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HISTOIRE DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE AU VIETNAM

Le Card. Crescenzio Sepe, Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples, se rendra au Vietnam du 28 novembre au 6 décembre, répondant à l’invitation de la Conférence épiscopale de ce pays. Au cours de sa visite, de nature pastorale, le Cardinal Sepe visitera les trois régions ecclésiastiques du pays, présidera à l’inauguration d’un nouveau diocèse et célébrera l’ordination sacerdotale de 57 diacres.
À cette occasion, l’Agence Fides publie un dossier qui présente un aperçu général sur ce pays et sur l’Église au Vietnam.
Il y a encore quelques années, le nom « Vietnam » étaient associé surtout au souvenir de la guerre. Mais ces derniers temps, grâce à une plus grande ouverture du gouvernement vietnamien et au développement du tourisme, il a été possible de présenter à l’Occident une autre image de ce pays. Toutefois, l’histoire du Vietnam ne se limite pas à ces dernières années : c’est au contraire une histoire pluriséculaire. Ce pays a en effet une civilisation extraordinaire et une population instruite et civilisée, qui vit dans une région réputée pour la beauté de ses paysages : le delta du Fleuve Rouge au nord, le delta du Mékong au sud, et toute la région côtière, parsemée de rizières verdoyantes.

SOMMAIRE

1ère PARTIE

- Aperçu géographique
- Aperçu historique
- Société, économie, culture
- Langue
- Art
- Fêtes et événements
- Les principales villes
- Fiche-pays
- Les religions
- La question des « montagnards »

2ème PARTIE

- L’Église catholique
- L’Église aujourd’hui : structure
- Données statistiques sur l’Église
- Les visites ad limina des Évêques vietnamiens
- Visites des Délégations du Saint-Siège au Vietnam
- Vie de l’Église au Vietnam
- Les nouvelles ordinations sacerdotales
- La croissance des Ordres religieux
- Un nouveau diocèse
- L’évangélisation aujourd’hui
- L’Église au Vietnam fécondée par le sang des martyrs
- Le Cardinal Nguyen Van Thuân, un témoin de notre temps
- Le Sanctuaire de La Vang : La Vierge Marie, Patronne des catholiques vietnamiens

***°°°***

1ère PARTIE

Aperçu géographique

Le Vietnam, qui confine avec le Cambodge, le Laos et la Chine, s’étend sur 1600 km le long de la côte orientale de la péninsule indochinoise. Les principales régions agricoles du pays sont le delta du Fleuve Rouge (15.000 km2) au nord et le delta du Mékong (60.000 km2) au sud. Les trois-quarts du territoire vietnamien consiste en zones montagneuses et collinaires ; le sommet le plus élevé est le Fansipan (3143 m), au nord-ouest du pays.
Dans ce pays, on trouve à la fois des plaines au climat équatorial, des hauts plateaux au climat tempéré et des sommets alpins. Les forêts couvrent moins de 30% du territoire, et ce pourcentage est destiné à diminuer en raison des pratiques agricoles qui privilégient le déboisement et l’exploitation du sol. Le Vietnam compte cinq parcs nationaux : le Cat Ba, le Lac de Ba Be et le Cuc Phuong au nord, le Bach Ma au centre et le Nam Cat Tien au sud. Afin d’éviter une catastrophe écologique et hydro-géologique, le gouvernement a décidé de protéger des dizaines de milliers de kilomètres carrés de forêts et de créer 87 zones protégées, sous forme de parcs nationaux ou de réserves naturelles.
Bien que le Vietnam se trouve en zone tropicale, son climat est très diversifié.

Aperçu historique

Les premiers établissements humains remontent à l’époque paléolithique : cette époque fut caractérisée par une expansion progressive vers le sud et vers l’intérieur de populations qui représentent aujourd’hui la majorité du pays, provenant du sud de la Chine ; simultanément, les populations originaires, appartenant à d’autres souches ethniques (parmi lesquelles les malais), se retirèrent dans les montagnes et dans les forêts.
Pendant de nombreux siècles, le Vietnam fut dominé par les Chinois : c’était une province de la Chine, dont l’hégémonie prit fin au Xe siècle. À l’époque de l’occupation chinoise du nord du Vietnam, cette région était au centre d’un important processus politique et culturel, dans lequel se mêlaient l’influence de la civilisation chinoise et celle de la civilisation indienne.
La fin de la domination chinoise ne marqua cependant pas la fin des institutions et des structures sociales importées de Chine, ni celle des contradictions, fréquentes dans les sociétés orientales, entre la nécessité d’un État bureaucratique centralisé et efficace et le particularisme féodal des grands propriétaires terriens.
Avec l’indépendance commença à se former une conscience commune qui, bien que ne pouvant pas encore être qualifiée de « conscience nationale », se démarquait nettement de l’universalisme confucéen de Chine, et constituait l’ébauche d’un sentiment précis d’identité ethnique et territoriale chez les Vietnamiens, par opposition tant aux populations des montagnes qu’aux habitants du Sud et au grand Empire chinois.
Après divers renversement d’alliances, luttes intestines et tentatives d’invasion, y compris de la part des Mongols (XIIIe siècle), l’aristocratie vietnamienne devint de plus en plus forte.
La Chine chercha encore à s’emparer du pays (XVe siècle), mais après l’échec de cette tentative dû à la résistance anti-chinoise, deux grandes familles aristocratiques émergèrent (XVIIe siècle) : les Trinh au Nord et les Nguyen au Sud, qui dirigeaient la vie économique et politique du pays. Au XVIIIe siècle, eut lieu la réunification du Vietnam réalisée par Tay Son, et en 1802 Nguyen Anh monta sur le trône sous le nom de Gialong et proclama « l’empire du Vietnam ».
C’est dans ce contexte que s’inscrivent les processus de colonisation des puissances étrangères (milieu du XIXe siècle) : Hollande au Nord, France et Portugal au Sud, mêlant étroitement les activités commerciales et missionnaires.
Entre-temps d’autres révoltes éclatèrent, alors que commençait à se former une conscience nationale forte.
Au XIXe siècle en France, alors que le capitalisme moderne se répandait rapidement, des sociétés commerciales et minières furent créées pour exploiter les richesses de la terre et du sous-sol du Vietnam. Ainsi se formèrent des groupes et des mouvements, mais les nouvelles forces politiques liées au prolétariat furent réprimées impitoyablement par les Français.
Au début du XXe siècle commença à se former le parti communiste, sous la conduite d’un intellectuel éduqué en France, qui deviendra célèbre sous le nom d’Ho Chi Minh. La révolte anti-coloniale grondait, mais elle fut encore une fois réprimée.
À côté des forces anti-françaises de gauche, commencèrent à apparaître aussi des sectes mystico-religieuses liées aux survivances féodales et pratiquant des cultes spirites (« caodaïstes »), en rapports politiques étroits avec les intérêts nippons, de plus en plus présents dans toute l’Asie de l’Est.
Avec le début de la seconde guerre mondiale, alors que la France était aux prises avec l’occupation allemande, Ho Chi Minh fonda l’« Association pour l’Indépendance du Vietnam », qui s’opposait aussi bien au colonialisme français qu’à l’impérialisme japonais. Le Japon occupa le Vietnam en 1940 ; en 1941 fut fondé le Parti communiste Vietminh, et en 1945 Ho Chi Minh proclama l’indépendance du Vietnam.
En 1946 éclata la première guerre indochinoise : le Vietnam fut divisé. Le Nord était dirigé par le philo-communiste Ho Chi Minh, le Sud par le philo-américain Ngo Dinh Diem, ce qui conduisit en 1954 à la reconnaissance internationale de la partition du Vietnam en deux États indépendants. Pour consolider ses forces, le Nord s’adressa à l’Union soviétique et le Sud aux États-Unis.
Le gouvernement du Nord lança immédiatement une guérilla contre le gouvernement du Sud. Cette guérilla se transforma vite en une guerre offensive qui, après de longues années – et après l’intervention des troupes américaines (1961-1973) – déboucha sur l’occupation totale du Sud : en 1975, les troupes nord-vietnamiennes entrèrent à Saigon, et en 1976 se tinrent des élections en vue de la réunification.
Après 1975, à la suite de la chute du Vietnam du Sud aux mains des forces communistes nord-vietnamiennes, le pays vécut dans un isolement douloureux au niveau international.
Toutefois, depuis la fin des années 1980, avec le dégel entre l’Est et l’Ouest, le gouvernement de Hanoi a commencé à sortir de cet isolement international en nouant des contacts diplomatiques et en ouvrant les portes du pays aux visiteurs étrangers.
Après l’effondrement du bloc communiste des pays d’Europe de l’Est, le Vietnam a commencé à intervenir sur la scène politique internationale. En 1993, après l’élection de Bill Clinton à la présidence des Etats-Unis, l’embargo économique a été révoqué, et en 1995 les relations diplomatiques entre Etats-Unis et Vietnam ont été rétablies. Le pays a ainsi pu renouer des relations commerciales avec les États-Unis et les autres nations occidentales.
Aujourd’hui le Vietnam, qui fait partie de l’ASEAN, l’Association des pays du Sud-Est asiatique, est engagé dans la reconstruction du pays selon le système de l’économie de marché, tout en maintenant les structures du parti unique communiste marxiste pour sauvegarder le pouvoir du gouvernement.
Le Vietnam reste encore aujourd’hui l’un des pays les plus pauvres du monde : plus de la moitié de sa population vit sous le seuil de la pauvreté.

