
train de disparaître, et Hanoi, comme l’ensemble du
Vietnam, est en train d’oublier les vieilles traditions à
mesure que les contraintes bureaucratiques et économiques
s’estompent.
Les principales attractions culturelles comprennent le pittoresque
Temple de la Littérature, qui date du XIe siècle,
siège de la première université du pays, le
Vieux Quartier (XVe siècle), des lacs et de très jolies
pagodes et le Mausolée d’Ho Chi Minh.
Nha Trang
Même si elle est probablement destinée à devenir
une localité balnéaire chaotique, Nha Trang est encore
un lieu tranquille. Dans les environs de Nha Trang, on trouve d’intéressants
sites archéologiques comme les Tours Cham de Po Nagar, construites
entre le VIIe et le XIIe siècle ap. J.-C. sur un site utilisé
dès le IIe siècle comme sanctuaire par les hindouistes.
Nha Trang est aussi le seul endroit où pousse le fruit du
dragon (thanh long), grand comme un petit ananas et ayant un goût
proche de celui du kiwi.
Hué
Considérée universellement comme la plus belle ville
du Vietnam, Hué fut la capitale du pays de 1802 à
1945 et elle est restée le centre culturel, religieux et
universitaire du pays. À l’intérieur de l’immense
citadelle entourée de douves, construite par l’empereur
Gialong à partir de 1804, on découvre de nombreux
lieux et objets particulièrement intéressants tels
que les nouveaux canons sacrés, la Ville Impériale,
le Palais de l’Harmonie Suprême et la Salle des Mandarins.
La superbe Ville Interdite Pourpre a été gravement
endommagée pendant la guerre du Vietnam. À 15 km au
sud de Hué se trouvent les Tombeaux Impériaux, et
en ville il existe de nombreux autres lieux présentant un
intérêt religieux ou historique, ainsi que des musées
très intéressants. Dans cette localité s’arrête
le train appelé « L’Express de la Réunification
», qui relie Hanoi à Ho Chi Minh Ville.
Dalat
Dalat est un joyau de la région des hauts plateaux du Sud.
Son climat tempéré et son paysage verdoyant en font
l’une des villes les plus agréables du Vietnam. Le
Palais d’Été de l’empereur Bao Daï,
rempli d’objets d’art de toute sorte, représente
certainement un but intéressant du point de vue historique
et culturel.
Fiche-pays
Nom du pays : République Socialiste du Vietnam
Superficie : 329.560 km2
Population : 83.535.576 habitants
Capitale : Hanoi (1.396.500 habitants, 2.543.700 en comptant les
banlieues)
Peuples : 85-90% d’ethnie vietnamienne (six groupes principaux
: karen, hmong, lahu, mien, akha, lisu), 3% d’ethnie chinoise,
outre les khmers, chams (descendants de l’ancien royaume de
Champa, de culture indienne) et les membres de 60 groupes ethnico-linguistiques
(connus aussi comme les Montagnards)
Langue : vietnamien (officielle)
Religion : bouddhiste (49,5%), taoïste, confucéenne,
hoa hao, caodaïste, musulmane et chrétienne (8,3%)
Président : Tran Duc Luong
Premier ministre : Phan Van Khai
Secrétaire du Parti Communiste : Nong Duc Manh
Devise : Dong
PIB : 227 milliards de dollars
Taux annuel de croissance économique : 7,3%
Inflation : 3,9%
Principaux secteurs/produits : riz, poivre, industrie alimentaire,
produits textiles, vêtements, chaussures, bauxite, charbon,
acier, produits chimiques, ciment, verre, caoutchouc, papier, café,
thé, céréales, pommes de terre, soja, bananes,
sucre, volailles
Partenaires économiques : États-Unis, Japon, Australie,
Chine, Allemagne, Singapour, Taiwan, Corée du Sud, Thaïlande,
Hong Kong
Croissance démographique annuelle : 1,8%,
Taux de mortalité infantile : 37‰
Espérance de vie : hommes : 68 ans ; femmes : 72 ans
Analphabétisme : hommes : 3,5% ; femmes : 8,8%
Scolarisation : 12-17 ans : 47%
Les religions
Quatre grandes philosophies et religions sont à la base de
la vie religieuse et spirituelle du peuple vietnamien : le confucianisme,
le taoïsme, le bouddhisme et le christianisme. Au cours des
siècles, confucianisme, taoïsme et bouddhisme se sont
fondus avec les croyances populaires chinoises et avec l’animisme
vietnamien primitif pour donner naissance à ce que tous appellent
la « Tarn Giao » (triple religion). Le confucianisme,
qui était à l’origine un système d’éthique
sociale et politique plutôt qu’une religion à
proprement parler, a pris certaines caractéristiques religieuses.
Le taoïsme, qui était à l’origine une philosophie
ésotérique pour les érudits, s’est mélangé
au bouddhisme parmi les populations rurales, et plusieurs de ses
éléments font désormais partie intégrante
de la religion populaire.
Le bouddhisme mahayana (Dai Thua ou Bac Tong, qui signifie «
du Nord », c’est-à-dire provenant de Chine),
connu aussi comme « L’École de la Grande Roue
», « l’École du Grand Véhicule »
ou « Bouddhisme du Nord »), est la religion prédominante
au Vietnam.
Le bouddhisme theravada (Tieu Thua ou Nam Tong, qui signifie «
du Sud », connu aussi sous les noms de hinayana, « École
de la Petite Roue », « École du Petit Véhicule
» ou « Bouddhisme du Sud ») est arrivé
directement de l’Inde au Vietnam. Il est pratiqué surtout
dans la région du Mékong, en particulier par les Khmers.
Le culte des ancêtres, expression rituelle de la piété
filiale (hieu), était présent bien avant que le confucianisme
et le bouddhisme ne soient importés dans le pays, et certains
le considèrent comme une sorte de « religion de la
religion ». Le culte des ancêtres se fonde sur la croyance
que l’âme continue à vivre après la mort,
devenant la protectrice de ses descendants. Par tradition, les Vietnamiens
vénèrent et honorent régulièrement les
esprits des ancêtres, en offrant des sacrifices au protecteur
de la famille et à son esprit.
Le caodaïsme est une secte religieuse indigène vietnamienne
centrée sur la recherche d’une religion idéale,
en fondant entre elles diverses philosophies séculières
et religieuses orientales et occidentales. Au Vietnam, il compte
deux millions d’adeptes. L’islam, répandu surtout
chez les Chams et les Khmers, est pratiqué par 0,5% de la
population.
Le protestantisme, introduit au Vietnam en 1911, compte environ
200.000 fidèles. Il est pratiqué surtout par les Montagnards,
ces indigènes des montagnes qui vivent dans la région
des hauts plateaux centraux, et récemment aussi par ceux
des hauts plateaux du Nord. Après la réunification
du pays, de nombreux pasteurs protestants, et en particulier ceux
formés par les missionnaires américains, ont été
arrêtés, et aujourd’hui encore le gouvernement
leur impose de sévères restrictions.
Interrogés sur leur religion, les Vietnamiens répondent
généralement qu’ils sont bouddhistes, mais que
pour ce qui touche à la famille et aux devoirs civiques ils
suivent le confucianisme, tandis que pour ce qui a trait à
l’interprétation de la nature et du cosmos ils sont
plutôt influencés par le taoïsme.
La question des « Montagnards »
De divers côtés arrivent des informations parlant
des conditions de vie difficiles des populations de Montagnards,
les indigènes des montagnes qui vivent sur les hauts plateaux
du Vietnam central, en grande partie christianisés.
Les Montagnards, ou Degar, l’un des peuples indigènes
les plus anciens du Sud-Est asiatique, sont installés dans
la péninsule indochinoise depuis plus de deux mille ans.
Bien que vivant en majorité au Vietnam, on trouve aussi quelques
centaines de milliers de montagnards au Cambodge et quelques dizaines
de milliers au Laos. À l’époque de la colonisation
française, entamée au XIXe siècle, on estime
que la population des Montagnards dépassaient 3,5 millions
de personnes. Aujourd’hui ils ne sont plus que 700.000 à
800.000 personnes.
Lorsque les États-Unis intervinrent au Vietnam, les montagnards
se rangèrent de leur côté, en espérant
que les revendications d’indépendance politique, sociale
et culturelles propres à toute population indigène
pourraient aboutir.
