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Ascension de Notre-Seigneur
Lyon, 5 mai 2005


S. E. Crescenzio Card. Sepe
Préfet de la C.E.P.

Lectures: Ac 1,1-11; Ps. 46,2-9; Ephé 1,17-23; Mt 28,16-20

«Allez donc. De toutes les nations faites des disciples. Baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit» (Mt 28,19). C’est le dernier message que le Christ Ressuscité confie aux Apôtres avant de quitter ce monde. C’est le mandat missionnaire que le Seigneur confie aussi à chacun de nous, en cette fête de l’Ascension. Jésus, l’envoyé-missionnaire du Père, retourne vers le Père, mais sa mission continue. En Galilée, au rendez-vous “sur la montagne qu’il leur avait indiqué” (v.16) tous les Douze seraient présents. Cette montagne leur rappelait le Mont Sinaï, ce lieu où Dieu scella la première alliance avec Abraham; il évoquait encore les Tables de la loi qui furent confiées à Moïse. Ce lieu rappelait ensuite, à Pierre, Jacques et Jean, la Transfiguration du Maître. Bref, toute cette région rappelait au groupe des disciples les origines de leur sequela. Là-haut, leur aventure avait commencé avec Jésus; et chacun d’eux avait entendu, quelque part sur cette montagne, l’invitation: «viens et suis-moi». On entre, donc, par la ville de Jérusalem, on retourne vers la Galilée des Gentils, puis on repart, sur les routes du monde, jusqu’aux extrémités de la terre et jusqu’à la consommation des siècles.

Avant de méditer ensemble cette réalité fondamentale de notre identité chrétienne, permettez-moi de saluer et remercier Monsieur le Cardinal Philippe Barbarin, Archevêque de cette chère Eglise de Lyon dont la foi remonte au Saint Evêque Iréné. Avec lui, je salue Messieurs les Evêques Auxiliaires Thierry de la Perrière et Hervé Giraud, Messieurs les Cardinaux, Archevêques et Evêques des autres Diocèses, rassemblés dans cette merveilleuse ville pour participer à cette célébration de l’inauguration de la maison natale de la vénérable Pauline Marie Jaricot. Je salue également les Autorités civiles, et je remercie très chaleureusement Messieurs les Directeurs Nationaux des Oeuvres Pontificales Missionnaires venus de plusieurs pays du monde. Je salue enfin, avec affection, tous les fidèles de Lyon, vous tous chers frères et soeurs amis de Pauline Marie Jaricot, présents à cette Eucharistie.
«Allez donc!» De Jérusalem vers «toutes les nations»! La Bonne Nouvelle annoncée tout d’abord au peuple d’Israël est un patrimoine universel! Il appartient donc à tout le monde. Notre vénéré Pape Jean Paul II écrivait dans son Encyclique Redemptoris Missio, 8: «Les multitudes ont le droit de connaître la richesse du mystère du Christ, dans lequel nous croyons que toute l’humanité peut trouver, avec une plénitude insoupçonnable, tout ce qu’elle cherche à tâtons au sujet de Dieu, de l’homme et de son destin, de la vie et de la mort, de la vérité. C’est pourquoi l’Eglise garde vivant son élan missionnaire et même elle veut l’intensifier dans le moment historique qui est le nôtre.»

Les Apôtres retournent donc en Galilée. Mais certains d’entre eux ont dans leur coeur une sorte d’hésitation. Matthieu écrit que certains doutent (cf. Mt 28,17). Ce sentiment est confirmé par les évangélistes Marc, Luc et Jean (cf. Mt 16,11-14 - Lc 24,21-25 - Jn 20,25). En réalité, la foi en la résurrection de Jésus était loin d’être accueillie favorablement. Dans la première communauté chrétienne, les résistances furent nombreuses contrairement à ce que les ennemis voulaient faire croire. D’ailleurs, la résurrection s’opposait à la loi de la nature. Jésus lui-même dut confirmer cet événement extraordinaire en effectuant quelques apparitions et quelques reproches.
Mais l’heure du départ approche. Le Seigneur convoque ses disciples sur “la montagne qu’il leur avait indiquée”. Ce lieu devient ainsi pour Jésus et ses disciples, en quelque sorte, la piste de décollage. C’est de là que le Ressuscité monte vers le Père, non sans leur avoir fait une promesse: il sera toujours avec eux! Il sera l’Emmanuel, le Dieu fidèle, leur protecteur: «Et moi, je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps». (Mt 28,20). Mais les disciples aussi sont sur le point de départ: leur destination est: tous les peuples de la terre, sans exception. Il faut communiquer l’Evangile, la Bonne Nouvelle par laquelle, à travers le Baptême, nous entrons dans la Communion avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint, et nous avons le salut.