Société, économie, culture

Le Vietnam a une population d’environ 83 millions d’habitants, répartie sur un territoire national de 331.689 km2. 84% de la population est vietnamienne, 2% chinoise et le reste appartient à des groupes ethniques minoritaires comme les Khmers, les Chams et les montagnards tribaux (Muong, Thaïs, Nung, Meo).
La République socialiste du Vietnam, proclamée en juillet 1976, est un État unitaire né de l’unification par la force de la République Démocratique du Vietnam (Vietnam du Nord) et de la République du Vietnam (Vietnam du Sud).
L’Assemblée nationale constituante, élue en 1976, a promulgué la Constitution qui reconnaît le principe de la dictature du prolétariat et la valeur fondamentale du marxisme-léninisme. Ses institutions politiques s’inspirent fortement des modèles soviétique et chinois. Le système politique est contrôlé par le Parti communiste, qui compte 1.800.000 inscrits et dont l’influence se fait sentir à tous les niveaux de la vie politique et sociale du pays.
Le Vietnam est divisé en 50 provinces (tinh) qui jouissent d’une assez grande autonomie. Pour cette raison, leur attitude vis-à-vis des investissements étrangers, du développement économique et des religions est assez diversifiée.
Près de 70% de la population vit de l’agriculture. Par rapport à d’autres pays qui vivent dans des conditions de grande pauvreté, la population vietnamienne jouit d’un bon niveau d’instruction. Le taux d’alphabétisation est estimé à près de 82%, même si les chiffres officiels indiquent un pourcentage supérieur (95%). En réalité, avec la pauvreté l’analphabétisme tend à gagner du terrain.
Il faut noter que ce bon niveau d’instruction est dû en grande partie à l’intervention d’un missionnaire jésuite français, le P. Alexandre de Rhodes qui, au milieu du XVIIe siècle, a transcrit le vietnamien en caractères latins. Au début, les communistes niaient ses grands mérites, reconnus depuis toujours par le peuple vietnamien, mais en décembre 1995, lors d’un colloque officiel, le Vice Premier Ministre Nguyen Khanh a fait l’éloge de l’écriture nationale, reconnaissant enfin que le P. Alexandre de Rhodes a été le principal artisan et inventeur de l’écriture nationale vietnamienne.

Langue

La langue vietnamienne (kinh) est un hybride d’idiomes mon-khmers, thaïs et chinois. C’est précisément dans les langues monotoniques mon-khmers que les Vietnamiens ont puisé une grande partie des termes de base de leur langue. Les langues étrangères les plus parlées sont le chinois (cantonais et mandarin), l’anglais, le français et le russe.

Art

Parmi les formes d’art populaire vietnamien méritant d’être signalées, on peut citer les peintures traditionnelles sur soie montées sur cadres, différents types de théâtre, des sculptures représentant des sujets religieux et des objets en laque. La cuisine vietnamienne est particulièrement variée : on dit qu’il existe au moins 500 plats traditionnels. Le plat classique vietnamien est composé de riz blanc, légumes, viande ou poisson, et épices.

Fêtes et événements
La plupart des fêtes religieuses suivent le calendrier lunaire : selon les traditions vietnamiennes, la fête du Tet (fin janvier - début février) est la plus importante, marquant le début de la nouvelle année lunaire et le début du printemps ; la « fête des âmes perdues » (août), la deuxième par ordre d’importance, célèbre le moment où l’on offre de la nourriture et des présents aux âmes des morts qui ne trouvent pas la paix ; pendant le Doan Ngu (juin) sont brûlées les effigies de ceux qui deviendront des soldats de l’armée du dieu de la mort ; il y a enfin la fête des morts (avril), où l’on se souvient des parents décédés.

Les principales villes

Ho Chi Minh (Saigon)
Ho Chi Minh représente le cœur et l’âme du Vietnam. Chaotique, dynamique et industrieuse, c’est la plus grande ville du pays, la capitale économique et la promotrice des nouvelles tendances culturelles. Dans ses rues, où se déroule une grande partie de la vie ses habitants, on trouve une myriade de petites boutiques et d’étals. La ville est perpétuellement en activité. Malgré cela, dans cette métropole moderne, subsistent les traditions séculaires, ainsi que le souvenir de la beauté de l’ancienne culture. Parmi les principales attractions culturelles et religieuses, on peut citer la Pagode de Giac Lam, la Cathédrale Notre Dame en style néo-roman, le Palais de la Réunification et le marché de Colon.
Hanoi
Plus petite, plus calme, plus verte et plus austère qu’Ho Chi Minh, la capitale du pays rappelle un peu une petite ville de province de France. Cette caractéristique est toutefois en train de disparaître, et Hanoi, comme l’ensemble du Vietnam, est en train d’oublier les vieilles traditions à mesure que les contraintes bureaucratiques et économiques s’estompent.
Les principales attractions culturelles comprennent le pittoresque Temple de la Littérature, qui date du XIe siècle, siège de la première université du pays, le Vieux Quartier (XVe siècle), des lacs et de très jolies pagodes et le Mausolée d’Ho Chi Minh.
Nha Trang
Même si elle est probablement destinée à devenir une localité balnéaire chaotique, Nha Trang est encore un lieu tranquille. Dans les environs de Nha Trang, on trouve d’intéressants sites archéologiques comme les Tours Cham de Po Nagar, construites entre le VIIe et le XIIe siècle ap. J.-C. sur un site utilisé dès le IIe siècle comme sanctuaire par les hindouistes.
Nha Trang est aussi le seul endroit où pousse le fruit du dragon (thanh long), grand comme un petit ananas et ayant un goût proche de celui du kiwi.
Hué
Considérée universellement comme la plus belle ville du Vietnam, Hué fut la capitale du pays de 1802 à 1945 et elle est restée le centre culturel, religieux et universitaire du pays. À l’intérieur de l’immense citadelle entourée de douves, construite par l’empereur Gialong à partir de 1804, on découvre de nombreux lieux et objets particulièrement intéressants tels que les nouveaux canons sacrés, la Ville Impériale, le Palais de l’Harmonie Suprême et la Salle des Mandarins.
La superbe Ville Interdite Pourpre a été gravement endommagée pendant la guerre du Vietnam. À 15 km au sud de Hué se trouvent les Tombeaux Impériaux, et en ville il existe de nombreux autres lieux présentant un intérêt religieux ou historique, ainsi que des musées très intéressants. Dans cette localité s’arrête le train appelé « L’Express de la Réunification », qui relie Hanoi à Ho Chi Minh Ville.
Dalat
Dalat est un joyau de la région des hauts plateaux du Sud. Son climat tempéré et son paysage verdoyant en font l’une des villes les plus agréables du Vietnam. Le Palais d’Été de l’empereur Bao Daï, rempli d’objets d’art de toute sorte, représente certainement un but intéressant du point de vue historique et culturel.

Fiche-pays

Nom du pays : République Socialiste du Vietnam
Superficie : 329.560 km2
Population : 83.535.576 habitants
Capitale : Hanoi (1.396.500 habitants, 2.543.700 en comptant les banlieues)
Peuples : 85-90% d’ethnie vietnamienne (six groupes principaux : karen, hmong, lahu, mien, akha, lisu), 3% d’ethnie chinoise, outre les khmers, chams (descendants de l’ancien royaume de Champa, de culture indienne) et les membres de 60 groupes ethnico-linguistiques (connus aussi comme les Montagnards)
Langue : vietnamien (officielle)
Religion : bouddhiste (49,5%), taoïste, confucéenne, hoa hao, caodaïste, musulmane et chrétienne (8,3%)
Président : Tran Duc Luong
Premier ministre : Phan Van Khai
Secrétaire du Parti Communiste : Nong Duc Manh
Devise : Dong
PIB : 227 milliards de dollars
Taux annuel de croissance économique : 7,3%
Inflation : 3,9%
Principaux secteurs/produits : riz, poivre, industrie alimentaire, produits textiles, vêtements, chaussures, bauxite, charbon, acier, produits chimiques, ciment, verre, caoutchouc, papier, café, thé, céréales, pommes de terre, soja, bananes, sucre, volailles
Partenaires économiques : États-Unis, Japon, Australie, Chine, Allemagne, Singapour, Taiwan, Corée du Sud, Thaïlande, Hong Kong
Croissance démographique annuelle : 1,8%,
Taux de mortalité infantile : 37‰
Espérance de vie : hommes : 68 ans ; femmes : 72 ans
Analphabétisme : hommes : 3,5% ; femmes : 8,8%
Scolarisation : 12-17 ans : 47%

Les religions
Quatre grandes philosophies et religions sont à la base de la vie religieuse et spirituelle du peuple vietnamien : le confucianisme, le taoïsme, le bouddhisme et le christianisme. Au cours des siècles, confucianisme, taoïsme et bouddhisme se sont fondus avec les croyances populaires chinoises et avec l’animisme vietnamien primitif pour donner naissance à ce que tous appellent la « Tarn Giao » (triple religion). Le confucianisme, qui était à l’origine un système d’éthique sociale et politique plutôt qu’une religion à proprement parler, a pris certaines caractéristiques religieuses.
Le taoïsme, qui était à l’origine une philosophie ésotérique pour les érudits, s’est mélangé au bouddhisme parmi les populations rurales, et plusieurs de ses éléments font désormais partie intégrante de la religion populaire.
Le bouddhisme mahayana (Dai Thua ou Bac Tong, qui signifie « du Nord », c’est-à-dire provenant de Chine), connu aussi comme « L’École de la Grande Roue », « l’École du Grand Véhicule » ou « Bouddhisme du Nord »), est la religion prédominante au Vietnam.
Le bouddhisme theravada (Tieu Thua ou Nam Tong, qui signifie « du Sud », connu aussi sous les noms de hinayana, « École de la Petite Roue », « École du Petit Véhicule » ou « Bouddhisme du Sud ») est arrivé directement de l’Inde au Vietnam. Il est pratiqué surtout dans la région du Mékong, en particulier par les Khmers.
Le culte des ancêtres, expression rituelle de la piété filiale (hieu), était présent bien avant que le confucianisme et le bouddhisme ne soient importés dans le pays, et certains le considèrent comme une sorte de « religion de la religion ». Le culte des ancêtres se fonde sur la croyance que l’âme continue à vivre après la mort, devenant la protectrice de ses descendants. Par tradition, les Vietnamiens vénèrent et honorent régulièrement les esprits des ancêtres, en offrant des sacrifices au protecteur de la famille et à son esprit.
Le caodaïsme est une secte religieuse indigène vietnamienne centrée sur la recherche d’une religion idéale, en fondant entre elles diverses philosophies séculières et religieuses orientales et occidentales. Au Vietnam, il compte deux millions d’adeptes. L’islam, répandu surtout chez les Chams et les Khmers, est pratiqué par 0,5% de la population.
Le protestantisme, introduit au Vietnam en 1911, compte environ 200.000 fidèles. Il est pratiqué surtout par les Montagnards, ces indigènes des montagnes qui vivent dans la région des hauts plateaux centraux, et récemment aussi par ceux des hauts plateaux du Nord. Après la réunification du pays, de nombreux pasteurs protestants, et en particulier ceux formés par les missionnaires américains, ont été arrêtés, et aujourd’hui encore le gouvernement leur impose de sévères restrictions.
Interrogés sur leur religion, les Vietnamiens répondent généralement qu’ils sont bouddhistes, mais que pour ce qui touche à la famille et aux devoirs civiques ils suivent le confucianisme, tandis que pour ce qui a trait à l’interprétation de la nature et du cosmos ils sont plutôt influencés par le taoïsme.