Après la fin de la guerre au Vietnam et le triomphe de Ho
Chi Minh, le régime de Hanoi a nationalisé les terres
des Montagnards, ne leur reconnaissant aucun droit sur les territoires
qu’ils habitaient depuis des millénaires. Des centaines
de villages ont été détruits et déplacés
sur des terres non fertiles pour faire place aux plantations de
café appartenant à l’État.
Les Montagnards, qui représentent une population de plus
de trente tribus, comptent des milliers de combattants. Les deux
tribus principales sont celles des Banars, qui compte environ 400.000
personnes, et celle des Jarraïs, qui en compte 300.000 personnes.
Une grande partie d’entre eux sont chrétiens.
Le gouvernement communiste les pénalise notamment parce qu’ils
s’étaient alliés avec les Américains
et aussi parce que beaucoup d’entre eux sont chrétiens
: les fonctionnaires locaux cherchent à s’emparer de
leurs terres. Mais les Montagnards sont une ethnie dure et fière,
et ils résistent. Ce peuple a toujours été
très courageux. Déjà en 2001, il a organisé
une manifestation de 20.000 personnes contre le gouvernement.
À la veille des célébrations pascales de 2004,
les Montagnards ont organisé une marche depuis leurs villages
reculés, en traversant de nombreuses agglomérations,
jusqu’au chef-lieu de la province des hauts plateaux centraux
du Vietnam, où ils se sont rassemblés pour prier publiquement
devant les bâtiments du Parti communiste vietnamien.
Leur slogan était : « Moak Hrue Yesus Kgu Hdip »
(Heureux jour, le Christ est ressuscité). Selon des sources
locales, ils étaient 130.000, et les autorités ont
recouru aux armes pour les disperser, en faisant près de
400 morts. Il est difficile de savoir ce qui s’est vraiment
passé, parce que le gouvernement vietnamien interdit l’accès
à cette région aux étrangers.
Malgré la persécution et le départ des prêtres
et des missionnaires au moment de l’installation du régime
communiste, les Montagnards ont gardé leur foi. On compte
plus de 180.000 Montagnards catholiques. Nous avons reçu
divers témoignages de Montagnards qui ont conservé
leur foi et n’ont pas oublié les prières liturgiques,
et qui écoutent « Radio Veritas » qui transmet
depuis Manille les programmes de la rédaction vietnamienne
de Radio Vatican.
Le régime les a menacés, en leur imposant d’abandonner
la religion chrétienne, mais ils ont refusé. Ils ont
perdu leur emploi, ils ne peuvent pas envoyer leurs enfants à
l’école publique, mais ils continuent à défendre
leur foi. Récemment, ils ont construit six églises
en bois dans six villages différents.
2ème PARTIE
L’Église catholique
L’Église catholique est arrivée au Vietnam
au XVIe siècle grâce à l’œuvre des
missionnaires français, espagnols et portugais. Voici la
chronologie des principales étapes de la diffusion du catholicisme
:
1580 quelques franciscains des Philippines se rendent en Cochinchine
1615 début officiel de la mission en Cochinchine avec l’arrivée
des jésuites François Buzoni et Diego Carvalho 1627
Alexandre de Rhodes, s.j. se rend au Tonkin (Vietnam du Nord)
1630 interdiction du christianisme. Expulsion du P. de Rhodes
1640 édit contre le christianisme
1650 le P. de Rhodes suggère à Propaganda d’envoyer
des Évêques pour créer un clergé vietnamien
1663 début de la persécution
1668 deux premiers prêtres au Tonkin et en Cochinchine
1670 premier synode du Tonkin
1672 premier synode de Cochinchine
1676 les dominicains des Philippines entament un travail missionnaire
dans l’est du Tonkin
1679 division du Vicariat Apostolique du Tonkin en deux Vicariats
Apostoliques : l’un confié aux Pères des Missions
Étrangères de Paris, l’autre confié aux
dominicains des Philippines
1698 persécutions
1712-1720 persécutions. Déportation du Vicaire Apostolique
de Cochinchine, Mgr Bourges
1745 le P. Gil de Fedesich, O.P. premier martyr dominicain
1759 dans l’ouest du Tonkin, on compte 120.000 catholiques
et 25 prêtres autochtones
1773 persécutions
1787 traité entre la France et l’Annam (Vietnam du
Sud). Mgr Pigneaux de Béthanie, Vicaire Apostolique de Cochinchine,
joue un rôle important dans la conclusion de ce traité
1798 martyr des Bienheureux E. Trieu et J. Dat, prêtres vietnamiens
1802 union du Tonkin et de la Cochinchine dans l’Empire d’Annam
: liberté relative
1821-1841 en Annam règne l’Empereur Minh Mang (le «
Néron d’Indochine »). Début des persécutions
1861 martyre du Bienheureux Théophane Vénard, M.E.P.
1874 Traité entre l’Annam et la France qui reconnaît
la souveraineté de l’empereur d’Annam. Pleine
liberté pour les missionnaires et les chrétiens
1884 au Tonkin, révolte des princes autochtones. Persécution
des chrétiens
1887 réunion du Tonkin, Annam, Cambodge, Cochinchine pour
former l’Indochine française
1909 béatification des martyrs annamites
1925 érection de la Délégation Apostolique
pour l’Indochine française. Son siège est établi
à Hué, puis transféré à Hanoi
en 1951
1933 premier Concile plénier à Hanoi
1946 accord entre Hô-Chi-Minh et la France : reconnaissance
de la République du Vietnam (Tonkin) comme État libre
au sein de la Fédération Indochinoise
1947 massacre de 29 catholiques par les partisans du Viet-Minh à
Annam
1951 à Hanoi première Conférence Épiscopale
Vietnamienne
1954 division du Vietnam
1960 institution de la Sainte Hiérarchie
1975 invasion des communistes du Nord. Le pays est unifié
sous le régime communiste, fermeture des Séminaires,
des écoles. Le Coadjuteur de Saigon est mis en prison. Expulsion
du Délégué Apostolique. Ingérences des
Autorités civiles dans les nominations d’Évêques
et dans les ordinations sacerdotales. Les contacts entre le Saint-Siège
et les Évêques deviennent chaque jour plus difficiles
1979: élévation au cardinalat de Mgr Trinh Van Can,
Archevêque de Hanoi
1988 (19.6) canonisation de 117 martyrs, dont 11 missionnaires espagnols
et 10 français
1989 Visite pastorale du Cardinal Roger Etchegaray
1990 début du dialogue entre le Saint-Siège et le
gouvernement vietnamien pour traiter en particulier de la nomination
des Évêques
1994 au Consistoire du 26 novembre, Mgr Joseph Paul Pham Dinh Tung,
Archevêque de Hanoi, est créé Cardinal par Jean
Paul II
2001 au Consistoire du 21 février, S.Exc. François-Xavier
Nguyên Van Thuân, Président du Conseil Pontifical
de la Justice et de la Paix est créé Cardinal
2003 au Consistoire du 21 octobre S.Exc. Jean-Baptiste Pham Minh
Mân, Archevêque de Thàn-Phô Hô Chi
Minh est créé Cardinal
L’Église aujourd’hui-structure
Conférence Épiscopale : Conférence Épiscopale
du Viêt Nam.
Archidiocèse Métropolitain : Hà Nôi —
Suffragants : Bac Ninh, Bùi Chu, Hai Phòng, Hung Hoá,
Lang Són et Cao Bang, Phát Diêm, Thái
Bình, Thanh Hóa, Vinh
Archidiocèse Métropolitain : Hué — Suffragants
: Ban Mê Thuôt, Dà Nang, Kontum, Nha Trang, Quy
Nhon
Archidiocèse Métropolitain : Thành-Phô
Hô Chí Minh — Suffragants : Cân Tho, Dà
Lat, Long Xuyên, My Tho, Phan Thiêt, Phú Cuong,
Vinh Long, Xuân Lôc, Ba Ria
Données statistiques sur l’Église
catholiques 5.667.000
archidiocèses : 3 ; Diocèses : 23
évêques : 39
sièges pastoraux : 2.816
prêtres diocésains : 2.212;
prêtres religieux : 521
religieux non prêtres : 1778 religieuses 11.443
missionnaires laïcs : 1.395 catéchistes 50.605
instituts d’enseignement :
écoles maternelles 563 (inscrits 53.323)
écoles primaires 100 (inscrits 6.399)
cours moyens 2
instituts supérieurs 40
Les visites ad limina des Évêques vietnamiens
La première visite ad limina après la réunification
du pays en 1975 a eu lieu en décembre 1980. La deuxième
visite ad limina a eu lieu en 1990, après le voyage du Cardinal
Roger Etchegaray (1989). La troisième visite ad limina a
eu lieu en 1996, et la dernière visite au Saint-Siège
en janvier 2002.
