S. E. Crescenzio Card. Sepe
Préfet de la C.E.P.
Lectures:
Act 18-9-18; ps. 46,2-7; Jn 16,20-23a
1. «Sois sans crainte,
continue de parler, car je suis avec toi»[Act 18,9-10]. Le
Seigneur ne pouvait que nous offrir cette parole rassurante alors
que nous sommes ici rassemblés, ce matin, dans cette ville
natale de la vénérable Pauline Marie Jaricot (1799-1862).
«Je suis avec toi», c’est le chant intérieur
qui accompagne l’apôtre des Gentils dans son oeuvre
missionnaire à Corinthe. La communion que lui assure son
Seigneur lui donne la sérénité du coeur. Aucune
épreuve ne peut le faire renoncer à sa résolution
d’annoncer l’Evangile. Paul n’a pas peur. «J’ai
fait tant de voyages et affronté tant de dangers: dangers
des fleuves et des brigands, de mes compatriotes et des païens,
danger des villes, des déserts, des mers, des faux frères!
Travaux pénibles et dures épreuves, nuits sans dormir,
la faim, la soif, le froid, le dénuement, et sans compter
le reste, mon obsession quotidienne, le souci de toutes les communautés»
[2 Cor. 11,26-28].
A la demande des disciples d’Emmaüs de rester «avec»
eux, Jésus répond par un don beaucoup plus grand.
Par le sacrement de l’Eucharistie, il trouva le moyen de demeurer
«en» eux. L’Eucharistie réalise la plus
profonde communion avec Jésus. Et cette relation de “permanence”
intime et réciproque permet - comme le rappelait notre vénéré
Pape Jean Paul II - d’anticiper en quelque manière
le ciel sur la terre [cf. Mane Nobiscum Domine, 19]. Dieu a mis
dans le coeur de l’homme la «faim» de sa Parole,
qui sera assouvie uniquement dans l’union totale avec Lui.
En effet, la communion eucharistique nous est donnée pour
nous “rassasier” de Dieu sur cette terre, dans l’attente
que cette faim soit totalement comblée au ciel.
Riche de cette communion avec le Christ et loin de se refermer sur
elle-même, l’Eglise, peuple de la Nouvelle Alliance,
est appelée à annoncer dans le monde le salut réalisé
par le Christ: «De même que le Père m’a
envoyé, moi aussi, je vous envoie» [Jn 20,21]. C’est
pourquoi, de la perpétuation du sacrifice de la Croix dans
l’Eucharistie et de la communion au Corps et au sang du Christ,
l’Eglise reçoit les forces spirituelles nécessaires
à la réalisation de sa mission. Ainsi, l’Eucharistie
apparaît en même temps comme la source et le sommet
de toute l’évangélisation, puisque son but est
la communion de tous les hommes avec le Christ et en lui avec le
Père et l’Esprit Saint.
2. Chers Messieurs les Directeurs des Oeuvres Pontificales Missionnaires,
nous sommes rassemblés ici, à Lyon, aux sources de
l’Oeuvre de la Propagation de la Foi, pour puiser l’inspiration
nécessaire dont a besoin notre animation missionnaire. En
visitant la maison et la chapelle de Pauline Marie Jaricot et en
relisant ses écrits, nous pouvons conclure que les Oeuvres
Pontificales Missionnaires sont réellement charismatiques;
autrement dit, elles sont un don de l’Esprit Saint, chaque
Oeuvre ayant son charisme particulier confirmé par l’Eglise.
Il résulte que quiconque accepte d’en être le
Directeur National accepte d’entrer dans l’esprit du
charisme. Il l’assume, le vit et le fait fructifier.
La communion au Christ et à l’Eglise est le centre
qui unifie, met en valeur les charismes et les rend efficacement
missionnaires. Les Oeuvres missionnaires sont des signes et des
expressions de la communion de l’Eglise; elles manifestent
la collaboration entre l’Eglise Universelle et l’Eglise
particulière, fondée sur la charité. De plus,
elle est le signe de l’unité, la sainteté et
la catholicité de l’Eglise fondée par Jésus
Christ.