La question des « Montagnards »

De divers côtés arrivent des informations parlant des conditions de vie difficiles des populations de Montagnards, les indigènes des montagnes qui vivent sur les hauts plateaux du Vietnam central, en grande partie christianisés.
Les Montagnards, ou Degar, l’un des peuples indigènes les plus anciens du Sud-Est asiatique, sont installés dans la péninsule indochinoise depuis plus de deux mille ans. Bien que vivant en majorité au Vietnam, on trouve aussi quelques centaines de milliers de montagnards au Cambodge et quelques dizaines de milliers au Laos. À l’époque de la colonisation française, entamée au XIXe siècle, on estime que la population des Montagnards dépassaient 3,5 millions de personnes. Aujourd’hui ils ne sont plus que 700.000 à 800.000 personnes.
Lorsque les États-Unis intervinrent au Vietnam, les montagnards se rangèrent de leur côté, en espérant que les revendications d’indépendance politique, sociale et culturelles propres à toute population indigène pourraient aboutir.
Après la fin de la guerre au Vietnam et le triomphe de Ho Chi Minh, le régime de Hanoi a nationalisé les terres des Montagnards, ne leur reconnaissant aucun droit sur les territoires qu’ils habitaient depuis des millénaires. Des centaines de villages ont été détruits et déplacés sur des terres non fertiles pour faire place aux plantations de café appartenant à l’État.
Les Montagnards, qui représentent une population de plus de trente tribus, comptent des milliers de combattants. Les deux tribus principales sont celles des Banars, qui compte environ 400.000 personnes, et celle des Jarraïs, qui en compte 300.000 personnes. Une grande partie d’entre eux sont chrétiens.
Le gouvernement communiste les pénalise notamment parce qu’ils s’étaient alliés avec les Américains et aussi parce que beaucoup d’entre eux sont chrétiens : les fonctionnaires locaux cherchent à s’emparer de leurs terres. Mais les Montagnards sont une ethnie dure et fière, et ils résistent. Ce peuple a toujours été très courageux. Déjà en 2001, il a organisé une manifestation de 20.000 personnes contre le gouvernement.
À la veille des célébrations pascales de 2004, les Montagnards ont organisé une marche depuis leurs villages reculés, en traversant de nombreuses agglomérations, jusqu’au chef-lieu de la province des hauts plateaux centraux du Vietnam, où ils se sont rassemblés pour prier publiquement devant les bâtiments du Parti communiste vietnamien.
Leur slogan était : « Moak Hrue Yesus Kgu Hdip » (Heureux jour, le Christ est ressuscité). Selon des sources locales, ils étaient 130.000, et les autorités ont recouru aux armes pour les disperser, en faisant près de 400 morts. Il est difficile de savoir ce qui s’est vraiment passé, parce que le gouvernement vietnamien interdit l’accès à cette région aux étrangers.
Malgré la persécution et le départ des prêtres et des missionnaires au moment de l’installation du régime communiste, les Montagnards ont gardé leur foi. On compte plus de 180.000 Montagnards catholiques. Nous avons reçu divers témoignages de Montagnards qui ont conservé leur foi et n’ont pas oublié les prières liturgiques, et qui écoutent « Radio Veritas » qui transmet depuis Manille les programmes de la rédaction vietnamienne de Radio Vatican.
Le régime les a menacés, en leur imposant d’abandonner la religion chrétienne, mais ils ont refusé. Ils ont perdu leur emploi, ils ne peuvent pas envoyer leurs enfants à l’école publique, mais ils continuent à défendre leur foi. Récemment, ils ont construit six églises en bois dans six villages différents.

2ème PARTIE

L’Église catholique

L’Église catholique est arrivée au Vietnam au XVIe siècle grâce à l’œuvre des missionnaires français, espagnols et portugais. Voici la chronologie des principales étapes de la diffusion du catholicisme :

1580 quelques franciscains des Philippines se rendent en Cochinchine
1615 début officiel de la mission en Cochinchine avec l’arrivée des jésuites François Buzoni et Diego Carvalho 1627 Alexandre de Rhodes, s.j. se rend au Tonkin (Vietnam du Nord)
1630 interdiction du christianisme. Expulsion du P. de Rhodes
1640 édit contre le christianisme
1650 le P. de Rhodes suggère à Propaganda d’envoyer des Évêques pour créer un clergé vietnamien
1663 début de la persécution
1668 deux premiers prêtres au Tonkin et en Cochinchine
1670 premier synode du Tonkin
1672 premier synode de Cochinchine
1676 les dominicains des Philippines entament un travail missionnaire dans l’est du Tonkin
1679 division du Vicariat Apostolique du Tonkin en deux Vicariats Apostoliques : l’un confié aux Pères des Missions Étrangères de Paris, l’autre confié aux dominicains des Philippines
1698 persécutions
1712-1720 persécutions. Déportation du Vicaire Apostolique de Cochinchine, Mgr Bourges
1745 le P. Gil de Fedesich, O.P. premier martyr dominicain
1759 dans l’ouest du Tonkin, on compte 120.000 catholiques et 25 prêtres autochtones
1773 persécutions
1787 traité entre la France et l’Annam (Vietnam du Sud). Mgr Pigneaux de Béthanie, Vicaire Apostolique de Cochinchine, joue un rôle important dans la conclusion de ce traité
1798 martyr des Bienheureux E. Trieu et J. Dat, prêtres vietnamiens
1802 union du Tonkin et de la Cochinchine dans l’Empire d’Annam : liberté relative
1821-1841 en Annam règne l’Empereur Minh Mang (le « Néron d’Indochine »). Début des persécutions
1861 martyre du Bienheureux Théophane Vénard, M.E.P.
1874 Traité entre l’Annam et la France qui reconnaît la souveraineté de l’empereur d’Annam. Pleine liberté pour les missionnaires et les chrétiens
1884 au Tonkin, révolte des princes autochtones. Persécution des chrétiens
1887 réunion du Tonkin, Annam, Cambodge, Cochinchine pour former l’Indochine française
1909 béatification des martyrs annamites
1925 érection de la Délégation Apostolique pour l’Indochine française. Son siège est établi à Hué, puis transféré à Hanoi en 1951
1933 premier Concile plénier à Hanoi
1946 accord entre Hô-Chi-Minh et la France : reconnaissance de la République du Vietnam (Tonkin) comme État libre au sein de la Fédération Indochinoise
1947 massacre de 29 catholiques par les partisans du Viet-Minh à Annam
1951 à Hanoi première Conférence Épiscopale Vietnamienne
1954 division du Vietnam
1960 institution de la Sainte Hiérarchie
1975 invasion des communistes du Nord. Le pays est unifié sous le régime communiste, fermeture des Séminaires, des écoles. Le Coadjuteur de Saigon est mis en prison. Expulsion du Délégué Apostolique. Ingérences des Autorités civiles dans les nominations d’Évêques et dans les ordinations sacerdotales. Les contacts entre le Saint-Siège et les Évêques deviennent chaque jour plus difficiles
1979: élévation au cardinalat de Mgr Trinh Van Can, Archevêque de Hanoi
1988 (19.6) canonisation de 117 martyrs, dont 11 missionnaires espagnols et 10 français
1989 Visite pastorale du Cardinal Roger Etchegaray
1990 début du dialogue entre le Saint-Siège et le gouvernement vietnamien pour traiter en particulier de la nomination des Évêques
1994 au Consistoire du 26 novembre, Mgr Joseph Paul Pham Dinh Tung, Archevêque de Hanoi, est créé Cardinal par Jean Paul II
2001 au Consistoire du 21 février, S.Exc. François-Xavier Nguyên Van Thuân, Président du Conseil Pontifical de la Justice et de la Paix est créé Cardinal
2003 au Consistoire du 21 octobre S.Exc. Jean-Baptiste Pham Minh Mân, Archevêque de Thàn-Phô Hô Chi Minh est créé Cardinal

L’Église aujourd’hui-structure

Conférence Épiscopale : Conférence Épiscopale du Viêt Nam.
Archidiocèse Métropolitain : Hà Nôi — Suffragants : Bac Ninh, Bùi Chu, Hai Phòng, Hung Hoá, Lang Són et Cao Bang, Phát Diêm, Thái Bình, Thanh Hóa, Vinh
Archidiocèse Métropolitain : Hué — Suffragants : Ban Mê Thuôt, Dà Nang, Kontum, Nha Trang, Quy Nhon
Archidiocèse Métropolitain : Thành-Phô Hô Chí Minh — Suffragants : Cân Tho, Dà Lat, Long Xuyên, My Tho, Phan Thiêt, Phú Cuong, Vinh Long, Xuân Lôc, Ba Ria

Données statistiques sur l’Église

catholiques 5.667.000
archidiocèses : 3 ; Diocèses : 23
évêques : 39
sièges pastoraux : 2.816
prêtres diocésains : 2.212;
prêtres religieux : 521
religieux non prêtres : 1778 religieuses 11.443
missionnaires laïcs : 1.395 catéchistes 50.605
instituts d’enseignement :
écoles maternelles 563 (inscrits 53.323)
écoles primaires 100 (inscrits 6.399)
cours moyens 2
instituts supérieurs 40

Les visites ad limina des Évêques vietnamiens
La première visite ad limina après la réunification du pays en 1975 a eu lieu en décembre 1980. La deuxième visite ad limina a eu lieu en 1990, après le voyage du Cardinal Roger Etchegaray (1989). La troisième visite ad limina a eu lieu en 1996, et la dernière visite au Saint-Siège en janvier 2002.