Visites des Délégations du Saint-Siège au
Vietnam
Ces dernières années, les visites de Délégations
du Saint-Siège au Vietnam se sont succédées.
L’impression générale est que les autorités
vietnamiennes sont plus ouvertes et plus cordiales. Les autorités
gouvernementales semblent plus disposées à dialoguer.
Il subsiste toujours, de la part des autorités, un certain
contrôle sur le personnel de l’Église, en particulier
sur les nominations d’Évêques. Pour le reste,
l’Église jouit de la liberté religieuse, même
si celle-ci est limitée. Les Évêques, les prêtres
et les religieuses sont habitués à vivre dans cette
situation. Par ailleurs, aujourd’hui le gouvernement vietnamien
reconnaît la contribution de l’Église en faveur
de la société vietnamienne.
Le Saint-Siège et le Vietnam n’ont pas de relations
diplomatiques, mais depuis quelques années ils ont entrepris
un chemin de rapprochement qui a permis de résoudre au moins
en partie les principaux problèmes des catholiques vietnamiens.
À la suite de la visite d’une Délégation
vietnamienne au Vatican, en juillet 2005, « le souhait qu’on
progresse rapidement vers une normalisation des relations entre
le Saint-Siège et le Vietnam » a été
formulé de part et d’autre.
Vie de l’Église au Vietnam
Les prêtres diocésains travaillent avec ardeur. Ils
sont dynamiques, projettent de construire des églises, lancent
des activités pastorales et sociales. Les religieux et les
religieuses sont très appréciés de tous en
raison de leurs activités, qu’ils exercent discrètement
mais efficacement : ils prennent en charge les handicapés,
travaillent dans les hôpitaux, les léproseries, les
orphelinats, les crèches, en donnant un magnifique témoignage
évangélique. Les religieuses ont un grand désir
de renouveau et de mieux connaître la Parole de Dieu : dans
ce but, elles organisent des cours de théologie et des cours
de perfectionnement.
Il existe actuellement 6 Grands Séminaires interdiocésains,
avec un total de 1.580 séminaristes. Ces séminaires
se trouvent à : Ho Chi Minh Ville, Can Tho, Nha Trang, Hué,
Vinh Thanh, Hanoi. Les vocations sont nombreuses, mais le gouvernement
impose un numerus clausus pour chaque séminaire. Le problème
du manque de formateurs se fait fortement sentir.
Les Évêques ont demandé l’autorisation
d’ouvrir deux nouveaux Grands Séminaires interdiocésains
(Xuan Loc et Thai Binh), propédeutiques pour chaque diocèse.
Chez les fidèles catholiques, qui sont plus de 5,5 millions
et dont le nombre augmente sans cesse, la pratique religieuse est
élevée (80-90%). Souvent les visiteurs étrangers
sont surpris de la participation nombreuse des fidèles, non
seulement à la Messe du dimanche, mais aussi les jours de
semaine. Partout les fidèles montrent un grand intérêt
pour la Parole de Dieu et pour l’étude du catéchisme.
Ils se montrent désireux de mettre leurs efforts et leurs
talents au service de l’édification et du développement
de l’Église et du pays.
Dans le Sud, la religion chrétienne est vécue dans
les situations concrètes de la vie quotidienne. Dans le Nord,
à cause de la carence de personnel ecclésiastique,
l’esprit du Concile Vatican II n’est pas encore entré
dans la mentalité et dans la pratique religieuse du peuple
chrétien. Mais il existe des petites communautés de
fidèles dans des villages reculés qui ont conservé
le germe de la foi, même si elles n’ont plus de prêtre
depuis de nombreuses années.
Même au Nord, on perçoit aujourd’hui des signes
encourageants : exemplaire en ce sens est le cas de la paroisse
de Hoa Binh, dans le Vietnam du Nord, où les fidèles
ont célébré en septembre 2005 le 75ème
anniversaire de la fondation de leur église. Pour fêter
les « noces de diamant » de la paroisse (3.000 fidèles
et 2 catéchistes), plus de 20 prêtres vietnamiens se
sont réunis dans l’église pour concélébrer
la Messe en présence de nombreux fidèles locaux. L’enthousiasme
des fidèles pour la célébration et les réjouissances
a été grand, d’autant plus que ce n’est
que depuis trois ans que les fidèles de la région
ont reçu du gouvernement l’autorisation de rouvrir
leur église pour le culte et la liturgie.
En 2002, le gouvernement local de Hoa Binh, à 75 km à
l’est de Hanoi, a autorisé la construction d’une
chapelle catholique où l’on puisse célébrer
les Sacrements. Depuis trois ans, cette église fonctionne,
et les paroissiens ne sont plus obligés de faire des trajets
longs et pénibles pour participer à la Messe le dimanche
et aux principales festivités religieuses.
La première église de la région (construite
il y a 75 ans) avait été détruite en 1947 au
cours des affrontements entre l’armée française
et les maquisards communistes, de telle sorte que la communauté
catholique n’avait plus de lieu de culte officiel. Ces dernières
années, les fidèles du Vietnam du Nord qui sont restés
après 1975 vivent une renaissance, et grâce au travail
des Évêques, prêtres et laïcs, ils étudient
et découvrent l’esprit du Concile Vatican II. Bien
qu’étant toujours sous le contrôle des autorités
locales, l’Église espère pouvoir progressivement
pouvoir exercer ses diverses activités pastorales dans des
conditions normales : catéchèse, liturgie et œuvres
caritatives.
Dans le passé, les catholiques se réunissaient dans
les maisons pour prier, et grâce à ces rencontres ils
ont conservé leur foi, même en l’absence de prêtres.
À Noël et à Pâques, les catholiques de
la région parcouraient parfois 100 km pour participer aux
célébrations de l’Eucharistie et pour recevoir
les Sacrements.
Tous les fidèles vietnamiens portent dans leur cœur
les paroles que leur a adressé Jean Paul II en 1984 quand,
en rentrant après sa visite pastorale en Corée, Nouvelle
Guinée et Iles Salomon, il a tenu à saluer tout le
peuple vietnamien « que j’aime, à lui manifester
ma sympathie et mes sentiments de paix, mes encouragements et mes
vœux cordiaux ».
Le Pape a dit : « Tout être humain, tout peuple avec
sa culture, ont leur place dans le regard bienveillant de l’Église
catholique – universelle – et dans le cœur de Celui
qui en est le Pasteur. Tel est l’Évangile d’amour
reçu de Jésus-Christ : il embrasse toutes les nations
dans un esprit de service, en leur apportant une parole de salut
et une aide fraternelle. Pour le cas du Vietnam, tout le monde connaît
et apprécie le courage au travail, la ténacité
dans les difficultés, le sens familial et les autres vertus
naturelles dont vous savez faire preuve. Dans ce pays qui a cruellement
souffert des épreuves de la guerre, vous avez dû travailler
beaucoup à la reconstruction du pays, déployer de
grands efforts pour faire face aux divers problèmes d’éducation,
de santé… L’Église porte un vif intérêt
à ces efforts solidaires, les encourage et souhaite qu’ils
parviennent à donner à chacun non seulement le pain
et l’instruction, mais la possibilité de s’épanouir
librement avec le meilleur de lui-même, y compris dans ses
aspirations religieuses et dans un climat de paix avec les autres
peuples qui cherchent, comme le Vietnam, à vivre dans la
tranquillité et la dignité ».
Jean Paul II a poursuivi : « C’est à vous, chers
frères et sœurs catholiques, que je m’adresse
maintenant. Depuis les débuts de l’évangélisation,
vous formez des communautés vivantes, riches de la foi de
toute l’Église bien assimilée par le génie
de votre culture vietnamienne, ardentes dans la prière, généreuses
dans une charité ouverte à tous. À vos évêques
et à vos prêtres, à vos religieux et religieuses,
aux pères et mères de famille, aux enfants, aux jeunes
et aux vieillards, à ceux surtout qui sont dans l’épreuve
de la maladie ou dans d’autres conditions de vie pénibles,
je veux dire mon affection à un titre particulier. Chaque
jour, par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie,
je vous recommande au Seigneur pour qu’il continue à
vous donner, avec le courage de la foi, l’espérance
et la paix. Que votre cohésion autour de vos évêques
soit sans faille, dans l’adhésion à Jésus-Christ
et à son Église ! Et je prie pour que vous ayez toujours
les possibilités concrètes de professer et de vivre
votre foi. La garantie de ces possibilités fait honneur à
un pays, elle manifeste son souci de justice et elle favorise la
réalisation des valeurs spirituelles si nécessaires
à son développement. L’Église entière
a les yeux fixés sur vous ; en elle, vous avez une place
de choix. Elle est fière de vous, sachant la foi chrétienne
qui vous habite, avec l’amour loyal de votre nation. Elle
vous encourage à construire avec tous vos compatriotes un
avenir meilleur pour tous ».
