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S. E. Crescenzio Card. Sepe
Préfet de la C.E.P.
Lectures: Ac
1,1-11; Ps. 46,2-9; Ephé 1,17-23; Mt 28,16-20
«Allez
donc. De toutes les nations faites des disciples. Baptisez-les au
nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit» (Mt 28,19).
C’est le dernier message que le Christ Ressuscité confie
aux Apôtres avant de quitter ce monde. C’est le mandat
missionnaire que le Seigneur confie aussi à chacun de nous,
en cette fête de l’Ascension. Jésus, l’envoyé-missionnaire
du Père, retourne vers le Père, mais sa mission continue.
En Galilée, au rendez-vous “sur la montagne qu’il
leur avait indiqué” (v.16) tous les Douze seraient
présents. Cette montagne leur rappelait le Mont Sinaï,
ce lieu où Dieu scella la première alliance avec Abraham;
il évoquait encore les Tables de la loi qui furent confiées
à Moïse. Ce lieu rappelait ensuite, à Pierre,
Jacques et Jean, la Transfiguration du Maître. Bref, toute
cette région rappelait au groupe des disciples les origines
de leur sequela. Là-haut, leur aventure avait commencé
avec Jésus; et chacun d’eux avait entendu, quelque
part sur cette montagne, l’invitation: «viens et suis-moi».
On entre, donc, par la ville de Jérusalem, on retourne vers
la Galilée des Gentils, puis on repart, sur les routes du
monde, jusqu’aux extrémités de la terre et jusqu’à
la consommation des siècles.
Avant de méditer ensemble cette réalité fondamentale
de notre identité chrétienne, permettez-moi de saluer
et remercier Monsieur le Cardinal Philippe Barbarin, Archevêque
de cette chère Eglise de Lyon dont la foi remonte au Saint
Evêque Iréné. Avec lui, je salue Messieurs les
Evêques Auxiliaires Thierry de la Perrière et Hervé
Giraud, Messieurs les Cardinaux, Archevêques et Evêques
des autres Diocèses, rassemblés dans cette merveilleuse
ville pour participer à cette célébration de
l’inauguration de la maison natale de la vénérable
Pauline Marie Jaricot. Je salue également les Autorités
civiles, et je remercie très chaleureusement Messieurs les
Directeurs Nationaux des Oeuvres Pontificales Missionnaires venus
de plusieurs pays du monde. Je salue enfin, avec affection, tous
les fidèles de Lyon, vous tous chers frères et soeurs
amis de Pauline Marie Jaricot, présents à cette Eucharistie.
«Allez donc!» De Jérusalem vers «toutes
les nations»! La Bonne Nouvelle annoncée tout d’abord
au peuple d’Israël est un patrimoine universel! Il appartient
donc à tout le monde. Notre vénéré Pape
Jean Paul II écrivait dans son Encyclique Redemptoris Missio,
8: «Les multitudes ont le droit de connaître la richesse
du mystère du Christ, dans lequel nous croyons que toute
l’humanité peut trouver, avec une plénitude
insoupçonnable, tout ce qu’elle cherche à tâtons
au sujet de Dieu, de l’homme et de son destin, de la vie et
de la mort, de la vérité. C’est pourquoi l’Eglise
garde vivant son élan missionnaire et même elle veut
l’intensifier dans le moment historique qui est le nôtre.»
Les Apôtres retournent donc en Galilée. Mais certains
d’entre eux ont dans leur coeur une sorte d’hésitation.
Matthieu écrit que certains doutent (cf. Mt 28,17). Ce sentiment
est confirmé par les évangélistes Marc, Luc
et Jean (cf. Mt 16,11-14 - Lc 24,21-25 - Jn 20,25). En réalité,
la foi en la résurrection de Jésus était loin
d’être accueillie favorablement. Dans la première
communauté chrétienne, les résistances furent
nombreuses contrairement à ce que les ennemis voulaient faire
croire. D’ailleurs, la résurrection s’opposait
à la loi de la nature. Jésus lui-même dut confirmer
cet événement extraordinaire en effectuant quelques
apparitions et quelques reproches.
Mais l’heure du départ approche. Le Seigneur convoque
ses disciples sur “la montagne qu’il leur avait indiquée”.
Ce lieu devient ainsi pour Jésus et ses disciples, en quelque
sorte, la piste de décollage. C’est de là que
le Ressuscité monte vers le Père, non sans leur avoir
fait une promesse: il sera toujours avec eux! Il sera l’Emmanuel,
le Dieu fidèle, leur protecteur: «Et moi, je suis avec
vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps».
(Mt 28,20). Mais les disciples aussi sont sur le point de départ:
leur destination est: tous les peuples de la terre, sans exception.