Visites des Délégations du Saint-Siège au Vietnam
Ces dernières années, les visites de Délégations du Saint-Siège au Vietnam se sont succédées. L’impression générale est que les autorités vietnamiennes sont plus ouvertes et plus cordiales. Les autorités gouvernementales semblent plus disposées à dialoguer. Il subsiste toujours, de la part des autorités, un certain contrôle sur le personnel de l’Église, en particulier sur les nominations d’Évêques. Pour le reste, l’Église jouit de la liberté religieuse, même si celle-ci est limitée. Les Évêques, les prêtres et les religieuses sont habitués à vivre dans cette situation. Par ailleurs, aujourd’hui le gouvernement vietnamien reconnaît la contribution de l’Église en faveur de la société vietnamienne.
Le Saint-Siège et le Vietnam n’ont pas de relations diplomatiques, mais depuis quelques années ils ont entrepris un chemin de rapprochement qui a permis de résoudre au moins en partie les principaux problèmes des catholiques vietnamiens. À la suite de la visite d’une Délégation vietnamienne au Vatican, en juillet 2005, « le souhait qu’on progresse rapidement vers une normalisation des relations entre le Saint-Siège et le Vietnam » a été formulé de part et d’autre.

Vie de l’Église au Vietnam

Les prêtres diocésains travaillent avec ardeur. Ils sont dynamiques, projettent de construire des églises, lancent des activités pastorales et sociales. Les religieux et les religieuses sont très appréciés de tous en raison de leurs activités, qu’ils exercent discrètement mais efficacement : ils prennent en charge les handicapés, travaillent dans les hôpitaux, les léproseries, les orphelinats, les crèches, en donnant un magnifique témoignage évangélique. Les religieuses ont un grand désir de renouveau et de mieux connaître la Parole de Dieu : dans ce but, elles organisent des cours de théologie et des cours de perfectionnement.
Il existe actuellement 6 Grands Séminaires interdiocésains, avec un total de 1.580 séminaristes. Ces séminaires se trouvent à : Ho Chi Minh Ville, Can Tho, Nha Trang, Hué, Vinh Thanh, Hanoi. Les vocations sont nombreuses, mais le gouvernement impose un numerus clausus pour chaque séminaire. Le problème du manque de formateurs se fait fortement sentir.
Les Évêques ont demandé l’autorisation d’ouvrir deux nouveaux Grands Séminaires interdiocésains (Xuan Loc et Thai Binh), propédeutiques pour chaque diocèse.
Chez les fidèles catholiques, qui sont plus de 5,5 millions et dont le nombre augmente sans cesse, la pratique religieuse est élevée (80-90%). Souvent les visiteurs étrangers sont surpris de la participation nombreuse des fidèles, non seulement à la Messe du dimanche, mais aussi les jours de semaine. Partout les fidèles montrent un grand intérêt pour la Parole de Dieu et pour l’étude du catéchisme. Ils se montrent désireux de mettre leurs efforts et leurs talents au service de l’édification et du développement de l’Église et du pays.
Dans le Sud, la religion chrétienne est vécue dans les situations concrètes de la vie quotidienne. Dans le Nord, à cause de la carence de personnel ecclésiastique, l’esprit du Concile Vatican II n’est pas encore entré dans la mentalité et dans la pratique religieuse du peuple chrétien. Mais il existe des petites communautés de fidèles dans des villages reculés qui ont conservé le germe de la foi, même si elles n’ont plus de prêtre depuis de nombreuses années.
Même au Nord, on perçoit aujourd’hui des signes encourageants : exemplaire en ce sens est le cas de la paroisse de Hoa Binh, dans le Vietnam du Nord, où les fidèles ont célébré en septembre 2005 le 75ème anniversaire de la fondation de leur église. Pour fêter les « noces de diamant » de la paroisse (3.000 fidèles et 2 catéchistes), plus de 20 prêtres vietnamiens se sont réunis dans l’église pour concélébrer la Messe en présence de nombreux fidèles locaux. L’enthousiasme des fidèles pour la célébration et les réjouissances a été grand, d’autant plus que ce n’est que depuis trois ans que les fidèles de la région ont reçu du gouvernement l’autorisation de rouvrir leur église pour le culte et la liturgie.
En 2002, le gouvernement local de Hoa Binh, à 75 km à l’est de Hanoi, a autorisé la construction d’une chapelle catholique où l’on puisse célébrer les Sacrements. Depuis trois ans, cette église fonctionne, et les paroissiens ne sont plus obligés de faire des trajets longs et pénibles pour participer à la Messe le dimanche et aux principales festivités religieuses.
La première église de la région (construite il y a 75 ans) avait été détruite en 1947 au cours des affrontements entre l’armée française et les maquisards communistes, de telle sorte que la communauté catholique n’avait plus de lieu de culte officiel. Ces dernières années, les fidèles du Vietnam du Nord qui sont restés après 1975 vivent une renaissance, et grâce au travail des Évêques, prêtres et laïcs, ils étudient et découvrent l’esprit du Concile Vatican II. Bien qu’étant toujours sous le contrôle des autorités locales, l’Église espère pouvoir progressivement pouvoir exercer ses diverses activités pastorales dans des conditions normales : catéchèse, liturgie et œuvres caritatives.
Dans le passé, les catholiques se réunissaient dans les maisons pour prier, et grâce à ces rencontres ils ont conservé leur foi, même en l’absence de prêtres. À Noël et à Pâques, les catholiques de la région parcouraient parfois 100 km pour participer aux célébrations de l’Eucharistie et pour recevoir les Sacrements.
Tous les fidèles vietnamiens portent dans leur cœur les paroles que leur a adressé Jean Paul II en 1984 quand, en rentrant après sa visite pastorale en Corée, Nouvelle Guinée et Iles Salomon, il a tenu à saluer tout le peuple vietnamien « que j’aime, à lui manifester ma sympathie et mes sentiments de paix, mes encouragements et mes vœux cordiaux ».
Le Pape a dit : « Tout être humain, tout peuple avec sa culture, ont leur place dans le regard bienveillant de l’Église catholique – universelle – et dans le cœur de Celui qui en est le Pasteur. Tel est l’Évangile d’amour reçu de Jésus-Christ : il embrasse toutes les nations dans un esprit de service, en leur apportant une parole de salut et une aide fraternelle. Pour le cas du Vietnam, tout le monde connaît et apprécie le courage au travail, la ténacité dans les difficultés, le sens familial et les autres vertus naturelles dont vous savez faire preuve. Dans ce pays qui a cruellement souffert des épreuves de la guerre, vous avez dû travailler beaucoup à la reconstruction du pays, déployer de grands efforts pour faire face aux divers problèmes d’éducation, de santé… L’Église porte un vif intérêt à ces efforts solidaires, les encourage et souhaite qu’ils parviennent à donner à chacun non seulement le pain et l’instruction, mais la possibilité de s’épanouir librement avec le meilleur de lui-même, y compris dans ses aspirations religieuses et dans un climat de paix avec les autres peuples qui cherchent, comme le Vietnam, à vivre dans la tranquillité et la dignité ».
Jean Paul II a poursuivi : « C’est à vous, chers frères et sœurs catholiques, que je m’adresse maintenant. Depuis les débuts de l’évangélisation, vous formez des communautés vivantes, riches de la foi de toute l’Église bien assimilée par le génie de votre culture vietnamienne, ardentes dans la prière, généreuses dans une charité ouverte à tous. À vos évêques et à vos prêtres, à vos religieux et religieuses, aux pères et mères de famille, aux enfants, aux jeunes et aux vieillards, à ceux surtout qui sont dans l’épreuve de la maladie ou dans d’autres conditions de vie pénibles, je veux dire mon affection à un titre particulier. Chaque jour, par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, je vous recommande au Seigneur pour qu’il continue à vous donner, avec le courage de la foi, l’espérance et la paix. Que votre cohésion autour de vos évêques soit sans faille, dans l’adhésion à Jésus-Christ et à son Église ! Et je prie pour que vous ayez toujours les possibilités concrètes de professer et de vivre votre foi. La garantie de ces possibilités fait honneur à un pays, elle manifeste son souci de justice et elle favorise la réalisation des valeurs spirituelles si nécessaires à son développement. L’Église entière a les yeux fixés sur vous ; en elle, vous avez une place de choix. Elle est fière de vous, sachant la foi chrétienne qui vous habite, avec l’amour loyal de votre nation. Elle vous encourage à construire avec tous vos compatriotes un avenir meilleur pour tous ».