Les nouvelles ordinations sacerdotales
L’ordination sacerdotale de 57 diacres marque un changement
de tendance dans le nombre des vocations, qui maintenant renaissent
aussi au Nord. Les futurs candidats au sacerdoce proviennent de
8 diocèses : Bac Ninh (5) ; Bui Chu (7) ; Hanoi (13) ; Haiphong
(3) ; Hung Hoa (5) ; Phat Diêm (9) ; Thai Binh (5) ; Thanh
Hoa (10).
En 1954, quand le Vietnam a été divisé en deux,
la plupart des prêtres du Nord ont suivi l’exode et
la fuite vers le Sud de leurs fidèles. Cela a créé
pendant de nombreuses années un manque de prêtres au
Nord. En outre, pendant longtemps le gouvernement n’a pas
autorisé l’ouverture de séminaires. La situation
a changé à la fin des années 1980. En 1987
a été réouvert le séminaire interdiocésain
de Hanoi et celui d’Ho Chi Minh Ville ; en 1988, ceux de Can
Tho et de Vinh. En 1992, celui de Nha Trang, et en 1994 a été
ouvert le séminaire de Hué.
Au début, les autorités n’autorisaient l’entrée
de candidats que tous les 6 ans. Puis dans les années 1990
elles ont autorisé leur entrée tous les 3 ans, et
quelques années plus tard, tous les 2 ans. Le séminaire
de Hanoi est maintenant autorisé à accueillir des
vocations tous les ans. Le gouvernement a cependant maintenu un
numerus clausus, en fixant le nombre total de séminaristes
pour chaque séminaire. Pour celui d’Hanoi, le gouvernement
a fixé une limite de 90 séminaristes.
La croissance des Ordres religieux
Au Vietnam, un grand nombre de jeunes désirent entrer au
séminaire pour suivre une vocation de consécration.
Malgré les limitations imposées, les religieux ont
augmenté de 77,74% et les religieuses de 51,44%. Au cours
des cinq dernières années, le nombre des fidèles
de l’Église catholique au Vietnam a augmenté
de 14,39%. Parmi les ordres religieux les plus actifs, on peut citer
les rédemptoristes et les salésiens.
Les rédemptoristes au Vietnam sont engagés dans la
catéchèse et la mission « ad gentes »
en direction des non chrétiens, ainsi que dans la solidarité
vis-à-vis des pauvres. Depuis quelques années, ils
ont aussi commencé à traduire la Bible en langue vietnamienne.
Le Père Gorge Darlix, Vicaire général de la
Congrégation du Saint Rédempteur, a dit en rentrant
d’une visite dans la Province rédemptoriste du Vietnam
que « la situation est encore difficile pour les religieux.
Dans le Nord du Vietnam, par exemple, les prêtres sont peu
nombreux et les fidèles chrétiens commencent à
recevoir un peu de formation, après en avoir été
privés depuis 50 ans. Quand les temps seront plus favorables,
nous les missionnaires, aurons une tâche immense ! ».
La province rédemptoriste du Vietnam est la plus grande d’Asie.
Dans les vingt dernières années, la province a grandi
: en 1983 elle comptait 179 confrères profès, aujourd’hui
ils sont 207, dont 100 prêtres, avec 83 postulants.
Par ailleurs, il faut noter que les jeunes vietnamiens sont fascinés
par le charisme de Don Bosco : ils sont plus de 430 à aspirer
rejoindre la Congrégation des salésiens dans le pays.
Les idéaux de bonté, service, joie, suite du Christ,
exprimés sous la forme typique des disciples de Don Bosco,
continuent à séduire des milliers de jeunes au Vietnam,
même si l’Église rencontre des difficultés
dans la pastorale ordinaire. La croissance rapide de l’Ordre
salésien au Vietnam a été signalée par
le P. François Cereda, Conseiller pour la formation de l’Ordre,
qui a récemment visité ce pays asiatique. Le P. Cereda
a rencontré les jeunes en parcours de formation au Vietnam,
et il a noté le grand amour que tous nourrissent pour Don
Bosco, dont ils admirent surtout l’esprit missionnaire. Il
a aussi visité les paroisses qui desservent les minorités
ethniques vietnamiennes à K’Long et à K’Ren.
« Nous nourrissons de grandes espérances pour la croissance
de la vie religieuse au Vietnam, en qualité et en quantité.
Nous continuerons à travailler, en particulier dans la formation
», a dit Mgr Joseph Hoang Van Tiem, Évêque salésien
de Bui Chu, dans le Sud du Vietnam.
En 2003, l’Évêque a organisé la première
rencontre nationale des représentants des religieux dans
le pays depuis 50 ans. Mgr Hoang Van Tiem est responsable de la
Commission épiscopale pour les religieux, créée
en 2001. « Le Seigneur continue à nous donner des vocations
– déclare Mgr Van Tiem – et au Vietnam les Instituts
religieux locaux sont en expansion ». On dénombre au
Vietnam 46 Congrégations féminines, 25 masculines
et 19 Instituts séculiers.
Un nouveau diocèse
Le Saint-Siège a annoncé récemment la création
du nouveau diocèse de Ba Ria, dans le Sud du pays, à
cause du nombre élevé de catholiques dans la région.
La création de ce nouveau diocèse dans la région
côtière située au sud-est du pays portera à
26 le nombre total des circonscriptions ecclésiastiques vietnamiennes.
Cette décision intervient quatre mois après la visite
à Rome, du 27 juin au 2 juillet, d’une Délégation
de Hanoi, la première depuis 1992, visant à «
accroître les contacts en vue de promouvoir la compréhension
mutuelle ». Lors des entretiens, ont été examinés
« certains aspects de l’activité de l’Église
catholique au Vietnam, en s’arrêtant en particulier
sur les développements advenus depuis la dernière
rencontre » qui s’était tenue au Vietnam en avril-mai
2004. La création du nouveau diocèse suit de quelques
jours l’annonce que le 29 novembre 2005, 57 nouveaux diacres
seront ordonnés dans la cathédrale d’Hanoi par
le Cardinal Crescenzio Sepe, Préfet de la Congrégation
pour l’Évangélisation des Peuples.
L’évangélisation aujourd’hui
L’Église du Vietnam a célébré
en 2004 l’Année Sainte de l’Évangélisation,
qui peut être considérée comme un nouveau début
pour elle. On constate une forte tendance au retour à la
foi, et la conscience que l’évangélisation est
une tâche qui appartient à tous les fidèles
s’est accrue, a dit S. Exc. Mgr Joseph Hoang Van Tiem, Évêque
salésien de Bui Chu (Sud du Vietnam).
L’Année Sainte de l’Évangélisation
a été proclamée pour commémorer et fêter
le 470e anniversaire de l’arrivée des premiers missionnaires
au Vietnam. Les Évêques ont invité les fidèles
à prier et à faire des sacrifices pour l’œuvre
d’évangélisation. « L’objectif était
d’accroître chez tous les fidèles la conscience
que cette tâche ne concerne pas seulement les prêtres
ou les religieux, mais tous les chrétiens », a expliqué
l’Évêque.
« Le Saint-Siège – a-t-il dit encore –
a accordé le privilège de l’indulgence plénière,
que l’on pouvait obtenir dans toutes les cathédrales
et les églises indiquées par l’Évêque
de chaque diocèse. Cette possibilité a suscité
un grand mouvement de pèlerinages, de prières, de
fidèles qui se sont approchés des Sacrements et sont
revenus à la foi. Cela a été une nourriture
spéciale pour la communauté ».
Mgr Van Tiem raconte que les Évêques ont aussi invité
les prêtres, religieuses et laïcs à se rendre
en mission deux par deux dans les maisons des non chrétiens,
et en particulier chez les malades, les personnes âgées
et les pauvres. « Ils allaient accomplir auprès d’eux
une œuvre de charité, à travers un service et
des gestes d’amour, dans le silence et l’attention à
leur prochain. Puis, si on les interrogeait, ils expliquaient que
leur motivation était la foi en Jésus Christ. Cette
manière d’évangéliser est pleinement
en accord avec la tradition orientale, qui enseigne le respect de
l’autre ».