L’Ascension de Jésus clôture la période d’apprentissage des disciples et manifeste le passage des consignes. Sur cette montagne les disciples deviennent des adultes dans la foi. L’histoire personnelle de chaque croyant témoigne les différentes étapes d’adhésion au Seigneur. Les Apôtres eux-mêmes furent souvent sollicités par des motifs opposés à ceux du Maître: le pouvoir, le sacré, le miracle. Au départ, ils suivront Jésus dans leur temps libre, pourrait-on dire, à la recherche d’approbation et de gratifications humaines. Ils rejetteront la croix, le pardon, le service et l’échec. Mais après les ténèbres de la passion et de la trahison, ils recevront la lumière de l’Esprit qui leur fera comprendre la superficialité de leur première adhésion. Ils comprendront que la vie chrétienne est un itinéraire plus intérieur qu’extérieur. Partir de la montagne de l’Ascension signifiera pour eux aller sur les routes du monde, là où l’homme habite, sans aucune autre certitude que Jésus lui-même.
C’est ici que commence la mission! Trois mandats précis sont adressés aux Apôtres: «Allez vers toutes les nations; baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit; enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai prescrit» La mission n’est pas optionnelle; elle n’est pas non plus une initiative personnelle; elle répond à un commandement précis de Jésus. Il n’existe pas de catégories privilégiées qu’il faille évangéliser, en particulier. La mission concerne le monde entier. Tous les disciples du Christ, sans exception, sont concernés par ce commandement: «Allez!», même s’il existe des modalités différentes pour chacun.
La demande est claire: baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. La Trinité, origine et fin de toutes les créatures, est la raison d’être de la mission. C’est à elle que se réfère le missionnaire qui ne manquera pas de monter souvent sur la montagne de Dieu pour trouver l’inspiration nécessaire à son service, puis redescendre au milieu des hommes. La spiritualité missionnaire a ses fondements dans la communion avec le Christ, l’Envoyé du Père. On ne peut comprendre et vivre la mission qu’en se référant à Lui. Saint Paul, l’Apôtre des Gentils, exhorte les Ephésiens: «Que le Dieu de Notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire vous donne un esprit de sagesse pour le découvrir et le connaître vraiment» (1,17). «Il ne s’est pas prévalu de son égalité avec Dieu. Au contraire, il s’est lui-même dépouillé prenant la condition d’un serviteur et s’identifiant aux hommes» (Phil 2,5).

Chers frères et soeurs, nous sommes ici rassemblés pour relire une nouvelle fois l’héritage spirituel que la Vénérable Pauline-Marie Jaricot a laissé à l’Eglise missionnaire et à laquelle nous devons rendre grâce pour son étonnante intuition prophétique: l’Oeuvre de la Propagation de la Foi.
Lorsqu’en 1853, son nom figura parmi la liste des pauvres de Lyon, bien qu’héritière d’un riche industriel de cette ville, plusieurs comprirent qu’elle avait dépensé tout ce qu’elle possédait pour les Missions et pour ceux qui se trouvaient dans le besoin.
Puisse l’humble créature de cette chère Eglise de Lyon inspirer la marche de notre Eglise missionnaire. Puisse-t-elle nous obtenir la grâce d’être disponibles et généreux pour aller annoncer au monde l’Evangile de l’Amour. Le Pape Paul VI dira d’elle: «Plus que quiconque, Pauline dut faire face, accepter et dépasser dans l’amour un grand nombre de contestations, d’échecs, d’humiliations, d’abandon qui marquèrent son oeuvre du sceau de la Croix et d’une mystérieuse fécondité». Le Saint Curé d’Ars lui-même, du haut de son pupitre proclamera: «Frères, je connais une personne qui sait bien accepter les croix, même les plus lourdes, et qui les porte avec un grand amour. Cette personne c’est Mademoiselle Jaricot, de Lyon».
En contemplant le mystère de l’Ascension, prions afin que le Seigneur nous donne de comprendre en profondeur l’esprit qui anima la vénérable Pauline Marie Jaricot lorsqu’elle donna la vie à l’Oeuvre Missionnaire. La Vierge Marie nous accompagne sur nos chemins missionnaires, pour le bien de l’Eglise universelle.

 
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