Les nouvelles ordinations sacerdotales

L’ordination sacerdotale de 57 diacres marque un changement de tendance dans le nombre des vocations, qui maintenant renaissent aussi au Nord. Les futurs candidats au sacerdoce proviennent de 8 diocèses : Bac Ninh (5) ; Bui Chu (7) ; Hanoi (13) ; Haiphong (3) ; Hung Hoa (5) ; Phat Diêm (9) ; Thai Binh (5) ; Thanh Hoa (10).
En 1954, quand le Vietnam a été divisé en deux, la plupart des prêtres du Nord ont suivi l’exode et la fuite vers le Sud de leurs fidèles. Cela a créé pendant de nombreuses années un manque de prêtres au Nord. En outre, pendant longtemps le gouvernement n’a pas autorisé l’ouverture de séminaires. La situation a changé à la fin des années 1980. En 1987 a été réouvert le séminaire interdiocésain de Hanoi et celui d’Ho Chi Minh Ville ; en 1988, ceux de Can Tho et de Vinh. En 1992, celui de Nha Trang, et en 1994 a été ouvert le séminaire de Hué.
Au début, les autorités n’autorisaient l’entrée de candidats que tous les 6 ans. Puis dans les années 1990 elles ont autorisé leur entrée tous les 3 ans, et quelques années plus tard, tous les 2 ans. Le séminaire de Hanoi est maintenant autorisé à accueillir des vocations tous les ans. Le gouvernement a cependant maintenu un numerus clausus, en fixant le nombre total de séminaristes pour chaque séminaire. Pour celui d’Hanoi, le gouvernement a fixé une limite de 90 séminaristes.

La croissance des Ordres religieux

Au Vietnam, un grand nombre de jeunes désirent entrer au séminaire pour suivre une vocation de consécration. Malgré les limitations imposées, les religieux ont augmenté de 77,74% et les religieuses de 51,44%. Au cours des cinq dernières années, le nombre des fidèles de l’Église catholique au Vietnam a augmenté de 14,39%. Parmi les ordres religieux les plus actifs, on peut citer les rédemptoristes et les salésiens.
Les rédemptoristes au Vietnam sont engagés dans la catéchèse et la mission « ad gentes » en direction des non chrétiens, ainsi que dans la solidarité vis-à-vis des pauvres. Depuis quelques années, ils ont aussi commencé à traduire la Bible en langue vietnamienne.
Le Père Gorge Darlix, Vicaire général de la Congrégation du Saint Rédempteur, a dit en rentrant d’une visite dans la Province rédemptoriste du Vietnam que « la situation est encore difficile pour les religieux. Dans le Nord du Vietnam, par exemple, les prêtres sont peu nombreux et les fidèles chrétiens commencent à recevoir un peu de formation, après en avoir été privés depuis 50 ans. Quand les temps seront plus favorables, nous les missionnaires, aurons une tâche immense ! ». La province rédemptoriste du Vietnam est la plus grande d’Asie. Dans les vingt dernières années, la province a grandi : en 1983 elle comptait 179 confrères profès, aujourd’hui ils sont 207, dont 100 prêtres, avec 83 postulants.
Par ailleurs, il faut noter que les jeunes vietnamiens sont fascinés par le charisme de Don Bosco : ils sont plus de 430 à aspirer rejoindre la Congrégation des salésiens dans le pays. Les idéaux de bonté, service, joie, suite du Christ, exprimés sous la forme typique des disciples de Don Bosco, continuent à séduire des milliers de jeunes au Vietnam, même si l’Église rencontre des difficultés dans la pastorale ordinaire. La croissance rapide de l’Ordre salésien au Vietnam a été signalée par le P. François Cereda, Conseiller pour la formation de l’Ordre, qui a récemment visité ce pays asiatique. Le P. Cereda a rencontré les jeunes en parcours de formation au Vietnam, et il a noté le grand amour que tous nourrissent pour Don Bosco, dont ils admirent surtout l’esprit missionnaire. Il a aussi visité les paroisses qui desservent les minorités ethniques vietnamiennes à K’Long et à K’Ren.
« Nous nourrissons de grandes espérances pour la croissance de la vie religieuse au Vietnam, en qualité et en quantité. Nous continuerons à travailler, en particulier dans la formation », a dit Mgr Joseph Hoang Van Tiem, Évêque salésien de Bui Chu, dans le Sud du Vietnam.
En 2003, l’Évêque a organisé la première rencontre nationale des représentants des religieux dans le pays depuis 50 ans. Mgr Hoang Van Tiem est responsable de la Commission épiscopale pour les religieux, créée en 2001. « Le Seigneur continue à nous donner des vocations – déclare Mgr Van Tiem – et au Vietnam les Instituts religieux locaux sont en expansion ». On dénombre au Vietnam 46 Congrégations féminines, 25 masculines et 19 Instituts séculiers.

Un nouveau diocèse

Le Saint-Siège a annoncé récemment la création du nouveau diocèse de Ba Ria, dans le Sud du pays, à cause du nombre élevé de catholiques dans la région. La création de ce nouveau diocèse dans la région côtière située au sud-est du pays portera à 26 le nombre total des circonscriptions ecclésiastiques vietnamiennes.
Cette décision intervient quatre mois après la visite à Rome, du 27 juin au 2 juillet, d’une Délégation de Hanoi, la première depuis 1992, visant à « accroître les contacts en vue de promouvoir la compréhension mutuelle ». Lors des entretiens, ont été examinés « certains aspects de l’activité de l’Église catholique au Vietnam, en s’arrêtant en particulier sur les développements advenus depuis la dernière rencontre » qui s’était tenue au Vietnam en avril-mai 2004. La création du nouveau diocèse suit de quelques jours l’annonce que le 29 novembre 2005, 57 nouveaux diacres seront ordonnés dans la cathédrale d’Hanoi par le Cardinal Crescenzio Sepe, Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples.

L’évangélisation aujourd’hui

L’Église du Vietnam a célébré en 2004 l’Année Sainte de l’Évangélisation, qui peut être considérée comme un nouveau début pour elle. On constate une forte tendance au retour à la foi, et la conscience que l’évangélisation est une tâche qui appartient à tous les fidèles s’est accrue, a dit S. Exc. Mgr Joseph Hoang Van Tiem, Évêque salésien de Bui Chu (Sud du Vietnam).
L’Année Sainte de l’Évangélisation a été proclamée pour commémorer et fêter le 470e anniversaire de l’arrivée des premiers missionnaires au Vietnam. Les Évêques ont invité les fidèles à prier et à faire des sacrifices pour l’œuvre d’évangélisation. « L’objectif était d’accroître chez tous les fidèles la conscience que cette tâche ne concerne pas seulement les prêtres ou les religieux, mais tous les chrétiens », a expliqué l’Évêque.
« Le Saint-Siège – a-t-il dit encore – a accordé le privilège de l’indulgence plénière, que l’on pouvait obtenir dans toutes les cathédrales et les églises indiquées par l’Évêque de chaque diocèse. Cette possibilité a suscité un grand mouvement de pèlerinages, de prières, de fidèles qui se sont approchés des Sacrements et sont revenus à la foi. Cela a été une nourriture spéciale pour la communauté ».
Mgr Van Tiem raconte que les Évêques ont aussi invité les prêtres, religieuses et laïcs à se rendre en mission deux par deux dans les maisons des non chrétiens, et en particulier chez les malades, les personnes âgées et les pauvres. « Ils allaient accomplir auprès d’eux une œuvre de charité, à travers un service et des gestes d’amour, dans le silence et l’attention à leur prochain. Puis, si on les interrogeait, ils expliquaient que leur motivation était la foi en Jésus Christ. Cette manière d’évangéliser est pleinement en accord avec la tradition orientale, qui enseigne le respect de l’autre ».
L’année précédente, en 2003, les Évêques avaient écrit et diffusé une Lettre pastorale intitulée « La Mission de l’Église au Vietnam aujourd’hui pour la proclamation de la Bonne Nouvelle », dans laquelle ils indiquaient aux fidèles les conditions nécessaires pour renouveler leur engagement d’évangélisation de l’Église vietnamienne aujourd’hui : suivre l’exemple de Jésus qui prêchait en tout lieu ; avoir le courage et l’enthousiasme de l’annonce ; utiliser les moyens de communication modernes et les nouvelles technologies…
Ce texte, véritable charte programmatique de la mission de l’Église dans le pays pour les années à venir, fournit des indications aux prêtres, aux religieux, aux séminaristes et aux laïcs. Il a pour thème l’évangélisation au Vietnam : les Évêques soulignent que la proclamation de la Bonne Nouvelle « est une grâce, la vocation spéciale, et la nature la plus profonde de l’Église, une Église qui tient son origine de l’œuvre aimante de salut de la Trinité ». Les Évêques invitent donc tous les fidèles, clergé et laïcs, à suivre l’exemple du Seigneur Jésus Christ et à être ses messagers : « Il ne se lassait pas de proclamer la Bonne Nouvelle, en entrant en contact avec toutes sortes de personnes et en faisant de nombreux miracles pour témoigner l’avènement du Royaume de Dieu ».
La deuxième condition, disent les Évêques, est d’être fidèle à la tradition de l’Église, en prenant exemple en particulier sur l’Église primitive et en observant les enseignements que l’Église donne aux fidèles aujourd’hui. L’Église en Asie, rappelle la Lettre, a reçu une tâche spéciale d’évangélisation au troisième millénaire, comme le dit l’exhortation post-synodale « Ecclesia in Asia ».
C’est pourquoi l’attention des Évêques se tourne vers le Vietnam : ils expriment leur gratitude envers les missionnaires qui, avec courage, ont apporté la foi dans le pays, et demandent aux fidèles de suivre leurs traces, avec leur enthousiasme et leur zèle pour l’évangélisation. Il faut redécouvrir l’esprit qui enflammait les Apôtres après la Pentecôte : ils vivaient en bonne harmonie et portaient l’Évangile aux hommes de toutes les tribus, langues, peuples et nations. Les fidèles, disent encore les Évêques, doivent avoir le courage d’aller dans des lieux nouveaux, où « la Bonne Nouvelle n’est jamais arrivée », en utilisant les moyens appropriés en vue de la diffusion de l’Évangile, des moyens adaptés à la culture d’aujourd’hui, comme les moyens de communication de masse et les technologies modernes.
La Lettre s’achève par quelques indications pratiques pour tous : au plan spirituel, prier pour l’évangélisation dans les familles et dans les communautés ; avoir une vie de témoignage, qui doit précéder la proclamation verbale ; visiter les personnes d’autres religions et instaurer un dialogue ; créer des commissions spéciales d’évangélisation dans les diocèses ; entretenir des contacts avec les missions et les villages isolés ; promouvoir les œuvres caritatives et la promotion humaine.
« Que l’Esprit Saint – conclut le texte –nous accorde des grâces abondantes et une nouvelle saison de Pentecôte, afin qu’au troisième millénaire une grande moisson de foi soit possible dans ce continent vaste et vital et dans notre bien-aimée mère patrie du Vietnam”.