L’année précédente, en 2003, les Évêques
avaient écrit et diffusé une Lettre pastorale intitulée
« La Mission de l’Église au Vietnam aujourd’hui
pour la proclamation de la Bonne Nouvelle », dans laquelle
ils indiquaient aux fidèles les conditions nécessaires
pour renouveler leur engagement d’évangélisation
de l’Église vietnamienne aujourd’hui : suivre
l’exemple de Jésus qui prêchait en tout lieu
; avoir le courage et l’enthousiasme de l’annonce ;
utiliser les moyens de communication modernes et les nouvelles technologies…
Ce texte, véritable charte programmatique de la mission de
l’Église dans le pays pour les années à
venir, fournit des indications aux prêtres, aux religieux,
aux séminaristes et aux laïcs. Il a pour thème
l’évangélisation au Vietnam : les Évêques
soulignent que la proclamation de la Bonne Nouvelle « est
une grâce, la vocation spéciale, et la nature la plus
profonde de l’Église, une Église qui tient son
origine de l’œuvre aimante de salut de la Trinité
». Les Évêques invitent donc tous les fidèles,
clergé et laïcs, à suivre l’exemple du
Seigneur Jésus Christ et à être ses messagers
: « Il ne se lassait pas de proclamer la Bonne Nouvelle, en
entrant en contact avec toutes sortes de personnes et en faisant
de nombreux miracles pour témoigner l’avènement
du Royaume de Dieu ».
La deuxième condition, disent les Évêques, est
d’être fidèle à la tradition de l’Église,
en prenant exemple en particulier sur l’Église primitive
et en observant les enseignements que l’Église donne
aux fidèles aujourd’hui. L’Église en Asie,
rappelle la Lettre, a reçu une tâche spéciale
d’évangélisation au troisième millénaire,
comme le dit l’exhortation post-synodale « Ecclesia
in Asia ».
C’est pourquoi l’attention des Évêques
se tourne vers le Vietnam : ils expriment leur gratitude envers
les missionnaires qui, avec courage, ont apporté la foi dans
le pays, et demandent aux fidèles de suivre leurs traces,
avec leur enthousiasme et leur zèle pour l’évangélisation.
Il faut redécouvrir l’esprit qui enflammait les Apôtres
après la Pentecôte : ils vivaient en bonne harmonie
et portaient l’Évangile aux hommes de toutes les tribus,
langues, peuples et nations. Les fidèles, disent encore les
Évêques, doivent avoir le courage d’aller dans
des lieux nouveaux, où « la Bonne Nouvelle n’est
jamais arrivée », en utilisant les moyens appropriés
en vue de la diffusion de l’Évangile, des moyens adaptés
à la culture d’aujourd’hui, comme les moyens
de communication de masse et les technologies modernes.
La Lettre s’achève par quelques indications pratiques
pour tous : au plan spirituel, prier pour l’évangélisation
dans les familles et dans les communautés ; avoir une vie
de témoignage, qui doit précéder la proclamation
verbale ; visiter les personnes d’autres religions et instaurer
un dialogue ; créer des commissions spéciales d’évangélisation
dans les diocèses ; entretenir des contacts avec les missions
et les villages isolés ; promouvoir les œuvres caritatives
et la promotion humaine.
« Que l’Esprit Saint – conclut le texte –nous
accorde des grâces abondantes et une nouvelle saison de Pentecôte,
afin qu’au troisième millénaire une grande moisson
de foi soit possible dans ce continent vaste et vital et dans notre
bien-aimée mère patrie du Vietnam”.
L’Église au Vietnam fécondée par le
sang des martyrs
L’œuvre d’évangélisation entreprise
dès le début du XVIe siècle, avec l’établissement
des premiers Vicariats apostoliques au Nord (Dàng-Ngoài)
et au Sud (Dàng-Trong) en 1659, a connu au cours des siècles
un développement admirable.
La Hiérarchie catholique vietnamienne a été
érigée par le Pape Jean XXIII le 24 novembre 1960.
Ce résultat est dû aussi au fait que, dès les
premières années, la semence de la foi s’est
mêlée en terre vietnamienne au sang abondant des martyrs,
tant celui du clergé missionnaire que celui du clergé
local et du peuple chrétien du Vietnam. Tous ensemble, ils
ont fait face aux difficultés du travail apostolique, comme
ils ont aussi affronté la mort de commun accord pour rendre
témoignage à la vérité évangélique.
L’histoire religieuse de l’Église du Vietnam
montre qu’il y a eu en tout 53 édits, signés
par les seigneurs Trinh et Nguyen ou par les rois qui, pendant près
de trois siècles, XVIIe, XVIIIe, XIXe (exactement 261 ans
: 1625-1886), ont lancé des persécutions contre les
chrétiens, toutes plus violentes les unes que les autres.
On a dénombré près de 130.000 victimes tombées
sur tout le territoire national.
Au cours des siècles, ces martyrs de la foi ont été
ensevelis de façon anonyme, mais leur mémoire demeure
vivante dans l’esprit de la communauté catholique.
Depuis le début du XXe siècle, 117 de ces multiples
héros, dont les souffrances apparaissent comme les plus cruelles,
ont été choisis et élevés aux honneurs
des autels par le Saint-Siège, lors de quatre cérémonies
de Béatification :
en 1900, par le Pape Léon XIII, 64 personnes
en 1906, par le Pape Pie X, 8 personnes
en 1909, par le Pape Pie X, 20 personnes
en 1951, par le Pape Pie XII, 25 personnes
Les martyrs du Vietnam (+1745-1862) sont :
- André Dung-Lac, prêtre
- Thomas Thien et Emmanuel Phung, laïcs
- Jérôme Hermosilla, Valentin Berrio Ochoa, O.P. et
6 autres Évêques
- Théophane Vénard, prêtre M.E.P. et 105 compagnons,
martyrs
Classifiés comme suit :
Espagnols : 11, tous de l’Ordre des Prêcheurs (dominicains)
: 6 Évêques, 5 prêtres.
Français : 10, tous de la Société des Missions
Étrangères de Paris : 2 Évêques, 8 prêtres.
Vietnamiens : 96, 37 prêtres (dont 11 dominicains), 59 chrétiens
(dont 1 séminariste, 16 catéchistes, 10 tertiaires
dominicains et 1 femme).
Selon l’ordre chronologique suivant :
2 tombés sous le règne du seigneur TRINH-DOANH (1740-1767)
2 tombés sous le règne du seigneur TRINH-SAM (1767-1782)
2 tombés sous le règne du seigneur CANH-THINH (1782-1802)
58 tombés sous le règne du roi MINH-MANG (1820-1840)
3 tombés sous le règne du roi THIEU-TRI (1840-1847)
50 tombés sous le règne du roi TU-DUC (1847-1883)
Et sur le lieu du supplice, l’édit royal, placé
auprès de chacun des suppliciés, précise la
modalité d’exécution de la sentence :
75 condamnés à la décapitation
22 condamnés au garrot
6 condamnés à être brûlés vifs
5 condamnés au démembrement
9 morts en prison à la suite des tortures.
LISTE DES 117 MARTYRS DU VIET-NAM
(numéro, nom, état, et date du martyre)
1 André DUNG-LAC, Prêtre 21-12-1839
2 Dominique HENARES, Évêque O.P. 25-06-1838
3 Clément Ignace DELGADO CEBRIAN, Évêque O.P.
12-07-1838
4 Pierre Rose Ursule BORIE, Évêque M.E.P. 24-11-1838
5 Joseph Marie DIAZ SANJURJO, Évêque O.P. 20-07-1857
6 Melchior GARCIA SAMPEDRO SUAREZ, Évêque O.P. 28-07-1858
7 Jérôme HERMOSILLA, Évêque O.P. O1-11-1861
8 Valentin BERRIO OCHOA, Évêque O.P. 01-11-1861
9 Étienne Théodore CUENOT, Évêque M.E.P.