Au Directeur National, il revient de vivre et de témoigner
cette communion, en animant et en développant l’identité
et la vocation missionnaires de tous les croyants.
En réalité, le charisme des quatre Oeuvres Pontificales
révèle qu’elles ont été conçues
pour être les instruments de l’universalité de
l’Eglise, appelée à porter l’Evangile
à toutes les Nations. Rappelons certains slogans: «Toutes
les églises pour l’Eglise», «Tous les enfants
pour l’enfance», «Tous les prêtres pour
toute l’Eglise», etc... Cette caractéristique
est fondamentale. C’est la raison pour laquelle les Oeuvres
sont pontificales, c’est-à-dire, ont un souffle universel
- même si elles sont nationales et dépendantes des
Evêques locaux, comme nous le rappelle le Magistère
de l’Eglise.
S’il est vrai que la mission est fondée sur la communion
ecclésiale, nous devrions nous engager à former toutes
les personnes sans exception: enfants, jeunes, mères au foyer,
malades et personnes âgées. Celles-ci élèveraient
vers Dieu, une prière missionnaire dans l’esprit du
«Pater noster». Nous devrions être présents
dans les séminaires, les noviciats, les mouvements ecclésiaux,
et chercher les moyens pour que «les Eglises locales utilisent
l’animation missionnaire comme élément clé
de leur pastorale courante dans les paroisses, les associations
et les groupes, surtout de jeunes» [RM 83]. L’animation
missionnaire doit rejoindre le Peuple de Dieu tout entier, jeunes
et anciennes églises, de sorte que la communauté ecclésiale
toute entière soit orientée vers la coopération
missionnaire, et que chaque Eglise particulière et chaque
baptisé, participe de droit mais plus encore de fait à
l’effort missionnaire de l’Eglise.
3. «Vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en
joie» [Jn 16,20], nous rappelle Jésus dans l’Evangile
de ce jour. Les nombreux cahiers que Pauline Marie nous a laissés
révèlent une vie spirituelle profonde et intense grâce
à laquelle, elle a su trouver les énergies nécessaires
à l’Oeuvre Missionnaire. Sa grande intuition de prière,
le «Rosaire vivant», témoigne son amour pour
la Vierge Marie qui l’amena à vivre à l’ombre
de la Basilique de Notre-Dame de Fourvière, et son zèle
apostolique à faire participer les croyants à la Mission
Ad Gentes. L’Eucharistie et l’adoration du Très
Saint Sacrement ont illuminé sa vie de tous les jours. Pauline
Marie a rapidement compris comment elle pouvait travailler, elle
aussi, à la vigne du Seigneur. En effet, très tôt,
elle manifesta le désir de devenir une Eucharistie vivante,
d’être rassasiée de la vie même du Christ
et d’être profondément unie à Son sacrifice,
vivant ainsi les deux dimensions inséparables du mystère
eucharistique: l’action de grâce et la réparation.
Le témoignage extraordinaire de Pauline Marie nous rappelle
que «la mission est un problème de foi» [Rm 11].
Plus tard, mais bien plus tard, viendront les difficultés
au niveau de l’organisation et d’ordre économique.
Engagée dans la propagation de l’Evangile dans tous
les Continents comme dans son propre milieu de vie, Pauline Marie
fit de la prière le fondement de l’oeuvre missionnaire.
Comme elle aimait le rappeler, tous peuvent être, chacun selon
ses modestes possibilités, «l’allumette qui embrase
la Mission». Laissons-nous porter par son zèle intérieur.
Avec confiance, reprenons les chemins de la Mission, et suivons
les pas de ceux qui, tout au long des siècles, ont su annoncer
la Bonne Nouvelle du Ressuscité, en paroles, et concrètement
par une vie exemplaire et des gestes de solidarité. Confions-nous
à l’intercession de Notre-Dame de Fourvière,
Sainte Thérèse de Lisieux, Docteur de l’Eglise
et Patronne des Missions, et de la Vénérable Pauline
Marie Jaricot. Je suis sûr, que le Seigneur bénira
notre oeuvre missionnaire pour que son «règne vienne»
partout dans le monde.
|