L’Église au Vietnam fécondée par le sang des martyrs

L’œuvre d’évangélisation entreprise dès le début du XVIe siècle, avec l’établissement des premiers Vicariats apostoliques au Nord (Dàng-Ngoài) et au Sud (Dàng-Trong) en 1659, a connu au cours des siècles un développement admirable.
La Hiérarchie catholique vietnamienne a été érigée par le Pape Jean XXIII le 24 novembre 1960. Ce résultat est dû aussi au fait que, dès les premières années, la semence de la foi s’est mêlée en terre vietnamienne au sang abondant des martyrs, tant celui du clergé missionnaire que celui du clergé local et du peuple chrétien du Vietnam. Tous ensemble, ils ont fait face aux difficultés du travail apostolique, comme ils ont aussi affronté la mort de commun accord pour rendre témoignage à la vérité évangélique.
L’histoire religieuse de l’Église du Vietnam montre qu’il y a eu en tout 53 édits, signés par les seigneurs Trinh et Nguyen ou par les rois qui, pendant près de trois siècles, XVIIe, XVIIIe, XIXe (exactement 261 ans : 1625-1886), ont lancé des persécutions contre les chrétiens, toutes plus violentes les unes que les autres. On a dénombré près de 130.000 victimes tombées sur tout le territoire national.
Au cours des siècles, ces martyrs de la foi ont été ensevelis de façon anonyme, mais leur mémoire demeure vivante dans l’esprit de la communauté catholique.
Depuis le début du XXe siècle, 117 de ces multiples héros, dont les souffrances apparaissent comme les plus cruelles, ont été choisis et élevés aux honneurs des autels par le Saint-Siège, lors de quatre cérémonies de Béatification :

en 1900, par le Pape Léon XIII, 64 personnes
en 1906, par le Pape Pie X, 8 personnes
en 1909, par le Pape Pie X, 20 personnes
en 1951, par le Pape Pie XII, 25 personnes

Les martyrs du Vietnam (+1745-1862) sont :
- André Dung-Lac, prêtre
- Thomas Thien et Emmanuel Phung, laïcs
- Jérôme Hermosilla, Valentin Berrio Ochoa, O.P. et 6 autres Évêques
- Théophane Vénard, prêtre M.E.P. et 105 compagnons, martyrs

Classifiés comme suit :
Espagnols : 11, tous de l’Ordre des Prêcheurs (dominicains) : 6 Évêques, 5 prêtres.
Français : 10, tous de la Société des Missions Étrangères de Paris : 2 Évêques, 8 prêtres.
Vietnamiens : 96, 37 prêtres (dont 11 dominicains), 59 chrétiens (dont 1 séminariste, 16 catéchistes, 10 tertiaires dominicains et 1 femme).

Selon l’ordre chronologique suivant :

2 tombés sous le règne du seigneur TRINH-DOANH (1740-1767)
2 tombés sous le règne du seigneur TRINH-SAM (1767-1782)
2 tombés sous le règne du seigneur CANH-THINH (1782-1802)
58 tombés sous le règne du roi MINH-MANG (1820-1840)
3 tombés sous le règne du roi THIEU-TRI (1840-1847)
50 tombés sous le règne du roi TU-DUC (1847-1883)

Et sur le lieu du supplice, l’édit royal, placé auprès de chacun des suppliciés, précise la modalité d’exécution de la sentence :

75 condamnés à la décapitation
22 condamnés au garrot
6 condamnés à être brûlés vifs
5 condamnés au démembrement
9 morts en prison à la suite des tortures.

LISTE DES 117 MARTYRS DU VIET-NAM
(numéro, nom, état, et date du martyre)

1 André DUNG-LAC, Prêtre 21-12-1839
2 Dominique HENARES, Évêque O.P. 25-06-1838
3 Clément Ignace DELGADO CEBRIAN, Évêque O.P. 12-07-1838
4 Pierre Rose Ursule BORIE, Évêque M.E.P. 24-11-1838
5 Joseph Marie DIAZ SANJURJO, Évêque O.P. 20-07-1857
6 Melchior GARCIA SAMPEDRO SUAREZ, Évêque O.P. 28-07-1858
7 Jérôme HERMOSILLA, Évêque O.P. O1-11-1861
8 Valentin BERRIO OCHOA, Évêque O.P. 01-11-1861
9 Étienne Théodore CUENOT, Évêque M.E.P. 14-11-1861
10 François GIL DE FEDERICH, Prêtre O.P. 22-O1-1745
11 Matthieu ALONSO LECINIANA, Prêtre O.P. 22-O1-1745
12 Hyacinthe CASTANEDA, Prêtre O.P. 07-11-1773
13 Vincent LE OUANG LIEM, Prêtre O.P. 07-11-1773
14 Emmanuel NGUYEN VAN TRIEU, Prêtre 17-09-1798
15 Jean DAT, Prêtre 28-10-1798
16 Pierre LE TUY, Prêtre 11-10-1833
17 François Isidore GAGELIN, Prêtre M.E.P. 17-10-1833
18 Joseph MARCHAND, Prêtre M.E.P. 30-11-1835
19 Jean-Charles CORNAY, Prêtre M.E.P. 20-09-1837
20 Vincent Do YEN, Prêtre O.P. 30-06-1838
21 Pierre NGUYEN BA TUAN, Prêtre 15-07-1838
22 Joseph FERNANDEZ, Prêtre O.P. 24-07-1838
23 Bernard VU VAN DUE, Prêtre 01-08-1838
24 Dominique NGUYEN VAN HANH (DIEU), Prêtre O.P. 01-08-1838
25 Jacques Do MAI NAM, Prêtre 12-08-1838
26 Joseph DANG DINH (NIEN) VIEN, Prêtre 21-08-1838
27 Pierre NGUYEN VAN Tu, Prêtre O.P. 05-09-1838
28 François JACCARD, Prêtre M.E.P. 21-09-1838
29 Vincent NGUYEN THE DIEM, Prêtre 24-11-1838
30 Pierre VO BANG KHOA, Prêtre 24-11-1838
31 Dominique TUOC, Prêtre O.P. 02-04-1839
32 Thomas DINH VIET Du, Prêtre O.P. 26-11-1839
33 Dominique NGUYEN VAN (DOAN) XUYEN, Prêtre O.P. 26-11-1839
34 Pierre PHAM VAN TIZI, Prêtre 21-12-1839
35 Paul PHAN KHAC KHOAN, Prêtre 28-04-1840
36 Joseph Do QUANG HIEN, Prêtre O.P. 09-05-1840
37 Luc Vu BA LOAN, Prêtre 05-06-1840
38 Dominique TRACH (DOAI), Prêtre O.P. 18-09-1840
39 Paul NGUYEN NGAN, Prêtre 08-11-1840
40 Joseph NGUYEN DINH NGHI, Prêtre 08-11-1840
41 Martin TA DUC THINH, Prêtre 08-11-1840
42 Pierre KHANH, Prêtre 12-07-1842
43 Augustin SCHOEFFLER, Prêtre M.E.P. 01-05-1851
44 Jean-Louis BONNARD, Prêtre M.E.P. 01-05-1852
45 Philippe PHAN VAN MINH, Prêtre 03-07-1853
46 Laurent NGUYEN VAN HUONG, Prêtre 27-04-1856
47 Paolo LE BAO TINH, Prêtre 06-04-1857
48 Dominique MAU, Prêtre O.P. 05-11-1858
49 Paul LE VAN LOC, Prêtre 13-02-1859
50 Dominique CAM, Prêtre T.O.P. 11-03-1859
51 Pierre DOAN LONG QUY, Prêtre 31-07-1859
52 Pierre François NERON, Prêtre M.E.P. 03-11-1860
53 Thomas KHUONG, Prêtre T.O.P. 30-01-1861
54 Jean Théophane VENARD, Prêtre M.E.P. 02-02-1861
55 Pierre NGUYEN VAN LUU, Prêtre 07-04-1861
56 Joseph TUAN, Prêtre O.P. 30-04-1861
57 Jean DOAN TRINH HOAN, Prêtre 26-05-1861
58 Pierre ALMATO RIBERA, Prêtre O.P. 01-11-1861
59 Paul TONG VIET BUONG, Laïc 23-10-1833
60 André TRAN VAN THONG, Laïc 28-11-1835
61 François-Xavier CAN, Catéchiste 20-11-1837
62 François DO VAN (HIEN) CHIEU, Catéchiste 25-06-1838
63 Joseph NGUYEN DINH UPEN, Catéchiste T.O.P. 03-07-1838
64 Pierre NGUYEN DICH, Laïc 12-08-1838
65 Michel NGUYEN HUY MY, Laïc 12-08-1838
66 Joseph HOANG LUONG CANH, Laïc T.O.P. 05-09-1838
67 Thomas TRAN VAN THIEN, Séminariste 21-09-1838
68 Pierre TRUONG VAN DUONG, Catéchiste 18-12-1838
69 Paul NGUYEN VAN MY, Catéchiste 18-12-1838
70 Pierre VU VAN TRUAT, Catéchiste 18-12-1838
71 Augustin PHAN VIET HUY, Laïc 13-06-1839
72 Nicolas BUI DUC THE, Laïc 13-06-1839
73 Dominique (Nicolas) DINH DAT, Laïc 18-07-1839
74 Thomas NGUYEN VAN DE, Laïc T.O.P. 19-12-1839
75 François-Xavier HA THONG MAU, Catéchiste T.O.P. 19-12-1839
76 Augustin NGUYEN VAN MOI, Laïc T.O.P. 19-12-1839
77 Dominique BUI VAN UY, Catéchiste T.O.P. 19-12-1839
78 Étienne NGUYEN VAN VINTI, Laïc T.O.P. 19-12-1839
79 Pierre NGUYEN VAN HIEU, Catéchiste 28-04-1840
80 Jean-Baptiste DINH VAN THANH, Catéchiste 28-04-1840
81 Antoine NGUYEN HUU (NAM) QUYNH, Laïc 10-07-1840
82 Pierre NGUYEN KHAC TU, Catéchiste 10-07-1840
83 Thomas TOAN, Catéchiste T.O.P. 21-07-1840
84 Jean-Baptiste CON, Laïc 08-11-1840
85 Martin THO, Laïc 08-11-1840
86 Simon PHAN DAC HOA, Laïc 12-12-1840
87 Agnès LE THI THANH (DE), Laïque 12-07-1841
88 Matthieu LE VAN GAM, Laïc 11-05-1847
89 Joseph NGUYEN VAN LUU, Catéchiste 02-05-1854
90 André NGUYEN KIM THONG (NAM THUONG), Catéchiste 15-07-1855
91 Michel HO DINH HY, Laïc 22-05-1857
92 Pierre DOAN VAN VAN, Catéchiste 25-05-1857
93 François PHAN VAN TRUNG, Laïc 06-10-1858
94 Dominique PHAM THONG (AN) KHAM, Laïc T.O.P. 13-01-1859
95 Luc PHAM THONG (CAI) THIN, Laïc 13-01-1859
96 Joseph PHAM THONG (CAI) TA, Laïc 13-01-1859
97 Paul HANH, Laïc 28-05-1859
98 Emmanuel LE VAN PHUNG, Laïc 31-07-1859
99 Joseph LE DANG THI, Laïc 24-10-1860
100 Matthieu NGUYEN VAN (NGUYEN) PHUONG, Laïc 26-05-1861
101 Joseph NGUYEN DUY KHANG, Catéchiste T.O.P. 06-11-1861
102 Joseph TUAN, Laïc 07-01-1862
103 Joseph TUC, Laïc 01-06-1862
104 Dominique NINH, Laïc 02-06-1862
105 Dominique TORI, Laïc 05-06-1862
106 Laurent NGON, Laïc 22-05-1862
107 Paul (DONG) DUONG, Laïc 03-06-1862
108 Dominique HUYEN, Laïc 05-06-1862
109 Pierre DUNG, Laïc 06-06-1862
110 Vincent DUONG, Laïc 06-06-1862
111 Pierre THUAN, Laïc 06-06-1862
112 Dominique MAO, Laïc 16-06-1862
113 Dominique NGUYEN, Laïc 16-06-1862
114 Dominique NHI, Laïc 16-06-1862
115 André TUONG, Laïc 16-06-1862
116 Vincent TUONG, Laïc 16-06-1862
117 Pierre DA, Laïc 17-06-1862