14-11-1861
10 François GIL DE FEDERICH, Prêtre O.P. 22-O1-1745
11 Matthieu ALONSO LECINIANA, Prêtre O.P. 22-O1-1745
12 Hyacinthe CASTANEDA, Prêtre O.P. 07-11-1773
13 Vincent LE OUANG LIEM, Prêtre O.P. 07-11-1773
14 Emmanuel NGUYEN VAN TRIEU, Prêtre 17-09-1798
15 Jean DAT, Prêtre 28-10-1798
16 Pierre LE TUY, Prêtre 11-10-1833
17 François Isidore GAGELIN, Prêtre M.E.P. 17-10-1833
18 Joseph MARCHAND, Prêtre M.E.P. 30-11-1835
19 Jean-Charles CORNAY, Prêtre M.E.P. 20-09-1837
20 Vincent Do YEN, Prêtre O.P. 30-06-1838
21 Pierre NGUYEN BA TUAN, Prêtre 15-07-1838
22 Joseph FERNANDEZ, Prêtre O.P. 24-07-1838
23 Bernard VU VAN DUE, Prêtre 01-08-1838
24 Dominique NGUYEN VAN HANH (DIEU), Prêtre O.P. 01-08-1838
25 Jacques Do MAI NAM, Prêtre 12-08-1838
26 Joseph DANG DINH (NIEN) VIEN, Prêtre 21-08-1838
27 Pierre NGUYEN VAN Tu, Prêtre O.P. 05-09-1838
28 François JACCARD, Prêtre M.E.P. 21-09-1838
29 Vincent NGUYEN THE DIEM, Prêtre 24-11-1838
30 Pierre VO BANG KHOA, Prêtre 24-11-1838
31 Dominique TUOC, Prêtre O.P. 02-04-1839
32 Thomas DINH VIET Du, Prêtre O.P. 26-11-1839
33 Dominique NGUYEN VAN (DOAN) XUYEN, Prêtre O.P. 26-11-1839
34 Pierre PHAM VAN TIZI, Prêtre 21-12-1839
35 Paul PHAN KHAC KHOAN, Prêtre 28-04-1840
36 Joseph Do QUANG HIEN, Prêtre O.P. 09-05-1840
37 Luc Vu BA LOAN, Prêtre 05-06-1840
38 Dominique TRACH (DOAI), Prêtre O.P. 18-09-1840
39 Paul NGUYEN NGAN, Prêtre 08-11-1840
40 Joseph NGUYEN DINH NGHI, Prêtre 08-11-1840
41 Martin TA DUC THINH, Prêtre 08-11-1840
42 Pierre KHANH, Prêtre 12-07-1842
43 Augustin SCHOEFFLER, Prêtre M.E.P. 01-05-1851
44 Jean-Louis BONNARD, Prêtre M.E.P. 01-05-1852
45 Philippe PHAN VAN MINH, Prêtre 03-07-1853
46 Laurent NGUYEN VAN HUONG, Prêtre 27-04-1856
47 Paolo LE BAO TINH, Prêtre 06-04-1857
48 Dominique MAU, Prêtre O.P. 05-11-1858
49 Paul LE VAN LOC, Prêtre 13-02-1859
50 Dominique CAM, Prêtre T.O.P. 11-03-1859
51 Pierre DOAN LONG QUY, Prêtre 31-07-1859
52 Pierre François NERON, Prêtre M.E.P. 03-11-1860
53 Thomas KHUONG, Prêtre T.O.P. 30-01-1861
54 Jean Théophane VENARD, Prêtre M.E.P. 02-02-1861
55 Pierre NGUYEN VAN LUU, Prêtre 07-04-1861
56 Joseph TUAN, Prêtre O.P. 30-04-1861
57 Jean DOAN TRINH HOAN, Prêtre 26-05-1861
58 Pierre ALMATO RIBERA, Prêtre O.P. 01-11-1861
59 Paul TONG VIET BUONG, Laïc 23-10-1833
60 André TRAN VAN THONG, Laïc 28-11-1835
61 François-Xavier CAN, Catéchiste 20-11-1837
62 François DO VAN (HIEN) CHIEU, Catéchiste 25-06-1838
63 Joseph NGUYEN DINH UPEN, Catéchiste T.O.P. 03-07-1838
64 Pierre NGUYEN DICH, Laïc 12-08-1838
65 Michel NGUYEN HUY MY, Laïc 12-08-1838
66 Joseph HOANG LUONG CANH, Laïc T.O.P. 05-09-1838
67 Thomas TRAN VAN THIEN, Séminariste 21-09-1838
68 Pierre TRUONG VAN DUONG, Catéchiste 18-12-1838
69 Paul NGUYEN VAN MY, Catéchiste 18-12-1838
70 Pierre VU VAN TRUAT, Catéchiste 18-12-1838
71 Augustin PHAN VIET HUY, Laïc 13-06-1839
72 Nicolas BUI DUC THE, Laïc 13-06-1839
73 Dominique (Nicolas) DINH DAT, Laïc 18-07-1839
74 Thomas NGUYEN VAN DE, Laïc T.O.P. 19-12-1839
75 François-Xavier HA THONG MAU, Catéchiste T.O.P.
19-12-1839
76 Augustin NGUYEN VAN MOI, Laïc T.O.P. 19-12-1839
77 Dominique BUI VAN UY, Catéchiste T.O.P. 19-12-1839
78 Étienne NGUYEN VAN VINTI, Laïc T.O.P. 19-12-1839
79 Pierre NGUYEN VAN HIEU, Catéchiste 28-04-1840
80 Jean-Baptiste DINH VAN THANH, Catéchiste 28-04-1840
81 Antoine NGUYEN HUU (NAM) QUYNH, Laïc 10-07-1840
82 Pierre NGUYEN KHAC TU, Catéchiste 10-07-1840
83 Thomas TOAN, Catéchiste T.O.P. 21-07-1840
84 Jean-Baptiste CON, Laïc 08-11-1840
85 Martin THO, Laïc 08-11-1840
86 Simon PHAN DAC HOA, Laïc 12-12-1840
87 Agnès LE THI THANH (DE), Laïque 12-07-1841
88 Matthieu LE VAN GAM, Laïc 11-05-1847
89 Joseph NGUYEN VAN LUU, Catéchiste 02-05-1854
90 André NGUYEN KIM THONG (NAM THUONG), Catéchiste
15-07-1855
91 Michel HO DINH HY, Laïc 22-05-1857
92 Pierre DOAN VAN VAN, Catéchiste 25-05-1857
93 François PHAN VAN TRUNG, Laïc 06-10-1858
94 Dominique PHAM THONG (AN) KHAM, Laïc T.O.P. 13-01-1859
95 Luc PHAM THONG (CAI) THIN, Laïc 13-01-1859
96 Joseph PHAM THONG (CAI) TA, Laïc 13-01-1859
97 Paul HANH, Laïc 28-05-1859
98 Emmanuel LE VAN PHUNG, Laïc 31-07-1859
99 Joseph LE DANG THI, Laïc 24-10-1860
100 Matthieu NGUYEN VAN (NGUYEN) PHUONG, Laïc 26-05-1861
101 Joseph NGUYEN DUY KHANG, Catéchiste T.O.P. 06-11-1861
102 Joseph TUAN, Laïc 07-01-1862
103 Joseph TUC, Laïc 01-06-1862
104 Dominique NINH, Laïc 02-06-1862
105 Dominique TORI, Laïc 05-06-1862
106 Laurent NGON, Laïc 22-05-1862
107 Paul (DONG) DUONG, Laïc 03-06-1862
108 Dominique HUYEN, Laïc 05-06-1862
109 Pierre DUNG, Laïc 06-06-1862
110 Vincent DUONG, Laïc 06-06-1862
111 Pierre THUAN, Laïc 06-06-1862
112 Dominique MAO, Laïc 16-06-1862
113 Dominique NGUYEN, Laïc 16-06-1862
114 Dominique NHI, Laïc 16-06-1862
115 André TUONG, Laïc 16-06-1862
116 Vincent TUONG, Laïc 16-06-1862
117 Pierre DA, Laïc 17-06-1862
[Légende : O.P.: Ordre des Prêcheurs (dominicains)
; T.O.P. : Tertiaires de l’Ordre des Prêcheurs ; M.E.P.
: Société des Missions Étrangères de
Paris]
Le 19 juin 1988, lors d’une célébration solennelle
Place Saint-Pierre, le Pape Jean Paul II a présidé
la canonisation solennelle des Martyrs du Vietnam (+1745-1862) :
- André Dung-Lac, prêtre
- Thomas Thien et Emmanuel Phung, laïcs
- Jérôme Hermosilla, Valentin Berrio Ochoa, O.P. et
6 autres Évêques
- Théophane Vénard, prêtre M.E.P. et 105 compagnons,
martyrs
Durant l’année du Jubilé de 2000, le Saint-Père
Jean Paul II a présidé, en présence de 2.000
fidèles vietnamiens venus du monde entier, la cérémonie
de Béatification du protomartyr André Phú Yén,
laïc catéchiste, martyrisé en 1644.