Il faut communiquer l’Evangile, la Bonne Nouvelle par laquelle,
à travers le Baptême, nous entrons dans la Communion
avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint, et nous avons
le salut.
L’Ascension de Jésus clôture la période
d’apprentissage des disciples et manifeste le passage des
consignes. Sur cette montagne les disciples deviennent des adultes
dans la foi. L’histoire personnelle de chaque croyant témoigne
les différentes étapes d’adhésion au
Seigneur. Les Apôtres eux-mêmes furent souvent sollicités
par des motifs opposés à ceux du Maître: le
pouvoir, le sacré, le miracle. Au départ, ils suivront
Jésus dans leur temps libre, pourrait-on dire, à la
recherche d’approbation et de gratifications humaines. Ils
rejetteront la croix, le pardon, le service et l’échec.
Mais après les ténèbres de la passion et de
la trahison, ils recevront la lumière de l’Esprit qui
leur fera comprendre la superficialité de leur première
adhésion. Ils comprendront que la vie chrétienne est
un itinéraire plus intérieur qu’extérieur.
Partir de la montagne de l’Ascension signifiera pour eux aller
sur les routes du monde, là où l’homme habite,
sans aucune autre certitude que Jésus lui-même.
C’est ici que commence la mission! Trois mandats précis
sont adressés aux Apôtres: «Allez vers toutes
les nations; baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint
Esprit; enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai prescrit»
La mission n’est pas optionnelle; elle n’est pas non
plus une initiative personnelle; elle répond à un
commandement précis de Jésus. Il n’existe pas
de catégories privilégiées qu’il faille
évangéliser, en particulier. La mission concerne le
monde entier. Tous les disciples du Christ, sans exception, sont
concernés par ce commandement: «Allez!», même
s’il existe des modalités différentes pour chacun.
La demande est claire: baptiser au nom du Père, du Fils et
du Saint Esprit. La Trinité, origine et fin de toutes les
créatures, est la raison d’être de la mission.
C’est à elle que se réfère le missionnaire
qui ne manquera pas de monter souvent sur la montagne de Dieu pour
trouver l’inspiration nécessaire à son service,
puis redescendre au milieu des hommes. La spiritualité missionnaire
a ses fondements dans la communion avec le Christ, l’Envoyé
du Père. On ne peut comprendre et vivre la mission qu’en
se référant à Lui. Saint Paul, l’Apôtre
des Gentils, exhorte les Ephésiens: «Que le Dieu de
Notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire
vous donne un esprit de sagesse pour le découvrir et le connaître
vraiment» (1,17). «Il ne s’est pas prévalu
de son égalité avec Dieu. Au contraire, il s’est
lui-même dépouillé prenant la condition d’un
serviteur et s’identifiant aux hommes» (Phil 2,5).
Chers frères et soeurs, nous sommes ici rassemblés
pour relire une nouvelle fois l’héritage spirituel
que la Vénérable Pauline-Marie Jaricot a laissé
à l’Eglise missionnaire et à laquelle nous devons
rendre grâce pour son étonnante intuition prophétique:
l’Oeuvre de la Propagation de la Foi.
Lorsqu’en 1853, son nom figura parmi la liste des pauvres
de Lyon, bien qu’héritière d’un riche
industriel de cette ville, plusieurs comprirent qu’elle avait
dépensé tout ce qu’elle possédait pour
les Missions et pour ceux qui se trouvaient dans le besoin.
Puisse l’humble créature de cette chère Eglise
de Lyon inspirer la marche de notre Eglise missionnaire. Puisse-t-elle
nous obtenir la grâce d’être disponibles et généreux
pour aller annoncer au monde l’Evangile de l’Amour.
Le Pape Paul VI dira d’elle: «Plus que quiconque, Pauline
dut faire face, accepter et dépasser dans l’amour un
grand nombre de contestations, d’échecs, d’humiliations,
d’abandon qui marquèrent son oeuvre du sceau de la
Croix et d’une mystérieuse fécondité».
Le Saint Curé d’Ars lui-même, du haut de son
pupitre proclamera: «Frères, je connais une personne
qui sait bien accepter les croix, même les plus lourdes, et
qui les porte avec un grand amour. Cette personne c’est Mademoiselle
Jaricot, de Lyon».
En contemplant le mystère de l’Ascension, prions afin
que le Seigneur nous donne de comprendre en profondeur l’esprit
qui anima la vénérable Pauline Marie Jaricot lorsqu’elle
donna la vie à l’Oeuvre Missionnaire. La Vierge Marie
nous accompagne sur nos chemins missionnaires, pour le bien de l’Eglise
universelle. |