[Légende : O.P.: Ordre des Prêcheurs (dominicains) ; T.O.P. : Tertiaires de l’Ordre des Prêcheurs ; M.E.P. : Société des Missions Étrangères de Paris]

Le 19 juin 1988, lors d’une célébration solennelle Place Saint-Pierre, le Pape Jean Paul II a présidé la canonisation solennelle des Martyrs du Vietnam (+1745-1862) :
- André Dung-Lac, prêtre
- Thomas Thien et Emmanuel Phung, laïcs
- Jérôme Hermosilla, Valentin Berrio Ochoa, O.P. et 6 autres Évêques
- Théophane Vénard, prêtre M.E.P. et 105 compagnons, martyrs

Durant l’année du Jubilé de 2000, le Saint-Père Jean Paul II a présidé, en présence de 2.000 fidèles vietnamiens venus du monde entier, la cérémonie de Béatification du protomartyr André Phú Yén, laïc catéchiste, martyrisé en 1644.

Le Cardinal Nguyên Van Thuân : un témoin de notre temps

Les témoins authentiques de la foi chrétienne au Vietnam ne sont pas seulement les martyrs des siècles passés : parmi les personnalités qui ont laissé ces dernières années un témoignage de foi héroïque et courageux et une trace indélébile dans le cœur de tous les Vietnamiens, on peut citer sans aucun doute la figure du Cardinal vietnamien Francois-Xavier Nguyên Van Thuân (1928-2002).
François Xavier Nguyên Van Thuân est né le 17 avril 1928 à Hué (Vietnam) dans une famille qui comptait de nombreux martyrs. Sa grand-mère, qui ne savait ni lire, ni écrire, disait tous les soirs le rosaire pour les prêtres après les prières en famille. Sa mère Élisabeth a élevé le jeune François-Xavier dans la foi chrétienne depuis son tout jeune âge. Tous les soirs, elle lui lisait des histoires de la Bible et lui racontait les témoignages des martyrs, en particulier de ses ancêtres. Dans ce contexte familial, François-Xavier s’est senti appelé à la vie sacerdotale, et le 11 juin 1953, il a pu finalement couronner son rêve de devenir prêtre.
Après le doctorat en Droit canonique obtenu à Rome en 1959, il rentre au Vietnam d’abord comme professeur, puis comme Recteur du séminaire, Vicaire général, et enfin Évêque de Nha Trang à partir de 1967.
Son activité à Nha Trang était très intense. Sous sa conduite, en l’espace de huit ans, les séminaristes du grand séminaire passèrent de 42 à 147, tandis que les élèves du petit séminaire passèrent de 200 à 500. La devise du jeune Évêque vietnamien est « Gaudium et Spes », joie et espérance. Ce sera le programme de toute sa vie.
Le 24 avril 1975 Van Thuân est nommé par le Pape Paul VI Archevêque coadjuteur de Saigon (aujourd’hui Ho Chi Min), mais quelques mois après sa nomination, il est arrêté. C’était le 15 août 1975, fête de l’Assomption. Les communistes, arrivés dans la Capitale vietnamienne, disent que sa nomination est le fruit d’un complot du Vatican et le jettent en prison.
Van Thuân a alors 47 ans, et avec un chapelet qu’il avait dans sa poche pour tout « bagage », il est envoyé dans un camp de rééducation communiste, où il restera treize longues années, dont neuf dans l’isolement le plus total.
En prison, il n’a même pas pu emporter une Bible. Il décide alors de ramasser tous les bouts de papier qu’il trouve pour créer de ses mains un minuscule agenda sur lequel, en se servant de sa propre mémoire, il note les passages de l’Évangile dont il se souvient : il y en a plus de 300 !
Cet « Évangile » est son vade-mecum quotidien, l’écrin précieux où il puise la force nécessaire pour surmonter les moments terribles de sa détention. Le sentiment d’égarement des premiers jours, les longs moments où il croit devenir fou, jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il est destructeur pour lui de refuser sa condition et d’attendre un changement qui n’arrivera jamais. Il comprend qu’il « faut saisir l’aujourd’hui, en le remplissant d’amour », comme il l’écrit. Ainsi, petit à petit, l’enfer de la prison devint un monastère où Van Thuân prie pour ses fidèles, pour ses co-détenus, pour l’Église et pour le monde, en offrant sa triste condition de prisonnier dans la Messe.
Au moment de son arrestation, il avait été autorisé à écrire une lettre à sa famille pour demander les choses les plus nécessaires. Van Thuân leur demanda un peu de vin comme médicament contre le mal d’estomac. Ayant compris le vrai sens de sa demande, ils lui envoyèrent une petite bouteille de vin de messe, avec une étiquette où il était écrit : « Remède contre le mal d’estomac ». Ainsi le Prélat emprisonné put célébrer sa Messe chaque jour, avec trois gouttes de vin et une d’eau mélangées dans la paume de sa main, et avec un peu de pain caché dans un paquet de cigarettes.
La célébration de l’Eucharistie est, durant ces treize années de persécutions, le moment central de ses journées. « Dans ces années terribles d’isolement, les plus durs de ma vie – a souvent rappelé le Prélat vietnamien – je ne voyais que deux gardiens qui avaient l’ordre de ne pas m’adresser la parole. Je me sentais abandonné de tous, et j’ai éprouvé la même souffrance que celle de Jésus, seul sur la croix. J’ai pensé à mes paroissiens, aux fidèles, aux prêtres, aux religieux, aux séminaristes qui étaient dehors, eux aussi seuls et abandonnés et vivant dans la souffrance, dont beaucoup avaient même été tués. Dans cet abîme de ma faiblesse physique et mentale, j’ai reçu la grâce de la Sainte Vierge. Je ne pouvais plus célébrer, mais j’ai récité des centaines de fois le Je vous salue Marie, et la Madone m’a donné la force d’être uni à Jésus cloué sur la croix : j’ai senti comment Jésus a pu sauver l’humanité, là, seul sur la croix, dans l’immobilité absolue. Les gardiens ont peu à peu commencé à me comprendre. Nous sommes devenus amis. Ils m’ont aidé. Ils m’ont permis de tailler un morceau de bois en forme de croix. Je le cachais dans une savonnette. J’ai coupé un petit bout de fil électrique. Ils m’ont prêté deux petites tenailles. Ils m’ont aidé à le façonner. La croix que je porte est faite du bois de la prison et de ce fil électrique ! Cette croix est un rappel permanent : aimer toujours ! Pardonner toujours ! Vivre le présent pour l’évangélisation ! Chaque minute doit être pour l’amour de Dieu ».
Aimer toujours, ne jamais haïr. Ce précepte évangélique, que l’Évêque vietnamien applique quotidiennement, même dans les conditions très dures d’une prison où il a été jeté sans procès ni jugement mais seulement par haine de la foi, son attitude sincère de douceur et d’amour, finissent par impressionner profondément ses geôliers.
Libéré de prison le 21 novembre 1988 et expulsé de son pays, Nguyên Van Thuân vient en Italie, où il est nommé Président du Conseil Pontifical « Justice et Paix », puis, après avoir prêché des Exercices spirituels du Carême au Pape et à la Curie romaine durant l’année du Grand Jubilé, il est créé Cardinal au Consistoire suivant, le 21 février 2001. À peine un an plus tard, le 16 septembre 2002, il meurt des suites d’une maladie longue et douloureuse.
Sa vie est racontée dans son livre, « Témoins de l’espérance », qui contient aussi les prédications du Cardinal au Pape et à la Curie romaine durant les Exercices spirituels du Carême de l’an 2000.