Le Cardinal Nguyên Van Thuân : un témoin de
notre temps
Les témoins authentiques de la foi chrétienne au
Vietnam ne sont pas seulement les martyrs des siècles passés
: parmi les personnalités qui ont laissé ces dernières
années un témoignage de foi héroïque et
courageux et une trace indélébile dans le cœur
de tous les Vietnamiens, on peut citer sans aucun doute la figure
du Cardinal vietnamien Francois-Xavier Nguyên Van Thuân
(1928-2002).
François Xavier Nguyên Van Thuân est né
le 17 avril 1928 à Hué (Vietnam) dans une famille
qui comptait de nombreux martyrs. Sa grand-mère, qui ne savait
ni lire, ni écrire, disait tous les soirs le rosaire pour
les prêtres après les prières en famille. Sa
mère Élisabeth a élevé le jeune François-Xavier
dans la foi chrétienne depuis son tout jeune âge. Tous
les soirs, elle lui lisait des histoires de la Bible et lui racontait
les témoignages des martyrs, en particulier de ses ancêtres.
Dans ce contexte familial, François-Xavier s’est senti
appelé à la vie sacerdotale, et le 11 juin 1953, il
a pu finalement couronner son rêve de devenir prêtre.
Après le doctorat en Droit canonique obtenu à Rome
en 1959, il rentre au Vietnam d’abord comme professeur, puis
comme Recteur du séminaire, Vicaire général,
et enfin Évêque de Nha Trang à partir de 1967.
Son activité à Nha Trang était très
intense. Sous sa conduite, en l’espace de huit ans, les séminaristes
du grand séminaire passèrent de 42 à 147, tandis
que les élèves du petit séminaire passèrent
de 200 à 500. La devise du jeune Évêque vietnamien
est « Gaudium et Spes », joie et espérance. Ce
sera le programme de toute sa vie.
Le 24 avril 1975 Van Thuân est nommé par le Pape Paul
VI Archevêque coadjuteur de Saigon (aujourd’hui Ho Chi
Min), mais quelques mois après sa nomination, il est arrêté.
C’était le 15 août 1975, fête de l’Assomption.
Les communistes, arrivés dans la Capitale vietnamienne, disent
que sa nomination est le fruit d’un complot du Vatican et
le jettent en prison.
Van Thuân a alors 47 ans, et avec un chapelet qu’il
avait dans sa poche pour tout « bagage », il est envoyé
dans un camp de rééducation communiste, où
il restera treize longues années, dont neuf dans l’isolement
le plus total.
En prison, il n’a même pas pu emporter une Bible. Il
décide alors de ramasser tous les bouts de papier qu’il
trouve pour créer de ses mains un minuscule agenda sur lequel,
en se servant de sa propre mémoire, il note les passages
de l’Évangile dont il se souvient : il y en a plus
de 300 !
Cet « Évangile » est son vade-mecum quotidien,
l’écrin précieux où il puise la force
nécessaire pour surmonter les moments terribles de sa détention.
Le sentiment d’égarement des premiers jours, les longs
moments où il croit devenir fou, jusqu’à ce
qu’il comprenne qu’il est destructeur pour lui de refuser
sa condition et d’attendre un changement qui n’arrivera
jamais. Il comprend qu’il « faut saisir l’aujourd’hui,
en le remplissant d’amour », comme il l’écrit.
Ainsi, petit à petit, l’enfer de la prison devint un
monastère où Van Thuân prie pour ses fidèles,
pour ses co-détenus, pour l’Église et pour le
monde, en offrant sa triste condition de prisonnier dans la Messe.
Au moment de son arrestation, il avait été autorisé
à écrire une lettre à sa famille pour demander
les choses les plus nécessaires. Van Thuân leur demanda
un peu de vin comme médicament contre le mal d’estomac.
Ayant compris le vrai sens de sa demande, ils lui envoyèrent
une petite bouteille de vin de messe, avec une étiquette
où il était écrit : « Remède contre
le mal d’estomac ». Ainsi le Prélat emprisonné
put célébrer sa Messe chaque jour, avec trois gouttes
de vin et une d’eau mélangées dans la paume
de sa main, et avec un peu de pain caché dans un paquet de
cigarettes.
La célébration de l’Eucharistie est, durant
ces treize années de persécutions, le moment central
de ses journées. « Dans ces années terribles
d’isolement, les plus durs de ma vie – a souvent rappelé
le Prélat vietnamien – je ne voyais que deux gardiens
qui avaient l’ordre de ne pas m’adresser la parole.
Je me sentais abandonné de tous, et j’ai éprouvé
la même souffrance que celle de Jésus, seul sur la
croix. J’ai pensé à mes paroissiens, aux fidèles,
aux prêtres, aux religieux, aux séminaristes qui étaient
dehors, eux aussi seuls et abandonnés et vivant dans la souffrance,
dont beaucoup avaient même été tués.
Dans cet abîme de ma faiblesse physique et mentale, j’ai
reçu la grâce de la Sainte Vierge. Je ne pouvais plus
célébrer, mais j’ai récité des
centaines de fois le Je vous salue Marie, et la Madone m’a
donné la force d’être uni à Jésus
cloué sur la croix : j’ai senti comment Jésus
a pu sauver l’humanité, là, seul sur la croix,
dans l’immobilité absolue. Les gardiens ont peu à
peu commencé à me comprendre. Nous sommes devenus
amis. Ils m’ont aidé. Ils m’ont permis de tailler
un morceau de bois en forme de croix. Je le cachais dans une savonnette.
J’ai coupé un petit bout de fil électrique.
Ils m’ont prêté deux petites tenailles. Ils m’ont
aidé à le façonner. La croix que je porte est
faite du bois de la prison et de ce fil électrique ! Cette
croix est un rappel permanent : aimer toujours ! Pardonner toujours
! Vivre le présent pour l’évangélisation
! Chaque minute doit être pour l’amour de Dieu ».
Aimer toujours, ne jamais haïr. Ce précepte évangélique,
que l’Évêque vietnamien applique quotidiennement,
même dans les conditions très dures d’une prison
où il a été jeté sans procès
ni jugement mais seulement par haine de la foi, son attitude sincère
de douceur et d’amour, finissent par impressionner profondément
ses geôliers.
Libéré de prison le 21 novembre 1988 et expulsé
de son pays, Nguyên Van Thuân vient en Italie, où
il est nommé Président du Conseil Pontifical «
Justice et Paix », puis, après avoir prêché
des Exercices spirituels du Carême au Pape et à la
Curie romaine durant l’année du Grand Jubilé,
il est créé Cardinal au Consistoire suivant, le 21
février 2001. À peine un an plus tard, le 16 septembre
2002, il meurt des suites d’une maladie longue et douloureuse.
Sa vie est racontée dans son livre, « Témoins
de l’espérance », qui contient aussi les prédications
du Cardinal au Pape et à la Curie romaine durant les Exercices
spirituels du Carême de l’an 2000.
En conclusion de l’Année de l’Eucharistie, nous
présentons le témoignage que le Cardinal Van Thuân
nous a laissé peu avant sa mort, sur le thème :
« Jésus dans l’Eucharistie m’a aidé
à surmonter les années les plus difficiles »
Éminences, Excellences, chers confrères prêtres,
chères sœurs, chers frères et sœurs dans
le Christ,
Je voudrais partager avec vous tous l’expérience de
mes années de prison et d’autres choses que j’ai
vécues dans mon travail comme Président de «
Iustitia et Pax » à travers le monde. J’ai passé,
comme vous le savez, plus de treize ans en prison, dont neuf en
isolement, sans jamais recevoir de visite, pas même de ma
famille, toujours avec mes deux gardiens qui ne me parlaient pas,
sans radio, sans journal, sans téléphone, sans télévision.
C’est une culture de mort.
Je vous dis tout de suite comment j’ai passé ces années
et comment c’est surtout Jésus dans l’Eucharistie
qui m’a aidé à surmonter ces années difficiles.
Des moments de désespoir, de révolte : Pourquoi le
Seigneur m’envoie-t-il en prison alors que je suis encore
un jeune Évêque, après huit ans d’expérience
? Toutes ces années de prison sans procès et sans
jugement.
Le premier jour j’ai dû partir les mains vides. Le deuxième
jour on m’a permis d’écrire quelques lignes pour
demander des vêtements ou du dentifrice. J’ai demandé
qu’on m’envoie un peu de vin et des médicaments
contre les maux d’estomac. Les personnes dehors ont le don
de l’Esprit Saint, elles ont compris tout de suite. Le directeur
de la prison m’a fait venir : « Monsieur Van Thuân,
vous avez mal à l’estomac ? ». « Oui Monsieur
! ». « Vous avez besoin de médicaments ? ».
« Tous les matins ». « Alors en voici, un flacon
avec une étiquette où il est écrit : «
Remède contre le mal d’estomac ». À ma
grande joie, ce sont les plus belles Messes de ma vie : j’offre
chaque jour le sacrifice dans la paume de ma main avec trois gouttes
de vin et une d’eau. Mais chaque jour je peux ainsi renouveler
au Seigneur mon alliance nouvelle et éternelle comme prêtre.
L’Eucharistie est une force pour moi et pour les autres détenus.
Ils sont proches de moi, parce que nous dormons tous ensemble dans
un lit commun, 25 de chaque côté, tête contre
tête et les pieds à l’extérieur. Le soir
à neuf heures et demi, dans l’obscurité, je
me penche pour célébrer de mémoire la Messe,
puis je passe sous la moustiquaire la communion aux cinq autres
catholiques qui sont près de moi. La présence de Jésus
dans l’Eucharistie nous réconforte. Le lendemain, nous
allons tous recueillir le papier des paquets de cigarettes avec
lequel nous fabriquons des petits paquets pour y conserver le Saint-Sacrement.
Chaque semaine, le vendredi, il y a une séance d’endoctrinement.
Toute la prison va étudier. Au moment de la pause, nous passons
donner à chaque groupe de 50 personnes un sachet avec Jésus
dedans. Chaque groupe porte Jésus dans sa poche, et dans
l’épreuve, l’anxiété, la tristesse,
les tribulations, ils sentent toujours que Jésus dans l’Eucharistie
est avec eux ; ils prient la nuit, et grâce à l’adoration
de Jésus Christ et à la communion, ces hommes qui
parfois ont abandonné la foi deviennent vraiment des chrétiens.
Je ne pourrai jamais oublier combien nous a été utile
le chant liturgique que nous a laissé saint Thomas pour la
célébration de la fête du Corps et du Sang du
Christ, dans lequel est affirmée toute la théologie
en quelques mots tout simples. Permettez-moi de les chanter, pour
vous faire comprendre ce que nous éprouvions quand nous chantions
ensemble à voix basse le soir dans la prison, pour voir ce
que le Seigneur nous a promis à travers les figures de l’Ancien
Testament :
« In figuris praesignatur / cum Isaac immolatur / Agnus Paschae
deputatur / datur manna patribus ». Ou alors nous percevions
l’aspect marial de l’Eucharistie : quand nous la célébrons,
nous sommes vraiment les enfants de Marie : « Ave verum corpus,
natum de Maria virgine ».
Ces chants ont aidé beaucoup d’entre nous en prison.
Ces laïcs devenaient ainsi courageux, sereins dans la tristesse,
ils servaient les autres avec charité, et leur témoignage
attirait les autres, les non catholiques, quelquefois fanatiques,
qui demandaient à connaître la religion, Jésus
: ces laïcs sont devenus des catéchistes, puis ils ont
baptisé d’autres compagnons prisonniers et sont devenus
leurs parrains.
Avec l’Eucharistie, la prison a changé : elle est devenue
une école de foi et de catéchèse. (…)
Ce dont nous avons besoin, Jésus nous le donne dans l’Eucharistie
: l’amour, l’art d’aimer : aimer toujours, aimer
par un sourire, aimer tout de suite et aimer ses ennemis, aimer
en pardonnant, en oubliant d’avoir pardonné. Je pense
que Jésus dans l’Eucharistie peut nous enseigner sept
aspects de cet amour. Au Cénacle, Jésus nous manifeste
l’amour sacrifié : « Ceci est mon corps, offert
en sacrifice pour vous ». Quand, après le repas, il
se rend au Gethsémani, c’est un amour abandonné
: Jésus se sent abandonné par le Père, mais
c’est à ce moment-là qu’il s’abandonne
complètement et totalement entre les mains du Père
: « Non sicut ego volo sed sicut tu ». Sur la croix,
Jésus a manifesté l’amour consommé, parce
qu’il nous a aimés jusqu’à la fin, et
qu’il a dit : « Tout est accompli ». Il ne reste
rien qu’il n’ait fait pour nous. Et quand, une fois
ressuscité, il accompagne les deux disciples à Emmaüs
et qu’il parle avec eux, en leur expliquant les Écritures
et qu’il se révèle à eux comme Eucharistie
dans la fraction du pain, c’est un amour intime. Dans la Messe,
Jésus s’offre dans nos mains chaque jour ; son sacrifice
pour nous, son sang versé pour nous et pour tous est un amour
immolé, un amour mastiqué, comme le disait le Curé
d’Ars : « Le prêtre et tous les chrétiens
sont des masticateurs ». Dans le tabernacle, Jésus
nous manifeste l’amour caché, dans l’oraison
silencieuse. Dans l’Ostensoir, Jésus nous montre l’amour
radieux, et nous sommes tous un rayon de Jésus, nous devons
être lumière comme il veut que nous le soyons.
Quand j’étais en prison, les gardiens ne me parlaient
pas, mais un jour, ils m’ont dit que quand leurs chefs les
avaient envoyés vers moi, ils leur avaient dit : «
Étant donné que vous irez surveiller un Évêque
très dangereux, je vous changerai tous les quinze jours avec
un autre groupe, pour éviter qu’il ne vous contamine
». Après les avoir suivis, leurs chefs les appelèrent
et leur dirent : « Maintenant nous ne vous changerons plus,
sinon ce mauvais Évêque finira par contaminer toute
la police ».
Avec quel venin les ai-je contaminés ? Avec le venin de l’amour
de Jésus. Un jour, je devais couper du bois. J’ai demandé
à un compagnon qui était devenu mon ami : «
Me laisses-tu tailler un bout de bois en forme de croix ? ».
« C’est très dangereux, c’est interdit.
Maintenant tu es mon ami, et on me mettra en prison comme toi ».
« Mais non, ferme les yeux et laisse-moi faire ». Il
n’a pas pu résister et il s’en est allé.
J’ai taillé un bout de bois en forme de croix et je
l’ai caché dans une savonnette jusqu’à
ma libération, et j’ai fait cette croix avec le bois
noir de la prison.
Dans une prison près de Hanoi, un jour, j’ai demandé
à un gardien une autre faveur : de me couper un bout de fil
électrique. « Vous voulez vous suicider ! ».
« Mais non ! ». « Mais qu’allez-vous faire
avec du fil électrique ? ». « Je veux faire une
chaîne pour porter ma croix ». « Je n’arrive
pas à comprendre comment on peut faire une chaîne avec
du fil électrique ! ». « Prête-moi deux
petites tenailles et je te le montrerai : c’est difficile
! ». Trois jours plus tard, il revint en me disant : «
Je ne peux pas refuser, c’est un manquement à la sécurité
; mais tu es mon ami : demain je t’apporterai ces choses,
et nous devrons tout faire entre 7 heures et 11 heures, sinon si
quelqu’un nous voit, il nous dénoncera ». Et
en quatre heures, il m’a aidé à fabriquer cette
chaîne de fil électrique que je porte toujours sur
moi, parce que ce n’est pas seulement un souvenir, c’est
aussi un rappel à aimer comme Jésus a aimé.
Plusieurs fois les gardiens m’ont demandé : «
Tu nous aimes ? ». « Mais oui, je vous aime ».
« C’est impossible ! Nous te gardons ici depuis plus
de dix ans, sans procès et sans jugement, et tu nous aimes
! ». Je continue à vous aimer, et vous voyez comme
nous sommes amis. C’est beau, même si c’est incompréhensible
qu’on puisse aimer un ennemi ». « Mais pourquoi
nous aimes-tu ? ». « Parce que Jésus me l’a
enseigné, et que si ne je vous aimais pas, je ne serais pas
digne de porter le nom de chrétien. Le chrétien doit
aimer comme Jésus ». C’est ainsi que nous avons
vécu en prison jusqu’à la fin. (…)
La prière |