En conclusion de l’Année de l’Eucharistie, nous présentons le témoignage que le Cardinal Van Thuân nous a laissé peu avant sa mort, sur le thème :

« Jésus dans l’Eucharistie m’a aidé à surmonter les années les plus difficiles »

Éminences, Excellences, chers confrères prêtres, chères sœurs, chers frères et sœurs dans le Christ,
Je voudrais partager avec vous tous l’expérience de mes années de prison et d’autres choses que j’ai vécues dans mon travail comme Président de « Iustitia et Pax » à travers le monde. J’ai passé, comme vous le savez, plus de treize ans en prison, dont neuf en isolement, sans jamais recevoir de visite, pas même de ma famille, toujours avec mes deux gardiens qui ne me parlaient pas, sans radio, sans journal, sans téléphone, sans télévision. C’est une culture de mort.
Je vous dis tout de suite comment j’ai passé ces années et comment c’est surtout Jésus dans l’Eucharistie qui m’a aidé à surmonter ces années difficiles. Des moments de désespoir, de révolte : Pourquoi le Seigneur m’envoie-t-il en prison alors que je suis encore un jeune Évêque, après huit ans d’expérience ? Toutes ces années de prison sans procès et sans jugement.
Le premier jour j’ai dû partir les mains vides. Le deuxième jour on m’a permis d’écrire quelques lignes pour demander des vêtements ou du dentifrice. J’ai demandé qu’on m’envoie un peu de vin et des médicaments contre les maux d’estomac. Les personnes dehors ont le don de l’Esprit Saint, elles ont compris tout de suite. Le directeur de la prison m’a fait venir : « Monsieur Van Thuân, vous avez mal à l’estomac ? ». « Oui Monsieur ! ». « Vous avez besoin de médicaments ? ». « Tous les matins ». « Alors en voici, un flacon avec une étiquette où il est écrit : « Remède contre le mal d’estomac ». À ma grande joie, ce sont les plus belles Messes de ma vie : j’offre chaque jour le sacrifice dans la paume de ma main avec trois gouttes de vin et une d’eau. Mais chaque jour je peux ainsi renouveler au Seigneur mon alliance nouvelle et éternelle comme prêtre.
L’Eucharistie est une force pour moi et pour les autres détenus. Ils sont proches de moi, parce que nous dormons tous ensemble dans un lit commun, 25 de chaque côté, tête contre tête et les pieds à l’extérieur. Le soir à neuf heures et demi, dans l’obscurité, je me penche pour célébrer de mémoire la Messe, puis je passe sous la moustiquaire la communion aux cinq autres catholiques qui sont près de moi. La présence de Jésus dans l’Eucharistie nous réconforte. Le lendemain, nous allons tous recueillir le papier des paquets de cigarettes avec lequel nous fabriquons des petits paquets pour y conserver le Saint-Sacrement. Chaque semaine, le vendredi, il y a une séance d’endoctrinement. Toute la prison va étudier. Au moment de la pause, nous passons donner à chaque groupe de 50 personnes un sachet avec Jésus dedans. Chaque groupe porte Jésus dans sa poche, et dans l’épreuve, l’anxiété, la tristesse, les tribulations, ils sentent toujours que Jésus dans l’Eucharistie est avec eux ; ils prient la nuit, et grâce à l’adoration de Jésus Christ et à la communion, ces hommes qui parfois ont abandonné la foi deviennent vraiment des chrétiens.
Je ne pourrai jamais oublier combien nous a été utile le chant liturgique que nous a laissé saint Thomas pour la célébration de la fête du Corps et du Sang du Christ, dans lequel est affirmée toute la théologie en quelques mots tout simples. Permettez-moi de les chanter, pour vous faire comprendre ce que nous éprouvions quand nous chantions ensemble à voix basse le soir dans la prison, pour voir ce que le Seigneur nous a promis à travers les figures de l’Ancien Testament :
« In figuris praesignatur / cum Isaac immolatur / Agnus Paschae deputatur / datur manna patribus ». Ou alors nous percevions l’aspect marial de l’Eucharistie : quand nous la célébrons, nous sommes vraiment les enfants de Marie : « Ave verum corpus, natum de Maria virgine ».
Ces chants ont aidé beaucoup d’entre nous en prison. Ces laïcs devenaient ainsi courageux, sereins dans la tristesse, ils servaient les autres avec charité, et leur témoignage attirait les autres, les non catholiques, quelquefois fanatiques, qui demandaient à connaître la religion, Jésus : ces laïcs sont devenus des catéchistes, puis ils ont baptisé d’autres compagnons prisonniers et sont devenus leurs parrains.
Avec l’Eucharistie, la prison a changé : elle est devenue une école de foi et de catéchèse. (…)
Ce dont nous avons besoin, Jésus nous le donne dans l’Eucharistie : l’amour, l’art d’aimer : aimer toujours, aimer par un sourire, aimer tout de suite et aimer ses ennemis, aimer en pardonnant, en oubliant d’avoir pardonné. Je pense que Jésus dans l’Eucharistie peut nous enseigner sept aspects de cet amour. Au Cénacle, Jésus nous manifeste l’amour sacrifié : « Ceci est mon corps, offert en sacrifice pour vous ». Quand, après le repas, il se rend au Gethsémani, c’est un amour abandonné : Jésus se sent abandonné par le Père, mais c’est à ce moment-là qu’il s’abandonne complètement et totalement entre les mains du Père : « Non sicut ego volo sed sicut tu ». Sur la croix, Jésus a manifesté l’amour consommé, parce qu’il nous a aimés jusqu’à la fin, et qu’il a dit : « Tout est accompli ». Il ne reste rien qu’il n’ait fait pour nous. Et quand, une fois ressuscité, il accompagne les deux disciples à Emmaüs et qu’il parle avec eux, en leur expliquant les Écritures et qu’il se révèle à eux comme Eucharistie dans la fraction du pain, c’est un amour intime. Dans la Messe, Jésus s’offre dans nos mains chaque jour ; son sacrifice pour nous, son sang versé pour nous et pour tous est un amour immolé, un amour mastiqué, comme le disait le Curé d’Ars : « Le prêtre et tous les chrétiens sont des masticateurs ». Dans le tabernacle, Jésus nous manifeste l’amour caché, dans l’oraison silencieuse. Dans l’Ostensoir, Jésus nous montre l’amour radieux, et nous sommes tous un rayon de Jésus, nous devons être lumière comme il veut que nous le soyons.
Quand j’étais en prison, les gardiens ne me parlaient pas, mais un jour, ils m’ont dit que quand leurs chefs les avaient envoyés vers moi, ils leur avaient dit : « Étant donné que vous irez surveiller un Évêque très dangereux, je vous changerai tous les quinze jours avec un autre groupe, pour éviter qu’il ne vous contamine ». Après les avoir suivis, leurs chefs les appelèrent et leur dirent : « Maintenant nous ne vous changerons plus, sinon ce mauvais Évêque finira par contaminer toute la police ».
Avec quel venin les ai-je contaminés ? Avec le venin de l’amour de Jésus. Un jour, je devais couper du bois. J’ai demandé à un compagnon qui était devenu mon ami : « Me laisses-tu tailler un bout de bois en forme de croix ? ». « C’est très dangereux, c’est interdit. Maintenant tu es mon ami, et on me mettra en prison comme toi ». « Mais non, ferme les yeux et laisse-moi faire ». Il n’a pas pu résister et il s’en est allé. J’ai taillé un bout de bois en forme de croix et je l’ai caché dans une savonnette jusqu’à ma libération, et j’ai fait cette croix avec le bois noir de la prison.
Dans une prison près de Hanoi, un jour, j’ai demandé à un gardien une autre faveur : de me couper un bout de fil électrique. « Vous voulez vous suicider ! ». « Mais non ! ». « Mais qu’allez-vous faire avec du fil électrique ? ». « Je veux faire une chaîne pour porter ma croix ». « Je n’arrive pas à comprendre comment on peut faire une chaîne avec du fil électrique ! ». « Prête-moi deux petites tenailles et je te le montrerai : c’est difficile ! ». Trois jours plus tard, il revint en me disant : « Je ne peux pas refuser, c’est un manquement à la sécurité ; mais tu es mon ami : demain je t’apporterai ces choses, et nous devrons tout faire entre 7 heures et 11 heures, sinon si quelqu’un nous voit, il nous dénoncera ». Et en quatre heures, il m’a aidé à fabriquer cette chaîne de fil électrique que je porte toujours sur moi, parce que ce n’est pas seulement un souvenir, c’est aussi un rappel à aimer comme Jésus a aimé.
Plusieurs fois les gardiens m’ont demandé : « Tu nous aimes ? ». « Mais oui, je vous aime ». « C’est impossible ! Nous te gardons ici depuis plus de dix ans, sans procès et sans jugement, et tu nous aimes ! ». Je continue à vous aimer, et vous voyez comme nous sommes amis. C’est beau, même si c’est incompréhensible qu’on puisse aimer un ennemi ». « Mais pourquoi nous aimes-tu ? ». « Parce que Jésus me l’a enseigné, et que si ne je vous aimais pas, je ne serais pas digne de porter le nom de chrétien. Le chrétien doit aimer comme Jésus ». C’est ainsi que nous avons vécu en prison jusqu’à la fin. (…)
La prière